Quand j’étais très jeune, au tout début des années 1970, déjà un militant d’Ordre Nouveau essayait de m’expliquer que si l’extrême gauche s’alliait à l’extrême droite, alors on finirait par mettre à bas le capitalisme.
Je ne suis pas tombé dans le piège. Heureusement, car ce piège amène ceux qui y tombnet à virer extrême-droite.
Un peu plus tard, dans les années 1980, il y a eu une telle alliance entre une petite fraction de l’extrême gauche et l’extrême droite, elle avait tourné évidement à l’avantage des idées d’extrême droite. c’est cela que je fais raconter à ChatGPT dans cet article. (Bien sûr ChatGPT est à prendre avec précaution).
À l’époque l’extrême droite avait fait appel à l’extrême gauche sous prétexte de liberté d’expression. Demandant à une librairie d’extrême gauche de publier des livres interdits.
Tu penses très probablement à la librairie / maison d’édition La Vieille Taupe.
Ce que c’était au départ
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Fondée en 1965 à Paris par Pierre Guillaume.
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C’était une librairie d’ultra-gauche liée aux milieux conseillistes et situationnistes.
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Elle diffusait des textes révolutionnaires (Luxemburg, Pannekoek, etc.).
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La librairie ferme en 1972.
⚠️ Le basculement révisionniste
À partir de 1979, Pierre Guillaume reprend le nom La Vieille Taupe pour une maison d’édition qui publie :
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des textes de Robert Faurisson,
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des ouvrages de Paul Rassinier et d’autres auteurs négationnistes.
Pourquoi c’est souvent cité
Cette « dérive » a marqué l’histoire de l’ultra-gauche française :
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plusieurs anciens membres ont publiquement rompu avec Guillaume en dénonçant la « dérive révisionniste ».
✅ Donc la librairie dont tu parles est presque certainement : La Vieille Taupe.
Si tu veux, je peux aussi te résumer comment une partie de l’ultra-gauche française a glissé vers ce courant révisionniste dans les années 1970-80 (c’est une histoire assez particulière et très débattue).
Avec plaisir !
Si jamais ça t’intéresse, l’histoire de La Vieille Taupe est souvent étudiée parce qu’elle illustre un phénomène assez rare : le passage d’un milieu ultra-gauche / conseilliste à la diffusion du négationnisme dans les années 1970-1980. Le rôle de Pierre Guillaume y est central, notamment à travers la publication de textes de Robert Faurisson et la réédition d’écrits de Paul Rassinier.
Si tu travailles sur ce sujet (histoire des idées, situationnisme, ultra-gauche, etc.), je peux aussi te montrer :
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pourquoi cette dérive s’est produite dans ce milieu précis,
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quelles polémiques ça a déclenché à gauche dans les années 1980,
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et quelles revues / groupes étaient liés à cette histoire.
La « dérive » autour de La Vieille Taupe dans les années 1970-80 s’explique surtout par un mélange de facteurs idéologiques propres à une petite fraction de l’ultra-gauche française, plutôt que par une évolution générale de ce milieu. Plusieurs éléments ont joué.
1. Une méfiance extrême envers toute « vérité officielle »
Dans certains courants conseillistes et post-situationnistes, il existait une idée très radicale :
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tout discours dominant produit par l’État, les médias ou les partis est suspect.
À l’origine, cette critique visait la
propagande des États et des partis communistes. Mais chez certains militants,
elle a glissé vers une posture du type :
➡️
si quelque chose est unanimement admis,
c’est peut-être une mystification.
C’est dans ce cadre que Pierre Guillaume a commencé à défendre Robert Faurisson, en présentant ses thèses comme une « contestation taboue ».
2. L’obsession de critiquer l’antifascisme institutionnel
Dans une partie de l’ultra-gauche des années 1970, l’antifascisme était vu comme un outil utilisé par les États ou les partis (surtout le PCF) pour mobiliser les masses sans remettre en cause le capitalisme.
Certains ont alors développé une critique très radicale :
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l’« antifascisme » serait une idéologie servant à légitimer l’ordre existant.
