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Le Dernier Compte du Grand Méchant Oncle Sam

mercredi 21 janvier 2026, par Luniterre

La politique Maga, sensée réindustrialiser les USA en quelques années, et en fait, juste en quelques mois, vu l’échéance des élections « midterms », était donc un projet mort-né, non pas forcément par une hypothétique versatilité de Trump, mais simplement sous la pression d’une réalité sous-jacente qui relie la survie de l’économie US, comme la plupart des autres, au demeurant, à la « solidité » de sa dette publique et privée.

Industrialiser implique d’investir et donc en réalité d’alourdir encore la dette, ce qui n’est « viable », même provisoirement, que si les taux directeurs de la Fed (la Banque Centrale US) sont réduits, ce que Trump n’a cessé de réclamer en vain.

Or abaisser les taux s’applique évidemment à l’ensemble du crédit, et pas seulement à celui des investissements productifs escomptés par Maga. Et donc abaisser les taux ne peut qu’engendrer, même « hors investissements productifs », une relance de l’inflation et une nouvelle augmentation drastique de l’endettement du pays.

Il est difficile d’évaluer déjà l’impact éventuel de la politique Trumpienne des « Tariffs », inaugurée malgré tout sans l’aide de la Fed concernant les taux directeurs, mais le fait est donc que la dette publique s’est encore creusée au-delà des prévisions les plus pessimistes.

Ce que les chiffres cités à la suite semblent indiquer, ainsi que les recherches que du reste chacun peut encore faire sur le net, c’est qu’il y a actuellement une accélération drastique du creusement de la dette US.

Le constat lucide est donc que la furia de Trump à se poser en démiurge remodelant le monde presque à chaque seconde au gré de la rapacité décuplée des USA n’est en réalité que le reflet inversé de la spirale dans laquelle l’économie US est engagée depuis des décennies est qui est en train de devenir un vortex fatal dans lequel elle est déjà en train de sombrer, sauf à être en mesure d’inspirer au reste du monde une terreur constante et même décuplée par rapport à la violence déjà considérable déployée ces dernières décennies.

Que d’aucuns poussent de cris d’orfraies devant ce qui semble être le nouveau déferlement de cette violence est donc éventuellement compréhensible, mais la question est donc de comprendre en quoi la cause économique de cette violence à pu évoluer pour se manifester dans sa forme actuelle. C’est donc là qu’il y a « débat » pour savoir si l’on a simplement affaire à une sorte de résurgence particulièrement violente de l’impérialisme US du siècle dernier ou bien à une évolution plus fondamentale de l’économie mondiale face à laquelle les « décideurs » eux-mêmes des principales forces géopolitiques se trouvent pris au dépourvu et condamnés à une sorte d’improvisation au jour le jour, impliquant des revirements brutaux et autrement dénués en apparence du simple bon sens.

A noter, au passage, cette « nuance » néanmoins essentielle que cette attitude névrotique typique affecte principalement les « leaders » des puissances occidentales et nettement moins les « leaders » chinois et russes et même nord-coréens, qui semblent suivre méthodiquement une voie déjà tracée depuis quelques années, quoi que l’on pense de leurs options choisies. La tentation de résumer la situation à un conflit entre « occident impérialiste » d’un côté, et « camp anti-impérialiste » de l’autre peut être grande et c’est manifestement celle d’une forme encore assez répandue de dogmatisme se réclamant « marxiste »…

L’image du « Grand Méchant Oncle Sam » est une réponse commode qui évite de creuser un tant soit peu sérieusement l’évolution du réel, et c’est malheureusement celle qui ressort encore d’un débat par ailleurs excellent initié par Aude Lancelin sur son média QG :

Aude Lancelin, Nicolas Conquer, Annie Lacroix-Riz, Éric Branca

QG TV - 14 janvier 2026

Cliquer ici ou sur l’image pour télécharger la vidéo en MP4

Aux côtés d’Aude Lancelin, étaient présents en direct mercredi 14 janvier à 20h30 pour le premier « Pas de Quartier » de l’année 2026 :

_ Annie Lacroix-Riz, historienne, notamment auteur du « Choix de la défaite » et de « Aux origines du plan Marshall. Le mythe de l’aide américaine » (Armand Colin).

_ Nicolas Conquer, ex porte-parole des Républicains Overseas, auteur de « Vers un Trump français ? » qui sort ces jours-ci aux éditions Fayard.

