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Embargo sur les armes : après sa sortie, Macron attendu de toutes parts

jeudi 10 octobre 2024, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 10 octobre 2024).

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10 octobre 2024

Assawra

Le chef de l’État a appelé à suspendre les ventes à Israël d’armes pouvant être utilisées à Gaza. Une sortie qui a suscité des critiques dans son propre camp, la colère de Nétanyahou, et des huées lors de l’hommage parisien aux victimes du 7-Octobre. La gauche, elle, attend des actes.

Dans les rangs de l’ancienne majorité, les propos du président de la République ont suscité un peu de colère, beaucoup d’embarras mais très peu de soutien. En appelant la communauté internationale, samedi 5 octobre sur France Inter, à « cesse[r] de livrer les armes » à Israël « pour mener les combats sur Gaza », Emmanuel Macron s’est attiré les foudres du gouvernement israélien – « Honte [à lui] », a pesté Benyamin Nétanyahou dans la soirée –, mais aussi la colère de certaines voix de son propre camp.

Caroline Yadan, députée Renaissance des Français de l’étranger (dont la circonscription inclut Israël), a dit sur BFMTV sa « colère » et son « incompréhension ». « Il ne faut pas désarmer Israël dans les circonstances actuelles », a également jugé Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale. L’ancien président du groupe Renaissance à l’Assemblée, Sylvain Maillard, est même allé plus loin : « Dire ça, c’est mettre à égalité Israël et des groupes terroristes. »

Fait marquant : le nom d’Emmanuel Macron a été sifflé à deux reprises lundi 7 octobre, lors d’une cérémonie d’hommage organisée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Des huées si audibles qu’elles ont forcé le premier ministre, Michel Barnier, à interrompre son discours à deux reprises. « Je ne suis pas sûr que ce soit rendre un hommage à la hauteur des circonstances, note le député socialiste Emmanuel Grégoire, présent à la cérémonie. On peut regretter ces sifflets, comme toujours lorsqu’ils interviennent dans ce type de moments mémoriels. »

Une fois n’est pas coutume, les seuls soutiens perceptibles sont venus du Nouveau Front populaire (NFP). « C’est une grosse évolution, salue par exemple le député communiste Jean-Paul Lecoq. Le président de la République a fait un pas qui va dans le sens de ce qu’on demande depuis plusieurs mois. Essayons de lui faire confiance. Les choses bougent, il faut maintenant franchir une étape et agir véritablement. »

« Emmanuel Macron a raison de pointer ce problème, mais maintenant, il faut agir », abonde Mathilde Panot, présidente du groupe de La France insoumise (LFI) à l’Assemblée. Dans un élan de soutien inhabituel, la cheffe de file des député·es insoumis·es a jugé « inacceptables » les propos de Benyamin Nétanyahou à l’égard d’Emmanuel Macron et « pas normal » que son nom soit sifflé à la cérémonie du Crif.

Entre les deux lignes les plus tranchées, une troisième réaction pointait ces jours-ci, résumée en ces termes par un proche du chef de l’État : « Il a raison sur le fond, mais le faire à la veille du 7-Octobre, c’est quand même très bizarre. » Porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée, Emmanuel Grégoire pointe également « l’incongruité du timing choisi par le président », et déplore « une inélégance regrettable ».

Tiraillements dans les capitales européennes

Sur le fond, la position d’Emmanuel Macron n’a rien de révolutionnaire sur la scène géopolitique. L’embargo – total, donc bien plus large que celui évoqué par la France – sur les ventes d’armes à Israël a déjà été décidé par plusieurs gouvernements occidentaux, dont ceux de l’Espagne, du Canada et des Pays-Bas.

En septembre, le nouveau gouvernement travailliste du Royaume-Uni avait semblé faire un pas dans ce sens, en suspendant plusieurs dizaines de licences de ventes d’armes au nom du « risque clair qu’elles soient utilisées à Gaza » dans le cadre de « violations sérieuses du droit humanitaire international ». Depuis, Keir Starmer, le premier ministre, a rassuré Israël en excluant l’éventualité d’un embargo total.

En matière diplomatique, Londres marche sur le même fil que Paris, tiraillé entre le soutien historique à Israël et la volonté de pousser le gouvernement Nétanyahou à un cessez-le-feu. Une tension qui explique les atermoiements de la diplomatie française, qui ouvre la porte à une reconnaissance de l’État palestinien sans s’y risquer, et rassure Israël quant à son soutien sitôt que Tel-Aviv se dit courroucé par une déclaration.

