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Surpopulation ou dépopulation, quels enjeux entre capitalistes et banco-centralistes ?

mardi 24 mai 2022, par Luniterre (Date de rédaction antérieure : 24 mai 2022).

En réponse au camarade Do, suite à :

La fin du capitalisme signifie-t-elle nécessairement la fin du système de domination de classe ?

et à son post en commentaire :

http://mai68.org/spip2/spip.php?article11679#forum9964

Bonjour, camarade !

Tout d’abord, je tiens à te remercier pour la lecture réellement attentive que tu portes à mes articles au sujet du banco-centralisme, cet éléphant dans le couloir, qui dérange, pour le moins, mais que personne ne veut voir…

La première forme grossièrement visible de cet éléphant, ce furent évidemment les politiques banco-centralistes des QE post-2008.

Comment intégrer le concept et la pratique du QE dans une économie capitaliste, telle fut déjà une de mes premières interrogations, avant même la crise de 2020, dite du Covid.

Parallèlement, il y avait déjà, depuis 2017, en fait, une réflexion en cours sur l’évolution quasi régressive du prolétariat industriel dans les économies les plus modernes en termes de développement et de technicité. Et avec cette démarche, une première réflexion sur le concept de valeur-travail comme mesure de l’évaluation des prix, et qui avait abouti, de ton côté, au concept de « société de l’arnaque », déjà même ébauché précédemment, me semble-t-il, et, du côté de TML, au concept de « fake-capitalism », notamment suite à de longs échanges avec le camarade WH, aujourd’hui disparu des radars internautiques, mais c’est une autre histoire…

Quoi qu’il en soit, ce concept de « fake-capitalism/société de l’arnaque » est en quelque sorte le très proche ancêtre d’une définition et d’une analyse du phénomène banco-centraliste.

Le premier « confinement » de 2020 et la reprise massive des QE en Europe et aux USA ont été quelque sorte, par leur synchronicité, le catalyseur des deux aspects de ces recherches préalables sur l’évolution du monde moderne.

Comme je l’écris en tout début de cet article en débat :

http://mai68.org/spip2/spip.php?article11679

C’est la logique déterministe du développement des forces productives qui amène l’arrivée au pouvoir politique de nouvelles classes dominantes en fonction de l’évolution des forces productives, et donc l’arrivée au pouvoir des classes qui maîtrisent et dominent les nouveaux rapports de production établis par cette évolution.

Et donc si la classe banco-centraliste « apparaît » effectivement sur le devant de la scène, et encore, pour ceux qui ne détournent pas la tête face à l’éléphant dans le couloir, ce n’est donc évidemment pas une « apparition » fortuite et soudaine mais bien l’aboutissement d’une évolution des rapports de production, sous la poussée des forces productives nouvelles, essentiellement robotisées et automatisées, celles qui devaient inexorablement réduire la productivité du capital, et qui l’on fait :

http://ekladata.com/20pS3WnxSGAnZJrFWu3xahtTCWM.png

Néanmoins ta question sur la persistance ou non de rapports de production est tout à fait pertinente dans ce contexte, en termes de prospective, en tout cas, sinon en termes d’analyse immédiate.

En effet, faire le constat de l’émergence du banco-centralisme est une chose, « prédire » de manière assurée son évolution ultérieure, une autre.

Les pseudo-« marxistes », et autres gauchistes d’opérette petite bourgeoise nous rebattent les oreilles avec leur concept de « néo-libéralisme » qui est, en fait, essentiellement un mythe idéologique sans influence réelle autre que comme prétexte à diverses manipulations financières, mais qui n’ont précisément rien de « libéral » au vrai sens du terme, celui de la « concurrence pure et parfaite », parfaitement inapplicable, sauf à ruiner le système au plus vite, en fait !

Le « libéralisme » coexiste donc avec diverses formes d’économie étatique, sinon, directement, de capitalisme d’Etat, sous diverses formes, également. Mais le capitalisme monopoliste d’Etat, tant aux USA qu’en Europe, étant incapable de surmonter sa crise, et dès les années 70 en fait, c’est essentiellement ainsi qu’est apparue comme une nécessité impérative la séparation des Banques Centrales et des Etats. Même si précisément sous l’influence de concepts économiques et idéologiques libéraux et néolibéraux, c’était déjà, en germes, la voie ouverte à leur antithèse, le banco-centralisme.

Arrivée quasiment à son apogée, à cette époque, la productivité du capital ne pouvait plus qu’aller vers son déclin.

