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Albanie : l’affaire du maire grec emprisonné pourrait être portée devant l’UE

mercredi 24 mai 2023, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 24 mai 2023).

https://www.euractiv.fr/section/l-e…

19 mai 2023

Par : Alice Taylor traduit par Alexis Debroux

Le ministre grec des Affaires étrangères, Níkos Déndias, a appelé les autorités albanaises à libérer Fredi Beleri, vainqueur des élections dans la municipalité d’Himarë, et a menacé de faire figurer cette question à l’ordre du jour du prochain Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE.

Les Albanais se sont rendus aux urnes dimanche (14 mai 2023) pour élire les maires et les conseillers locaux de 61 municipalités. Mais dans la ville d’Himarë, au sud du pays, où vit une minorité grecque, des troubles ont éclaté dès vendredi (12 mai).

En effet, ce jour-là, Fredi Beleri, un expatrié grec candidat à la mairie sous la bannière d’un parti de la minorité grecque aligné sur une coalition d’opposition, a été arrêté. Il a été accusé par la police de corruption active dans le cadre des élections, ce que M. Beleri nie en bloc.

M. Beleri a remporté le scrutin, mais on ne sait pas encore s’il assumera son mandat puisqu’il est toujours emprisonné.

Cette arrestation a déclenché une querelle entre Athènes et Tirana, et le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis, a même menacé de bloquer l’adhésion de l’Albanie à l’UE.

«  Je n’accepterai pas un tel comportement aux dépens des Grecs. Ce qui est arrivé à Fredi Beleri est inacceptable  », a-t-il affirmé.

Le ministre grec des Affaires étrangères, M. Déndias, a pour sa part déclaré qu’il ne comprenait pas pourquoi M. Beleri était toujours en détention, et il a souligné que cette situation pourrait sérieusement affecter les relations entre l’Albanie et la Grèce.

«  Nous ne faisons pas pression et nous ne crions pas, nous voulons l’amitié, mais pas à n’importe quel prix  », a-t-il déclaré ce jeudi (18 mai).

M. Déndias a déclaré qu’il se rendrait lundi à Bruxelles pour participer au Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE, où il soulèvera la question de l’arrestation du maire.

«  Comme il s’agit d’une affaire extrêmement sérieuse, je serai à Bruxelles lundi matin. Nous y déjeunerons avec les ministres des Affaires étrangères des Balkans occidentaux. La question devrait être soulevée lors du Conseil des ministres. […] Il n’est pas courant d’arrêter un candidat à la mairie 48 heures avant une élection et de le garder en détention. Pourquoi le garde-t-on [en détention prolongée]  ?  », a indiqué M. Déndias.

Selon les preuves divulguées aux médias albanais, les écoutes téléphoniques ont révélé que M. Beleri avait l’intention d’acheter des voix pour les élections locales. Une personne lui aurait fourni une liste de noms de personnes qui voteraient pour lui s’il leur donnait 5 000 leks (45 euros). Il aurait ensuite promis à la personne qui lui a envoyé la liste de noms de lui donner environ 300 euros.

Le dossier indique que l’argent n’a pas été remis par M. Beleri mais par une troisième personne qui a rencontré l’intermédiaire dans un bar d’Himarë et qui a échangé l’argent dans les toilettes.

Le jour de l’arrestation, M. Mitsotákis a déclaré avoir déposé une plainte auprès de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, arrestation qui, selon lui, était fondée sur des «  accusations infondées  ».

Le Premier ministre albanais, Edi Rama, a réagi en tweetant que cette affaire était un «  test pour la justice  ».

L’incident survient quelques mois après que M. Mitsotákis a annulé un voyage officiel à Himarë la veille du sommet UE-Balkans occidentaux à Tirana en raison de propos que M. Rama avait tenu lors d’un entretien avec EURACTIV.

M. Rama avait déclaré que la Grèce avait triché sur son processus d’adhésion à l’UE, des propos rapidement devenus viraux en Grèce.

Cet incident s’inscrit également dans le contexte d’un désaccord de longue date sur les frontières maritimes qui devrait être tranché par un tribunal international.

Lors d’un entretien avec EURACTIV en décembre 2022, le président du Parti démocrate d’Albanie (PDS) Sali Berisha — considéré comme plus proche d’Athènes — a révélé que la Turquie, un ennemi de longue date d’Athènes, avait effectué une «  intervention de très grande ampleur  » pour bloquer un accord sur les frontières maritimes entre l’Albanie et la Grèce en 2009.

La Grèce a également menacé de retirer son soutien à l’adhésion de l’Albanie à l’UE en raison de la question de la Chamerie.

Les Chams, qui habitaient la région grecque d’Épire, ont été déplacés de force par la Grèce entre 1913 et le 27 juin 1944. L’Albanie estime que quelque 30 000 Albanais chams ont été expulsés par la force de Grèce, que des centaines d’entre eux ont été massacrés et qu’environ 2 400 sont morts, notamment de faim, alors qu’ils étaient en chemin pour l’Albanie.

En mai 2022, M. Déndias, a laissé entendre que la poursuite des discussions concernant la question des Chams par l’Albanie pourrait nuire aux espoirs d’adhésion du pays à l’Union européenne.

«  La Grèce est prête à discuter uniquement des questions qui lui semblent exister […] Or, il n’y a pas de questions [concernant les Chams]. Toute tentative de créer et de discuter de questions inexistantes  » pourrait soulever des interrogations concernant l’adhésion à l’UE, avait-il déclaré.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]