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La gauche à la godille dans le détroit d’Ormuz

mercredi 1er avril 2026, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 1er avril 2026).

La gauche à la godille dans le détroit d’Ormuz (1) (Première partie)

https://www.legrandsoir.info/la-gau…

28 mars 2026

Jean-Pierre PAGE

« L’Empire n’est stable que s’il parvient à vendre ses mensonges ! En prenant conscience de cela, nous avons une chance de résister à la main meurtrière de la ploutocratie, du marché libre, une meilleure chance de construire une démocratie réelle et viable au milieu d’une famille de nations dans un monde pacifique et durable ». Michael Parenti. (2)

C’est quoi la gauche ? Où est-elle ? Où va-t-elle ? Au fond, à quoi sert-elle ?

Les circonstances historiques que nous vivons invite à se poser ces questions ! Surtout, si l’on tient compte de l’ampleur de la crise systémique du libéralisme, conjugué au déclin occidental. (3) L’agression dont l’Iran fait l’objet de la part d’Israël et des États-Unis en est une nouvelle illustration.

En fait, la résistance politique et militaire de l’Iran confirme surtout que nous vivons dorénavant dans « un monde qui n’est plus dominé par une seule puissance ou un seul bloc : nous sommes entrés dans un monde multipolaire. Et cela personne ne pourra l’arrêter » (4). Le bouleversement des repères que cela entraîne n’est pas sans laisser sans voix bien des experts autoproclamés.

Que n’avions-nous pas entendu des semaines auparavant, l’or des manifestations de Téhéran en forme de révolutions de couleurs sur le « régime des mollahs », « l’opposition quasi unanime de tout un peuple à cette autocratie », « le rejet de la modernité et du respect des genres ». Les réjouissances dans les beaux quartiers de Paris, Los Angeles, Londres ou se mêlait drapeaux de la monarchie iranienne, ceux d’Israël et des États-Unis, sac Vuitton et foulard Hermès annonçaient la fin imminente d’une théocratie sanguinaire. Depuis, sur les plateaux TV, la diaspora reprend des arguments identiques à ceux des expertes ukrainiennes , le fils du shah a quitté la scène, leurs soutiens politiques à gauche comme à droite sont comme tétanisés, en proie aux interrogations, à la perplexité, aux doutes.

Que se passe-t-il ?

Malgré des milliers de morts et de blessés, malgré les bombardements délibérés sur des zones civiles, la destruction d’hôpitaux, d’écoles, d’un collège de jeunes filles et la mort de 170 d’entre elles, cette guerre hors du commun est avant tout le révélateur de la résilience de tout un peuple, son attachement au respect de sa souveraineté, de son indépendance, de son libre choix.

Cette guerre contre l’Iran n’est pas une péripétie. Elle est d’une autre nature que ce que nous avons connu précédemment. A travers ses contradictions, ses victoires et ses défaites, ses avancées et ses reculs, l’Iran confirme au fond le niveau de développement d’une, la cohérence et la cohésion élevé d’une société éloigné des fantasmes véhiculés par des caricatures médiatiques, des propos racistes, néocoloniaux et arrogants. Pour comprendre, on gagnerait à rappeler l’héritage de Mohamed Mossadegh, le « vieux lion rugissant », qui engagea avec la nationalisation du pétrole iranien la première grande bataille économique des pays pauvres contre l’impérialisme. Renversé par le coup d’état de la CIA de 1953, il rappelait dans son testament politique, « Le seul crime que j’ai connu est la nationalisation du pétrole. J’ai lutté contre le plus grand empire du monde. J’ai lutté également contre la plus grande entreprise d’espionnage du monde. Mais ces gens que j’ai combattu veulent montrer au peuple d’Orient ce qu’ils réservent à un homme qui ose les braver » (5). En fait, plus de soixante dix plus tard, l’Iran fait la démonstration aujourd’hui, qu’il doit être respecté pour ce qu’il est et considéré comme une puissance qui compte au même titre que la Russie, la Chine, l’Inde et d’autres nations, en fait toutes les nations. L’Iran est entrain de mettre en échec ses agresseurs qui sont déjà confrontés à une défaite qui prendra inévitablement un caractère historique. On ne tue pas les idées, Mohamed Mossadegh est bien vivant, « on ne nous interdira pas de penser par nous mêmes ! ». (6)

Il n’est pas sans signification dans ce contexte, que l’Iran aura ainsi et déjà contribué à la libération de l’Irak de toute présence américaine d’occupation. Le 23 mars, les troupes américaines stationnés dans la plus grande base US de cette vaste région d’Asie de l’Ouest (7) : le Victory Base Camp ont fini par se retirer. Cela n’est pas sans rappeler la fuite en débandade des États-Unis de Saïgon (Ho Chi Minh ville) et plus près de nous de Kaboul.

Face à cette situation inédite et aux conséquences multiples que cela entraîne déjà, la gauche, institutionnelle ou non, ne tire aucune leçon de ces évènements. En France ou en Europe, elle apparaît comme déconnectée, débranchée sans perspectives, face aux défis d’un monde qui change en vitesse accélérée !

Qu’en est-il ?

La gauche (définition prise au sens large et discutable de ce terme) par son absence d’initiatives, sa confusion, son absence d’autocritique, son arrogance, ses préoccupations politiciennes partisanes et électoralistes, se montre en fait incapable d’incarner une alternative aux stratégies de l’oligarchie financière mondialisée, aux guerres impériales, à leurs prétendues justifications et encore moins une rupture avec un capitalisme arrivé à son stade finissant d’impérialisme. (8) En France, la gauche est ailleurs, tout à son agenda électoral. A peine fermée la parenthèse des élections municipales, s’ouvre la parenthèse des élections présidentielles.

Pourtant l’enjeu est bien là ! F. Engels a dit un jour : « La société bourgeoise est placée devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie. » (9) Résoudre cette contradiction dans l’état actuel des choses, la gauche en France, en Europe et sans doute ailleurs n’en a ni le désir, ni la volonté. C’est bien là son problème. Dans la plupart des cas, elle se rallie à des positions de circonstances, aux idées dans l’air du temps. En France, cette conversion ne cache rien d’autre qu’un renoncement en forme d’adhésion à une union sacrée, pourtant de sinistre mémoire. (10) Chassez le naturel il revient au galop !

Comme on le voit, les engagements politiques internationaux de la gauche ne sont pas sans limites. Ainsi, s’en tenant aux conséquences, elle se refuse à prendre en compte ce qui caractérise les causes et le contenu de la conflictualité internationale, tout comme l’émergence d’un nouvel ordre mondial. Le plus souvent, à la recherche de justifications, elle confond contradiction principale et secondaire. (11) Ainsi, malgré cette nouvelle accélération de l’histoire à laquelle nous assistons, la gauche s’interdit par dessus tout à voir en quoi par exemple, le 24 février 2022 et depuis (12), a contribué à modifier profondément l’ordre des choses et à clarifier les enjeux véritables qui sont devant l’humanité toute entière. Ce nouveau changement d’étape à laquelle nous sommes entrain d’assister en Asie de l’Ouest vient pourtant le confirmer.

Comme on l’a vu, en ce qui concerne, la guerre en Ukraine, la plupart des organisations de gauche en France et en Europe se sont retrouvées à travers un certain consensus. Elles ont fait preuve d’une hostilité désuète et russophobe à l’égard de la Russie dont d’ailleurs l’origine est bien antérieure à 2022. Au nom d’une prétendue solidarité avec la « résistance ukrainienne » la gauche a voté contributions financières et crédits militaires sans limites. Il faut, a t’on dit soutenir Kiev jusqu’au bout. On a donc fait le choix de fermer les yeux sur le régime néofasciste, corrompu et répressif de Zelenski, sur les sacrifices des peuples ukrainien et russe et y compris par exemple sur l’engagement courageux des frères Kononovych, ces deux militants antifascistes opposants aux nostalgiques de Stepan Bandera et qui ont été arrêtés, torturés, emprisonnés, privés de tous leurs droits et en isolement sous bracelet électronique en attendant leur procès, leur probable transfert de force sur la ligne de front, voir leur exécution par les nazis d’Azov ou de Pravy Sector. (13)

En fait, la gauche en France a fait le choix politique de renoncer à faire pression sur le gouvernement Macron pour mettre en échec ses implications directes, politiques, militaires et financières dans ce conflit majeur, pour lequel on continue à affirmer qu’il faut se battre jusqu’au dernier ukrainien. Enfin et surtout, la gauche a continué à refuser de voir les raisons véritables de cette guerre au centre de l’Europe, en s’en tenant à des appréciations formelles. A cause de prétextes, elle a préféré sacrifier une vision indépendante de l’action de la France. Ce qui la conduit à absoudre de leurs responsabilités Macron et son gouvernement, celui des États-Unis, celles de l’OTAN et de cette Union Européenne transfigurée ?

Cette position se retrouve dans un registre identique avec l’agression contre l’Iran. Toutefois, dans un cas elle prend partie, dans l’autre, la gauche adhère au principe de deux poids deux mesures. Comment ?