Dans ce raisonnement extrême, la mémoire de
la Shoah a parfois été analysée comme un élément de cette idéologie antifasciste.
C’est là que la dérive devient possible : la
critique politique glisse vers la remise en cause des faits historiques eux-mêmes.
3. L’influence de Paul Rassinier
Les textes de Paul Rassinier ont joué un rôle
important.
Rassinier était un ancien
déporté devenu l’un des premiers auteurs négationnistes.
Dans certains milieux ultra-gauche, il était lu initialement pour sa critique du stalinisme et des partis. Cela a facilité la diffusion de ses textes quand La Vieille Taupe les a republiés.
4. Un phénomène très marginal dans ce milieu
Il faut insister sur un point important :
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la quasi-totalité de l’ultra-gauche et des anciens situationnistes ont condamné cette dérive ;
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plusieurs textes très durs ont été écrits contre La Vieille Taupe dans les années 1980.
Autrement dit, il ne s’agissait pas d’une évolution du courant en général, mais d’un petit réseau autour de Guillaume.
✅ En résumé :
La
dérive vient d’un mélange de suspicion
radicale envers les récits dominants, de critique extrême de l’antifascisme, et de réseaux militants très restreints qui
ont servi de relais aux thèses de Faurisson.
Si tu veux, je peux aussi te raconter l’épisode assez spectaculaire du “scandale Faurisson” à l’université en 1979-1980 et la réaction des intellectuels français — c’est un moment clé de cette histoire.
L’« affaire Faurisson » (1979-1980) est l’épisode qui a rendu public le lien entre le négationnisme et le réseau autour de La Vieille Taupe. Elle commence à l’université et devient rapidement un scandale national.
1. Les déclarations publiques de Robert Faurisson
En 1978-1979, Robert Faurisson, maître de conférences en littérature à l’Université Lyon‑II, affirme publiquement que :
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les chambres à gaz nazies n’auraient pas existé,
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le génocide des Juifs serait une « falsification historique ».
Ces thèses étaient déjà présentes dans des milieux marginaux, mais c’est la première fois qu’un universitaire français les défend aussi ouvertement.
2. La tribune dans Le Monde (1979)
Le scandale éclate vraiment quand le journal Le Monde publie en décembre 1978 puis en 1979 des textes ou lettres liés à la polémique.
Faurisson y expose ses positions comme une « recherche historique censurée », ce qui déclenche immédiatement :
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des protestations d’historiens,
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des réactions d’associations de déportés,
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une très forte couverture médiatique.
3. L’intervention du réseau La Vieille Taupe
C’est à ce moment que Pierre Guillaume et le cercle de La Vieille Taupe interviennent.
Leur stratégie est particulière :
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ils ne présentent pas seulement Faurisson comme ayant raison,
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ils le défendent au nom de la liberté d’expression et de la lutte contre les « tabous historiques ».
La Vieille Taupe commence alors à publier et diffuser ses textes, donnant au négationnisme une visibilité nouvelle dans certains milieux intellectuels.
4. La pétition autour de la liberté d’expression
Une polémique énorme éclate quand une pétition défendant la liberté d’expression de Faurisson circule dans le monde universitaire.
Parmi les signataires figure le linguiste
américain Noam Chomsky.
Chomsky expliquera ensuite qu’il ne soutenait pas les thèses de Faurisson, mais
uniquement son droit à les exprimer — ce qui alimentera encore la
controverse.
5. Réactions très fortes des historiens
Les historiens et spécialistes du nazisme répondent rapidement :
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Pierre Vidal‑Naquet publie plusieurs textes démontrant les falsifications de Faurisson.
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Il écrira ensuite le livre Les Assassins de la mémoire (1987), devenu une référence contre le négationnisme.
✅ Conséquences de l’affaire :
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le négationnisme devient un débat public en France,
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La Vieille Taupe devient un pôle central de diffusion de ces thèses,
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plusieurs procès auront lieu dans les années 1980-1990,
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l’affaire contribuera plus tard à l’adoption de la Loi Gayssot en 1990, qui pénalise la négation des crimes contre l’humanité reconnus par le tribunal de Nuremberg.