_ Éric Branca, journaliste et historien, auteur de « L’Ami américain : Washington contre de Gaulle » (Perrin), best-seller consacré aux ingérences des Etats-Unis dans la politique française.

Comme Annie Lacroix-Riz nous le rappelle à plusieurs reprises les rapports de forces entre empires capitalistes industriels ont changé plusieurs fois, et même radicalement, depuis la fin du XIXe siècle. Elle rappelle également fort justement que la définition même d’impérialisme capitaliste a été établie, avec l’essor de ce phénomène, au début du XXe siècle, et aussi bien par les économistes et analystes occidentaux, dont Lénine, en fait, s’est largement inspiré dans son célèbre et magistral petit livre (*), pour en faire le concept typiquement « marxiste-léniniste », mais qui ne peut néanmoins pas, d’un point de vue dialectique, être considéré comme un dogme. On a même déjà vu, avec une lecture attentive, que Lénine lui-même posait déjà dans ce livre la question d’une évolution concrète de ce concept, en fonction, évidemment, de l’évolution des rapports mondiaux de production. (**)

Autrement dit, encore, si les rapports de forces entre puissances d’envergure mondiale changent au fil du temps, depuis l’apogée de l’empire britannique et la fin du XIXe siècle, les rapports de production, en fonction de l’évolution des technologies, changent eux-mêmes aussi drastiquement, et ceux qui ont fondé la formation du capital industriel puis sa mutation en capitalisme impérialiste ont eux-mêmes drastiquement changé, ce qui est malheureusement gravement escamoté dans ce débat, par ailleurs excellent.

En effet, comment parler de « capitalisme impérialiste » pour une nation qui, actuellement, perd au bas mot 300 Milliards de dollars par mois !

USA : 1 500 Milliards de dette supplémentaire en 5 mois !

« Les analystes soulignent que les États Unis ajoutent désormais environ mille milliards de dollars à leur dette tous les cinq mois

(En réalité, 1 500 Milliards, donc, actuellement !)

« Au 12 août 2025, la dette nationale des États Unis a atteint 37 000 milliards de dollars, un niveau inédit, selon les données officielles du département du Trésor  : ce record est survenu bien plus tôt que les projections prépandémie prévoyaient, qui le plaçaient au-delà de 2030. »

Aurélien Delacroix - Publié le 13 août 2025

https://www.journaldeleconomie.fr/la-dette-americaine-franchit-un-nouveau-seuil-alarmant/

Effectivement, 38 500 Milliards, aujourd’hui :

« U.S. national debt hit $38.5 trillion in early 2026, years ahead of previous forecasts.

By Jai Hamid - Updated : January 3 / 2026

Interest payments on the debt are nearing $1 trillion annually, almost triple 2020 levels.

Trump’s $3.4 trillion spending bill and programs like DOGE and tariffs aim to reduce the burden.

America’s national debt crossed $38.5 trillion in the opening month of 2026, pushing past a level the Committee for a Responsible Federal Budget once expected around 2030. »

https://www.cryptopolitan.com/u-s-national-debt-hits-38-5-trillion-2026/

Alors comment peut-on encore parler de « capitalisme impérialiste » dans ces conditions ?

Que les USA soient encore « agressifs » avec leur volonté de suprématie militaire et monétaire sur le monde, c’est un fait, mais qualifier de « capitaliste impérialiste » un pays qui perd désormais 300 Milliards par mois, et surtout d’un point de vue marxiste, cela ne fait en réalité aucun sens sauf à vouloir se gargariser de formules type « prêt-à-penser », ce qui n’est pourtant pas la marque de fabrique habituelle d’Annie Lacroix-Riz, et ce qui n’aide précisément en rien à comprendre les fondamentaux de l’évolution de la situation actuelle.

La définition marxiste du capitalisme, c’est l’extraction de la plus-value sur le travail humain productif, ce qui permet l’élargissement du capital investi.

Selon la définition léniniste de l’impérialisme, normalement agréée par la plupart des auteurs marxistes, c’est l’exportation des capitaux vers les colonies, semi-colonies et pays compradores qui permet ensuite d’augmenter l’extraction de plus-value sur davantage de travail humain productif, dans des conditions encore plus avantageuses pour le capital investi.

Que l’exportation de leur dette publique couplée avec la menace militaire massive permette aux USA de continuer à dominer le monde, c’est un fait, mais persister à vouloir appeler ça « capitalisme impérialiste » ne fait donc pas réellement sens, quant au fond, et surtout pas d’un point de vue analytique marxiste et/ou marxiste-léniniste.

