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L’influence de l’AIPAC & d’Israël en déclin au Congrès

vendredi 3 octobre 2025, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 3 octobre 2025).

Mitchell Plitnik, 1er octobre 2025 :

Comme je le dis depuis des décennies, il serait faux de croire que le lobby israélien est responsable de la mauvaise politique américaine à l’égard de la Palestine. Les États-Unis s’opposent systématiquement aux mouvements de libération et soutiennent les puissances racistes et colonialistes. C’est notre posture par défaut, à moins que nos intérêts ne nous dictent le contraire. L’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et la plupart des pays du monde peuvent en témoigner : les États-Unis n’ont pas besoin de l’AIPAC pour s’opposer aux droits humains, à la justice et aux mouvements de libération. Notre propre histoire nationale, marquée par des lois racistes et une démagogie capitaliste, confirme cette réalité.


L’influence de l’AIPAC & d’Israël en déclin au Congrès

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1er octobre 2025

Mitchell Plitnik

Préparation de la scène en amont de la conférence politique de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) à Washington, le 2 mars 2015. (Photo : Reuters / Jonathan Ernst)

Deux lettres contradictoires du Congrès sur la création d’un État palestinien révèlent à quel point Israël est devenu toxique parmi les Démocrates, et à quel point l’influence de l’AIPAC diminue à Washington.

Voici une histoire tristement célèbre sur l’AIPAC qui illustre bien la situation depuis des décennies. À la fin de l’année 1992, alors que George H. W. Bush s’apprêtait à céder le Bureau ovale au président élu Bill Clinton, le président de l’AIPAC, David Steiner, a démissionné après avoir été enregistré en train de se vanter d’avoir fait pression sur Bush pour qu’il accorde davantage d’aide à Israël, et d’avoir de nombreux “infiltrés” au sein de la nouvelle administration Clinton.

À l’époque, l’AIPAC opérait principalement dans l’ombre à Washington. Le célèbre chroniqueur pro-israélien Jeffrey Goldberg a alors demandé à Steven Rosen, le directeur politique de l’AIPAC, si cela risquait de nuire à l’influence de l’organisation à Washington.

Rosen a souri et a répondu :

“Vous voyez cette serviette ? Dans vingt-quatre heures, nous pouvons avoir les signatures de soixante-dix sénateurs dessus”.

La réponse en disait long, et la confiance de Rosen ne faisait aucun doute. Il ne s’agissait pas là d’une bravade, mais d’une certitude fondée sur de nombreuses années d’expérience.

Pendant longtemps, l’influence de l’AIPAC a semblé gravée dans le marbre des marches du Capitole. Mais les temps changent enfin.

Nous en avons eu une petite illustration la semaine dernière, lorsque le représentant Ro Khanna (D-CA) a rendu publique une lettre qu’il a fait circuler pour inviter le président Donald Trump et le secrétaire d’État Marco Rubio à rejoindre la majorité écrasante du monde et des alliés des États-Unis pour reconnaître symboliquement l’État de Palestine.

Face au génocide en cours à Gaza et à l’escalade de l’agression israélienne en Cisjordanie, cette question perd toutefois de son importance. Entre l’Assemblée générale des Nations unies et les manœuvres théâtrales de Donald Trump cette semaine, qui a lancé un autre appel voué à l’échec à la capitulation palestinienne déguisé en plan de paix, la lettre de Khanna est passée presque inaperçue.

Cependant, elle a recueilli 47 signatures, ce qui n’est pas un si mauvais résultat, puisqu’elle appelait à un changement fondamental non seulement de la politique américaine, mais aussi de la politique démocrate de longue date à l’égard de la Palestine.

Mais le véritable enjeu est l’échec du pouvoir “back of the napkin” [littéralement “au dos de la serviette”], tant prisé par l’AIPAC.

En réponse à la lettre de Khanna, le représentant Jake Auchincloss (D-MA) a fait circuler la sienne, et tant la lettre que le soutien qu’elle a reçu étaient révélateurs.

La lettre d’Auchinloss reprenait les arguments éculés de l’AIPAC, notamment le prétendu “droit à l’autodéfense” d’Israël, qui n’est pas un droit accordé aux États occupants par la force armée, ainsi que l’idée que l’État d’Israël n’est pas responsable de la “crise alimentaire et des souffrances des civils à Gaza”. Elle affirmait également que les États-Unis doivent soutenir

“la protection d’Israël, notre plus puissant allié, et aligner les valeurs américaines sur la dynamique régionale”.

La lettre d’Auchinloss soutenant en partie une déclaration de la Ligue arabe visant clairement à marginaliser le Hamas et à le pousser à capituler, elle aurait dû obtenir un soutien massif des Démocrates, éclipsant la lettre de Khanna et démontrant une fois de plus que, quelle que soit l’opinion publique, le soutien aux droits des Palestiniens est marginal dans les couloirs du pouvoir du Parti démocrate.