Face à une situation quotidiennement en évolution, la gauche à quelques exceptions près persiste dans son aveuglement à ignorer, voir à refuser de voir les causes tout comme à prendre en compte les principes de souveraineté qui sont violés, ceux de non ingérence, de non interférence et même parfois le simple respect du simple droit international. Dans le cas de l’Iran rappelons que ni l’ONU, ni même le Congrès des États-Unis n’ont été consulté et ont encore moins approuvé cette aventure militaire américano- israélienne qui a succédé quelques semaines plus tard au kidnapping du président du Venezuela et de son épouse. Dorénavant, on banalise les assassinats politiques auxquels procède Israël et les États-Unis, c’est vrai des dirigeants iraniens comme on le fait des palestiniens et des patriotes libanais du Hezbollah, sans que cela indigne quelque représentant de la gauche que ce soit.

Pour l’Iran, un combat existentiel.

Cette nouvelle guerre à l’actif de D.Trump et d’Israël est pour l’Iran et sa civilisation plusieurs fois millénaire un combat existentiel, ce qui n’est pas sans justifier pour cette nation sa doctrine militaire d’utiliser le temps comme une arme (14) et sa géographie comme une forteresse naturelle. (15) Le moins que l’on puisse dire c’est que depuis des années, la longue préparation des iraniens à la guerre et à son éventualité probable, vient d’être démontré à travers une résistance et un courage indiscutable.

L’ampleur et l’efficacité de la riposte politique et militaire de l’Iran, sa capacité à déstabiliser les agresseurs israélo-américains est devenue une évidence dont l’image s’impose quotidiennement à travers les bombardements sur Israël, sur les bases militaires US de la région, par la fermeture du détroit d’Ormuz et jusqu’à frapper la base américano/britannique de Diego Garcia dans l’Océan Indien considérée comme une installation indispensable aux opérations de sécurité nord américaine au Moyen Orient. . « Connais ton ennemi et connais toi, toi même. Eussiez vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux ! » (16) C’est ce que l’Iran a mis en œuvre en sachant apprendre de son ennemi.

En fait l’Iran ne dépend pas de l’arme nucléaire, car il possède des technologies militaires parmi les plus avancées du monde capables de neutraliser tous les systèmes électroniques, plongeant comme on le voit des régions entières dans un arrête total de leurs infrastructures y compris les plus modernes. C’est ce qui vient d’être démontré l’or de la riposte sur Dimona et Arad, deux villes stratégiques abritant les installations nucléaires israéliennes après que Tel-Aviv ait fait bombarder le Centre de recherches nucléaire iranien de Natanz. Cette double attaque faisant dire à Netanyahu que « la soirée fût très difficile ». On ne saurait mieux dire. L’incapacité des systèmes de la défense israélienne a neutralisé cette riposte iranienne étant démontré une nouvelle fois. Le trop fameux dôme de fer devenant totalement décrédibilisé. Nous ne sommes plus en 1945 et la perspective d’une guerre de grande ampleur signifierait qu’y compris le territoire américain pourrait être touché.

Plutôt que de se féliciter des échecs du criminel de guerre Netanyahu, de son complice D. Trump et de leurs actes, ne devait-on pas se féliciter de la résistance iranienne ? Or au contraire, une partie importante de la gauche en France et en Europe met en garde hypocritement sur ce qui pourrait apparaître comme un soutien à l’Iran, ce qu’elle s’est bien gardé de faire pour l’Ukraine en soutenant Zelenski.

Le ni-ni, ou l’internationalisme sélectif.

Le ni-ni en bandoulière, la gauche préfère affirmer qu’il faut faire la paix, imposer une négociation avec Téhéran (17). Dans le meilleur des cas , elle parle de « légitime défense » pour ajouter de suite ne pas regretter la mort du guide de la révolution islamique iranienne, l’ayatollah Ali Khamenei et de sa famille alors qu’il s’agit d’un crime odieux de surcroit d’un chef religieux et théologien réputé du chiisme. (18) Le devoir de la gauche serait donc de rejeter dans un même mouvement, Trump, Netanyahu et Mojtaba Khamenei, « ni le shah, ni les mollahs » (19). Cet opportunisme politicien, cet internationalisme sélectif à la petite semaine sur lequel se retrouve ensemble une gauche qui se prétend intransigeante et internationaliste de surcroit solidaire des palestiniens jusqu’à une gauche conciliatrice et compromise avec des institutions comme celle du CRIF (20) mais qui selon les circonstances électorales sait se retrouver, aboutit à nier au fond le respect des droits souverains d’un état comme ceux de son peuple à se défendre. Mais aussi de manière plus spécieuse à légitimer le concept de responsabilité à protéger (R2P) pour mieux admettre la nécessité d’un changement de régime (regime change) en Iran. Fût-ce au prix de la mise en cause de la souveraineté de ce pays, d’un carnage, de destructions sans nom y compris de sites archéologiques inscrits au patrimoine de l’humanité et d’une guerre sans fin. (21)

La gauche accable donc les dirigeants iraniens ce qui la conduit à s’égarer, sans s’opposer concrètement aux actions de brigandage, aux destructions criminelles et aux sanctions illégales du couple D. Trump et Netanyahu.

Indifférente à une situation pourtant d’une gravité extrême, la rhétorique équivoque de la gauche interprète également l’agression comme visant la Chine à travers ce qui serait une guerre par procuration. La pauvreté de cette réflexion évacue comme toujours la question principale, celle d’un capitalisme arrivé en phase terminale et réduirait cette guerre à une nouvelle version de l’affrontement entre la Chine, la Russie et les États-Unis, alors qu’il s’agit d’un affrontement entre l’Occident et le reste du monde, entre capitalisme et barbarie. Pour faire bonne mesure ne va t’on pas jusqu’à stigmatiser d’un même mouvement deux bureaucraties Chine et Russie se retrouvant dans un même engagement face aux États-Unis.

Cette vision de l’état du monde de la part de la gauche est d’une grande légèreté. Elle vient d’ailleurs le plus souvent se substituer à l’action concrète en contribuant à neutraliser les forces qu’il faudrait mettre en mouvement en faveur de la paix et de la solidarité avec le peuple iranien en lutte pour le respect de son identité, de ses convictions et de son indépendance.

La gauche se montre ainsi incapable de prendre en compte en quoi et pourquoi nous assistons à une telle évolution du rapport des forces international, à ce basculement inédit. Dans les débats, la plupart du temps ses représentants oscillent entre acceptation, ignorance et opportunisme. Au besoin, on admettra qu’une partie de celle-ci puisse à la rigueur parler d’impérialisme, mais toujours pour en faire un constat, jamais pour en tirer les leçons et les conséquences politiques concrètes. En fait, la gauche préfère se cantonner dans des incantations émotionnelles entre ce qui serait à ses yeux le bien et le mal. Or, comme on le sait, parler de bien et de mal est une catégorie morale, de mauvaise morale et de mauvaise politique.

En fait, les jugements de valeur auquel la gauche aime à se livrer ne servent qu’à couvrir une impuissance. D’autant que ces mêmes pays qu’il s’agisse de l’Iran, de la Chine ou de la Russie se retrouvent ensemble au sein d’alliances anti hégémoniques comme les BRICS+ ou l’OCS (22). Il n’est jamais inutile de relire Zbigniew Brejinski (23) quand il mettait en garde les administrations US sur la constitution d’alliances anti hégémoniques contestant la toute puissance des USA. En particulier entre la Russie et la Chine, entre elles et l’Inde, entre ces trois et l’Iran et catastrophe prévisible pour la suprématie américaine sur le monde de ces quatre là avec le Japon. La Chine et la Russie qui ont condamné sans ambiguïtés l’agression contre l’Iran ne cachent pas leur soutien inconditionnel et leur solidarité dans tous les domaines.

Les apparences sont souvent trompeuses, beaucoup à gauche avaient interprété négativement les récents changements au Proche Orient comme un recul face aux USA et Israël. En fait la guerre contre l’Iran met en évidence une autre réalité. Rien n’est figé, tout change et évolue en permanence. A travers le combat acharné du peuple iranien une tendance positive se dégage, certes elle n’est pas sans risques mais elle n’est pas non plus sans opportunités.

En fait, preuve en est les États-Unis et Israël ne sont pas invincibles. En tenir compte est essentiel pour les combats à venir. Cette conviction peut devenir contagieuse. Déjà elle est perçue comme telle par de nombreux peuples et états dans le monde, pour s’en féliciter.

Ce que l’on retiendra !

En fait, ce que dès à présent l’on retient et retiendra de cette guerre contre l’Iran est que les États-Unis ne sont plus en mesure de jouer le rôle de superpuissance et de « nation indispensable » (24) qu’ils revendiquent dans la conduite des affaires du monde. D’une certaine manière le roi est nu et dorénavant cela se sait et se voit. On le doit entre autre à la détermination et au courage de l’Iran et de son peuple. Quelles conséquences politiques doit en tirer la gauche ? Baisser la garde ou élever le niveau de ses exigences.

D’autant que la crise systémique du capitalisme va prendre une nouvelle ampleur, la contradiction de classe s’aiguiser plus encore avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer, car l’enjeu est bien là. Le système est entré dans cette phase de l’histoire où il joue sa survie, d’où le danger extrême qu’il représente. Il est évident qu’aucune alternance paisible et démocratique ne sera possible avec la ploutocratie. Les gens qui l’incarnent et la dirigent ne cèderont jamais le pouvoir. Il faudra leur prendre. Ce sont à ces obstacles qu’il faut s’attaquer radicalement et non superficiellement. C’est ce à quoi la gauche devrait s’atteler en sachant anticiper. Elle devrait le faire là ou elle se trouve en articulant son militantisme de l’entreprise au quartier et jusqu’au niveau international. 