A noter que même l’économie chinoise, qui reste bien davantage productive que celle des USA, commence elle-même à reposer sur la dette, et aussi bien la sienne que celle qu’elle « exporte » vers ses « amis » de la « route de la soie ». Et sans oublier que les « réserves » monétaires chinoises sont elles-mêmes encore lourdement tributaires de la dette US.

Actuellement la Russie, quoi que l’on puisse en penser par ailleurs, est la seule puissance d’envergure mondiale dont l’économie n’est pas principalement tributaire de sa propre dette ni de la dette US.

Par ailleurs, même en termes de capitaux exportés sa balance était déficitaire avant le conflit actuel en Ukraine et elle ne peut donc pas être qualifiée d’impérialiste sous ce rapport essentiel.

Dans un monde où la domination éventuelle repose sur l’exportation de la dette bien plus que sur l’exportation de capitaux, parler de « capitalisme impérialiste » ne fait donc tout simplement plus sens.

La lutte pour la « dédollarisation » montre que le rôle des zones d’influences monétaires est devenu prépondérant sur l’exportation des capitaux « productifs de plus-value » et d’autant plus que cette exportation elle-même est quasiment remplacée par l’exportation de la dette.

La valeur des monnaies, c’est aujourd’hui la valeur des dettes dont elles sont l’expression et de leurs capacités à circuler encore, en fonction des politiques monétaires des Banques Centrales, qui ne peuvent pas prendre le risque d’un déséquilibre réel entre les principaux acteurs tant que perdure notamment l’interdépendance USA-Chine.

Et elle ne semble pas près de se terminer malgré les rodomontades des uns et des autres, dont celles de Trump. C’est ce qui limite encore pour l’instant les risques de guerre à très grande échelle, qui mènerait à la ruine très rapide des principaux intervenants.

Ce sont donc les banquiers centraux des principales puissances économiques qui sont réellement les maîtres du jeu entre les zones monétaires et donc les réels maîtres du monde, et non plus les « capitalistes » dont même les plus gros en apparences sont indirectement leurs débiteurs, car leur simple existence ne tient qu’à l’équilibre fragile entre les différentes dettes publiques, équilibre dont dépend la « valeur » en réalité complètement illusoire du dollar et de la plupart des autres monnaies.

Le capitalisme est en train de finir d’agoniser, déjà pour l’essentiel remplacé par le banco-centralisme, mais le monde n’en sort pas davantage apaisé, bien au contraire.

Pour autant, il n’y a pas de billet de retour qui vaille vers le capitalisme « classique » lui-même générateur de guerres et déjà totalement dépassé par l’évolution des rapports modernes de production.

Ce que montre clairement, néanmoins, ce débat par ailleurs excellent, c’est précisément que la survie des populations à un niveau social décent dépend désormais essentiellement de la capacité de leurs Etats nationaux à retrouver une capacité suffisante de développement économique endogène, sinon d’autonomie complète.

L’autonomie généralement par nature incomplète devant donc être compensée par des relations économiques équitables, et précisément sur une base bilatérale, telle qu’ébauchée après la 2e guerre mondiale par la Charte de la Havane, évidemment aussitôt abolie par les USA après les nouveaux accords commerciaux de libre échange sans autres limites que celles précisément fixées par les USA…

Dans le contexte actuel de la mondialisation banco-centraliste, actuellement en train de s’établir dans un chaos mortifère généralisé, la simple survie sociale des populations dépend donc de leurs capacités à se comprendre et se considérer elles-mêmes comme des entités culturelles, économiques et sociales nationales pourvue de droits humains face à la barbarie qu’impose la mondialisation et face à la perspective de l’esclavage numérique généralisé et mondialement uniformisé sur lequel elle ne peut que déboucher, comme seule perspective autrement « durable » : un enfer numérique durable…

Le constat actuel, à moins d’une inversion très improbable, spontanément, de la tendance mondialiste banco-centraliste, est donc simplement qu’il y a bien un engrenage de la dette qui est mû par un ensemble de facteurs et de causes systémiques profondes et qui dépassent largement toutes les volontés politiques elles-mêmes systémiques, sauf évidemment celles de ceux qui assument pleinement leur rôle de « contrôle » relatif de la dette, à savoir les banquiers centraux, mais qui n’ont donc pas réellement besoin d’une expression politique personnelle et/ou « partisane » pour exercer leur domination.