Mais la lettre n’a recueilli que 30 signatures parmi les voix les plus extrêmes pro-israéliennes du caucus démocrate à la Chambre des représentants.

Et ce, malgré le soutien massif de l’AIPAC et de nombreux autres groupes pro-israéliens, et bien qu’elle ait circulé pendant une semaine après que la lettre de Khanna ait commencé à faire le tour. Il est remarquable que la lettre en faveur des droits des Palestiniens ait recueilli plus de 50 % de signatures supplémentaires par rapport à celle soutenue par l’AIPAC.

En fait, les Démocrates sont restés pour la plupart silencieux sur la question de l’État palestinien. Au Sénat, Jeff Merkley a présenté un projet de loi intitulé

“Résolution appelant le président à reconnaître un État palestinien démilitarisé, conformément au droit international et aux principes d’une solution à deux États, aux côtés d’un État d’Israël sûr”,

qui a obtenu le soutien de huit co-parrains démocrates, plus Bernie Sanders.

Le reste du parti est resté remarquablement silencieux dans les deux chambres du Congrès, seuls les partisans les plus extrêmes d’Israël parmi les Démocrates — Josh Gottheimer (D-NJ), Brad Schneider (D-IL) et John Fetterman (D-PA) — s’étant prononcés ostensiblement contre l’idée d’un État palestinien. Dans l’ensemble, les Démocrates ont laissé les Républicains mener le débat sur ce point.

Cette attitude s’explique par un sondage Reuters/Ipsos réalisé en août. Il a révélé que 59 % des citoyens américains soutiennent la reconnaissance de la Palestine par tous les États membres de l’ONU. Ce chiffre atteint 78 % chez les Démocrates. Notons que ce chiffre est légèrement supérieur à celui de ceux déclarant qu’Israël doit être reconnu par tous les États membres de l’ONU (77 %).

Les indépendants sont également favorables à la reconnaissance de la Palestine, avec une marge de 58 % contre 28 %. Le message électoral est on ne peut plus clair, et les Démocrates du Congrès l’ont bien compris.

Ce même sondage a également révélé que 82 % des Démocrates condamnent les actions d’Israël à Gaza, un constat effroyable qui témoigne d’un génocide des plus barbares.

Pourtant, étant donné la façon dont le génocide de Gaza a si souvent été minimisé, voire nié, par les grands médias occidentaux, ce chiffre est impressionnant. Il atteint d’ailleurs 59 % pour l’ensemble des Américains.

Le déclin du lobby israélien

L’AIPAC avait une bonne raison de se débarrasser de David Steiner en 1992, lorsque ses vantardises sur le pouvoir de l’organisation ont été diffusées dans le monde entier. Comme la plupart des groupes de pression, la puissance de l’AIPAC décline quand le voile se lève.

Au fil des ans, l’influence de l’AIPAC s’est accrue, et sa propension à influencer les représentants élus, à mettre à profit ses contacts et ses liens étroits avec les dirigeants républicains et démocrates pour nommer des personnalités favorables à des postes clés au sein de l’exécutif est devenue de plus en plus difficile à dissimuler. Les vantardises de Steiner ont exposé cette dynamique, évidente pour les initiés de Washington et les experts en politique, mais moins pour le grand public. Et c’était la dernière chose que souhaitait l’AIPAC.

Il était donc crucial de créer une double stratégie. La première était destinée à Washington, où le pouvoir de l’AIPAC était suffisamment flagrant pour que même des personnalités telles que Tom Friedman, chroniqueur au New York Times, parlent du Congrès comme étant corrompu et contrôlé par l’organisation. L’autre était destinée au grand public, où même une personnalité aussi fidèle à Israël que Friedman se serait fait ostraciser pour avoir osé tenir des propos aussi blasphématoires.

Ces dernières années, on peut même observer que la visibilité croissante de l’AIPAC est proportionnelle à son déclin en termes d’influence. Les militants solidaires de la Palestine ont constamment dénoncé l’AIPAC, et même des groupes sionistes libéraux comme J Street ont contribué, par leur simple existence, à faire prendre conscience au public que l’AIPAC et d’autres groupes de pression pro-israéliens encouragent les politiques les plus extrêmes à l’égard de la Palestine.

Bernie Sanders, le “Squad” et quelques autres politiciens ont également contribué à sensibiliser le public au rôle de l’AIPAC dans les prises de décision politiques.