Et la crise dite du « premier choc pétrolier » en est en quelque sorte le premier symptôme.

Mais sauver la rentabilité du capital, cela reste évidemment l’obsession de ceux qui en ont (…du capital !), et pendant plusieurs décennies, donc, le contrôle de la politique monétaire des banques centrales leur a permis de continuer à rentabiliser leurs investissements sans être complètement dépendants des décisions et des calculs des banquiers centraux.

Ici se pose donc le problème de la limite entre l’autonomie de développement du capital financier par sa propre emprise sur l’économie réelle, d’une part, et sa dépendance à l’égard des politiques monétaires des Banques Centrales, de l’autre.

C’est un débat qui a occupé les experts du système durant les douze années qui vont de 2008 à 2020, avec un « pic d’inquiétude », en quelque sorte, en 2018, avec diverses prédictions à la fois apocalyptiques et avisées sur la crise à venir « dans les trois ans » ! La tentative de mettre un frein aux QE en 2019 (*) s’est donc soldée par la « nécessaire » purge de 2020, apportant donc quasiment la réponse définitive, en pratique, à la question de savoir si la politique monétaire des Banques Centrales commandait à l’économie, financière et réelle, ou l’inverse !

C’est pourquoi il me semble que 2008 et 2020 sont les deux dates essentielles du « basculement » d’un système économique dans un autre. Ce qui ne signifie donc pas non plus que les forces du capital disparaissent soudainement et complètement, comme passées à la trappe par laquelle serait apparu le banco-centralisme.

Les deux coexisteront donc encore un certain temps, tout à fait indéterminable, à l’heure actuelle, sauf par approximation grossière et restant hypothétique, en fonction d’observations encore nécessairement limitées du phénomène banco-centraliste.

Ils coexisteront donc avec également leurs forces et leurs tendances contradictoires, notamment concernant le problème de la population/surpopulation, en termes de pression démographique.

La tendance capitaliste reste évidemment favorable à la « surpopulation », ce qu’elle considère comme main d’œuvre et surtout clientèle potentielle, voire chair à canon, en période de « crise cyclique » (guerre = destruction de forces productives surnuméraires), et la tendance banco-centraliste, par contre, vise plutôt à une réduction de la pression démographique sur les ressources de la planète et donc à la réduire, et en termes de consommation, aussi.

Tout le blabla sur la pseudo-« transition écologique » peut être vu comme une sorte de « négociation » et de recherche de compromis « durable » entre les uns et les autres, sachant néanmoins, pour ceux qui en sont conscients, l’issue inéluctable du « débat ».

Quant à l’échelle du temps et aux « conclusions pratiques » de ce débat, c’est-à-dire le délai et les moyens par lesquels sera résolu la question des populations surnuméraires, je n’en sais évidemment rien, même si des indices des possibilités envisagées apparaissent assez nettement avec la « crise du covid ».

La « solution » du tittytainment à grande échelle ne peut pas être exclue non plus, quoi que peu rationnelle, dans une optique banco-centraliste, mais une utilisation partielle, c’est-à-dire pour une part limitée de la population, peut faire logiquement partie d’une solution « mixte » et éventuellement « transitoire », comme l’est déjà, en quelque sorte, la situation actuelle, même si à un niveau moins « poussé » du banco-centralisme.

Il faut donc comprendre, comme on le voit également dans mon papier plus récent :

Prolétariat, classes moyennes, petite bourgeoisie : quelles définitions possibles aujourd’hui ?

http://mai68.org/spip2/spip.php?article11689

…que tant qu’il y a des salariés il y a un prolétariat, même si tous les salariés ne sont pas forcément des prolétaires, et donc il y a encore des rapports de production, même si ceux-ci deviennent « indirects » en quelque sorte, en tournant davantage autour des services éventuellement non encore automatisés, des services consacrés à l’entretien du capital fixe et à sa reproduction par la circulation marchande, même si sous la forme de reproduction de sa valeur d’usage, essentiellement dépourvue de plus-value proprement dite. (Mais pas forcément de profit « fictif », au sens où il n’est donc qu’une partie du cycle de la dette banco-centralisée, in fine, évidemment.)

La difficulté est donc peut-être ici, pour certains, de comprendre que la différence entre capital et capitalisme se retrouve, en quelque sorte, aux deux bouts de l’histoire des processus économiques humains.