Il y a urgence pour « la gauche » à en finir avec ce qui la détourne du combat qu’elle doit avant tout mener contre son propre ennemi. N’est-ce pas, ce que formulait Karl Liebknecht, le compagnon de Rosa Luxemburg en mai 1915 quand il affirmait : « L’ennemi principal du peuple allemand est en Allemagne. C’est cet ennemi dans son propre pays qu’il s’agit pour le peuple allemand de combattre dans une lutte politique en collaboration avec le prolétariat des autres pays dont la lutte est dirigée contre ses propres impérialismes » (25).

C’est pourquoi, sous la pression de l’oligarchie, des conglomérats et en particulier du complexe militaro industriel cette guerre contre l’Iran est décisive. Elle est surtout économique, en mode survivance d’un système devenu de plus en plus anachronique

C’est dans ce contexte à haute tension que la guerre contre l’Iran a entraîné une hausse spectaculaire du prix du gaz et du pétrole, des engrais, des semences et par voie de conséquence de l’approvisionnement alimentaire dont dépendent les pays du Golfe. La menace sur la désalinisation vitale de l’eau dans cette région et par conséquent sur la fonction économique et politique des pays de cette région en est une autre illustration. Par conséquent, cette montée des enjeux dans cette région provoque des sueurs froides à l’économie occidentale où disons plutôt à l’économie des États-Unis déjà mal en point, ce dont Trump est parfaitement conscient. Il a été élu aussi à cause de ce constat et par delà ses facéties, c’est ce qui le mobilise qu’elle qu’en soit le prix.

D. Trump doit tenir compte de la pression et même de l’ultimatum des marchés. Le risque d’un prix du baril à un niveau sans précédent provoquerait un effondrement immédiat du dollar US et de l’économie américaine. La menace sur les câbles internet sous-marins plane toujours. 99% du trafic du Qatar et 95% du Koweït dépendent de ces fibres optiques. Couper ces câbles reviendrait à geler 10 000 milliards de dollars de transactions quotidiennes. L’Iran a réussit à imposer « une dissuasion économique », il en a les moyens. D. Trump doit donc éviter la faillite.

Déjà, pour les six pays qui composent le Conseil de coopération des États arabes du Golfe - l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, Oman, Bahreïn et le Koweït le réveil est douloureux. Les hydrocarbures représentent 30 % du PIB, les deux tiers de leurs exportations et 64 % des recettes fiscales en moyenne. (26) Selon le Financial Times et Reuters, ces mêmes pays viennent de lancer simultanément un examen approfondi de tous leurs accords financiers avec les États-Unis, ce qui pourrait aboutir à une fracture des alliances avec Washington bien qu’ancrées dans la région depuis des dizaines d’années.

On se souvient de la citation attribuée à Henry Kissinger « s’il est dangereux de se présenter comme un ennemi des États-Unis, il peut être aussi fatal d’être un ami des États-Unis » (27). Car suivre aveuglément les États-Unis à un prix. Qu’en est-il aujourd’hui ? La belle image des pétro monarchies du Golfe construite depuis des années sur l’idée d’un havre de sécurité et de fortune facile, de surcroit sous la protection militaire des États-Unis vient de s’effondrer. De plus les américains ne renoncent pas à faire payer la facture aux pas du Golfe.

Depuis l’agression contre l’Iran et la résistance de celle-ci, outre la fermeture du détroit d’Ormuz, de nombreuses infrastructures gazières et pétrolières de la région sont en feu, les aéroports les plus importants ne sont plus en état de fonctionner, les gratte-ciels de Dubaï sont en feu, les investisseurs en fuite. Doha n’est plus cet havre de sécurité et de douceur de vivre, les bases militaires US sont en piteux état, démontrant ainsi leur inefficacité et inutilité, certaines sont abandonnées, plusieurs ambassades US incendiées sont rendues impraticables, la Navy US et ses prestigieux porte-avions, les plus grands du monde ont été contraints de fuir le théâtre des opérations. Avec près de 200 milliards de dollars US, le bilan financier de cette guerre est considérable et cerise sur le gâteau les équipements et armements sont en ruptures de stock aux États-Unis, en Israël comme chez les alliés Européens.

Le business comme interlocuteur privilégié de Trump.

Là est l’autre la raison principale qui a conduit à la manipulation à laquelle s’est livré D. Trump le 23 mars, en évoquant non seulement des négociations imaginaires avec l’Iran mais y compris les progrès substantiels des discussions. Cette baliverne a été immédiatement démentie par Téhéran. L’interlocuteur privilégié de D. Trump est le business, ses repères la température de Wall Street et les indices boursiers du CAC 40, du Dow Jones, du Nasdaq. Le but était donc clair, il fallait éviter un krach boursier, faire en sorte que le marché se ressaisisse et faire baisser les prix des carburants après leur hausse de plus de 30 %. L’effet d’annonce a été immédiat sur les bourses entre autre asiatiques très dépendantes des hydrocarbures du Golfe. Cette initiative de D. Trump est venu confirmé la fonction qui est la sienne au service exclusif de la finance, à commencer par la sienne et sa capacité à illusionner son public, à dire une chose et son contraire pour arrivé à ses fins. Il est ainsi capable d’annoncer avoir reçu un cadeau de prix de la part de l’Iran et ensuite décider le débarquement aléatoire sur le sol iranien de 3000 marines.

Par conséquent, avec D. Trump c’est toujours Business as usual, il s’agit entre autre de prendre par la force le contrôle des matières premières comme des corridors terrestres et maritimes et des revenus considérables qui leur sont liés (28). Seulement, cela se heurte aux yeux du monde à une résistance inattendue par son ampleur et ses résultats et cela entraîne un sérieux doute sur les capacités et la crédibilité des États-Unis. Par ailleurs, il n’y a pas que la fermeture du détroit d’Ormuz qui déstabilise les agresseurs de l’Iran, il y a également le détroit de Bab el Mandeb ouvrant sur la Mer Rouge et le Canal de Suez qui est sous la bonne garde des Houtis alliés de Téhéran et l’héroïque résistance des patriotes libanais du Hezbollah qui défendent pied à pied le Sud Liban.

Si ces corridors maritimes parmi les plus importants du monde sont des enjeux au cœur de la conflictualité mondiale, leurs fermetures sont pour l’heure, effectives. Le cout en est considérable pour les économies occidentales dont les États-Unis et la viabilité des pays du Golfe Persique et pèsent sur l’étendue de la crise aux États-Unis et en Europe. Il faut donc surmonter ce handicap et contribuer par ailleurs à freiner et faire régresser le mouvement en faveur de la dédollarisation craint par dessus-tout par les institutions financières US. Cette crainte est attisée par le choix fait par plusieurs pays notamment l’Inde et même le Japon d’acquitter leurs échanges et le transport des tankers pétroliers en yuan renminbi chinois. Quel avenir alors pour les pétro dollars qui ont alimenté depuis tant d’années l’économie US, en particulier les recherches sur l’AI ?

Aussi l’apparente légèreté à laquelle D. Trump s’est engagé dans cette aventure aléatoire en espérant un retour rapide sur investissements politiques et financiers aura été de suivre le délire criminel de ses plus proches conseillers, des secrétaires d’état et de Netanyahu. La promesse que tout serait réglé en quelques jours par l’élimination des principaux dirigeants iraniens, a été contredite par l’ampleur de la résistance iranienne et le soutien de tout un peuple à ses dirigeants.

Ce qui apparaît de manière plus évidente comme la dépendance à l’égard d’Israël n’est pas sans suscité non seulement des interrogations mais égaiement des désaccords en forme de ruptures. Déjà le génocide à Gaza avait suscité un retournement de l’opinion public américaine à l’égard du régime sioniste. Cette fois, c’est le premier cercle qui réagit.

La mort du mouvement MAGA ?

Cela est confirmé par de fortes oppositions parmi les plus proches soutiens de D. Trump. « Nous constatons aujourd’hui que le président des États-Unis est influencé par un gouvernement étranger », c’est ce qu’a déclaré Carrie Prejean Boller, membre de l’administration Trump, une fidèle parmi les fidèles. Pour elle « le mouvement MAGA (Make America Great Again) est mort ». En fait se multiplient les réactions négatives de militaires, de vétérans et des familles des morts sur la désinvolture avec laquelle le ministère de la guerre et la Maison blanche traitent de la guerre en recourant à des blagues, en utilisant des jeux vidéos banalisant les combats. (29) C’est particulièrement le cas avec la démission spectaculaire de Joe Kent, le puissant Directeur du Centre National de lutte contre le terrorisme. (30) Dans sa lettre de démission ce dernier a expliqué ne plus pouvoir soutenir la guerre en cours en Iran, estimant que ce pays ne représentait aucune menace pour les États-Unis. Il a affirmé également que ce conflit avait été déclenché sous l’influence de l’entité sioniste et de son lobby (AIPAC) (31) aux États-Unis.

