Version DOCX : https://mai68.org/spip3/IMG/docx/Co…
Version PDF : https://mai68.org/spip3/IMG/pdf/Com…
comaguer
Bulletin
634
06.0.2026
***
INDE ET BRICS
Nous avons choisi de diffuser un article sur l’Inde bien documenté
pour illustrer le fait que si les BRICS sont bien un front anti-impérialiste,
même Trump l’a compris, il ne faut surtout pas croire que les BRICS seraient
l’amorce d’une internationale socialiste de type nouveau tant sont divers
politiquement et socialement les pays qui s’y retrouvent. Le cas de l’Inde , un
des poids lourds des BRICS,mérite l’attention.
La source en est l’édition française du site du parti communiste
marxiste-léniniste du Canada (https://cpcml.ca/fr/). A juste titre cet article
souligne que l’Inde n’a pas connu de lutte armée de libération nationale et que
l’indépendance lui a été octroyée par le colonisateur qui a ajouté à ce cadeau
le poison de la division religieuse entre hindous et musulmans , la partition de
1947 et la création de deux puissances nucléaires non contrôlées c’est-à-dire
non liées par le Traité de non-prolifération.
Mais des facteurs d’unité existentet la culture a maintenant
trouvé sa place dans les BRICS. En témoigne l’attribution du premier prix de
littérature des BRICS dont la création avait été annoncée à Kazan La lauréate
est l’égyptienne Salwa
Bakr, les autres candidats présélectionnés étaient Ana Maria Gonzalez (Brésil),
Sonu Saini (Inde), Ma Boyong (Chine), Reem al-Kamali (Emirats Arabes Unis), Abra
Adamu (Ethiopie), Ntabiseng Jah Rose Jafta (Afrique du Sud), Denny JA
(Indonesie), Aleksei Varlamov (Russie) et Mansour Alimoradi (Iran). Ce prix bien doté va trouver sa place à
côté du Nobel et nous nous en réjouissons.
***
Le
Jour de la République rappelle la honte de la Constitution
indienne
–
J. Singh –
Le
26 janvier (2026) était le 76e anniversaire de la promulgation de la
Constitution de l'Inde. C'est l'occasion de réfléchir et de tirer des
conclusions sur la situation actuelle, où la Constitution concentre tous les
pouvoirs de l'État et des gouvernements entre les mains d'une
élite.
Selon
les données recueillies, toutes les 15 minutes, quatre dalits et adivasis sont
victimes d'atrocités. Chaque jour, trois femmes dalits sont violées, deux hommes
dalits sont assassinés et 11 sont battus. Chaque semaine, 13 dalits sont
assassinés et les maisons de cinq dalits sont incendiées. Au cours des 76 années
d'existence de cette constitution, des centaines de millions de dalits ont été
victimes d'atrocités.
En
ce Jour de la République, l'énorme richesse créée par les travailleurs, les
agriculteurs et les ouvriers est concentrée entre les mains de quelques familles
appartenant à des groupes industriels tels que Adani, Ambani, Tata, Birla et
d'autres. Les données publiées par des organisations et agences nationales et
internationales révèlent cette dure réalité.
Les
inégalités de revenus sont très importantes en Inde, et les inégalités de
richesse le sont encore plus. Les 10 % les plus riches détiennent 65 %
de la richesse du pays; les 1 % les plus riches détiennent à eux seuls
environ 40 %. En cette fête de la République, les habitants dans la plupart
des villes indiennes étouffent à cause de l'air toxique, des routes en mauvais
état, des montagnes d'ordures, des rues sales et des
embouteillages.
Selon
les données du gouvernement, au cours des 76 dernières années, plus de 140
millions d'enfants sont morts de malnutrition. 150 millions d'autres enfants
sont morts après avoir bu de l'eau insalubre. Plus de 40 millions de personnes
ont été déplacées par des projets de « développement ». Toutes les
concessions que le peuple avait obtenues au prix d'un bain de sang sont
aujourd'hui remises en cause et l'élite au pouvoir a même retiré le droit de
vote à des millions de personnes.
Ce
n'est pas une coïncidence ni le fait de mauvaises personnes au pouvoir, dont les
principales qualités sont leur caractère corrompu, leur capacité à escroquer, à
mentir et à persécuter les populations qui se rebellent contre elles. La
situation actuelle est le résultat et le prolongement de la voie choisie par
ceux à qui les Britanniques ont transféré le pouvoir en 1947. Ils étaient tous
des collaborateurs des Britanniques lorsque la Constitution a été rédigée de
manière à priver le peuple de son droit de prendre les décisions qui affectent
sa vie. Ceux qui ont rédigé la Constitution indienne ne voulaient pas rompre
avec les institutions coloniales auxquelles leurs intérêts étaient intimement
liés. Ils ont choisi de maintenir une forme de domination coloniale sans que les
colonialistes britanniques y soient directement impliqués, car leurs
collaborateurs ont pris leur place, servant les mêmes intérêts. Il n'est donc
pas surprenant que plus de 90 % de la Constitution de la République de
l'Inde soit constituée de la Loi sur le gouvernement de
l'Inde promulguée par les Britanniques en 1935.