Comme on l’a vu récemment :

Du village primitif au monopole banco-centraliste, cinq formes du capital et trois stades du capitalisme

http://mai68.org/spip2/spip.php?article11589

…le cheptel du petit paysan indépendant est, en fonction du nombre de « têtes » de bétail (Capita), un « capital » au sens originel du terme, sans pour autant faire de ce paysan un capitaliste, ni même une sorte de « proto-capitaliste ».

Même sous l’égide du banco-centralisme, le capital fixe reste une forme du capital, sans pour autant qu’il soit donc la base d’une forme de capitalisme, faute d’élargissement en termes de plus-value réelle.

A travers le cycle de la dette banco-centralisée, l’argent reste donc la mesure de sa valeur d’usage, aussi bien d’un point de vue comptable que du profit parasite que s’octroient les banco-centralistes.

Le cycle de la dette correspond donc au cycle de reproduction nécessaire du capital fixe. Nécessaire au renouvellement de la production et du capital fixe lui-même, en tant que moyens de production. A terme, c’est donc un cycle qui se détermine entièrement en termes de valeurs d’usages, et plus précisément, à la base, en termes de valeurs d’usages des matières premières.

Ce qui nous ramène donc à la question initiale de la pression démographique.

Que l’on soit banco-centraliste ou non, la question de la relation entre ressources naturelles et pression démographique reste posée, de toutes façons. C’est évidemment la solution envisagée, qui change !

La question du rapport entre pouvoir et privilèges économiques et sociaux est évidemment une question de toutes les époques et je ne vois donc pas qu’elle se pose très différemment, d’un point de vue « psychologique », de nos jours, entre banco-centralistes et capitalistes. Dans tous les cas, c’est le plus souvent l’occasion qui fait le larron, étant précisé que l’occasion est déjà, le plus souvent, celle de l’appartenance à la classe dominante, comme le souligne assez justement Monique Pinçon-Charlot.

Si l’on exclut le profit et les abus, qu’ils soient capitalistes, banco-centralistes ou autres, reste donc la question de répartition, et donc, de comptabilité, d’une manière ou d’une autre.

Paradoxalement, en un sens, ce sont les banco-centralistes qui sont déjà en train de supprimer l’argent, en remplaçant les espèces par la monnaie numérique, et surtout la MNBC, directement et entièrement contrôlée, tant dans son attribution que de son utilisation, depuis la Banque Centrale jusqu’au « porte-monnaie électronique » du particulier.

Alors qu’il me semble évident qu’une véritable démocratie, basée sur une économie réellement démocratique, donc, doit d’abord s’exercer sur le contrôle démocratique des ressources et de leur utilisation. C’est-à-dire concrètement sur leur répartition comptable donc.

C’est pourquoi la démocratie économique, c’est-à-dire la démocratie réelle, en fin de compte, et c’est le cas de le dire, ne peut commencer que par un contrôle démocratique de cette comptabilité en valeur d’usage, et donc de la création monétaire y afférente sous forme de crédit.

D’une manière générale, la répartition de toutes les ressources, y compris humaines, en termes d’emploi, repose, en fin de compte, dans une société moderne technologiquement évoluée, sur la répartition du crédit.

C’est donc bien pourquoi le contrôle démocratique du crédit, à tous les niveaux, est la clef d’une répartition équilibrée et équitable des richesses produites.

Ce contrôle suppose donc une maîtrise démocratique de la création monétaire, c’est-à-dire un contrôle démocratique de la Banque Centrale, et à travers ce contrôle, un contrôle démocratique de l’ensemble du système bancaire et de la gestion des entreprises.

Et cela laisse donc encore à chaque citoyen une relativement grande liberté quant à l’utilisation de son argent personnel, que ce soit en « électronique » ou en espèces !

Quant à croire que l’on puisse tout à fait se passer d’argent, pourquoi pas, mais cela suppose que les humains soient assez évolués pour se rationner spontanément dans l’utilisation des ressources, ou bien qu’ils soient effectivement si peu nombreux qu’ils puissent en user sans aucune contrainte et sans compromettre pour autant le renouvellement des ressources, et c’est tout à fait ce qu’entendent faire les banco-centralistes, à terme, en fait !

En « attendant » que l’humanité ait atteint le degré d’évolution et de conscience quasi philosophique qui lui permettrait de se gérer en pleine liberté et respect de la nature, et cela sans aucune contrainte autoritaire, donc, d’ici là, une « phase de transition » telle que le contrôle démocratique du crédit, nécessitant déjà une énorme mobilisation des consciences citoyennes, ce serait déjà un « saut qualitatif » énorme et du genre encore actuellement assez improbable, à court ou moyen terme, mais néanmoins concrètement concevable, en termes de perspective politique révolutionnaire.