Qu’à cela ne tienne pour les fanatiques en poste à Washington, il faut maintenir la pression et la justification de cette croisade y compris à travers son caractère messianique illustré comme on a pu le voir à travers une cérémonie évangéliste et surmédiatisé dans le bureau ovale de la Maison Blanche. « Il s’agit d’une guerre de religion, et nous déterminerons le cours du Moyen Orient pour mille ans », a ainsi affirmé l’ultra interventionniste et illuminé sénateur républicain américain Lindsey Graham dont on notera la référence à A. Hitler et sa prophétie d’un Reich de mille ans - das tausendjahrige Reich. Tout cela, c’est le monde imaginaire et délirant dans lequel vivent les dirigeants américains.

Malgré cet appel pressant à secourir l’Amérique et son président (32), Dieu semble être aux abonnés absents. Cette référence religieuse dans la guerre n’est pas sans illustrer l’ampleur du déclin occidental, tout en mettant en évidence le danger que cela représente.

Face à ces mises en cause dans son propre camp, Trump en pleine crise d’hubris (33), d’ivresse de sa fonction et de démesure, est devenu instable et imprévisible. Face à un public qu’il considère acquis, il multiplie les rodomontades. En fait, l’administration US semble n’avoir d’autres choix que la fuite en avant en se cramponnant à une lecture de plus en plus contredite par la réalité. Tout en annonçant la fin de la guerre et une victoire totale sur l’Iran, elle entend passer à une autre étape : un débarquement et l’invasion de ce pays grand comme trois fois la France. Le scepticisme est général sur la réussite de cette action en particulier chez les militaires et cadres du Pentagone. Dans le même temps en plein délire irresponsable son fanatique secrétaire d’état à la guerre a donné comme orientation aux forces armées US « pas de quartier ». D’une certaine manière Pete Hegseth exprime jusqu’à la caricature, cette faillite morale d’une administration pour qui la fin justifie les moyens et le choix délibéré d’ignorer tous les principes de la guerre, de la Convention de La Haye, tout comme le statut de Rome de la Cour Pénale Internationale (CPI). En fait, ces comportements et déclarations traduisent une fébrilité et un désarroi devant une situation qui échappe au pouvoir installé dans le bureau ovale de la Maison Blanche.

En fait, comme les iraniens refusent les contacts et tout cessez-le-feu sans engagement sur le fond. D. Trump n’a d’autres recours que de passer d’une extrémité et par ailleurs de multiplier les appels à V. Poutine afin de trouver un atterrissage honorable après avoir multiplier les effets d’annonce au sujet d’une coalition enthousiaste selon ses mots pour permettre le libre passage du détroit d’Ormuz avec des pays dont la plupart d’entre eux ont déjà répondu négativement, tout particulièrement ceux membres de l’OTAN, sans parler de la Chine à qui D. Trump s’est adressé imprudemment pour la solliciter.

Pour sa part l’UE, si elle se montre compréhensive n’en est pas à s’impliquer directement sinon pour s’en tenir à des déclarations de principe qui ne font pas l’affaire de D. Trump . Quant à l’importante présence des forces militaires françaises dans cette région, elle n’est pas sans signification et les pressions qu’E. Macron exerce sur le gouvernement Libanais pour qu’il agisse contre les forces combattantes du Hezbollah ne sont pas sans exposer directement la France. D’autant qu’après l’humiliation dont son ministre des affaires étrangères a fait l’objet, Macron se précipite pour assurer au Président d’Israël sa totale et pleine solidarité.

Devant ces gesticulations, l’Iran fait preuve de sang froid et garantit la circulation à tout navire à l’exception de ceux des USA, d’Israël ou associés indirectement à ceux-ci. Par ailleurs, elle s’est proposée à percevoir un droit de passage, mais à payer en yuan renminbi chinois.

Éradiquer l’Iran

Selon D. Trump, il s’agissait avec cette guerre d’une « petite excursion », a little excursion for fun (sic) selon sa formule afin de mettre un terme définitif tantôt au programme nucléaire iranien, tantôt de procéder à un changement de régime, tantôt de protéger les États-Unis d’un bombardement nucléaire iranien…en Californie (34).

Pour B. Netanyahu quant à lui, il ne saurait y avoir de compromis possible. Il a attendu cette confrontation depuis tant d’années et est prêt à aller jusqu’à mettre en cause l’existence même d’Israël. C’est le syndrome de Massada (35) qui habite les extrémistes israéliens, pas de retour en arrière possible. Déjà après le génocide de Gaza, la question se pose de la viabilité de cet état paria et criminel comme Israël totalement isolé internationalement, à l’économie détruite et dont déjà une partie de sa population l’a abandonné. Israël c’est No Future.

A ce stade Trump et Netanyahu veulent en finir avec l’Iran, démanteler ce grand perturbateur régional coupable selon eux d’avoir bloqué l’ordre régional depuis trente ans. Pour Israël et après le génocide à Gaza le projet sioniste historique, le rêve messianique de Grand Israël doit être accéléré. Pour cela redessiner le Moyen-Orient est capital Pour Netanyahu et les fous de dieu qui entourent D.Trump cette perspective doit s’accorder également avec des retours financiers sur investissements qui ne se réduisent pas à Gaza, même transformé en riviera pour la villegiatura de l’oligarchie mondialisée.

C’est aussi pourquoi, les États-Unis et Israël ont l’objectif proclamé de détruire l’Iran, d’éradiquer une civilisation qui a apporté une contribution essentielle à l’histoire de l’humanité depuis ses origines perses et pour ce faire appliquer la solution finale à tout un peuple comme cela est fait à l’égard de la nation palestinienne. Trump a déclaré vouloir « faire disparaître l’Iran de la surface de la terre ».

On le voit donc, pour Washington il n’y a plus de règles internationales sinon les siennes. Le recours à l’interventionnisme systématique de Washington précédemment mis en œuvre quelques semaines plutôt au Venezuela et annoncé demain pour Cuba est justifié avec cynisme, mis en valeur comme une nouvelle référence en matière de droit international. En fait, il s’agit de gangstérisme, de pratiques de voyou et d’une version renouvelée de la diplomatie de la canonnière. Selon D. Trump « Nous sommes la nation la plus importante au monde, notre armée est la plus puissante ». Par conséquent, c’est ce qui nous autorise à faire ce que nous voulons, car ce qui est bien pour les USA est forcément bon pour le reste du monde ! Dans sa manière de voir la place qui est la sienne dans le monde, il est un fait, que « les États-Unis forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir connu la civilisation ».

La somnolence de la gauche.

Cette évolution du monde et ses défis ne dérangent pas la somnolence de la gauche. Pourtant, ces violations délibérées et à répétition des bases mêmes du système international sont loin de traduire une position de force. Elles masquent mal le caractère désespéré des agissements qui sont ceux du pouvoir arrogant en place à Washington !

Pour la gauche, ne pas prendre en compte ces bouleversements et leurs significations, n’est-ce pas au fond se complaire dans la paresse à l’égard de tout ou partie de l’idéologie dominante en contribuant à l’ordre des choses existantes ? Si, la guerre est inhérente au système capitaliste, ce qui lui permet le plus souvent de donner un coup de torchon afin de remettre les compteurs à zéro, refuser de s’engager, de prendre partie contre la menace que représente les États-Unis pour le devenir de l’humanité n’est-ce pas faire le choix du mauvais côté de la barricade ou se complaire dans l’impuissance.

Pour les néo conservateurs US, il s’agit toujours de se cramponner à cette vision leur permettant de réaffirmer la suprématie des États-Unis aujourd’hui mis à mal internationalement par la fin d’un monde unipolaire. Il y a pour Washington le besoin d’exprimer une autorité pour le moins défaillante, un leadership sérieusement écorné et malmené sur les affaires du monde, une crédibilité en berne. Par conséquent, cela ne se réduit pas aux seuls comportements imprévisibles de D. Trump, mais est bien plus substantiel et antérieure à sa présidence. Par ailleurs, les néo conservateurs veulent en finir avec le multilatéralisme considéré comme une anomalie. Il faut imposer la loi de la jungle, celle du plus fort, dynamiter le système onusien considéré comme obsolète. C’est le but du Conseil de la paix qui pour l’heure ne fait pas recette ? (36) Ce qui n’est pas surprenant. J. Biden en 2023 et à ses dépens avait eu son Sommet mondial pour la démocratie. Sur ce point, la proximité des deux est en effet évidente. (37)

Depuis longtemps, les stratèges du deep state n’ont jamais fait mystère de leur volonté de redessiner la vaste région stratégique d’Asie de l’Ouest au besoin par les guerres et par la transgression systématique de la Charte des Nations Unies.

L’abandon de la démocratie.

