Aude Lancelin mène jusqu’au bout du débat avec tact et brio cette troïka potentiellement explosive, mais alors qu’on est en 2025, et si ce n’était pour l’actu « trumpiste », c’est difficilement jusqu’au bout du XXe siècle, en termes de critères d’analyses.
Annie Lacroix-Riz reste évidemment irremplaçable pour tous les rappels historiques nécessaires, et y compris et surtout pour le fameux « petit bouquin » de Lénine, mais dans lequel il est néanmoins aussi écrit que la domination du capital financier si elle est bien le « stade suprême du capitalisme », n’est pas forcément le « stade ultime » d’un système de domination de classe :
"En d’autres termes, l’ancien capitalisme, le capitalisme de la libre concurrence, avec ce régulateur absolument indispensable qu’était pour lui la Bourse, disparaît à jamais. Un nouveau capitalisme lui succède, qui comporte des éléments manifestes de transition, une sorte de mélange entre la libre concurrence et le monopole. Une question se pose d’elle-même : vers quoi tend cette "transition" que constitue le capitalisme moderne ? Mais cette question, les savants bourgeois ont peur de la poser. "Il y a trente ans, les employeurs engagés dans la libre concurrence accomplissaient les 9/10 de l’effort économique qui ne fait pas partie du travail manuel des "ouvriers". À l’heure présente, ce sont des fonctionnaires qui accomplissent les 9/10 de cet effort intellectuel dans l’économie. La banque est à la tête de cette évolution." Cet aveu de Schulze-Gaevernitz nous ramène une fois de plus à la question de savoir vers quoi tend ce phénomène transitoire que constitue le capitalisme moderne, parvenu à son stade impérialiste."
https://www.marxists.org/francais/l…
Cité in : https://cieldefrance.eklablog.com/en-relisant-lenine-qui-parlait-deja-de-la-fin-du-capital-fictif-a213834439
Le capital financier dominait déjà la scène du commerce international « primitif » d’avant l’ère industrielle parce qu’il représentait une masse concrète d’échanges de marchandises.
Le capital industriel a émergé parce qu’il représentait la production concrète de nouvelles marchandises sur la base de la plus-value extraite du travail productif directement intégré au processus industriel.
La fusion des deux ne constitue un processus en soi et pour soi, en tant que capital monopoliste, que sur la base continue de l’extraction de la plus-value, même à l’échelle impérialiste « mondialisée » de la fin du XXe siècle.
A partir de la crise de 2007-2008, ce que Lénine entrevoyait comme suprématie de la Banque sur la Bourse s’est concrétisé avec la domination des politiques monétaires banco-centralistes sur les marchés financiers, qui sont entrés dans leur dépendance complète, y compris en ce qui concerne les monopoles « Gafam » les plus « avant-gardistes », comme le montre l’échec cinglant de la monnaie « Libra » de Mark Zuckerberg.
La chute « finale » du taux de profit au sens « classique » du terme s’est donc produite au début du XXIe siècle, menant à la crise de 2007-2008 et à la politique de « Quantitative Easing » comme substitut permettant la transition banco-centraliste actuelle, rendue nécessairement irréversible avec le développement des nouvelles technologies de robotisation, et l’évolution des rapports de production qui va avec.
Comme le souligne Oliver Delamarche (*), l’affrontement mondial actuel n’est plus essentiellement entre zones d’influences commerciales, mais entre zones d’influences monétaires, ces dernières conditionnant la réalité des premières.
Zones d’influences monétaires dont le pouvoir réel réside donc « naturellement », en quelque sorte, dans les Conseils de Gouverneurs des Banques Centrales, et seulement de manière secondaire, même si parfois « spectaculaire », façon Trump, dans les derniers vestiges de la classe politique.
Luniterre
(*https://cieldefrance.eklablog.com/2025/02/olivier-delamarche-pas-dans-une-guerre-commerciale.aujourd-hui-entre-les-etats-unis-et-les-brics-on-est-dans-une-guerre-monetaire.html)
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