En espérant avoir répondu à l’essentiel de tes questions,

Amicalement,

Luniterre

***********

(* Paradoxe et suspense économique en 2021 : le Capital atteindra-t-il, ou non, le Nirvana par la Dette Mondiale ?

http://interfrsituation.eklablog.com/paradoxe-et-suspense-economique-en-2021-le-capital-atteindra-t-il-ou-n-a209197288)

4 Messages de forum

  • Salut Luniterre,

    On est en Occident, et plus précisément en France. Si ce sont les banco-centralistes qui dominent, et pas les capitalistes, ce sont eux les banco-centralistes, qui décident de l’idéologie qui doit être propagée. Donc, si la propagande dit qu’il faut faire des gosses, c’est que les banco-centralistes veulent des gosses. Ce soir, il y a eu encore une telle propagande :

    http://mai68.org/spip2/spip.php?art…

    Non, l’espace-temps ne se limite pas à notre planète. Et les banco-centralistes comptent bien envahir le cosmos. Par exemple la Lune, juste à côté de nous, est une gigantesque mine d’hélium 3 (quasiment absent sur Terre) qui servira de carburant aux centrales nucléaires à fusion. Etc. :

    http://mai68.org/spip2/spip.php?art…

    Et, pour coloniser tout le cosmos, il en faut du monde !

    Tu dis que même en temps banco-centraliste, "Le cycle de la dette correspond donc au cycle de reproduction nécessaire du capital fixe". Mais, il viendra un moment où les machines se reproduiront toutes seules et n’auront besoin pour cela d’aucun capital. Je t’ai déjà parlé de ces robots qui, déjà au début des années 1980, fabriquaient d’autres robots. C’était au Japon, au pied du Fuji Yama. Donc le capital disparaîtra avec les capitalistes.

    La monnaie numérique de banque centrale sera totalement artificielle. Elle servira seulement au crédit social. Elle servira seulement pour maintenir artificiellement le pouvoir absolu des propriétaires des banques centrales.

    Amitié,
    do
    http://mai68.org

    Répondre à ce message

    • La monnaie actuelle, camarade Do, en Occident banco-centralisé, et même en Chine, contrairement à la monnaie russe, est déjà quasi totalement artificielle et déconnectée de la valeur réelle des choses… Avec les MNBC, elle le sera encore plus totalement, mais surtout, encore plus maîtrisée comme outil d’oppression des peuples.

      Concernant les objectifs de propagande idéologique, il faut donc bien comprendre, encore une fois, que la bourgeoisie française n’est pas banco-centraliste de façon univoque, mais en grande partie par la contrainte et la nécessité des alliances auxquelles elle est incapable de se soustraire. Ceux des « élites » françaises pleinement banco-centralistes et donc conscients de l’être en sont aussi à manipuler les autres, y compris en leur faisant croire que les plus beaux jours du capitalisme reviendront, grâce à ces alliances, y compris en simulant de batailler idéologiquement pour la natalité, entre autres sujets "médiatiques".

      Une minorité, dont Charles Gave et quelques autres, déjà cités ici, refusent cette fatalité et tentent de se rapprocher des « souverainistes » pour espérer pouvoir se donner un peu de poids politique…

      Quant au stade où les machines se reproduisent toute seules, sans intervention humaine, reste à savoir si c’est encore avec où sans contrôle de la part des humains…

      Mais dans un cas comme dans l’autre, cela n’efface pas la problématique des ressources naturelles.

      Avec contrôle, cela implique donc toujours une gestion économique globale, et donc, une comptabilité.

      Sans contrôle, c’est effectivement tout à fait la fin de la notion de capital et d’argent, mais la lutte pour les ressources naturelles entre les machines elles-mêmes, pour se reproduire, risque d’être assez radicale, et même carrément de ne pas laisser de place à la race humaine, en définitive… !

      Amicalement,

      Luniterre

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  • Comme tu sais, il est encore des pays où ce n’est pas les capitalistes ni la banque centrale qui dirige, mais l’État.

    Je pense à la Russie dont la courte vidéo que tu connais le prouve, et dont je remets le lien pour le cas où quelqu’un qui ne la connaît pas passerait par là :

    http://mai68.org/spip/spip.php?arti…

    C’est ce qui fait que nous devons à tout prix défendre la Russie contre les USA.

    Mais il y a aussi l’Algérie : http://mai68.org/spip2/spip.php?art…

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