En déplacement au Proche-Orient lundi 7 octobre, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est pleinement inscrit dans cette diplomatie de l’équilibrisme à l’œuvre depuis un an. Avec son homologue israélien Israël Katz, ils ont contourné l’objet du coup de froid entre les deux capitales. « Ils ont acté leur désaccord et les entretiens ont plutôt été centrés sur l’Iran, le Liban et Gaza », relève-t-on au Quai d’Orsay, où l’on jure que le ministre a « passé des messages » importants sur le droit international, l’acheminement de l’aide humanitaire et la nécessité d’un cessez-le-feu.

L’entourage de Jean-Noël Barrot affirme également que les déclarations du président de la République ont été reçues avec « satisfaction » à Ramallah, où le ministre a rencontré Mohammad Mustafa, le premier ministre de l’Autorité palestinienne. La satisfaction ne sauvant pas de vies, c’est la traduction en actes de la sortie d’Emmanuel Macron qui pose désormais question.

En même temps qu’il appelait à un embargo international, le chef de l’État a assuré sur France Inter que la France n’était pas concernée par la vente d’armes utilisées à Gaza. C’est la ligne officielle défendue depuis le début de l’année 2024, les pouvoirs publics affirmant ne fournir à Israël que des équipements militaires lui permettant « d’assurer sa défense ».

Une ambiguïté française

Régulièrement interrogé par les médias, des élu·es d’opposition et des ONG soulignant le flou de cette formulation, le gouvernement français avait fini par se faire un peu plus précis, assurant à Mediapart le 24 janvier, par la voix du ministère des armées, que Paris n’exportait pas de « matériels létaux susceptibles d’être employés contre des populations civiles dans la bande de Gaza ». Huit mois plus tard, la communication évoluait légèrement, la France assurant cette fois ne procéder à « aucune exportation de matériels susceptibles d’être utilisés dans le cadre d’opérations terrestres à Gaza » (réponse du ministère des armées du 4 septembre).

Certaines des livraisons d’armes effectuées vers Israël sont destinées à être ensuite réexportées en dehors de l’État hébreu : c’était par exemple le cas, si l’on en croit le ministère des armées, de 800 kilos de maillons pour armes automatiques fabriqués par la société marseillaise Eurolinks, livrés en Israël à la fin octobre 2023. La déclaration d’Emmanuel Macron sur le fait que la France ne « livre pas » d’« armes pour mener les combats sur Gaza » s’inscrit donc dans la suite logique de cette politique.

Mais ni l’Élysée ni le ministère des armées n’ont jamais donné la possibilité de vérifier ces affirmations : la liste précise des équipements militaires vendus et/ou livrés à Israël par la France n’est toujours pas connue.

Or, selon un rapport destiné au Parlement et publié par Mediapart, la France a livré 30 millions d’euros d’armes à Israël en 2023. Les mois concernés n’étant pas précisés, il n’est pas possible de savoir si ces livraisons se sont poursuivies au plus fort des massacres de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, à partir d’octobre 2023. Le ministère des armées, interrogé par Mediapart, assure avec un certain aplomb qu’il ne « dispose pas d’un outil permettant de répondre à [cette] question ».

Quand bien même Paris ne livrerait que du matériel destiné à être utilisé à des « fins défensives » (par exemple pour le fonctionnement du Dôme de fer israélien), comment la France s’assure-t-elle que l’État hébreu, qui a besoin d’un flux continu d’armes et de munitions, ne les détourne pas de leur usage initial ? A-t-elle obtenu des garanties du gouvernement israélien ? Et si oui, quel crédit leur accorder ?

La question est d’autant plus pressante que Benyamin Nétanyahou s’est illustré depuis un an par une série de mensonges et d’omissions concernant la guerre menée par ses troupes. Il a ainsi affirmé successivement, et à tort, que le ratio de civil·es tué·es à Gaza était l’un des plus faibles dans l’histoire des combats urbains, que les risques de famine étaient causés par les vols de nourriture par le Hamas (et non par les blocages mis en place par l’armée israélienne), ou encore que les Américain·es ayant manifesté contre la guerre étaient payé·es par l’Iran.

De nouveau questionné le 5 octobre sur la manière dont la France pouvait vérifier concrètement que le matériel qu’elle livre n’est pas utilisé par l’armée israélienne à Gaza ou au Liban, Emmanuel Macron a répondu, en substance, qu’il fallait encore le croire sur parole : « Je peux vous confirmer que ça n’est absolument pas le cas », s’est-il contenté d’assurer au journaliste de BFMTV qui l’interrogeait.

Justine Brabant et Ilyes Ramdani
Médiapart du 09 octobre 2024

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