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L’Égypte acceptera-t-elle le déplacement des Palestiniens en échange d’un allègement de sa dette ?

jeudi 29 février 2024, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 29 février 2024).

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Publié par Gilles Munier le 29 Février 2024, 10:18am

Par Mohamad Hasan Sweidan (revue de presse : Spirit of free speech - 26 février 2024)

Version originale : The Cradle

Alors que les intérêts géopolitiques sont liés aux impératifs financiers, le sort de millions de Palestiniens est en suspens, soumis aux caprices de la politique des pouvoirs & du calcul stratégique.

La stabilité de l’Égypte est cruciale pour l’Arabie saoudite & les Émirats arabes unis, mais l’aide financière est liée au déplacement des Gazaouis vers le Sinaï, une menace encore plus grande pour la sécurité nationale du Caire.

Document sans nom

Alors que l’assaut militaire brutal d’Israël sur Gaza s’intensifie, des informations continuent de circuler sur un important compromis égyptien en préparation : l’absorption d’un grand nombre de Palestiniens déplacés de la bande de Gaza en échange d’un allègement de l’énorme dette du Caire - qui dépasse les 160 milliards de dollars.

Pourtant, plus de quatre mois après le début de la guerre, le parlementaire égyptien Mustafa Bakri affirme que le président Abdel Fattah al-Sisi a rejeté 250 milliards de dollars de la part d’États étrangers en guise de compensation pour permettre aux habitants de Gaza de se réfugier dans le Sinaï.

Malgré le refus répété du Caire de voir transférer de force des Palestiniens sur le territoire égyptien, le gouvernement égyptien continue de craindre un afflux potentiel de Gazaouis fuyant les atrocités israéliennes, les risques inhérents à leur éventuel retour et la déstabilisation de la frontière avec le Sinaï. D’importantes questions subsistent quant aux véritables bénéficiaires du déplacement des Palestiniens au-delà des limites de la bande de Gaza.

Alors que le conflit gagne en férocité et en ampleur, il est désormais évident que pour de nombreux dirigeants arabes, la cause palestinienne est devenue une préoccupation secondaire, voire un véritable fardeau. Les États arabes qui ont normalisé leurs relations avec Israël en 2020 - comme les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan - considèrent actuellement la Palestine comme un obstacle à leur marge de manœuvre diplomatique.

La solution : des fonds pour les populations déplacées

Alors qu’Israël poursuit sa progression militaire dans le territoire le plus au sud de Gaza, à Rafah, des photos et des vidéos publiées par la Sinai Foundation for Human Rights révèlent que l’Égypte a commencé à construire une zone clôturée à sa frontière avec Gaza, ostensiblement destinée à abriter les Palestiniens fuyant l’attaque israélienne prévue sur Rafah.

Les images montrent des ouvriers utilisant des engins lourds pour installer des barrières en béton et des tours de sécurité autour d’une bande de terre du côté égyptien du checkpoint de Rafah.

Il ne fait aucun doute que le déplacement massif de Palestiniens constitue une menace pour la sécurité nationale de l’Égypte à long terme. Pourtant, les Saoudiens et les Émiratis semblent donner la priorité à cet objectif israélien, et l’Égypte est donc confrontée à un dilemme :

  • Soit continuer à refuser tout déplacement
  • Soit accepter un exode massif vers le Sinaï - même temporaire - en échange d’incitations économiques incluant l’effacement d’une grande partie de sa dette globale, qui menace également l’économie égyptienne de manière significative et, par extension, sa cohésion sociale.

Le Caire est complice du blocus israélien de Gaza depuis 2007 et a joué un rôle direct dans la lutte contre la résistance palestinienne en inondant les tunnels reliant la bande de Gaza au Sinaï.

Le rôle essentiel joué par l’Arabie saoudite et l’Égypte dans la configuration de la bande de Gaza d’après-guerre ne saurait être surestimé. L’acceptation par Riyad de la normalisation crée un dangereux précédent, répondant à un désir de longue date des États-Unis et d’Israël d’intégrer l’État d’occupation dans l’Asie occidentale, au détriment de la Palestine.

Ce changement de dynamique constitue un effort concerté pour mettre la cause palestinienne sur la touche en faveur de garanties politiques et économiques régionales plus larges de la part de Washington. S’exprimant lors de la conférence de Munich sur la sécurité de cette année, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a déclaré qu’il existait une “opportunité extraordinaire” dans les mois à venir pour la reconnaissance d’Israël par les États arabes :

“Pratiquement tous les pays arabes souhaitent aujourd’hui véritablement intégrer Israël dans la région afin de normaliser les relations… de fournir des engagements et des garanties en matière de sécurité afin qu’Israël se sente plus en sécurité.”

