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Au-dessus de la bande de Gaza, ravagée par les bombardements et affamée

samedi 13 avril 2024, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 13 avril 2024).

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13 avril 2024

Assawra

Mardi 9 avril 2024, 16 avions de huit pays, dont la France, ont largué 110 tonnes de nourriture et d’aide diverse à destination des Gazaouis, prisonniers de la guerre entre Israël et le Hamas. Une équipe du « Monde » a pu prendre place à bord de l’un des appareils.

Une terre de désolation. Telle est la vue qu’offre la bande de Gaza à 500 mètres d’altitude. Des rangées d’immeubles et de maisons détruits, comme concassés, par blocs et quartiers entiers, sur des kilomètres ; le gris des ruines s’associant à la couleur jaune sable de ce qui fut autrefois des routes et des rues. Çà et là surgit parfois la silhouette presque irréelle d’une bâtisse encore intacte, comme épargnée par la tempête de fer et de feu qui s’est abattue sur le territoire palestinien. La campagne est tout aussi meurtrie. Les fermes ont été emportées par la vague de destructions, offrant un terrible contraste avec la végétation, côté israélien, qui semble enserrer le territoire palestinien.

Mardi 9 avril 2024, 16 appareils participaient à une opération de largage d’aide humanitaire au-dessus de la bande de Gaza, dont deux avions de l’escadron de transport franco-allemand Rhin/Rhein : un KC-130 de la Luftwaffe et un C-130 J de l’armée de l’air française, à bord duquel Le Monde a pu monter. L’opération a mobilisé au moins 8 pays, une ampleur souhaitée par la Jordanie, à la veille de la fête de l’Aïd.

« La France a été le premier pays à répondre aux sollicitations jordaniennes. On l’a fait dès le 4 janvier pour un largage à guidage GPS au profit des deux hôpitaux de campagne jordaniens à Gaza », se félicite Alexis Le Cour Grandmaison, ambassadeur de France à Amman. « La Jordanie a souhaité fin février faire évoluer ces opérations en associant un plus grand nombre de pays et en passant d’un guidage GPS à des opérations plus massives, directement au profit de la population, dans un contexte de congestion des points de passage ou de leur non-ouverture par Israël », explique-t-il.

« Je n’ai jamais vu cela »

Ce 9 avril, il s’agissait de la quinzième mission franco-allemande, en plus d’une dizaine de largages assurés seulement par des avions français. Mais même pour les militaires plus aguerris, la découverte de l’ampleur des destructions dans la bande de Gaza, bombardée depuis six mois par l’armée israélienne, a été un choc. « Je n’ai jamais vu cela. C’est un truc de fou », témoigne l’un d’entre eux. « Pourtant, j’ai fait Mossoul, Rakka [deux villes en Irak et en Syrie reprises à l’organisation Etat islamique en 2017]. Là-bas, les populations pouvaient sortir et fuir les combats. Ici, elles sont coincées en pleine zone de guerre », poursuit-il. « Lors de mon premier largage, à très basse altitude, on voyait des gens et des gosses courir après les palettes avant qu’elles n’atteignent le sol ; ça retourne les tripes », ajoute un autre.

Les quelque 7,5 tonnes transportées par le C-130 français sont parachutées ce mardi entre la ville de Beit Lahya et la mer, à l’extrême nord du territoire. A bord, du riz, du maïs, des boîtes de conserve et un complément de jouets et de vêtements pour enfants. Près de 300 000 personnes survivent dans cette partie de la bande de Gaza, là où les camions d’aide, venus du sud, n’arrivent qu’au compte-goutte. La famine commence à faire des victimes.

Après une descente rapide, les pilotes cabrent l’appareil pour libérer les palettes qui glissent sur un rail et quittent l’avion. Le paysage décimé du nord de Gaza apparaît. La séquence de largage elle-même, avant que l’avion n’effectue un virage serré vers la mer, a duré à peine une minute. Quelques instants plus tôt, les militaires s’étaient rapidement mis en place, enfilant leurs gilets pare-balles, s’équipant de casques et même de parachutes pour ceux qui s’avancent au plus près du vide.

La zone de largage, peu densément peuplée, a été définie par les Jordaniens et connue au dernier moment par les équipages eux-mêmes. « Chaque zone choisie par l’armée jordanienne est une zone qui, a priori, peut correspondre à un type de largage spécifique. Elles sont plus ou moins vastes. Pour permettre d’éviter qu’il y ait une dérive des cargaisons sur les bâtiments », explique la lieutenant Macé.