En fait, l’évolution de la situation chaotique sur le terrain à laquelle D.Trump cherche à échapper traduit plus profondément une crise à ce point systémique qu’elle menace la société américaine toute entière ou celle-ci fait face à la guerre, à la crise sociale et politique. Elle n’a jamais été aussi polarisée, divisée, et au bord de l’éclatement ? (38) Cette situation se dégrade si rapidement qu’elle fait craindre les risques d’une guerre civile aux États-Unis. (39) C’est ce que souligne un professeur de sciences politiques de l’Université Laval de Montréal. En fait et elle a jamais existé, « l’Amérique a abandonné la démocratie et est devenu un empire de la terreur » (40)

Comment D. Trump abordera sa prochaine rencontre à la mi-mai avec Xi Jinping dans un contexte ou les États-Unis apparaissent fragilisés et divisés, la question se pose ? La rencontre aura lieu bien lieu. L’ambition de mettre un terme au partenariat stratégique entre la Russie et la Chine et à une influence qu’il faut contenir (contain) voir faire régresser (roll back) se heurte dorénavant à la réalité des bouleversements qu’influence de manière déterminante l’étroite proximité de la Russie et de la Chine.

Mais qu’à cela ne tienne, D. Trump pratique l’auto persuasion à la manière du Docteur Coué : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux ». A ce stade, ce bilan négatif pour Washington l’est tout autant pour les Européens.

Quant à cette gauche elle sous estime très largement les enjeux par aveuglement russophobe et hostilité à la Chine. Pourtant, il faudra prendre en charge l’impact économique considérable qu’aura cette guerre, dont il va falloir payer également une partie importante de l’addition. Sans opposition véritable, les dirigeants européens l’ont déjà annoncé, ils s’engageront de toute façon avec docilité et avec toutes les conséquences économiques, financières et sociales que l’on peut imaginer pour les peuples en Europe. Tout en ajoutant que certains pays comme l’Espagne, l’Italie, la Hongrie, la Slovaquie ont pris déjà des mesures pour ne pas avoir à supporter le cout politique, économique et financier des pulsions nord américaines et de la vassalisation sans limites des dirigeants de Bruxelles.

Il faut être lucide, il n’existe aucune chance pour D. Trump d’obtenir une victoire face à l’Iran. Là, est déjà le désastre politique auquel les États-Unis doivent chercher à échapper ce qui ne peut qu’aggraver la crise au sein du deep state. L’avenir politique de Donald Trump en est devenu incertain et pas uniquement dans la perspective des prochaines élections de mi mandat.

Dans ces conditions, comment ne pas prendre en compte la signification des échecs répétés de l’Imperium, d’autres désastres annoncés. D’ores et déjà le conflit avec l’Iran se joue sur la durée et l’on peut mesurer déjà combien le monde ne sera plus le même à l’issue de cette guerre qui confirmera que dorénavant l’initiative à changer de camp.

Une gauche en berne.

Longtemps producteur d’idées nouvelles, la crédibilité de la gauche est en berne dans la plupart des pays du vieux continent, singulièrement dans ceux qui ont été associés pendant longtemps à une volonté de changement radical et à une rupture. De renoncements en capitulations, de trahisons en ralliements à l’idéologie dominante, de paresse en conformisme, la gauche s’est institutionnalisée durablement. Elle s’est installée dans l’abandon des principes et valeurs qui avaient irrigués son histoire sociale et politique tout au long du siècle dernier marqué par les grands mouvements de mobilisations populaires et de conquêtes sociales de l’entre deux guerres puis de l’après seconde guerre mondiale.

Le constat qui précède, peut apparaître comme accablant à son égard, pourtant il correspond a une réalité et un vécu. Ainsi de larges secteurs de l’opinion constatent qu’à ce point de compromis et de compromissions, la question se pose de savoir ce qui distingue la gauche de la droite ? Ce révisionnisme entretient dans la population des sentiments contradictoires, de mécontentements, d’incompréhension, d’impuissance, de découragement et contribue à favoriser une forme de désengagement politique qui se vérifie entre autre dans les consultations électorales. L’abstentionnisme est ainsi devenu la première force politique dans de nombreux pays européens, dont la France. C’est ce que vient de confirmer une nouvelle fois les résultats des élections municipales en France.

Retrouver une crédibilité ?

L’une des raisons et pour l’essentiel, est que la gauche s’est délestée de ses références idéologiques et historiques, de ses outils d’analyse, de ses principes et même de ses valeurs. Par voie de conséquence, il en va de ses responsabilités avec le monde du travail et ses combats émancipateurs tout comme vis-à-vis de ses obligations internationalistes. De là, son incompréhension totale du monde tel qu’il est devenu. Elle subit plus qu’elle suit les évènements, la pauvreté de ses analyses en porte témoignage.

Nous sommes entrés dans une période de clarification, au pied du mur il faut choisir, tout est affaire de choix pour la gauche comme pour d’autres

Pour retrouver une crédibilité, celle-ci doit cesser de godiller, se transformer en montrant en quoi elle est différente et pourquoi elle doit être porteuse d’un projet d’émancipation, de rupture et par dessus-tout dire lequel. Cette nécessaire clarification exige pour elle de faire son bilan, en forme d’examen de conscience et d’autocritique.

L’enjeu et les défis sont là . Ils donnent raison à ce que disait Miguel d’Escoto Brockmann (41) quand il présidait la 63e session de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2008 : « Notre survie dépendra du degré de détermination que nous engageons pour la défense de la vie et de la vitesse avec laquelle nous remplissons notre devoir urgent visant à créer une Organisation indépendante de l’Empire, et capable de lutter efficacement contre les différentes crises convergentes qui nous assaillent et par dessus tout, contre l’Origine principale, c’est à dire les États-Unis qui sont possédés par le démon de la Full Spectrum Dominance, du contrôle absolu de la planète terre. »

On ne choisit pas son époque il faut être à la hauteur de ce qu’elle exige.

Jean-Pierre PAGE
Ancien responsable du secteur international de la CGT.

1 Godille : aviron, moyen de propulsion et de direction considéré comme incertain.
2 Michael Parenti, politologue et historien US, auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont « Le visage de l’impérialisme » chez Delga en 2011. M. Parenti est décédé récemment en janvier 2026.
3 « La défaite de l’Occident », Emmanuel Todd, 2022.
4 Fidel Castro V. Poutine, réponse à Emmanuel Macron. Cité par Brigitte Pascal, 15 octobre 2025.
5 Mohamed Mossadegh (1882-1967), premier ministre iranien par deux fois. Il nationalisa l’industrie pétrolière iranienne. Inspirateur des premiers mouvements anticolonialistes de son époque, il fût renversé par un coup d’état de la CIA qui rétablit le Shah.
6 Fidel Castro
7 Asie de l’Ouest ou Moyen Orient
8 « A quoi rêvent les socialistes » Grégory Rzepski, Le Monde diplomatique, juillet 2025.
9 Cité par Rosa Luxemburg (Junius) dans son ouvrage sur la crise de la social démocratie.
10 Union sacrée : mouvement qui s’est voulu unité des français face à la première guerre mondiale. Il fût encouragé par la propagande chauvine et la trahison du parti socialiste comme de la majorité du mouvement syndical CGT. Tout au bénéfice de la bourgeoisie européenne, des mouvements identiques eurent lieu au Royaume Uni, en Russie et en Allemagne.
11 « De la contradiction » Mao Zedung, 1937.
12 Date du début de « l’Opération Spéciale » décidée par la Russie en Ukraine. Dans la même période prendre connaissance de la Déclaration conjointe de la Fédération de Russie et de la République Populaire de Chine. Chrono.cerec, 4 février 2022.
13 Depuis plusieurs années les frères Kononovych, deux dirigeants communistes sont assignés à résidence et sous bracelet électronique après avoir été incarcéré, torturé , affamé, détenu dans les pires conditions d’une prison des services secrets ukrainiens.
Un Appel international de 350 personnalités a contribué et avec de nombreuses actions de solidarité à empêcher le pire de la part des autorités. Stepan Bandera dirigeant fasciste ukrainien qui collabora étroitement sous l’uniforme de la SS pendant la seconde guerre mondiale avec l’Allemagne nazie et se rendit coupable de multiples massacres, de juifs, de polonais et de soldats soviétiques.
14 https://www.aljazeera.com/features/2026/3/10/the-fourth-successor-how-iran-planned-to-fight-a-long-war-with-the-us-and-israel
15 La surface de l’Iran est de 1 648 195 km2 soit presque trois fois la surface de la France.
16 Sun Tzu, l’Art de la guerre.
17 « Internationalisme sélectif, comment les préjugés façonnent le discours de LFI sur l’Iran », blog d’Alain Marshal.
18 Le chiisme courant important de l’islam qui rassemble 90% de la population du pays
19 « Mon message est clair », Manuel Bompard , BFMTV.
20 CRIF : Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, est un lobby sioniste associé à B. Netanyahu.
21 « La responsabilité à protéger » (R2P) est un principe international qui a permis de légitimer les ingérences et les guerres, les révolutions de couleurs, les « regime change » dans de nombreux pays. Madeleine Albright, l’ancienne secrétaire d’état US en était une chaude partisane.
22 Les BRICS+ est un groupe de 10 pays se réunissant régulièrement afin de coordonner leurs politiques économiques et monétaires. OCS : Organisation de Coopération de Shanghai.
23 « Le grand échiquier », Zbigniew Brejinski, 1997, Bayard Editions.
24 « Les Etats Unis comme nation indispensable » Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’état US.
25 « L’ennemi principal est dans notre pays » Karl Liebknecht, www.marxists.org
26 75% à 85% des produits alimentaires des pays du Golfe viennent du Détroit d’Ormuz. RTBF, 11 mars 2026.
27 Henry Kissinger cité dans « Si l’Arabie doit rester saoudite » Joseph Bahout, les Cahiers de l’Orient.
28 20% du trafic pétrolier mondial passe par le détroit d’Ormuz. L’immensité du territoire iranien se connecte avec l’Asie du Sud Est et les nouvelles routes de la soie dont la Chine a pris l’initiative.
29 « Veterans see something disturbing in Trump’s war memes » Washington Post, 25 mars 2026
30 Jusqu’à sa démission Joe Kent pourtant nommé à son poste par Donald Trump était le Directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme.
31 L’AIPAC « American Israeli Affairs Committee » est un puissant lobby aux USA qui soutient inconditionnellement la politique d’Israël . Lire « Le lobby pro israélien et la politique étrangère américaine » de John Measheimer et Stehen M. Walt. La Découverte.
32 Voir à ce sujet l’excellent sketch en anglais de Georges Carlin, « Dieu et la religion » sur Youtube.
33 Hubris : sentiment d’orgueil excessif qui renvoie à des attitudes excessives d’orgueil.
34 « Pourquoi D. Trump affirme-t-il que la guerre contre l’Iran est bientôt terminée ? » Radio France, 10 mars 2026.
35 Massada : forteresse, symbole du royaume d’Israël assiégée par les romains en 73 après JC. Toute la population fit le choix d’un suicide collectif plutôt que de se rendre.
36 En janvier 2026 Trump a déclaré que son Conseil de la Paix pourrait remplacer l’ONU.
37 « Ouverture du Sommet pour la Démocratie initié par J.Biden »,WWW.RTS.CH, 29mars 2023.
38 « Guerre civile aux Etats-Unis-Tensions à Los Angeles », Le Diplomate, juin 2025.
39 « Un risque de guerre civile aux USA, selon un expert », Journal de Montréal, 22 février 2025.
40 Emmanuel Todd « entretien chez l’éditeur japonais Bungeishunju » 12 mars 2026.
41 Miguel D’Escoto Brockmann (1933-2017) ancien ministres des affaires étrangères du Nicaragua, prêtre catholique, dirigeant et guérillero du Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN). Prix Lénine de la paix.