De toute évidence, Riyad a décidé, dès le début de la guerre de Gaza, de préparer l’environnement interne pour la phase post-Gaza, c’est-à-dire la phase de normalisation et de règlement. L’Arabie saoudite a insisté pour que les festivités ou célébrations ne soient pas reportées, a veillé à ce que les artistes participants ne manifestent pas de sympathie pour les Palestiniens, a réprimé ceux qui ont sympathisé avec les victimes de Gaza depuis une tribune saoudienne et a même interdit le port du keffieh palestinien lors du Mawsim al-Riyadh, une fête annuelle parrainée par l’État.

Le plan méticuleux de l’Arabie saoudite pour reléguer la question palestinienne dans les annales de l’histoire comprend cinq étapes stratégiques :

  • Premièrement, isoler sa politique intérieure de l’agitation de Gaza.
  • Deuxièmement, promouvoir la solution des deux États comme prélude à la normalisation avec Israël.
  • Troisièmement, contraindre les autres pays arabes à suivre le mouvement tout en isolant les voix dissidentes.
  • Quatrièmement, faciliter le déplacement des Palestiniens, à la fois à court et à long terme, en tirant parti des incitations économiques et des mesures de persuasion. En décembre, le journal français Le Monde a divulgué une proposition franco-saoudienne controversée visant à mettre fin à la guerre de Gaza en déplaçant les dirigeants et les membres du Hamas en Algérie.
  • Cinquièmement, le royaume cherche à favoriser les liens économiques avec Israël afin de l’intégrer en tant que composante à part entière de l’Asie occidentale.

Le succès du plan de Riyad dépend de la coopération des principales parties prenantes, Israël et l’Égypte, dont l’approbation est primordiale pour la normalisation et la mise en œuvre du déplacement des Palestiniens.

Fermer le dossier de la cause palestinienne et forger des liens avec Tel-Aviv est une ambition que les Saoudiens partagent avec les Émirats arabes unis dans leur quête de profits économiques et politiques. Malgré les déclarations arabes officielles rejetant les projets de déplacement, les manœuvres en coulisses suggèrent une réalité bien différente, qui s’oriente vers la dissolution progressive de la cause palestinienne.

Les Saoudiens et les Émiratis achètent la souveraineté de l’Égypte

L’empressement soudain de Riyad à renforcer les liens économiques avec Le Caire est manifeste. Grâce à des directives sans précédent émanant des deux gouvernements, les investissements mutuels devraient monter en flèche, l’Arabie saoudite souhaitant porter ses échanges à 100 milliards de dollars.

Parmi les collaborations récentes, citons un accord de 4 milliards de dollars avec la société ACWA Power, cotée en bourse en Arabie saoudite, pour le projet Green Hydrogen. En outre, des initiatives stratégiques telles que le protocole d’accord entre le ministère égyptien de la production militaire et l’Autorité générale saoudienne pour les industries militaires, ainsi que des accords dans le domaine des ressources pétrolières et minérales, témoignent du renforcement de l’intégration économique.

Les négociations en cours entre Le Caire et Abu Dhabi pour exploiter une vaste étendue de terre le long de la côte méditerranéenne de l’Égypte, d’une valeur potentielle de 22 milliards de dollars, pourraient changer la donne pour l’économie égyptienne assiégée.

Selon le rapport de la Banque centrale égyptienne, la valeur du contrat proposé couvre une part importante de la dette extérieure du gouvernement égyptien qui arrivera à échéance en 2024, soit un total de 29,229 milliards de dollars. Ce montant comprend des remboursements d’intérêts s’élevant à 6,312 milliards de dollars et des remboursements de dette s’élevant à 22,917 milliards de dollars.

Une bouée de sauvetage économique ou un boulet politique ?

Il ne fait aucun doute que l’intérêt des Saoudiens et des Émiratis pour l’investissement en Égypte est principalement motivé par la crainte de ces deux pays de voir l’Égypte s’effondrer économiquement, au risque de déstabiliser un État arabe clé et ami de la région.