Comme je le dis depuis des décennies, il serait faux de croire que le lobby israélien est responsable de la mauvaise politique américaine à l’égard de la Palestine. Les États-Unis s’opposent systématiquement aux mouvements de libération et soutiennent les puissances racistes et colonialistes. C’est notre posture par défaut, à moins que nos intérêts ne nous dictent le contraire. L’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et la plupart des pays du monde peuvent en témoigner : les États-Unis n’ont pas besoin de l’AIPAC pour s’opposer aux droits humains, à la justice et aux mouvements de libération. Notre propre histoire nationale, marquée par des lois racistes et une démagogie capitaliste, confirme cette réalité.

Mais il n’en reste pas moins que l’AIPAC a joué un rôle déterminant en faisant d’Israël une exception. L’organisation a notamment contribué à faire adopter une législation visant à pousser les États-Unis à transférer leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, comme l’a fait Donald Trump lors de son premier mandat, à garantir des aides militaires annuelles et supplémentaires massives à un pays tout à fait capable de financer sa propre armée, et à contraindre les États-Unis, en vertu de la loi, à garantir la puissance militaire d’Israël afin qu’il puisse vaincre n’importe quelle coalition d’armées arabes et musulmanes.

Et bien d’autres choses encore, comme la législation sur des projets spéciaux et des partenariats commerciaux entre sociétés américaines et israéliennes, des exemptions aux lois américaines en matière de visas, et surtout, l’instauration d’un climat politique où critiquer Israël, même modérément, devient risqué, et où même les présidents hésitent à ne pas protéger Israël, même lorsque celui-ci agit en contradiction directe avec la politique américaine.

Mais aujourd’hui, l’AIPAC a été contraint de sortir du bois. Le déclin de l’image d’Israël parmi les Démocrates est tel que l’AIPAC finance désormais directement des campagnes politiques. Jusqu’à présent, l’organisation avait toujours évité de financer directement ces campagnes, se concentrant sur le lobbying et envoyant des signaux clairs aux comités d’action politique et aux principaux donateurs des partis pour leur indiquer comment investir leurs ressources de manière stratégique. Contrairement à l’AIPAC, nombre d’entre eux ont pu canaliser des fonds pro-israéliens sans que cela soit décrit publiquement comme tel.

Mais l’implication directe dans le financement des campagnes électorales présente un inconvénient majeur. Si l’argent profite évidemment à toute campagne politique, sa valeur se limite aux votes qu’il permet d’acheter. Or, ces votes sont de plus en plus chers, car les électeurs sont de plus en plus rebutés par le soutien américain à un régime raciste, colonialiste et d’apartheid. Cette répulsion a été amplifiée de manière exponentielle par le génocide à Gaza, en particulier pour tout un pan de la population américaine qui s’informe via les réseaux sociaux et voit donc les crimes d’Israël en direct, sans passer par le filtre des médias traditionnels.

Il est désormais clairement établi que l’AIPAC canalise l’argent des Républicains pour financer les primaires démocrates et écarter les candidats progressistes. Jamaal Bowman et Cori Bush en sont les dernières victimes.

Ces deux campagnes ont été extrêmement coûteuses, battant tous les records de financement dans le cadre de primaires législatives. Et malgré cela, Bush n’a perdu que de 7 000 voix (sur plus de 123 000 votes exprimés), et l’AIPAC a dû, en plus de ses dépenses record, redécouper la circonscription de Bowman pour l’éliminer.

Selon certaines rumeurs, Cori Bush se préparerait à se porter à nouveau candidate en 2026 pour reconquérir son siège, et se présenter contre l’AIPAC serait une stratégie de choix pour elle.

L’AIPAC est devenu politiquement toxique pour les Démocrates, tout comme Israël. La réponse modérée à la lettre de Ro Khanna appelant à la création d’un État palestinien, ainsi que l’élection présidentielle de 2024, l’ont clairement montré, qu’ils l’admettent ou non.

Pour lutter contre cette perception négative, l’AIPAC tentera de réitérer certains de ses succès en finançant discrètement des candidats et en diffusant des publicités traitant de questions nationales sans jamais mentionner Israël. La campagne sera financée avec parcimonie par l’AIPAC-PAC et le projet United Democracy Project, dont le nom est plus trompeur.

Les Démocrates viennent de nous montrer qu’ils se savent observés, et que non seulement leur base, mais aussi les électeurs indécis dont ils ont désespérément besoin, sont lassés du chèque en blanc accordé à Israël et écoeurés par l’AIPAC. Les candidats démocrates acceptant ne serait-ce qu’un dollar des PAC pro-israéliens doivent être exposés, combattus et dénoncés sans relâche.

La fin de l’emprise de l’AIPAC à Washington est en vue, mais ce n’est que la première étape de l’évolution de la politique américaine envers Israël, très implantée depuis très longtemps. Mais il s’agit d’un grand pas en avant, et nous disposons déjà d’outils de plaidoyer pour accomplir le reste. La justice est possible, mais le chemin est long. Nous sommes toutefois d’ores et déjà plus avancés que beaucoup ne le croient.

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