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L’illusion monétaire

jeudi 26 septembre 2019, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 26 septembre 2019).

https://www.politis.fr/articles/201…

Dominique Plihon, Membre du conseil scientifique d’Attac

Article paru Politis N° 1570
Du 2019-09-25 15:00:05

Les politiques menées par les banques centrales sont non seulement inefficaces mais également dangereuses.

À la suite de la crise de 2008, le pouvoir des banques centrales s’est considérablement renforcé. La politique monétaire est devenue le principal instrument de la politique économique. Mais les postulats du dogme monétariste, héritage de Milton Friedman, qui fondent ce pouvoir des banques centrales sont plus que jamais contredits par la réalité aujourd’hui. C’est d’abord l’idée que l’inflation serait causée par un excès de création monétaire. Or la période actuelle se caractérise par une inflation basse, de l’ordre de 1 % dans la zone euro, alors même que les banques centrales ont procédé à une création monétaire massive pour tenter d’endiguer la crise. En fait, la baisse de l’inflation a des causes réelles, non monétaires, liées à la surproduction du capitalisme mondial et à la dépression salariale causée par la concurrence des pays à bas salaire.

La deuxième illusion monétaire concerne la croyance en la capacité des banques centrales à stabiliser l’économie et à éviter la chute de l’activité économique. Or, alors qu’elle a injecté plus de 2 600 milliards d’euros dans le système financier européen, soit l’équivalent du PIB de la France, la Banque centrale européenne (BCE) n’a pas empêché que la zone euro soit l’une des régions du monde les plus déprimées économiquement, avec un taux de chômage élevé. En fait, cette création monétaire est tombée dans la «  trappe de liquidité  », selon l’expression de Keynes  : les liquidités créées par les banques centrales, faute de financer l’investissement et la production, sont allées alimenter les marchés financiers. Résultat  : des bulles spéculatives dangereuses se sont formées sur ces marchés, qui, lorsqu’elles éclateront, pourraient être à l’origine de la prochaine crise financière internationale.

Ainsi, les politiques menées par les banques centrales sont non seulement inefficaces mais également dangereuses. L’une des raisons de l’impuissance des banques centrales est qu’elles sont confrontées à une contradiction majeure des politiques néolibérales  : d’un côté, elles actionnent l’accélérateur monétaire  ; de l’autre, les gouvernements et les entreprises freinent l’activité et l’emploi par leurs politiques de rigueur budgétaire et salariale.

Mario Draghi, président de la BCE dont le mandat arrive à son terme, vient d’annoncer un renforcement de la politique dite d’assouplissement monétaire, qui se traduit par des taux d’intérêt durablement bas, voire négatifs. Ces mesures seront à nouveau vouées à l’échec, sauf si la création monétaire de la BCE est mise au service d’une relance économique par des créations d’emplois, des hausses de salaires et des investissements publics pour donner enfin la priorité aux objectifs de la transition énergétique. Les bas taux d’intérêt sont une opportunité pour financer ces dépenses publiques. Quitte à désobéir aux traités européens qui limitent les déficits publics (1).

Note : (1) Cette Europe malade du néolibéralisme. L’urgence de désobéir, Attac et la Fondation Copernic, Les Liens qui libèrent, 2019.

Note de do : Au lieu d’"injecter" du fric dans le "système financier", la BCE ferait mieux de donner ce fric aux pauvres !

1 Message

  • L’illusion monétaire 26 septembre 23:09, par a_suivre

    NOUVELLE DÉMISSION FRACASSANTE D’UN HAUT BANQUIER CENTRAL ALLEMAND À LA BCE. Par Vincent Brousseau


    Dans un article vieux d’un an, j’avais consacré un paragraphe intitulé « Aparté sur les banquiers centraux allemands », qui dressait une liste de quelques anciens représentants allemands au directoire de la BCE ou présidents de la Bundesbank qui avaient manifesté de manière visible leur désamour pour l’euro.
    (source : https://www.upr.fr/france/regarde-c… )

    Outre Schlesinger (ex-Bundesbank), qui avait attiré l’attention d’un économiste bien médiatisé sur le problème des Targets, outre Weidmann, duquel nous avons déjà beaucoup parlé, il y figurait deux démissionnaires :

    💥 Axel Weber, démissionnaire de la présidence de la Bundesbank en raison de désaccords avec la politique monétaire de la BCE,

    💥 et Jurgen Stark, démissionnaire du directoire de la BCE en raison de désaccords avec la politique monétaire de la BCE.

    La liste vient de s’allonger d’une nouvelle démission ce 25 septembre 2019 au soir.

    💥 Sabine Lautenschläger, à son tour, vient d’annoncer sa démission du directoire de la BCE, en raison de désaccords avec la politique monétaire de la BCE. Son mandat devait normalement durer encore 3 ans.
    (Source : https://www.welt.de/newsticker/news… )


    💣 CONCLUSION : les démissions en cascade révèlent
    que le problème de l’euro ne fait que s’aggraver


    Nos lecteurs peuvent ainsi observer que le mauvais vouloir des banquiers centraux allemands envers l’euro n’est pas qu’une vue de l’esprit.
    Nous n’en répéterons pas les raisons, que nous avons déjà surabondamment expliquées. Ce nouvel épisode vient simplement rappeler que le problème n’est pas près de trouver une solution.
    Une monnaie européenne qui pousse trois des banquiers centraux allemands de plus haut rang à démissionner et deux autres à ourdir dans l’ombre des pièges pour la faire trébucher n’est pas promise à un bel avenir.

    Nos condoléances aux européistes.
    Vincent Brousseau
    25 septembre 2019

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