La gauche à la godille dans le détroit d’Ormuz (suite)

https://www.legrandsoir.info/la-gau…

28 mars 2026

Jean-Pierre PAGE

Le texte ci-dessous est inspiré d’une contribution sous la forme d’un article sur la « gauche » que j’avais rédigé à la demande du Club Valdaï puis d’un débat à partir de celui-ci organisé le 16 février 2026 par le même Club Valdaï de Moscou.

La discussion a eu lieu à Moscou. Y étaient invités :

- Jean-Pierre Page : syndicaliste.
- Oleg Barabanov, directeur de programme, Valdai Discussion Club
- Alexis Chikhachev : docteur en sciences politiques, expert du Centre d’études stratégiques, Université d’état de St Péterbourg.
- Radhika Desai : professeure au département d’études politiques , directrice du Groupe de recherche en économie géopolitique de l’Université Manitoba, Winnipeg, Canada.

Etaient invités également
- Vijay Prashad, Directeur National Sea Fondation.
- Augusto Soto : Directeur du projet dialogue avec la Chine.

- Anton Bespalov : modérateur

Comment la gauche en est arrivée là ?

En France, ou en sont, les deux grands partis politiques incarnant la gauche après la seconde guerre mondiale : le Parti Socialiste (PS) et le Parti Communiste Français (PCF) ? Mais également, qu’en est-il aujourd’hui de ces forces politiques issues pour la plupart des classes moyennes urbaines qui sont apparues en France ces trente dernières années se revendiquant d’une gauche dépourvue d’une analyse de classe, mais fréquemment donneuse de leçons. Le plus souvent des formations cherchant à s’identifier pêle-mêle à des choix associant justice sociale, environnement, préoccupations sociétales, solidarité sélective et bons sentiments avec des peuples en lutte, toutefois avec des limites quant au soutien aux formes et contenu de celles-ci.

En France, l’oligarchie a fréquemment soutenu et soutient encore des alliances politiques entre le parti socialiste avec une partie de la droite et du centre. Le macronisme dont la plupart des dirigeants sont issus du PS en est l’illustration. Selon les circonstances, cette orientation bénéficie du soutien avoué ou non avoué du PCF et des Verts. On retrouve une démarche identique en Allemagne entre la droite conservatrice de la Démocratie Chrétienne (CDU), les Verts (Grunen), le parti Social-Démocrate (SPD), et même parfois sur certains sujets avec l’assentiment de Die Linke.

Si l’on tient compte de l’actualité sociale et politique, un constat s’impose, le système capitaliste est arrivé à un point de pourrissement avancé comme le démontre l’ampleur des révélations de l’affaire Epstein qui ne sont que la pointe émergée d’un iceberg de manipulations, de cynisme, de corruption, d’immoralité et de nihilisme. Il est d’ailleurs significatif qu’il existe une sorte d’entente entre la plupart de ceux qui s’expriment sur cette ténébreuse affaire. Ils font le choix de s’en tenir aux aspects de morale et non au fond, c’est à dire à la critique politique d’un système capitaliste arrivé à un déclin qui s’accélère. « Le poisson pourrit toujours par la tête. »

Comme on le sait, dans les dossiers Epstein sont mêlés et associés de manière consanguine les représentants de l’oligarchie, leurs intérêts qui n’ont rien de philanthropique. On y trouve également les noms de personnalités qui se revendiquent de gauche. Cet aspect est important dans ce qu’il révèle.

On a trop longtemps fermé les yeux sur les relations entre des sociétés multinationales et de grandes banques d’affaires avec des institutions universitaires, des organisations sociales et politiques ou des milieux intellectuels situés à gauche de l’échiquier politique. Malgré le fait établi dès les années 50, de l’existence de structures qui étaient en fait des couvertures de la CIA (42) comme le Congress for Cultural Freedom, (43) dont d’ailleurs le siège se trouvait à Paris, ou à travers l’AFL-CIO au plan syndical, à travers l’American for free Labor Development (AFLD) (44). Malgré ces faits indiscutables, certains encore aujourd’hui, font mine d’ignorer ces pratiques qui continuent à irriguer les relations entre une partie de la gauche intellectuelle, politique, sociétale ou syndicale avec des entreprises et des institutions financières liées étroitement au système capitaliste.

Pourtant, ce soutien financier existe bien et se poursuit ! Des sociétés financières importantes y contribuent comme JP Morgan, the Goldman Sachs Philantropy Fund, des fondations comme celles de l’Open Society de G. Soros, la Rockfeller Foundation, la Andrew Mellon Foundation, le National Endowment for Democracy (NED) sans oublier US Aid et bien d’autres institutions comme celles appartenant à l’Union Européenne. Le plus souvent, cela se fait aux côtés de gouvernements ou d’institutions de circonstances, fondations et autres. Ainsi par exemple, il est connu que Bruxelles finance à hauteur de 75% le budget de la Confédération Européenne de Syndicats (CES) et n’a pas été étranger à plusieurs affaires de corruption qui ont d’ailleurs entraîné la démission du secrétaire général de la CES.

Dans les pays occidentaux comme c’est aussi le cas dans le tiers monde, toutes ces entreprises, banques et organismes d’une grande variété contribuent financièrement, à l’action d’ONG, de mouvements, de syndicats, de partis politiques, d’institutions universitaires y compris directement à des intellectuels présentés comme « représentatifs » de la gauche (45).

On trouve à travers ces missions, ces recherches, d’autres exemples significatifs d’aides dans des domaines particuliers comme les travaux philosophiques et politiques d’intellectuels associés au concept de « Marxisme occidental » ou encore à ceux de la « French Theory » (46) qui s e retrouve au sein de « l’école de Francfort » qui sépare la théorie de tout examen de la réalité matérielle des rapports de classes. Les intellectuels qui y sont associés se réclament d’un marxisme renouvelé, un marxisme dépoussiéré, un marxisme anti marxiste, voir d’un anticommunisme de gauche mêlé de russophobie, d’hostilité à la Chine et le plus souvent contestant la place et le rôle émancipateur de l’action de la classe ouvrière en particulier dans les pays développés.

Toute une série de concepts le plus souvent abscons et hermétiques sont dorénavant utilisés en boucle parmi des éléments de langage pour soutenir des démonstrations et des expertises. C’est encore le cas de la notion de Géopolitique dont on abuse. (47) Elle est pourtant inspirée du Darwinisme (48) reprise en son temps par l’Allemagne nazie pour revendiquer son espace vital-lebensraum au nom de la sauvegarde de la race aryenne. Définition récupérée depuis par les États-Unis pour légitimer la stratégie US de sécurité nationale dans la justification de ses stratégies internationales de domination (49). Elle est utilisée de manière extensive comme on le voit à l’égard de l’Iran, du Venezuela, de Cuba, de la Palestine ou d’autres états accusés de menacer la sécurité et la vie quotidienne des américains. (50) C’est d’ailleurs ce que vient de déclarer Donald Trump au sujet de l’agression US contre l’Iran : « Nous menons cette opération massive non seulement pour assurer notre sécurité ici et maintenant, mais aussi pour nos enfants et leurs enfants. » « Un régime iranien équipé de missiles à longue portée et d’armes atomiques serait une grave menace pour tout américain » .(51)

Cette activité multiforme de contributions financières et politiques par de grands groupes capitalistes est considérée comme autant d’investissements nécessaires. Cela s’accompagne du contrôle des médias, de publications, d’ouvrages, d’éditions, de conférences, de séminaires, de congrès, de mobilisation d’artistes en faveur de différentes causes, de promotions de concepts dans le but d’influencer entre autre l’opinion de gauche, ceux et celles qu’elle est susceptible de soustraire à leurs responsabilités.

