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Violences pénitentiaires bâillonnées

mardi 3 août 2021, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 3 août 2021).

Lenvolee.net : L’Infâme nous écrit depuis longtemps pour raconter ses combats contre l’administration pénitentiaire (AP). Transféré à Vendin en septembre 2020, il a été tabassé par les matons qui l’ont presque laissé pour mort, passant un nouveau cap dans la torture qui lui est infligée. ll a été transféré à Valence ; nous savons que malgré ce qu’il endure, il garde le moral et n’est pas suicidaire. S’il devait lui arriver malheur, nous tiendrions l’AP pour seule responsable. N’hésitez pas à nous contacter si vous voulez lui écrire, le soutenir. Force à lui !

« C’est hallucinant,les trucs qu’ils inventent pour justifier les actes odieux et injustes »

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Journal d’avril 2021 sorti le 27 juin 2021 - 2 Euros

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Centre pénitentaire de Vendin-le-Vieil, le 17 novembre 2020

Salut,

Tout va très, très mal : une fois encore, ça recommence. Ils me font du mal. Sérieusement trop. Depuis mardi 10 novembre, je suis au cachot. Ça se passe mal, ici. Samedi, j’ai subi salement deux agressions. Ils m’ont mis les menottes, puis m’ont dit : « On te met à côté, on va te faire une fouille. » Moi, OK, je les ai suivis, j’ai obtempéré. Sauf que depuis mercredi soir, j’ai le bras droit comme paralysé : j’ai tenté de me suicider en me mettant la corde au cou tellement ils me poussent à bout. Heureusement, j’ai fait ça n’importe comment, car je suis pas un habitué de la chose ; la corde a pété et je me suis mangé la gueule par terre. Bref… Depuis, j’ai plus de sensations dans le bras droit. J’ai perdu conscience cette nuit-là, donc je crois que c’est lié à ça, la paralysie.

Je me fous à poil pour la fouille (j’ai du mal, mais j’y arrive)… Puis le surveillant en face de moi, qui porte un bouclier, me dit : « Lève les bras » – bien qu’il sache très bien que je peux pas lever le bras droit. Je lui dis : « OK, mais je suis obligé de le faire en m’aidant de l’autre main. » J’avais le bras gauche en l’air ; j’ai même pas le temps de descendre ma main pour attraper la droite et la lever au dessus de la tête qu’il me charge très brutalement. Ma tête a heurté le mur derrière moi de manière tellement violente qu’il m’a mis KO. Et là, mon frérot, mon calvaire n’a fait que commencer. KO, à terre, je suis roué de coups de pied ! Combien de temps ? Je sais pas, mais ça m’a paru interminable. Trois quarts KO, un quart conscient, je vois les jambes des surveillants me frapper, mon corps faire des sursauts – mais impossible de me protéger. Puis, celui qui m’a mis le KO est monté sur mon dos, m’a fait une espèce d’étranglement, puis il m’a dit : « On va voir c’est qui, l’enculé ! »

Ensuite, ben, ça a été la lacrymo. Ils m’ont mis 27 jets de gazeuse (mes oreilles ont entendu 27 pshitt !) Les endroits visés sont multiples : les yeux, le nez, l’intérieur des narines, sur et dans la bouche, sur et dans les oreilles, sur les testicules et sur le sexe.

J’ai encore repris des coups, puis ils m’ont dit « Rhabille-toi », alors que ça me brûlait de partout ! Ils me disaient tout en me bousculant : « Allez, dépêche-toi, on perd patience… On va encore te “stimuler” à coup de gazeuse si tu te dépêches pas. » J’ai lâché mes vêtements, car la bousculade avait empiré la sensation de brûlure. J’ai cherché mes fringues à tâtons sur le sol, ce qui m’a valu d’être piétiné à nouveau et de reprendre une nouvelle série de petits coups de gazeuse.

Malgré ça et les gifles que me mettait toujours le même surveillant, j’ai quand même réussi à m’habiller en mettant juste le bas de jogging, le tee-shirt, et un pull-over – je crois –, mon bourreau a dit : « Ah, il a oublié le caleçon, ça vaut bien encore quelques… » Mais là, un autre agent lui a pas laissé finir sa phrase, il a dit : « C’est bon, on lui en a foutu plein la gueule… mais là, c’est trop ! » Mon bourreau a dit à l’autre surveillant : « T’étais d’accord aussi pour qu’on l’sèche ! T’étais OK comme les autres… – Oui, sauf que là, ça suffit, il a son compte. C’est bon, on arrête les frais ! » Quel con j’ai été de croire qu’ils étaient en train de s’embrouiller ! J’ai pas capté que celui qui faisait style qu’il voulait arrêter, en fait, pendant qu’il parlait, il se mettait en « position » ! Il s’est placé stratégiquement pour me gazer de loin mais avec précision, sans toucher ses collègues. Tout en me faisant face pour viser ! Ça les a bien fait rire ! Il a encore envoyé quatre jets rapides à ce moment-là, un dans les yeux, un dans le nez, un autre dans la bouche quand j’ai crié de douleur, et un à l’intérieur des oreilles ! J’ai hurlé ! Puis, celui que je croyais temporisateur a dit en rigolant : « Putain, ça part vite, cette connerie-là ! Mais ça a pas l’air d’être efficace… » Et il m’en a refoutu à l’intérieur du conduit auditif. Depuis ce jour, j’entends un bruit en continu dans mon oreille gauche ! Un sifflement 24 heures sur 24… Ça les a tous fait marrer. La première surveillante a éclaté de rire en disant : « Bon alors, enculé, tu fais encore le malin maintenant ? C’est qui qui commande ici, hein ? » Vu que je répondais pas, elle m’a dit : « J’entends rien ! Je t’ai posé une question, tu vas répondre, sinon on va te retomber dessus… »

Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Je suis menotté dans le dos, j’ai mangé un KO, j’ai des hématomes à la tête et un peu partout sur le corps, mon corps me brûle à cause de la lacrymo, j’y vois presque rien… J’ai été obligé de faire la victime pour qu’ils arrêtent. Je leur ai dit « OK, c’est bon, c’est bon, j’fais pas l’malin, c’est vous les patrons, c’est vous les tauliers ! J’ferme ma gueule, y a rien à dire ! C’est vous les plus forts. »

Ça m’a fait mal aussi, de leur dire ça ; mais je pense que si j’avais rien dit, ils auraient continué, et la gazeuse m’aurait tué, je pense, en m’étouffant. T’aurais dû voir ça : ils étaient comme possédés. Rien ne les aurait fait arrêter. C’est pas, comme ils le prétendent, une fouille à laquelle je n’ai pas voulu me soumettre, mais bel et bien une punition, doublée de sévices graves ! J’me sens si faible face à eux. J’en suis convaincu : ils ont planifié et organisé la punition violente qu’ils m’ont fait subir ce samedi.

Et dis-toi qu’il a fallu que je foute le bordel en service de nuit pour qu’un gradé aille faire en sorte que je voie quelqu’un… Même si j’ai vu une infirmière que le lendemain matin (les faits se sont passés samedi matin) et qu’apparemment y a pas de médecin jusqu’à mercredi. D’ici là, il n’y aura plus d’hématomes ni de bleus ! Toute trace de cette agression aura disparu ! « On y peut rien, y a pas de médecin avant mercredi, la seule chose qu’on peut faire, c’est vous donner du Doliprane ! – Mais c’est pas de Doliprane dont j’ai besoin. Ce dont j’ai besoin, c’est d’être examiné et soigné au plus vite, et d’obtenir un certificat médical pour déposer plainte contre ces individus. Mercredi, tout aura disparu. Voilà ce dont j’ai besoin, et tout de suite, pas mercredi ! »Voilà ce que j’ai dit.

La façon dont ils m’ont démonté, les sévices qu’ils m’ont faits, et tout ce qu’ils font autour de ça pour faire croire que tout est légitime et que tout a été fait dans les règles ! Je suis au cachot depuis mardi, et c’est seulement aujourd’hui dimanche qu’on me donne de quoi écrire ! Mais on veut pas me donner de quoi me laver. On me donne pas à manger comme aux autres… soidisant sur ordre de la direction. C’est hallucinant, les trucs qu’ils inventent pour justifier les actes odieux et injustes. En gros, les surveillants et une première surveillante – qui fait partie de ces gradés qui mentent et inventent souvent des choses pour me porter atteinte de façon récurrente ces temps-ci – se sont mis d’accord pour mentir, pour dire que je les ai menacés de leur jeter des excréments et de l’urine avec les barquettes dans lesquelles on nous donne à manger. Donc l’ordre de la direction, c’est « Mettez un rapport d’incident pour ces menaces inventées à B., et nous, en tant que membres de la direction, on vous autorise à ne plus lui donner un repas normal en barquette. Donnez-lui seulement quatre petites portions individuelles de fromage avec un fruit le midi, et pareil le soir ! » Et, comme on m’a dit, le « repas de punition », comme ils l’appellent ici, a été validé par le médical. Est-ce légal ? Est-ce humain ?

Ils veulent même pas que j’aille au téléphone. Pourtant, j’ai le droit d’y aller, mais ils inventent des trucs, ils disent que j’insulte, menace, etc., ce qui leur donne le droit, selon eux, de ne pas m’amener au téléphone. Ils m’ont poussé au suicide une fois déjà. Je recommencerai pas car c’est atroce. Mais ça veut pas dire qu’eux n’essaieront pas de me tuer. Et vu que j’ai essayé – poussé par eux –, si eux me tuent, ils diront : « Il avait déjà essayé, sauf que là, il s’est pas loupé ; la première fois, il s’était loupé. »

À bientôt les amis, bisous à tous !

L’Infâme

« Est-ce légal ? est-ce humain ? »

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1 Message

  • Violences pénitentiaires bâillonnées 4 août 16:00, par Robert Bibeau

    Merci à DO pour ces informations précieuses.

    Dans une société corrompue et totalitaire le système pénitentiaire est la première institution bourgeoise à être "faschiser" en même temps que l’ensemble du système de "justice" au service des riches.

    Robert Bibeau

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