On
peut voir à quel point la loi coloniale de 1935 est intégrée dans la
Constitution de la République de l'Inde. En fait, un grand nombre de lois
coloniales sont toujours en vigueur, appliquées encore aujourd'hui, car elles
légalisent et facilitent le pillage, la spoliation, la répression et le génocide
perpétrés par les élites au pouvoir.
Les
trois premiers mots du préambule de la Constitution, « Nous, le
peuple », sont les plus trompeurs. Les peuples de l'Inde n'ont rien eu à
voir avec l'élaboration de la Constitution. À l'époque, le droit de vote, basé
sur des considérations patrimoniales, était limité à 12 % des adultes. Dans
ce qu'on appelait les États princiers, qui représentaient 60 % du
territoire indien de l'époque, il n'y avait pas d'élections. Seuls 40 % du
territoire indien organisaient des élections. Près de 50 % des personnes
considérées comme habilitées à voter ne votaient pas. En d'autres termes,
« nous, le peuple » comprenait alors et continue de comprendre
aujourd'hui ceux qui ont rédigé la Constitution afin de protéger les intérêts
d'une poignée de monopoles et de propriétaires terriens.
Les
constitutions de toutes les démocraties libérales établies aux XVIIIe et XIXe
siècles utilisaient le mot « peuple » pour désigner les hommes blancs
propriétaires. Les esclaves étaient considérés comme des biens acquis lors de
conquêtes étrangères. Les femmes étaient considérées comme des biens et les
peuples coloniaux étaient considérés comme inférieurs à des êtres humains.
Lorsque les peuples opprimés ont lutté pendant 200 ans contre une domination
coloniale brutale et ont finalement obtenu le droit de vote, le type d'État
établi ne reconnaissait pas leur droit de gouverner.
Au
XXe siècle, les auteurs de la Constitution indienne ont été contraints de
consacrer le suffrage universel, des dispositions relatives aux réserves et des
droits limités pour les travailleurs, et de faire d'autres concessions pour
apaiser les luttes du peuple. L'expérience montre qu'en l'absence d'une
législation habilitante qui consacre le droit d'élire et d'être élu de manière
significative afin de permettre au peuple d'exercer son pouvoir de décision, ce
droit est en réalité vide de sens.
À
l'occasion du 76e anniversaire de la promulgation de la Constitution indienne,
le peuple indien – femmes, agriculteurs, travailleurs, étudiants, jeunes,
peuples tribaux et intellectuels – est aux premières lignes des luttes menées
dans tout le pays pour affirmer le droit d'être des peuples, défendre les droits
de tous et garantir la protection de l'environnement naturel. Ils se battent
dans les usines, les champs, les rues, les tribunaux, les assemblées, les
écoles, les universités et tous les autres lieux. On constate également que les
peuples de l'Inde développent leur propre vision et la conscience nécessaire
pour sauver l'humanité et la planète des attaques vicieuses des oligarques qui
cherchent à maximiser leurs profits. Alors que les criminels en col blanc
intensifient leurs attaques, les rues de l'Inde résonnent de slogans tels que
« Inquilab Zindabad, Sarbat Da Bhala » (Vive la révolution, l'égalité
pour tous) et « Une seule humanité, une seule lutte, un autre monde est
possible ».
Les
Indiens ont découvert par leur propre expérience que la démocratie libérale
inscrite dans la Constitution de 1950 ne les reconnaît pas, ni leurs droits ni
leur existence. Peu importe la force avec laquelle l'élite au pouvoir et ses
partis s'expriment depuis le Fort Rouge ou les chaînes de télévision, les gens
se rendent compte que leur sécurité dépend de leur lutte et de leur unité. Comme
l'a écrit Bhagat Singh :
Les
oppresseurs inventent chaque jour de nouveaux moyens d'oppression
Notre
passion est de mettre fin à toute oppression.
C'est
avec ces pensées que les habitants partout en Inde se souhaitent un joyeux jour
de la République et lancent l'appel à se joindre à tous ceux qui luttent pour le
renouveau et la rénovation de toutes les relations entre les êtres humains et
entre les humains et la nature. Les agriculteurs de toutes les régions de l'Inde
organisent des marches en tracteur pour mettre en avant leurs revendications et
leur détermination à bâtir un monde meilleur qui garantisse une vie digne et
juste pour tous.