Ces financements participent à la guerre des idées que mène la bourgeoisie sur bien des sujets et d’une grande diversité en orientant la parole et la réflexion d’une gauche dont la passivité la rend d’autant plus perméable qu’elle a renoncé à ses fondamentaux. Pour faciliter cette conversion, on a mis en place un système de communication, de promotion d’universitaires et chercheurs avec l’aide de journalistes chiens de garde (52) tout en organisant l’ostracisme, la caricature systématique et plus simplement l’ignorance à l’égard d’intellectuels ou d’organisations non conformes à la doxa.

Pour les exclure et les discréditer on envisage même dorénavant des juridictions pour condamner toute infraction au discours officiels en recourant à l’accusation d’antisémitisme ou en limitant l’usage et le fonctionnement des réseaux sociaux par des directives européennes régulant leurs activités (53).

Le but demeure le même, celui de désarmer politiquement et idéologiquement ceux qui se réclament du combat pour le changement de société, le socialisme ou plus simplement pour rétablir la vérité des faits. (54) Cela conduit bien des représentants de la gauche à se laisser corrompre et à s’égarer. Non seulement à se déjuger mais à s’engager aux côtés de ceux qu’ils combattaient hier. Cela se fait souvent au prix de déclarations en forme de séances d’exorcisme, de démission, de caricatures comme on peut le voir à travers les campagnes diffamantes d’institutions supra nationales, de lobbies en faveur d’Israël et de ses dirigeants pourtant mis en cause internationalement comme criminels de guerre.

A travers ces renoncements, ne faut-il pas voir là, ce qui a conduit année après année à une capitulation, voir à une abdication face à l’exigence d’un combat de classe permanent en faveur d’une alternative anticapitaliste au système dominant. Dorénavant pour faire bonne mesure, cela se réduirait à faire le choix d’une alternance politique au pouvoir impliquant le choix de moindre mal par le dialogue et la collaboration de classes, par le respect scrupuleux des institutions à travers l’électoralisme. L’objectif recherché serait de contribuer à donner au capitalisme un second souffle à travers un visage plus humain. « Lorsque l’esclavage sera rétabli, faudra t’il négocier le poids des chaines ? » ne devient-elle pas la question que certains sont finalement arrivés à se poser ?

Au besoin, on ira jusqu’à s’accommoder d’une certaine rhétorique radicale tant que cela ne change rien quand au fond. Après tout le changement de société réduit à quelques références au marxisme, ou à quelques banderoles avec les portraits de Marx, Lénine ou du Che peuvent être tolérés tant que la question du pouvoir n’est pas contesté. (55) N’est ce pas Mao Zedong qui brocardait « ceux qui lèvent le drapeau rouge, pour mieux lutter contre le drapeau rouge » ?

Une situation nouvelle

Or, nous sommes entrés dans une nouvelle période de l’histoire, d’où émerge une situation totalement inédite ! Aujourd’hui apparaissent des contradictions nouvelles, des incertitudes, des dangers mais aussi des opportunités comme l’exprime la langue chinoise pour caractériser le mot crise à travers les deux idéogrammes : Wei Ji (56).

De ce point de vue la guerre en Ukraine et l’agression contre l’Iran sont des révélateurs des faiblesses et des défaillances (57) d’un système impérialiste dont nul ne semblait contester la suprématie.

En fait, depuis la destruction de l’URSS, nous faisons face à des recompositions et des transformations politiques considérables souvent sous estimées. Elles s’accélèrent, alors que l’humanité est confrontée à des choix sans précédents qui touchent à son existence même.

Par exemple, s’agissant du réarmement volontariste voulu par les États-Unis, l’OTAN et l’Union Européenne, comme à travers l’implication directe dans la légitimation du financement du secteur militaro industriel permettant entre autre la poursuite de la guerre en Ukraine et dorénavant en Iran. La gauche est incapable d’anticiper et en est arrivé à jouer les utilités en partenaire loyal du système hégémonique.

Ainsi, elle est très loin d’avoir pris en compte ces bouleversements et le contenu de ces nouvelles alliances qui se sont constituées comme les BRICS+, ou l’OCS (58) ou en les critiquant ou en surestimant le caractère anti-hégémonique qui est l’un de leurs traits. A travers celles-ci l’objectif est de s’affranchir entre autre de la tutelle du dollar US par d’autres instruments financiers et monétaires, d’en finir avec les politiques de sanctions et les conditionnalités, d’ingérence et d’interférence dans les choix des états, de décider de coopérations utiles pour eux-mêmes. N’assistons-nous pas là, avec ce qui participe aux changements de l’architecture internationale à une communauté de destin commun fondé sur le win-win, sur le droit au développement et à un nouveau mouvement d’émancipation économique autant que politique après celui des indépendances ?

Les possibilités que cette évolution révèle et sa signification constituent une indication importante sur le mouvement du monde. Ce nouvel ordre mondial qui se met en places peut représenter une alternative Par conséquent, comment cet espace politique inédit ne pourrait-il pas ouvrir dorénavant une période d’opportunités pour les forces anti impérialistes.

Ainsi, malgré la crise des relations internationales, le marasme économique et financier, la faillite sociale, politique, institutionnelle, culturelle, morale sans précédent du monde occidental, la gauche pour l’essentiel s’en tient par ses positions à l’attentisme, et à accompagner les idées dominantes plutôt qu’à les contester et à s’y opposer radicalement.

Faire l’état des lieux.

Cette évolution est au fond révélatrice d’une longue mutation, bien antérieure à la disparition de l’URSS. Si cet évènement historique considérable a bouleversé l’ordre des choses et forcé à réviser bien des repères, la social-démocratie pour ce qui la concerne n’a vu dans cette tragédie que la confirmation de l’analyse faite par elle, soixante-dix ans plus-tôt. Elle s’en tient donc à son hostilité à l’URSS dont elle voit le retour à travers la Russie de Vladimir Poutine. Celui-ci aurait pour ambition de reconstituer l’URSS, voir l’empire tsariste. Son partenariat stratégique avec la Chine constituerait une menace existentielle pour les États-Unis et l’Union Européenne elle même. La médiocrité de tels arguments ne sont-ils pas l’expression d’un profond désarroi.

Ainsi par exemple, la démocratie sociale modèle un temps de la gauche occidentale et du monde libre est devenue une caricature dont les repères sont aujourd’hui, la médiocrité assumée dans les paroles comme dans les actes. Il en va ainsi de l’illusoire combat de la gauche contre l’extrême droite dont pourtant elle a contribué à faire le lit alors que l’austérité en matière de politique économique et sociale est devenue le maitre mot de l’entreprise de destruction sociale d’ E. Macron avec laquelle le Parti Socialiste et tout ou partie de la gauche signe des compromis.

C’est cette orientation et nul autre qui contribue à la montée des idées d’exclusion, de division, de racisme et d’intolérance soutenues par les partis de droite et de l’extrême droite politique en Europe. Comme le souligne l’historienne italienne Clara Mattei : l’austérité est au cœur du fascisme, même lorsque l’austérité est administrée par un état libéral. (59) Malgré cette évolution dangereuse, c’est pourtant au nom de ce que seraient ses valeurs propres, que la gauche se veut rempart contre l’extrême droite, qui partout en Europe enregistre des succès électoraux, la conduisant au pouvoir comme en Italie ou au Pays Bas ou à s’en rapprocher comme en France, en Allemagne ou en Espagne.

Sortir de cette schizophrénie exigerait de remettre en cause les schémas d’adaptation et d’accompagnement à la « pensée dominante ». La gauche n’en est pas là. A quelques nuances près on peut constater des situations identiques dans la plupart des pays européens et au delà. Ainsi pour J.C Cambadelis ancien premier secrétaire du PS français, le capitalisme ne serait donc « qu’une concentration de richesses planétaires sans pouvoir de décision (sic) » et d’ajouter « Il y a bien la montée en puissance des seigneurs de la Tech dans cette super richesse, mais il n’y pas le pouvoir qui caractérise l’oligarchie (sic) » (60)

C’est pourquoi, la social démocratie est définitivement incapable de représenter une alternative, tant son social libéralisme est perçu comme le frère jumeau des programmes des forces de droite. Aveuglé par un nombrilisme politicien et partisan, cette gauche européenne apparaît le plus souvent comme absorbée par des problèmes existentiels, se refusant à prendre en compte les réalités nouvelles et encore moins à en tirer les conséquences. En fait son opposition aux forces du conservatisme libéral est superficielle et purement conjecturelle. Dans le meilleur des cas, ses références demeurent keynésiennes en matière économique et sociale. C’est ce que démontre l’affaire de la taxe Zucman (61) soutenue par toute la gauche française, censé être une fiscalité plus lourde à l’égard des grandes fortunes quand en réalité il s’agit de partager les richesses produites entre exploiteurs et exploités et ne faire rien d’autre que du libéralisme à visage humain (62).

