ULC = Université Libre de Cornet
Enregistré sur France 3 Auvergne le 8 décembre 2025 après 12h30

mardi 9 décembre 2025, par (Date de rédaction antérieure : 9 décembre 2025).
ULC = Université Libre de Cornet
Enregistré sur France 3 Auvergne le 8 décembre 2025 après 12h30

Dans les Bois Noirs, cette frontière symbolique entre deux terres
https://www.le-pays.fr/chausseterre…
4 avril 2024 à 06h00
Jérôme Cohas
L’inauguration s’est déroulée le samedi 30 mars en présence de la famille Barnérias et des représentants des communes de Chausseterre et Arconsat.
L’origine de la fameuse pancarte située entre Loire et Puy-de-Dôme reste cocasse. Alors qu’elle vient d’être rénovée, Le Pays remonte le temps…
Elle ne compte pas disparaître du paysage de sitôt, ni même prendre sa retraite, du haut de ses 82 ans d’histoire. L’emblématique pancarte « Ici commence l’Auvergne, ici finit la France » qui marque symboliquement le passage entre Loire et Puy-de-Dôme, mais aussi entre Rhône-Alpes et Auvergne, vient d’être remplacée, ce samedi 30 mars en présence des enfants d’un des instigateurs de l’époque et des représentants des communes de Chausseterre et Arconsat.
Un étonnant poste de douane
Tout remonte à l’été 1942… L’histoire débute à Thiers, autour d’une vingtaine d’étudiants pleins d’idées et d’énergie. Ce groupe de jeunes, emmené par deux frères, René et Maurice Barnérias, enfourche dès le début des vacances les vélos pour se diriger en direction des Bois Noirs, et plus particulièrement vers le col Saint-Thomas.
Les jeunes n’hésitent pas une seconde, une fois arrivés en haut du col, à dévaler la route pas encore goudronnée du côté de l’Auvergne, vers le lieu-dit La Meule. La pente est tellement raide et les freins de leurs engins peu fiables que les étudiants décident d’attacher des troncs d’arbre à leurs cycles pour ralentir l’expédition.
1945. Les jeunes étudiants n’avaient pas froid aux yeux en installant ce panneau sous l’occupation. Archives
La France est alors placée sous l’occupation et les jeunes sont attirés par les maquisards qui se déploient à travers les Monts de la Madeleine. Ils décident de pique-niquer au col Saint-Thomas, dans ce coin ombragé et sauvage. Ils trouvent un sapin tombé, obstruant en partie la chaussée en terre battue et défoncée par les orages. Le passage ainsi réduit crée un bornage naturel, d’où l’idée, non préméditée, d’en faire une douane ! Les adultes seraient inquiets de la situation, mais il faut croire que ces jeunes n’ont pas froid aux yeux. Il n’y a plus qu’à signaler celle-ci par une pancarte.

La nouvelle pancarte, qui vient d’être rénovée, a été créée sous l’occupation en 1942.
Un vieux panneau publicitaire fait l’affaire et un morceau de craie sert à l’inscription. Le but est de rançonner de cigarettes ou de bonbons les rares passants véhiculés sur ce chemin cabossé.
À peine l’installation terminée, une camionnette à gazogène montant poussivement du côté Loire est invitée par les « douaniers » à s’arrêter. Surpris, le conducteur ne veut pas participer au jeu. Visiblement paniqué, il accélère pour dévaler la pente côté Puy-de-Dôme. Les gamins, médusés par son audace, font alors usage de leurs révolvers à bouchons. Peu de temps après, ils se retrouvent à la gendarmerie de Thiers pour de bonnes remontrances (un des gamins était un fils d’un gendarme thiernois). Leur « victime » a déclaré : « J’ai été attaqué au col Saint-Thomas par des jeunes, sans doute un faux maquis. J’ai dû foncer dans la descente au risque d’avoir un accident et j’ai dû zigzaguer pour éviter les balles ».
« J’ai dû zigzaguer pour éviter les balles »
L’histoire est en route. Chaque été, les étudiants retournent au col Saint-Thomas, situé à 930 mètres d’altitude. Ils ont un point de chute, après la guerre, au lieu-dit « Cornet », situé en dessous du col Saint-Thomas, du côté de la Loire, et plus précisément à Saint-Romain-d’Urfé, un lieu-dit rattaché à ce moment-là à Chausseterre depuis la naissance de ce village en 1947. La pancarte abimée sous l’occupation est enlevée et fait place à une nouvelle enseigne. Les jeunes mentionnent sur celle-ci : « Ici commence l’Auvergne, ici finit la France » sans oublier de mettre le blason de l’Auvergne, le drapeau français et la signature des préconisateurs « Université Libre de Cornet ». Ils créent même un laissez- passer auvergnat : toute personne qui passe la frontière au niveau du col de Saint-Thomas devra montrer son document et « sera visé par la garde-frontière de la République libre d’Auvergne ».
Enlevée au passage du général De Gaulle
La route est goudronnée à la fin des années 1950 et les véhicules sont de plus en plus nombreux à emprunter cet axe.
Le panneau devient célèbre grâce aux médias, mais aussi aux touristes qui surenchérissent à qui mieux mieux quant à l’origine du texte. Il sera enlevé par les motards du Général de Gaulle lors de son passage sur les lieux en 1961 afin de ne pas contrarier le président de la République. Il sera remis le jour même par l’ULC (Université Libre de Cornet).
Un laissez-passer avait été créé pour l’occasion.
frem Dayne (dit Frédo), accompagné de Michel et Madeleine, seront les douaniers à partir des années 60 jusqu’à l’aube du XXI e siècle grâce à leur relais campagnard installé à proximité de l’enseigne.
Depuis sa création, la pancarte est régulièrement refaite suite à des vols ou simplement à son usure. Cette dernière vient d’être remplacée par les enfants de René Barnérias, qui l’ont réalisée au plus près de l’originale.