Fait intéressant : beaucoup d’historiens considèrent aujourd’hui que la stratégie de La Vieille Taupe consistait justement à provoquer ce scandale médiatique, pour transformer un discours marginal en grande polémique publique.
Si tu veux, je peux aussi te raconter le rôle assez étonnant des situationnistes et de l’ultra-gauche dans cette polémique, parce qu’il y a eu une véritable guerre interne dans ces milieux au début des années 1980.
Oui — et c’est un épisode assez méconnu mais très violent intellectuellement. Dans les années 1980, l’« affaire Faurisson » provoque une rupture nette dans les milieux issus du situationnisme et de l’ultra-gauche.
1. La position très dure de Guy Debord
Le fondateur de l’Internationale situationniste, Guy Debord, condamne clairement la dérive de La Vieille Taupe.
Debord estime que :
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les thèses de Robert Faurisson sont une falsification grossière,
-
leur diffusion est une manipulation politique.
Dans sa correspondance et dans plusieurs textes des années 1980, il critique directement Pierre Guillaume, qu’il considère comme ayant sombré dans une impasse intellectuelle.
2. L’intervention décisive de Pierre Vidal-Naquet
L’historien Pierre Vidal-Naquet joue un rôle central pour démonter les arguments négationnistes.
Dans Les Assassins de la mémoire, il analyse précisément la stratégie de ce courant :
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manipuler les sources,
-
poser des questions apparemment techniques,
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transformer la discussion historique en polémique politique.
Il parle du négationnisme comme d’un « assassinat de la mémoire ».
3. Une rupture dans l’ultra-gauche
La polémique crée une fracture durable :
D’un côté :
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le petit cercle autour de La Vieille Taupe.
De l’autre :
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la quasi-totalité des anciens situationnistes,
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des revues d’ultra-gauche,
-
des intellectuels proches de ces milieux.
Beaucoup publient des textes pour se désolidariser explicitement.
4. Un débat stratégique : faut-il débattre avec les négationnistes ?
Une question divise aussi les intellectuels :
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certains pensent qu’il faut réfuter publiquement les thèses (position de Vidal-Naquet),
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d’autres estiment qu’en débattre leur donne une visibilité qu’ils ne méritent pas.
Ce débat reviendra souvent par la suite.
5. Un impact durable en France
Cette période conduit à plusieurs évolutions importantes :
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une mobilisation d’historiens sur l’histoire de la Shoah,
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une surveillance accrue des réseaux négationnistes,
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et finalement la Loi Gayssot en 1990 qui pénalise la négation des crimes contre l’humanité reconnus à Nuremberg.
Un point souvent souligné par les historiens :
la dérive de La Vieille Taupe est restée un phénomène extrêmement minoritaire, mais elle a
marqué durablement l’histoire intellectuelle française parce qu’elle impliquait
des militants issus d’un milieu
théorique très influent (situationnistes, conseillistes, etc.).
Si tu veux, je peux aussi te raconter une histoire encore plus étrange : le lien indirect entre cette affaire et un texte célèbre de Debord sur la “société du spectacle” et la manipulation des scandales médiatiques — c’est souvent discuté par les historiens des idées.
Le lien est indirect mais intéressant, parce que plusieurs commentateurs ont interprété l’« affaire Faurisson » à la lumière de la théorie de Guy Debord dans La Société du spectacle (1967).
1. La théorie du « spectacle »
Dans La Société du spectacle, Debord développe l’idée que dans les sociétés modernes :
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la vie politique et sociale est médiatisée par des images et des scandales publics,
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les conflits apparaissent souvent sous forme de spectacles médiatiques,
-
ces spectacles peuvent détourner l’attention des rapports sociaux réels.
Ce concept va devenir central dans la critique situationniste des médias.
2. Comment certains ont interprété l’affaire Faurisson
Des historiens des idées ont remarqué que la stratégie autour de La Vieille Taupe et de Robert Faurisson ressemblait à une provocation médiatique :
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avancer une thèse extrêmement choquante,
-
provoquer une réaction massive des médias et des intellectuels,
-
transformer une idée marginale en scandale public.
