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Les humains ont fait rapetisser les animaux sauvages

jeudi 11 septembre 2025, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 11 septembre 2025).

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Publié le 8 septembre 2025 à 09h55
Modifié le 9 septembre 2025 à 09h22

Émilie Massemin

Les activités humaines ont entraîné un rapetissement des animaux sauvages. - Camille Jacquelot / Reporterre

Déforestation, chasse… Au cours de l’Histoire, les activités humaines ont entraîné une augmentation de la taille des animaux domestiques et, à l’inverse, un rapetissement des animaux sauvages, révèle une étude.

L’influence des humains sur leur environnement s’accroît dans des proportions inattendues… jusqu’à modifier la taille des animaux domestiques et sauvages. Des chercheurs du CNRS ont montré que depuis 1 000 ans, les activités humaines ont entraîné une augmentation de la taille des premiers et, à l’inverse, un rapetissement des seconds.

Pour cette étude parue le 1er septembre dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), l’équipe de recherche, rattachée à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier, s’est basée sur trente ans de travaux zooarchéologiques et plus de 80 000 mesures d’ossements issues de 311 sites archéologiques du sud de la France.

Première originalité, l’équipe a inclus dans la même étude deux groupes d’animaux : sauvages, avec les cerfs élaphes, les renards roux, les lièvres bruns et les lapins ; et domestiques, avec les moutons, les chèvres, les bovins, les porcs et les poulets. Seconde originalité, elle s’intéresse à l’évolution des morphologies de toutes ces espèces sur plusieurs millénaires.

« À partir de ces mesures, nous avons retracé l’évolution de la taille de ces espèces depuis 8 000 ans, c’est-à-dire depuis l’arrivée des premières sociétés d’agriculteurs éleveurs dans la région », explique à Reporterre Allowen Evin, directrice de recherche au CNRS, qui a dirigé ce travail.

Déforestation, chasse…

Les résultats sont édifiants : les 7 000 premières années, la morphologie des animaux domestiques et sauvages évolue de la même manière, au gré des changements climatiques et environnementaux, parmi lesquels certains peuvent parfois avoir des origines anthropiques comme la déforestation. C’est à partir de l’an 1000, donc du Moyen Âge, que les évolutions des deux groupes divergent.

« C’est cette dissociation entre le sauvage et le domestique qui permet de dire que les activités humaines prennent le pas sur les conditions environnementales pour expliquer la taille des animaux », insiste la bioarchéologue. Côté animaux domestiques, l’augmentation de la taille s’explique par « une intensification de la sélection des animaux les plus productifs et une amélioration des conditions d’élevage » ; côté animaux sauvages, le rapetissement est lié à « une intensification de la chasse — les individus les plus grands sont chassés — et à une fragmentation des habitats » et donc une diminution des ressources alimentaires, poursuit la chercheuse.

À noter que l’étude ne livre aucun chiffre sur l’évolution des tailles au garrot, la zone à la jonction du cou et du dos, référence pour la mesure des quadrupèdes. « Nous n’avons que des os très fragmentés, et on ne peut pas se permettre d’extrapoler la hauteur au garrot à partir d’un petit bout de tibia », explique Allowen Evin.

Pour contourner cette difficulté, l’équipe a calculé la taille moyenne d’une espèce à partir de toutes les mesures disponibles, et a comparé chaque fragment à cet animal moyen. Les résultats ont été compilés dans le graphique ci-dessous, qui montre clairement l’évolution des différentes espèces : la taille des porcs a grimpé en flèche depuis l’an 1000, alors que celle des renards roux s’est effondrée.

Graphique représentant l’évolution de la taille moyenne des animaux domestiques et sauvages depuis 8 000 ans. PNAS

Productivité des moutons, porcs, poulets

Mais que l’on ne s’y trompe pas, les animaux domestiques ne sont pas pour autant les grands gagnants de cette évolution. L’influence des humains sur l’environnement a aussi pu leur être néfaste.

« On parle toujours de la crise de la biodiversité en évoquant les disparitions d’espèces sauvages, observe Allowen Evin. Mais nous vivons aussi une crise de l’agrobiodiversité avec une disparition des races traditionnelles et rustiques, moins productives, mais qui font partie de notre patrimoine génétique et culturel », alerte la bioarchéologue.

La chercheuse insiste aussi sur la nécessité de continuer à étudier ces ressources archéologiques pour mieux comprendre l’évolution des sociétés actuelles. « Nous nous sommes concentrés sur une zone géographique assez limitée, illustre-t-elle. Il serait intéressant de poursuivre ce travail pour voir dans quelle mesure ces observations sont généralisables à plus grande échelle en France, en Europe, voire dans les autres foyers de domestication comme le Proche-Orient. »

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