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Soudan : Béchir déclare l’état d’urgence, limoge le gouvernement

dimanche 24 février 2019, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 24 février 2019).

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22 février 2019

Assawra

Le président soudanais Omar el-Béchir prononce un discours à la nation, le 22 février 2019 à Khartoum (afp)

Le président soudanais Omar el-Béchir a déclaré vendredi 22 février 2019 l’état d’urgence dans l’ensemble du Soudan et annoncé le limogeage du gouvernement ainsi que des instances dirigeant les provinces du pays, secoué depuis deux mois par des manifestations réclamant son départ.

"J’annonce l’état d’urgence dans tout le pays pour un an", a déclaré M. Béchir dans un discours télévisé à la Nation.

"J’annonce la dissolution du gouvernement aux nivaux fédéral et provincial", a-t-il ajouté.

En plein marasme économique, le Soudan est le théâtre depuis deux mois de manifestations quasi quotidiennes déclenchées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain. La contestation s’est vite transformée en un mouvement réclamant la "chute" du président Béchir, au pouvoir depuis 1989.

Selon un bilan officiel, 31 personnes sont mortes depuis le début des troubles. L’ONG Human Rights Watch (HRW) évoque le chiffre de 51 morts, dont des enfants et des personnels médicaux.

Des centaines de manifestants, dont des chefs de l’opposition, des militants et des journalistes, ont été emprisonnés par le puissant service du renseignement (NISS).

Inébranlable face à ce qui constitue, selon des experts, son plus grand défi en trois décennies, le chef de l’Etat de 75 ans envisage de briguer un troisième mandat lors de la présidentielle de 2020.

La seule façon de changer le pouvoir en place est de passer par les urnes, avait-il argué en janvier.


Soudan : changements dans les hautes sphères du pouvoir mais la contestation perdure

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23 février 2019

Assawra

"Le fait d’imposer l’état d’urgence montre la peur au sein du régime", a affirmé dans un communiqué l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe des partis d’opposition et l’Association des professionnels soudanais (APS), fer de lance de la contestation. (afp)

Le président soudanais Omar el-Béchir a procédé samedi à des changements dans les hautes sphères du pouvoir au lendemain de l’annonce de l’état d’urgence et du limogeage des gouvernements fédéral et provinciaux, des mesures choc qui interviennent après deux mois de contestation antigouvernementale.

Les organisateurs de la contestation ont rejeté les mesures annoncées par le président Béchir, assurant qu’elles n’empêcheraient pas les manifestants de poursuivre leur mouvement pour réclamer son départ.

Le président Béchir a annoncé vendredi, dans un discours à la Nation, "la dissolution du gouvernement aux niveaux fédéral et provincial" et décrété l’état d’urgence pour un an, affirmant que le Soudan traversait la situation "la plus difficile de son histoire".

En plein marasme économique, le Soudan est le théâtre depuis le 19 décembre de manifestations quasi quotidiennes déclenchées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain.

La contestation s’est vite transformée en un mouvement réclamant la chute du président Béchir, qui tient le pays d’une main de fer depuis 1989.

Le président Béchir a nommé samedi au poste de Premier ministre Mohamed Taher Ela, ancien gouverneur de l’Etat agricole d’Al-Jazira, selon la présidence. Il a également limogé son premier vice-président et allié de longue date Bakri Hassan Saleh. Selon un décret présidentiel, le poste sera désormais occupé par le ministre de la Défense Awad Ibnouf qui garde son portefeuille.

Inébranlable face à ce qui constitue, selon des experts, son plus grand défi en trois décennies, le chef de l’Etat de 75 ans envisage de briguer un troisième mandat lors de la présidentielle de 2020.

"Le fait d’imposer l’état d’urgence montre la peur au sein du régime", a affirmé dans un communiqué l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe des partis d’opposition et l’Association des professionnels soudanais (APS), fer de lance de la contestation.

- Poursuivre les manifestations -

"Nous continuerons (…) à descendre dans la rue (…) jusqu’à ce que nos demandes sont entendues", a-t-elle ajouté.

Pour le parti al-Oumma de l’ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi, qui fait partie de l’alliance, les dernières mesures ne sont "rien d’autre qu’un (nouveau signe) de l’échec" du régime.

"Rien ne satisfera le peuple qui sort dans les rues hormis la chute de ce régime", a ajouté dans un communiqué cette formation.

L’APS, qui regroupe notamment des médecins, enseignants et ingénieurs, avait appelé vendredi après le discours du président à poursuivre les manifestations jusqu’à la chute du régime.

Pour International Crisis Group (ICG), la situation pourrait bien empirer avec l’imposition de l’état d’urgence.

"Béchir va concentrer les pouvoirs et cela va ouvrir la voie à une confrontation avec le mouvement de protestation qui pourrait devenir plus violente", craint Murithi Mutiga, de l’ICG.

M. Béchir a affirmé vendredi que le pays avait besoin de "gens qualifiés" selon lui. Cinq ministres, dont ceux des Affaires étrangères, de la Défense et de la Justice, conserveront leur portefeuille, a-t-il dit. Il a en outre nommé à la tête des 18 provinces du pays 16 officiers de l’armée et deux responsables de la sécurité.

Les manifestations, qui ont touché la capitale Khartoum et de nombreuses villes du pays, ont été réprimées par le puissant Service national du renseignement et de la sécurité (NISS).

- "Ampleur de la crise" -

Selon un bilan officiel, 31 personnes sont mortes depuis le 19 décembre 2018. L’ONG Human Rights Watch (HRW) évoque le chiffre de 51 morts, dont des enfants et des personnels médicaux.

Le NISS a en outre arrêté depuis décembre des centaines de manifestants, leaders de l’opposition, militants et journalistes, d’après des ONG.

Vendredi encore, le rédacteur en chef du journal indépendant d’Al-Tayar, Osmane Mirghani, a été arrêté, a indiqué à l’AFP son frère Ali Mirghani. Le NISS a également confisqué samedi le tirage d’Al-Tayar, selon Ali Mirghani.

Le journaliste avait déclaré plus tôt que les mesures annoncées par le président ne parviendraient pas à stopper le mouvement de contestation.

La contestation a été largement motivée par la mauvaise situation économique du pays.

Au-delà de la baisse des subventions du pain, le Soudan, amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, est confronté à une inflation de près de 70% par an et fait face à un grave déficit en devises étrangères.

Les Soudanais doivent composer avec des hausses de prix et des pénuries d’aliments et de carburants.

"Le régime n’a jamais rien compris à l’économie", estime Eric Reeves, spécialiste du Soudan à l’université de Harvard pour qui la déclaration de l’état d’urgence ne va pas améliorer la situation économique.

Pour M. Mutiga, si les Soudanais, "soutiennent quasi unanimement les revendications des manifestants", c’est en raison notamment de "l’ampleur de la crise économique".

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