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Prolétariat, classes moyennes, petite bourgeoisie : quelles définitions possibles aujourd’hui ?

mardi 24 mai 2022, par Luniterre

174 ans après la parution du Manifeste du Parti Communiste, rédigé par Marx et Engels, et leur célèbre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » il semble que la notion même de prolétariat ne soit pas encore clairement comprise, y compris par ceux-là mêmes qui prétendent encore le défendre et parler en son nom.

Il est bien évident que cette notion dans le contexte actuel peut se percevoir différemment qu’à l’époque, mais il s’agit néanmoins, économiquement, sociologiquement, et en fin de compte, politiquement, de savoir avec suffisamment de précision de quoi on parle, afin de définir une stratégie de lutte contre le système de domination de classe.

Faire de la notion de prolétariat, même par souci invoqué d’unité, un fourre-tout confusionniste, cela ne permet pas d’avancer clairement. C’est ce qui ressort, en réalité, d’une tentative de définition des classes moyennes et de la petite bourgeoisie, proposée par le site « 7 du Québec » et republiée sur VLR : https://mai68.org/spip2/spip.php?article11685

Dans le genre pseudo-didactique, voire pseudo-« marxiste », ces deux vidéos sur la notion de classe moyenne et de petite bourgeoisie, ce n’est pas ce qui se fait de pire, mais cela introduit et renforce néanmoins une confusion fondamentale sur la notion de prolétariat elle-même.

Généraliser et étendre la notion de prolétariat à celle de salariat pose un problème majeur, et même plusieurs, à notre époque, et qui n’existaient pas vraiment, évidemment, à l’époque de Marx et Engels.

Tout d’abord, « vendre sa force de travail » ne suffit précisément pas à définir la place du salarié dans le processus productif : un PDG de banque peut très bien ne vivre que de son salaire, et même en vivre très bien, sans avoir lui-même de capital productif investi… Et bien évidemment son travail ne participe concrètement en rien à la production de marchandises…

A l’origine, étymologiquement, le prolétaire est celui qui ne possède rien, n’a que de quoi survivre et se reproduire.

Sa « valeur sociale », dans la société romaine, réside donc essentiellement dans sa progéniture, qui lui donne son nom générique.

Le prolétaire, parmi les salariés, est donc celui qui a juste de quoi reproduire sa force de travail, pour lui-même, et dans sa descendance.

Ce que confirment à la fois la sociologie et l’économie, les classes sociales ayant un tropisme, une forte tendance à se reproduire telles quelles, de génération en génération.

La catégorie des smicards est donc une des meilleures approximations actuelles de la notion de prolétariat.

Elle ne suffit pas, pourtant, à définir, et en aucune façon, la place du salarié dans le processus productif.

Cela comporte donc aussi bien des ouvriers d’usine que des employés du commerce, des employés de banque, etc… Bon nombre de fonctionnaires, et dans une très grande variété de métiers, ont aussi des salaires quasi identiques au SMIC.

Marx, quant à lui, distingue, selon les objectifs de ses exposés, la notion générale de prolétariat, au sens « romain », c’est-à-dire du travailleur paupérisé, de la notion de prolétaire productif de plus-value, c’est-à-dire le prolétariat industriel proprement dit, en tant que classe ouvrière.

A proprement parler, seul le prolétariat industriel, en son temps, est productif de plus-value capitalisable, et même, en dernière analyse (…ou en « première » chronologiquement, selon les Grundrisse), productif du capital tout court. Le travail productif étant, à la base, la valeur d’usage du capital.

Au sens le plus général, tout prolétaire n’est donc pas productif de plus-value capitalisable, même si la marchandisation des services a permis une extension relative des catégories prolétariennes « productives » au sens de la définition marxiste de la plus-value.

Définir les « classes moyennes » comme les catégories de salariés dont le niveau de revenus est supérieur à la simple reproduction de la force de travail et à l’entretien de sa descendance n’est donc pas un critère abusif et cela n’est pas compris dans ces vidéos, qui donnent donc un contour particulièrement confus à la notion de prolétariat.

De même, la notion de petite bourgeoisie recouvre assez bien, en pratique, aussi bien les catégories supérieures, en revenus, des salariés, que les catégories des travailleurs indépendants, des professions libérales et surtout, en principe, des « petits patrons » de TPE-PME.

Sociologiquement et économiquement parlant, ceci-dit, une grande partie des travailleurs indépendants sont réellement et concrètement bien plus proches du prolétariat que des catégories supérieures des « classes moyennes » salariées.

C’est en fin de compte la notion de « petite bourgeoisie » qui semble la plus difficile à cerner avec précision, dans le monde actuel.

La définition la plus basique reste tout de même celle de « petit capitaliste », et donc définit une classe qui participe, directement ou indirectement, par son investissement, à l’extraction de plus-value, dans un cadre entrepreneurial. Et par extension, tous les cadres et salariés d’un niveau suffisamment élevé pour y être intéressés.

C’est donc plutôt par le niveau d’intéressement à la pérennité du système que se définit la petite bourgeoisie, par rapport à la notion de « classes moyennes » effectivement davantage susceptibles d’être littéralement « prolétarisées », réduites à un niveau de survie prolétarienne proprement dit.

L’idéologie de la petite bourgeoisie est donc l’art d’enjoliver sa complicité avec le système, même si en prenant souvent des « distances critiques » du genre écolo-bobo.

Evidemment, à travers cette fausse « distance critique » la petite bourgeoisie cherche à attirer vers elle, politiquement, une grande partie du prolétariat et des « classes moyennes ». C’est l’idéologie petite bourgeoise qui permet donc la « récupération » des luttes sociales par la bourgeoisie, en fin de compte.

…Quand elle ne se fait pas, tout simplement, le relais direct de l’idéologie bourgeoise, comme on l’a vu à propos du « covidisme », et encore maintenant, à propos de la guerre en Ukraine et du déferlement de la russophobie !

Quoi qu’il en soit, mieux saisir la notion de prolétariat, et comprendre la différence entre la notion générale et celle, de plus en plus restreinte, de prolétariat productif de plus-value, c’est un élément essentiel de compréhension de l’évolution banco-centraliste du monde actuel, et donc de la nécessité d’unir le prolétariat au sens à la fois le plus réel et le plus large possible, pour construire une alternative politiquement crédible.

Luniterre

Du village primitif au monopole banco-centraliste, cinq formes du capital et trois stades du capitalisme

http://mai68.org/spip2/spip.php?article11589

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L’ARTICLE Du village primitif au monopole banco-centraliste, cinq formes du capital et trois stades du capitalisme DANS SA VERSION ACTUELLE + LES POSTS SUR LA 1re VERSION (AGORAVOX) EN DOC PDF >>>

http://ekladata.com/dV7LK1POJuZ1FcTVvnd-rBHNKzA/Du-village-primitif-au-monopole-banco-centraliste-cinq-formes-du-capital-et-trois-stades-du-capitalisme.pdf

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La fin du capitalisme signifie-t-elle nécessairement la fin du système de domination de classe ?

https://mai68.org/spip2/spip.php?article11679

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