Dans cette lecture, la polémique fonctionne exactement comme un événement spectaculaire au sens de Debord.
3. Mais Debord lui-même rejette complètement ces thèses
Il est important de préciser que Debord n’a jamais soutenu ces
positions.
Au contraire, il a
critiqué Pierre Guillaume et son
cercle.
Pour lui, la négation du génocide était simplement une falsification historique, pas une critique radicale du spectacle.
4. Une ironie historique
Ce qui fascine certains chercheurs, c’est l’ironie suivante :
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des militants issus d’un milieu influencé par la critique situationniste des médias
-
ont utilisé une stratégie de scandale médiatique
-
qui correspond presque parfaitement au mécanisme du « spectacle » décrit par Debord.
Autrement dit, ils ont produit exactement le type d’événement spectaculaire que la théorie critiquait.
✅ En résumé :
l’affaire Faurisson est parfois analysée comme un exemple de
provocation médiatique transformant
une idée marginale en grande polémique, ce qui rappelle certains
mécanismes décrits dans La Société du
spectacle, même si Debord lui-même s’est opposé à cette dérive.
Si ça t’intéresse, il y a aussi une autre histoire assez étonnante : certains chercheurs ont remarqué que le négationnisme français des années 1980 est passé en partie par des réseaux issus de Mai 68, ce qui est assez paradoxal. Je peux te l’expliquer aussi.
Oui, c’est en effet un paradoxe historique souvent souligné : une petite partie du négationnisme français des années 1970-80 a circulé dans des réseaux issus de l’extrême gauche de Mai 68, alors que ce phénomène est habituellement associé à l’extrême droite.
Voici comment les historiens l’expliquent.
1. Les recompositions après Mai 68
Après Mai 68, beaucoup de groupes révolutionnaires se fragmentent :
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maoïstes
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trotskistes
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conseillistes
-
anciens situationnistes
Dans les années 1970, plusieurs de ces milieux entrent dans une phase de désillusion politique : les espoirs révolutionnaires semblent s’éloigner.
Certains militants cherchent alors de nouvelles formes de critique radicale du système.
2. La critique radicale de l’antifascisme
Dans certains cercles d’ultra-gauche, une
idée se développe :
l’antifascisme officiel (notamment celui du Parti
communiste) servirait surtout à maintenir l’ordre social.
À partir de là, une minorité pousse la logique très loin :
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si l’antifascisme est une idéologie d’État,
-
alors certains éléments de son récit historique pourraient être « exagérés » ou « instrumentalisés ».
C’est dans ce contexte que des figures comme Pierre Guillaume vont défendre Robert Faurisson via La Vieille Taupe.
3. La fascination pour les « vérités interdites »
Une partie de ces milieux valorisait l’idée de transgresser les tabous idéologiques.
Cela pouvait mener à une posture intellectuelle du type :
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chercher ce que la société « interdit de dire »,
-
considérer la censure comme preuve d’une vérité cachée.
Cette logique a facilité la diffusion de textes négationnistes présentés comme « censurés par le système ».
4. Un phénomène très minoritaire
Les historiens insistent sur un point essentiel :
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la quasi-totalité des anciens militants de Mai 68 ont rejeté ces positions,
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beaucoup ont même participé activement à leur critique.
Par exemple, l’historien Pierre Vidal-Naquet (lui-même proche de certains milieux de gauche radicale) a été l’un des principaux adversaires intellectuels du négationnisme.
5. L’évolution ultérieure
À partir des années 1990, le négationnisme se reconfigure surtout dans l’extrême droite et certains milieux complotistes, tandis que la parenthèse liée à certains réseaux issus de Mai 68 disparaît presque complètement.
✅ En résumé :
le
passage par certains réseaux issus de Mai 68 s’explique par une radicalisation de la critique du système et de
l’antifascisme, combinée à une culture politique valorisant la
transgression des tabous. Mais cela n’a concerné qu’un très petit groupe autour de La Vieille
Taupe.