De sorte que même si Trump parvient à placer un « Président » de la Fed qui soit en apparence à sa botte, comme l’était supposément Powell lors de sa nomination, du reste, on ne voit pas réellement quelle marge de manœuvre il resterait à ce « nouveau Président de la Fed » pour véritablement appliquer la politique de baisse des taux souhaitée par Trump. Si l’effet de relance de l’activité économique est loin d’être garanti par une telle politique, l’effet de relance de l’inflation est par contre quasiment inévitable dans le contexte actuel et tout à fait contradictoire avec les objectifs supposés de relance industrielle locale.

A 2,7% actuellement, et avec l’imprécision de mesure induite par la longue séquence « shutdown » et ses conséquences encore actives, l’objectif de limiter l’inflation à 2%, permettant une éventuelle baisse des taux, est de toute façon raté et avec lui semble se clore la séquence Maga.

Il y a donc une logique dans le revirement de Trump : avec le déjà quasi échec de Maga s’ouvre donc, à titre de compensation espérée, la nettement moins glorieuse séquence Monroe de pillage des ressources du voisinage, dont les limites restent floues, au cas où…

La division du monde en zones d’influences banco-centralisées « séparément », chacun « chez soi », c’est-à-dire surtout chez ses « proches voisins » en pratique, reste néanmoins une illusion sur la durée, tant que pour l’essentiel les blocs économiques restent interdépendants. C’est pour l’instant cette interdépendance qui protège le monde d’une conflagration généralisée, mais la consolidation du « chacun chez soi (…et ses voisins) » exige encore une période de violences qui n’est pas près de finir, si jamais, pour peu que les « voisins » se montrent finalement, et tout à fait légitimement, du reste, plutôt rétifs…

D’une mondialisation « unipolaire » à une mondialisation « bipolaire », il n’y a donc pas grand-chose à gagner, pour les populations, sinon une séquence de violences durables pour un résultat qui n’améliorera en rien leur sort.

Un monde réellement multipolaire, basé sur des relations bilatérales équitables dans toutes les directions géopolitiques, cela semble être redevenu une utopie, alors que c’est simplement ce qu’avait ébauché le Général De Gaulle, en son temps, par son action diplomatique et sa politique de développement économique.

Y revenir aujourd’hui, cela ressemblerait à une quasi révolution, mais question indépendance nationale et simple survie décente de la population du pays, il est déjà plus que temps d’y penser sérieusement.

Luniterre

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/01/le-dernier-compte-du-grand-mechant-oncle-sam.html

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Autres éléments cités (*) - (**) dans l’article :

(* L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme - VI Lénine - 1916

Réédition TML (fin 2023) en PDF avec la numérotation originale de l’édition belge INEM qui semble devenue introuvable aujourd’hui :

https://ekladata.com/mQ3uhoOUgTkeiaTvnnDT7-da_vo/EDITIONTML2023_V.I_Lenine_Limperialisme_stade_supreme_du_capitalisme_1916.pdf

SAUVEGARDE TML :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/wp-content/uploads/2024/01/editiontml2023_v.i_lenine_limperialisme_stade_supreme_du_capitalisme_1916.pdf

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(** En relisant Lénine… qui parlait déjà de la fin du capital « fictif »… !

L’édition originale restaurée en 2026 sur Ciel de France :

https://cieldefrance.eklablog.com/en-relisant-lenine-qui-parlait-deja-de-la-fin-du-capital-fictif-a213834439

Aujourd’hui également republiée sur TML :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2026/01/18/en-relisant-lenine-qui-parlait-deja-de-la-fin-du-capital-fictif-reedition-2026/

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Voir également sur Ciel de France :

Venezuela : la seconde mort d’Hugo Chavez ouvre la tombe de l’Amérique trumpienne

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/01/venezuela-la-seconde-mort-d-hugo-chavez-ouvre-la-tombe-de-l-amerique-trumpienne.html

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Une interview importante de Juan Branco :

Souveraineté populaire : démocratie référendaire ou coalition de micro-partis ?

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/01/souverainete-populaire-democratie-referendaire-ou-coalition-de-micro-partis.html

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US über alles ? - "Monroe" remplace "Maga" : Résistance française encore possible ?

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/01/us-uber-alles-monroe-remplace-maga-resistance-francaise-encore-possible.html

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2015-2025, Macronie Vs France : le score perdant pour la France

https://cieldefrance.eklablog.com/2025/12/2015-2025-macronie-vs-france-le-score-perdant-pour-la-france.html

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