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31 mars 2026
Assawra
Lors du vote à la Knesset sur un projet de loi autorisant l’exécution de prisonniers palestiniens, la loi révèle son visage le plus brutal : elle détermine qui a le droit de vivre et qui peut être tué.
Ici, le pouvoir se mêle à la vie et à la mort, comme l’a observé Michel Foucault, mais il transcende la simple administration pour devenir ce qu’Achille Mbembe a nommé « la politique de la mort » : la capacité de légaliser, de rendre permissif et de systématiser la mort.
Le projet sioniste, tel que formulé par Theodor Herzl, n’était pas un simple projet de colonisation, mais un plan visant à remodeler le territoire et ses habitants. Il s’agit d’un colonialisme qui ne se contente pas de contrôler les ressources, mais cherche à déplacer la population autochtone et à redéfinir son existence. La dépossession était donc l’objectif dès le départ.
Les groupes Haganah, Irgoun et Lehi ont perpétré des massacres, un génocide et un nettoyage ethnique dans le cadre d’un processus systématique de dépossession. Le Palestinien n’était pas simplement considéré comme un adversaire, mais comme un surplus démographique à éliminer pour vider le territoire.
Avec l’instauration de l’entité occupante, cette logique n’a pas disparu ; au contraire, le droit lui-même est devenu un instrument de perpétuation des déplacements forcés. C’est dans ce contexte que l’« état d’exception » peut être invoqué, excluant un groupe entier de toute protection, sa vie dépouillée de tout artifice, vulnérable aux violences et à la mort en toute impunité. Les prisons, les sièges et l’isolement ne sont pas de simples mesures de sécurité, mais bien des outils de contrôle de la totalité de la vie palestinienne. Le vote de la Knesset israélienne sur la peine de mort est l’aboutissement de ce processus : la transformation de la violence réelle en loi écrite, et le passage d’un contrôle de la vie à une légalisation de la mort.
Ici, cette logique rejoint des expériences historiques extrêmes comme le nazisme, non pas par une simple analogie superficielle, mais de manière structurelle : déshumanisation, transformation du droit en instrument de mort et redéfinition de la victime comme une menace existentielle justifiant son extermination.
Cette trajectoire ne peut être comprise indépendamment de l’ordre mondial. Le soutien inconditionnel, impulsé par les États-Unis, n’est pas une position politique passagère, mais bien un élément d’une structure mondiale : un centre qui impose les règles et des périphéries qui les appliquent de manière sélective.
Le silence international et arabe n’est pas synonyme de neutralité ; il s’agit d’une complicité tacite, qui permet la perpétuation des déplacements forcés, des sièges et du nettoyage ethnique.
Le vote de la Knesset révèle trois niveaux interdépendants : un projet colonial de peuplement fondé sur le déplacement forcé ; une autorité qui contrôle la vie jusqu’à la mort ; et un système mondial qui reproduit les inégalités et tolère la violence.
Quel genre de monde permet que le meurtre devienne loi et tolère le silence international qui le dissimule ? C’est la question qui exige une réponse aujourd’hui.
L’espoir réside dans la résistance.
Dr Tannous Chalhoub
Le 31 mars 2026
Traduit de l’arabe par Roland Richa