Mais des informations circulent selon lesquelles les offres des deux États du Golfe à l’Égypte associent désormais le déplacement des habitants de Gaza à une proposition visant à alléger le fardeau de la dette du Caire, qui est colossal. L’offre américaine d’effacer 160 milliards de dollars de dette égyptienne en échange de l’accueil de 100 000 réfugiés gazaouis constitue un dangereux précédent historique. En 1991, Washington a effacé la dette de l’Égypte en échange de son soutien à la coalition menée par les États-Unis contre l’Irak.

La dette nationale pharaonique de l’Égypte se classe au deuxième rang mondial en termes de risque de défaut de paiement, après l’Ukraine. En outre, les pays arabes détiennent une part importante de la dette égyptienne, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis représentant à eux seuls environ 20,3 %.

L’effondrement économique imminent de l’Égypte n’est dans l’intérêt ni des États arabes du golfe Persique ni de leur allié américain en raison de la position stratégique du pays dans le monde arabe et en Afrique du Nord - c’est pourquoi la résolution de la question palestinienne est une priorité partagée par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et les États-Unis.

Les efforts de normalisation de ces derniers s’alignent sur leurs stratégies géopolitiques plus larges visant à contenir l’Iran et à neutraliser l’Axe de la Résistance. Malgré la rhétorique de l’Arabie saoudite soutenant la normalisation en échange des droits des Palestiniens, ses actions pendant la guerre de Gaza confirment pourtant que Riyad s’efforce, depuis le premier jour, de mettre la cause palestinienne sur la touche et d’empêcher tout engagement positif en sa faveur.

À long terme, la création d’un État palestinien menace les efforts visant à éliminer définitivement la question palestinienne. Ainsi, la perspective de déplacer les Palestiniens vers l’Égypte, malgré les obstacles considérables, reste une stratégie viable pour l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Alors que les intérêts géopolitiques se confondent avec les impératifs économiques, le sort de millions de Palestiniens est en suspens, soumis aux caprices de la politique des puissances et du calcul stratégique.

1 Message

  • BREF « FACT-CHECKING » de cet article :

    A priori intéressant dans la démarche d’analyser la relation entre la situation économique de l’Égypte et sa politique extérieure, vis-à-vis d’Israël, de la Palestine, et de ses « riches » voisins arabes. Néanmoins la crédibilité d’une analyse dépend d’abord de la cohérence et de la véracité des éléments cités :

    "Pourtant, plus de quatre mois après le début de la guerre, le parlementaire égyptien Mustafa Bakri affirme que le président Abdel Fattah al-Sisi a rejeté 250 milliards de dollars de la part d’États étrangers en guise de compensation pour permettre aux habitants de Gaza de se réfugier dans le Sinaï."

    "Les images montrent des ouvriers utilisant des engins lourds pour installer des barrières en béton et des tours de sécurité autour d’une bande de terre du côté égyptien du checkpoint de Rafah."

    Premier point cité :

    En creusant un peu on trouve que Mustafa Bakri est une sorte de dinosaure nationaliste égyptien qui a survécu à plusieurs décennies des aléas politiques de ce pays, et qui a toujours eu l’oreille du pouvoir, sauf celle des frères musulmans, semble-t-il. Actuellement, le fait qu’il s’exprime ouvertement sur ce point renvoie au fait que les relations avec Israël sont carrément au bord de la rupture, et probablement sans retour en cas de conflit ouvert sur le « Corridor de Philadelphie » et le transit forcé des palestinien vers le Sinaï.

    Deuxième point cité :

    Il est donc étrange que cet article reprenne les fake-news « camps de réfugiés » fabriquées en Occident sur les travaux de renforcement de la frontière à Rafah, qui n’ont précisément rien de nouveau.

    Resterait donc à vérifier d’autres points, mais seulement sur la manière de traiter ces deux là, on constate que la crédibilité de cet article est très faible, au-delà d’un thème d’agit-prop négatif contre l’Egypte et son rapprochement possible avec les forces de la Résistance.

    En outre, céder sur Gaza revient éventuellement aussi pour l’Egypte à céder sur la question du « canal Ben Gourion », ce qui serait plutôt le clou sur le cercueil de son économie qu’un soulagement quelconque.

    Gaza-Israël-Égypte : une guerre peut en cacher une autre…

    http://cieldefrance.eklablog.com/gaza-israel-egypte-une-guerre-peut-en-cacher-une-autre-a215429757

    Crimes de guerre du Hamas et "Effet Pearl Harbour" : avec ou sans préméditation ?

    http://cieldefrance.eklablog.com/crimes-de-guerre-du-hamas-et-effet-pearl-harbour-avec-ou-sans-premedit-a214883557

    Luniterre

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