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15 février 2026
Assawra
La rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, à l’université Roma Tre, à Rome, le 6 octobre 2025. REMO CASILLI / REUTERS
Prenons deux déclarations : La responsabilité de la France « est de veiller à ce que le droit international humanitaire puisse être respecté », prononcée le 30 octobre 2025 ; « Nous défendons le droit international et la liberté des peuples », prononcée le 5 janvier 2026.
C’est beau. Nous applaudissons tous. Il se trouve que la première a été faite par un certain Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères français, au cours d’une conférence intitulée « Sauvegarder le droit international humanitaire », et la seconde par Emmanuel Macron en personne, en plein Conseil des ministres.
Il se trouve aussi que, depuis le début de la guerre génocidaire qu’Israël mène contre la bande de Gaza, la France agit à l’opposé. Rappelons-le, s’il est encore besoin : à en croire l’armée israélienne elle-même, 83 %, au moins, des personnes assassinées sont des civils. Qu’a fait, face à cela, l’État français en maintenant plus de deux ans ? Il n’a pris aucune sanction contre un État bafouant ouvertement – et même fièrement – le droit international et le droit international humanitaire.
Pire : à travers un soutien politique, diplomatique, moral et matériel (1), l’État français, à l’instar de nombre de ses homologues européens, a permis à ce massacre insensé de continuer, contrevenant par là même à l’ensemble de ses obligations juridiques.
Le 29 juillet 2025, une plainte contre Emmanuel Macron, Jean-Noël Barrot ainsi que d’autres membres de l’exécutif français a ainsi été déposée par 114 avocats devant la CPI, pour « complicité de génocide à Gaza ». Israël peut donc poursuivre son œuvre de mort sous nos yeux. Son gouvernement annonce de nouveaux plans d’annexion de la Cisjordanie, enterrant dans les faits toute possibilité d’un État palestinien. Il annonce le désenregistrement de 37 ONG internationales, compromettant l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza. Quant à la Knesset, elle vient de passer en première lecture une loi prévoyant la peine de mort rétroactive pour les prisonniers palestiniens accusés de meurtre – cette loi ne s’appliquant pas aux Israéliens.
Que fait la France en retour ? Elle s’attaque, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, à Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés. On a bien lu. Mais on n’est plus tout à fait surpris. Le 11 février dernier, Jean-Noël Barrot a ainsi réclamé la démission de Francesca Albanese. Il fallait tout de même trouver un motif. Des propos. Et même des propos « outranciers et coupables » : la juriste italienne aurait déclaré quelques jours plus tôt, le 7 février, qu’« Israël est l’ennemi commun de l’humanité ». Ces propos deviennent une citation ; virale, évidemment. Sauf que : ces propos, elle ne les a pas tenus.
Barrot, et ses nombreux relais, mentent au grand jour. Écoutez plutôt la prise de parole de la rapporteuse spéciale des Nations Unies. Alors vous l’entendrez distinctement dire ceci, en anglais (2) : « Le fait que, au lieu de freiner Israël, la majeure partie du monde l’ait armé, lui ait fourni des excuses politiques, un abri politique ainsi qu’un soutien économique et financier : c’est un défi. Le fait que la majeure partie des médias dans le monde occidental ait amplifié le récit pro apartheid et celui du génocide constitue un défi. Et, en même temps, cela crée une opportunité. Parce que si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté mondiale n’avait été confrontée aux défis que nous affrontons tous. Nous, qui ne contrôlons pas de grandes quantités de capitaux financiers, d’algorithmes ni d’armes, nous voyons maintenant que nous avons, en tant qu’humanité, un ennemi commun. »
Sur X, elle poursuit le 9 février : cet ennemi commun « est LE SYSTÈME qui a permis le génocide ». Et de répéter : capital, algorithmes, armement. Mais la vérité, quelle importance ? Nous, citoyen.nes, artistes, y tenons encore. Nous apportons par conséquent tout notre soutien à Francesca Albanese, défenseure du droit des peuples, donc, aussi, du peuple palestinien, à exister. Cet ordre international criminel, ce système, ne saurait avoir le dernier mot. C’est une simple question de survie collective. Nous sommes infiniment plus nombreux, aux quatre coins de la Terre, à vouloir que la force ne fasse plus loi. À savoir ce que le mot « droit » signifie véritablement.
1 Des enquêtes journalistiques et d’ONG – comme Disclose – ont documenté la poursuite de l’exportation de composants militaires français vers Israël après le 7 octobre 2023.
2 « The fact that instead of stopping Israel, most of the world has armed it, given it with political excuses, political sheltering, economic and financial support : this is a challenge. The fact that most of the media in the Western world has been amplifying the pro-apartheid, the genocide narrative, is a challenge. And at the same time, her also lays the opportunity. Because if international law has been stabbed in the heart, it’s also true that never before the global community has seen the challenges that we all face. We, who do not control large amounts of financial capitals, algorithms and weapons. We now see that we, as a humanity, have a common enemy. »
Tribune - L’Humanité du 14 février 2026
