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comaguer
Bulletin 623
23.09.2025
***
Un croquis du
Qatar
Le bombardement par Israël des locaux où se déroulaient dans
l’émirat les négociations avec la Hamas sur un cesser le feu à Gaza ont
attiré l’attention internationale sur ce petit émirat
Il est connu à travers ses placements financiers à l’étranger et à
travers la chaine Al Jazeera bien connue qu’il a créée et qui peut être selon
les cas la voie du monde arabe ou la simple voie de
l’émirat.
Le Qatar est un des cinq émirats arabes installés dans la péninsule
arabique à la périphérie du royaume saoudien qui tant par sa taille que par sa
population de 35 millions d’habitants est singulier dans cet espace entre Mer
Rouge et Golfe Persique où le désert et la sécheresse sont partout présents
naturellement
Nous mettons de côté le Yémen qui bien que situé sur la même
péninsule arabique est le seul Etat de la région qui n’est pas un émirat et qui
refuse y compris militairement la tutelle
saoudienne.
En termes de superficie on trouve par ordre décroissant :
Oman, les Emirats unis, Koweït, le Qatar et le minuscule
Bahreïn
En termes de population les EAU dominent le lot avec 10 millions
d’habitants suivis par le Koweït et Oman avec 5 millions d’habitants le
Qatar environ 2,5 millions et Bahreïn 765~~000 habitants.
Bahreïn dont les maigres ressources pétrolières sont épuisées mis à
part, les émirats sont d’importants producteurs de pétrole et de gaz naturel ce
qui a permis une croissance économique et démographique spectaculaire depuis la
seconde guerre mondiale.
Comme dans les autres émirats la population nationale du Qatar est
très minoritaire 11% par rapport à la population des migrants 89%. Cette
population de migrants rassemble des catégories socioprofessionnelles très
diverses qui vont des ouvriers du BTP aux cadres de banques et aux ingénieurs de
l’industrie pétrolière et gazière.
On a donc un système
politique difforme où coexiste une féodalité très peu voire pas du tout
contrôlée politiquement avec des intrigues de cour favorisées par le partage de
la rente pétrolière ou gazière ou des révolutions de palais et par ailleurs
intégrée à l’ordre capitaliste mondial et une majorité de sans-droits avec un
taux élevé de renouvellement, une forme de servage qui peut être durable pour
l’ouvrier égyptien ou indien qui n’a pas espoir de trouver un aussi bon salaire
dans son pays et temporaire pour le
cadre technique ou financier qui poursuit une carrière dans une multinationale
ou pour des techniciens extrêmement compétents comme les soudeurs pétrole qui
courent le monde pétrolier en sautant d’un chantier à un autre. Il subsiste donc
au sein de cette population migrante une barrière de classe qui a été
indirectement mise en lumière par l’énorme chantier de la Coupe du Monde
Football en 2022 où la victime était bien le prolétariat migrant. L’émirat a
alors affiché un certain nombre de mesures « sociales » comme un
salaire minimum. Mais c’était surtout pour la galerie. Ces mesures n’ont guère
été appliquées et le servage est demeuré.
Vu depuis Washington ce genre d’état est un serviteur docile où le
Pentagone installe des bases qui sont quasiment extraterritoriales sans l’être
en droit. L’armée US est seul maitre à bord de la grande base qatarie de Al
Udeid d’où elle commande au nom du Centcom les troupes étasuniennes dans toute
la région y compris en Afghanistan mais c’est l’émirat qui a financé sa
construction. Si la base d’Al Udeid n’a pas vu arriver les chasseurs bombardiers
israéliens qui ont attaqué la délégation du Hamas présente à Doha pour négocier
un cesser le feu à gaza c’est qu’elle a reçu la consigne de les laisser passer.
Les défenses anti-aériennes proprement qataries achetées aux Etats-Unis comme
tout l’équipement militaire de tous les émirats ont partagé cet aveuglement au
point que quelques officiels ont osé poliment poser la question d’une
possibilité de neutralisation à distance par l’état-major étasunien de ces
équipements. Bref les Etats-Unis auraient vendu au Qatar sans le lui dire un
parapluie avec un énorme trou pour laisser passer la grêle sioniste. Humiliant
n’est-ce pas ?
Pas
cependant suffisamment pour conduire les émirats à approuver la récente
proposition égyptienne de créer une communauté de défense arabe régionale. On
touche là à une limite aujourd’hui infranchissable : l’unité arabe ne peut
pas surmonter l’opposition radicale entre des monarchies autoritaires et
rentières et des républiques elles aussi autoritaires mais où existent des
canaux officiels d’expression de la
population.