« C’est en fonction de la longueur de la zone qu’on peut déterminer le nombre maximum de charges qu’on va pouvoir larguer. Aujourd’hui, avec sept charges, cela va durer moins de trente secondes, précise un capitaine. Elles pèsent chacune plus d’une tonne et nous allons les larguer par gravité, avec une précision de 50 à 200 mètres selon les conditions météo, mais on table sur une cinquantaine de mètres près. »

Des opérations coordonnées avec Israël

Ces parachutages sont dangereux pour les populations. Le 8 mars, cinq personnes ont été tuées et dix autres blessées par la chute de colis sur le camp de réfugiés d’Al-Chati quand le parachute d’une cargaison lâchée par un C-17, probablement émirati, ne s’est pas ouvert. Certains paquets sont tombés et ont atteint le sol à plus de 150 km/h, selon les estimations de la cellule d’enquête vidéo du Monde.

Côté français, dix parachutes sont attachés à chaque palette pour éviter ce type d’incident. « Concrètement, s’il y a une voile ou deux qui ne s’ouvre pas pendant la séquence d’ouverture, les autres prendraient naturellement le relais pour garantir l’arrivée au sol de la charge », explique l’adjudant Franck, du 1er régiment du train parachutiste, affairé avant le vol à vérifier et revérifier que la cargaison est bien attachée. « Nous sommes les seuls à être équipés de ce type de matériels », assure-t-il.

L’exercice a cependant ses limites. Au moins un largage a été effectué précédemment dans le sud de la bande de Gaza et il avait inquiété les pilotes. « Il n’y a pas d’espace là-bas. En bas, c’est une mer de tentes », se souvient l’un d’eux, en référence aux centaines de milliers de déplacés palestiniens qui vivent dans des camps de toile autour de la ville de Rafah, point de passage entre l’Egypte et Israël, ou à Al-Mawassi, une bande de littoral d’un kilomètre de large et de 14 kilomètres de long. « Même si les charges sont plus petites, vous courrez le risque que l’une d’entre elles finisse sur une tente où il y a des enfants, des gens… »

Les opérations sont coordonnées avec Israël, qui doit donner son feu vert pour que les avions traversent son espace aérien. Cette coordination entre les différents pays impliqués dans ces vols humanitaires et l’Etat hébreu n’est pas toujours simple. Alors que la bande de Gaza est à moins d’une demi-heure de vol de la base d’où les appareils ont décollé, le C-130 aura tourné plus d’une heure autour du territoire palestinien pour quelques minutes réellement passées au-dessus de l’enclave, la porte de sa soute ouverte. Le contenu des échanges entre les équipages et les forces israéliennes relève, lui, du secret-défense. « Cela ne se passe pas toujours sans soucis. Les Israéliens ont leurs propres opérations, l’espace aérien est tout petit et ça peut les déranger qu’on soit là », glisse un officier.

L’équivalent d’à peine 12 camions

Si l’ampleur des moyens logistiques et humains mis en œuvre pour préparer, coordonner, faire décoller et revenir 16 avions, est spectaculaire, le volume des aides larguées reste modeste : 110 tonnes pour ce qui est décrit comme « la plus grosse opération du genre à laquelle la France ait participé à ce jour », selon l’état-major des armées françaises. Soit l’équivalent d’à peine 12 camions entrant dans le territoire palestinien par voie terrestre. Pour les acteurs humanitaires, on est loin du compte. Selon l’ONU, avant la guerre, au moins 500 camions entraient quotidiennement dans l’enclave palestinienne. « La situation est si désespérée que toute aide est bienvenue, à condition qu’elle arrive de manière sûre, soulignait le 26 mars James Elder, porte-parole de l’Unicef. Mais ce ne doit pas être une diversion : une aide alimentaire est habituellement parachutée quand les personnes sont isolées, à des centaines de kilomètres de tout. Ici, l’aide dont on a besoin est à peine à quelques kilomètres : il faut utiliser les routes ! »

S’il n’emploie pas les mêmes termes, Alexis Le Cour Grandmaison, l’ambassadeur de France en Jordanie, n’est pas loin de penser la même chose : « Il y a une conscience très forte que la voie aérienne ne peut pas constituer en tant que telle une voie d’acheminement (…) par rapport aux besoins. C’est une solution de dernier recours qui est utilisée faute d’alternative à ce stade », explique-t-il. « Mais la logique de cette opération est profondément politique et le président de la République l’a soulignée avec force. Comme le fait d’ailleurs le roi de Jordanie : c’est l’exigence de la réouverture des points de passage [terrestres] », ajoute-t-il. Alors que de nouvelles opérations aériennes sont prévues dans les prochains jours, les autorités israéliennes ont affirmé, mardi, que 468 camions étaient entrés dans la journée dans la bande de Gaza. Un chiffre contesté par les Nations unies.

Par Madjid Zerrouky
Le Monde du 12 avril 2024

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