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La domination policière au cœur d’un essai de Mathieu Rigouste

samedi 22 décembre 2012 (Date de rédaction antérieure : 20 décembre 2012).

La domination policière au cœur d’un essai

http://www.lesinrocks.com/2012/12/1…

par Jean-Marie Durand, David Doucet, le 15/12/2012 | 12h30

Un ouvrage du chercheur Mathieu Rigouste se penche sur les violences policières subies par les habitants des quartiers populaires. Ou quand la force de l’ordre devient droit commun.

Un rapport récent sur l’état du droit dans le monde dénonçait la France pour ses retards dans les procédures judiciaires et pour ses discriminations policières à l’encontre des minorités. Cette domination policière dans les quartiers populaires fait l’objet d’une réflexion du chercheur Mathieu Rigouste, auteur de livres remarqués sur la question des quartiers et de la violence d’État (L’Ennemi intérieur, Les Marchands de peur).

Dans son nouvel essai, La Domination policière – Une violence industrielle, il propose une analyse des mécanismes de constitution et de perpétuation de la violence policière. On compte “en moyenne douze morts par an directement liées à l’exercice de la police” depuis le milieu des années 2000, rappelle-t-il. “J’ai vu évoluer la domination policière dans les quartiers populaires en habitant vingt-six ans à Gennevilliers ; j’ai pu observer d’autres transformations dans les mouvements des luttes sociales auxquelles j’ai participé depuis la fin des années 90”, souligne-t-il. “J’ai vu des unités de la police française quadriller les quartiers et s’y lancer dans des chasses militarisées rappelant de véritables occupations coloniales”, insiste-t-il, militant autant que chercheur.

Mathieu Rigouste a compilé les archives du réseau “Résistons ensemble” contre les violences policières et celles réunies par l’historien de la police Maurice Rajsfus, qui donnent accès à des centaines de faits de violence policière quotidiens au long de la décennie 2000, dont il tente d’éclairer les logiques sociales cachées. Selon lui, la violence policière, “rationnellement produite et régulée par le dispositif étatique”, s’enracine dans l’ancien système colonial dont “l’État impérialiste” reproduit, en les restructurant, les formes impures. Cinquante ans après les guerres d’Indochine et d’Algérie, “il s’agit toujours de maintenir l’ordre chez les colonisés de l’intérieur, de contenir les territoires du socio-apartheid.”

Dès le début des années 90, l’insécurité urbaine devient une cible prioritaire des gouvernants : renforcement de la présence policière, quadrillage dissuasif du terrain, contrôle des étrangers… Cette application “néolibérale, sécuritaire et endocoloniale du quadrillage contre-insurrectionnel” a généré dix-sept lois entre 2001 et 2009, “favorisant l’extension et la diversification des formes contemporaines de la violence policière.”

Au cœur de cette stratégie de la tension, déterminant, le rôle des BAC (brigades anti-criminalité) : analysées par le sociologue Didier Fassin dans La Force de l’ordre (Seuil, 2011), ces polices de choc “provoquent de l’humiliation et de la colère partout où elles passent”. Rigouste éclaire les processus historiques qui conditionnent cette domination : extension de la ville sécuritaire (analysée par Stephen Graham dans Villes sous contrôle) ; attention de l’appareil d’État à tout ce qui menace l’ordre politique et social ; collaboration des industries de la coercition et de la gestion carcérale… Son constat l’écarte des travaux d’autres universitaires, comme Laurent Mucchielli, qui relativisent cette augmentation de la violence dans les quartiers. Lui s’en défend :

« Beaucoup de sociologues voient la violence policière comme une sorte de dysfonctionnement alors que je pense qu’elle résulte de son fonctionnement ordinaire. »

Par-delà ses possibles excès, cette rhétorique libertaire élargit un corpus d’études sur la police française qui, de Didier Fassin à Fabien Jobard ou Emmanuel Blanchard, dessinent précisément les lignes de fracture entre les citoyens dominés socialement et les forces de l’ordre.

La Domination policière – Une violence industrielle de Mathieu Rigouste (La Fabrique), 258 pages, 15 €

http://www.lafabrique.fr/catalogue.php?idArt=729

Les policiers ont assassiné Malik Oussekine le 6 décembre 1986 vers une heure du matin (vidéo 4’39) :

http://mai68.org/spip/spip.php?article4787

mai 68 - Témoignages sur les violences policières (vidéo d’époque 20’) :

http://mai68.org/spip/spip.php?article1829

2 Messages de forum

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