Dans ces conditions, les liens de la gauche avec le monde du travail en particulier se sont distendus et sont quasiment devenus inexistants dans le cas de la social démocratie. On s’adresse à chacun et à tous indifféremment. La rhétorique, l’inculture et la superficialité sont dorénavant une autre manière de faire de la politique. Ce qui demeure de la représentation électorale partisane ne cesse de régresser.

Le plus souvent la social démocratie est passée de l’assentiment, à l’accompagnement puis à la promotion du modèle libéral. Censé incarné les combats pour la justice sociale elle est ainsi devenue, le fourrier et le bradeur d’importantes conquêtes sociales. Pour l’essentiel, le combat pour la paix a été abandonné au bénéfice d’un alignement sur les logiques militaristes dominantes de l’ordre étasunien. Cela s’est fait en soutenant l’Union Européenne, l’OTAN et en contribuant aux guerres impériales.

Peu ou prou, la sociale démocratie ne s’oppose plus, mais en fait soutient la volonté des États-Unis à travers l’OTAN d’imposer une militarisation forcée des économies européennes en revitalisant le complexe militaro industriel tout spécialement celui des États-Unis. Comme pour le deep state néo conservateur le droit international et le multilatéralisme sont devenus des références creuses. (63) A de rares exceptions, la gauche européenne a l’occasion du génocide à Gaza a condamné les massacres mais n’a pas été jusqu’à condamner le projet de solution finale qu’entend imposer Netanyahu avec le soutien des États-Unis et de l’UE, fût-ce au prix de l’extermination de la nation palestinienne. Plusieurs forces de la gauche social démocrate sensible au lobby sioniste ont ainsi contribué à l’instrumentalisation de campagnes médiatiques hystériques contre un prétendu retour en force de l’antisémitisme en France ou n’ont pas hésité au Parlement européen à faire la promotion d’une réécriture de l’histoire de la seconde guerre mondiale, par russophobie et anticommunisme. (64)

Aveuglement, russophobie, hostilité à la Chine, arrogance néocoloniale, soumission à l’ordre euro-atlantique, abandon de l’idée même de souveraineté et finalement de choix de société ont ainsi contribué à brouiller l’image de la gauche et entraîné la social démocratie et les forces politiques qu’elle influence sur une pente périlleuse.

Quel état des lieux ?

Aussi, pour la majeure partie des forces qui s’identifient à la gauche institutionnelle le capitalisme est devenu un horizon indépassable. Elle n’apparaît donc plus comme un contre pouvoir ni un pôle de résistance utile et efficace. En fait, au fil de ses reniements, s’est établit une relation entre ce qu’elle est devenue et l’oligarchie à laquelle elle s’identifie de plus en plus. En d’autres termes, et comme l’avait analysé Antonio Gramsci, (65) les représentations culturelles de la classe dirigeante, c’est à dire l’idéologie dominante ont finalement déteint sur la gauche au point de la faire abdiquer ce qu’elle revendiquait être son patrimoine, son rôle, sa mission, sa finalité au service du progrès et de la libération du genre humain.

Elle ne parle plus de changement de société et de contestation du capitalisme, encore moins de socialisme. Elle s’est dorénavant convertit à la défense du système libéral, à sa meilleure gestion et à la défense de choix anachroniques privilégiant les problèmes sociétaux en alpha et oméga d’une prétendue révolution sociétale fondé sur un individualisme exacerbé, émotionnel et sans repères dont les ennemis seraient les extrêmes qu’elles soient d’ailleurs de droite comme de gauche.

Ainsi, dorénavant les discours et les actes s’identifient à l’ordre économique et politique en place, y compris en revendiquant celui-ci comme SA vision politique et en faisant en sorte de la préserver, comme l’illustre les actions de sauvetage du PS à l’égard d’Emmanuel Macron. Celui-là même qu’elle mettait radicalement en cause quelques mois auparavant, la conduit aujourd’hui à passer des compromis afin de lui permettre la poursuite de la mise en place d’ une économie de guerre (66) n’importe quel prix et ce avec des déficits budgétaires considérables. Devant de tels abandons l’électorat populaire déserte la gauche, voir s’en détourne durablement.

En fait, les gens rejettent de plus en plus les manœuvres électorales, la politique politicienne, les logiques d’appareil, les compromis, le carriérisme des hommes politiques élus ou non, la corruption qui s’aggrave. En France, autant de phénomènes qui sont devenus contagieux de la droite à la gauche. Ce contexte délétère encourage un regard de plus en plus critique de la part des citoyens sur la partialité des institutions régaliennes de l’état.

Parallèlement à la social démocratie, le Parti Communiste Français est quant à lui à l’origine de son propre effondrement électoral et politique. Hier si influent, il n’est plus que l’ombre de lui-même, agissant en fonction des alliances de circonstances. L’eurocommunisme porté par les trois principaux PC d’Europe, Français, Italien, Espagnol aux portes du pouvoir, dans la seconde moitié des années 1970 aura été un échec patent.

En France avec des périodes de tensions et de brèves remise en cause, pour l’essentiel et depuis 1972, le PCF est resté attaché à sa stratégie d’alliance avec le PS qui pour l’essentiel a contribué à ramener son influence de plus de 20% avant 1980 à moins de 4% aujourd’hui (67). Le PCF aura contribué à l’élection de François Mitterrand, qui une fois élu renonça à tous ses engagements au bénéfice de l’Union Européenne et de l’atlantisme. En s’effaçant progressivement de la scène politique le PCF a ainsi fait perdre au monde du travail le rôle d’avocat qui était le sien et son principal outil politique d’intervention.

De la même manière, les salariés ne se retrouvent plus dans des pratiques syndicales où dorénavant se négocient les programmes sociaux du patronat, les plans des sociétés multinationales, les exigences des institutions financières dont sont issus les réformes économiques et sociales du gouvernement Macron et de la Commission de Bruxelles. La Confédération Européenne des Syndicats (CES) est ainsi devenu la référence euro compatible à laquelle adhèrent les principales confédérations en France et en Europe. Le soutien intangible de la CES à la construction d’une Europe fédérale, est ainsi devenu une réalité qui imprègne l’institutionnalisation du mouvement syndical, sa bureaucratisation, sa professionnalisation, source également d’une corruption importante.

Cette évolution entraîne une recomposition syndicale qui a fait reculer sensiblement l’influence de la CGT et qui a terme menace l’existence d’un courant de lutte de classes en France pourtant encore influent dans les syndicats d’entreprises. Le choix assumé de la CGT en faveur d’une révision de ses principes est à l’origine d’une perte de cohésion et d’unité. Les abandons de la CGT en matière de politique internationale sont par ailleurs significatifs. C’est le cas, avec une hostilité déclarée à la Russie comme à la Chine, une remise en cause de ses soutiens comme on le voit avec la cause de la résistance Palestinienne tout en maintenant une coopération avec la confédération sioniste soutien de Netanyahu, solidarité aux confédérations associées au régime néonazi de Kiev, soutien aux nostalgiques du régime du Shah d’Iran, abandon des combats pour la paix. Dorénavant pour la direction de la CGT, la priorité est de combattre combat ce qu’elle nomme l’international de l’extrême droite en d’autres termes les choix politiques de D. Trump, V. Poutine, et Xi Jinping. Cette orientation s’est substitué à la lutte contre le capitalisme et constitue une rupture avec toute une histoire prestigieuse caractérisée par un internationalisme conséquent et indépendant. (68)

En France et en Europe cette évolution politique de la gauche à travers ses représentations historiques a conduit certaines forces à chercher à se poser comme une alternative en particulier à des partis dont la crédibilité s’était effondrée. En sortant du cadre imposé depuis près d’un siècle, elles ont très rapidement occupé un espace politique laissé en friche. En particulier en s’adressant à la jeunesse, aux communautés, aux classes moyennes, en prenant en charge des problèmes sociétaux comme ceux de l’environnement, du racisme ou du genre mais aussi en combattant la résurgence de l’influence des partis d’extrême droite. Ainsi, la dénonciation du génocide à Gaza a mobilisé de larges mouvements de masse souvent à l’initiative d’organisations comme la France Insoumise (LFI) en France. Ce sont, dans ces conditions que se sont développés de nouvelles formes d’organisation politiques bousculant le caractère traditionnel partisan et de représentation. Elles ont obtenu assez vite des résultats significatifs dans les élections politiques, permettant y compris pour certaines d’accéder aux responsabilités locales et provinciales voir en Europe dans certains gouvernements. Ce fut le cas en Espagne, de Syriza (69) en Grèce, bien que cette expérience s’est conclut par un échec, un fiasco politique et finalement le ralliement de ce parti à l’ordre libéral, à l’euro atlantisme entraînant un désaveu populaire.

La France comme maillon faible en Europe !

Maillon faible de la zone euro (70), de plus en plus marginalisé, la France voit son autorité et sa crédibilité se poursuivre et même s’accélérer à travers les positions internationales dont E. Macron est à l’initiative. Ainsi, les péripéties politiques en 2024 liées à trois échecs électoraux très lourd pour ce dernier a conduit à la dissolution de l’Assemblée Nationale puis à s’enfermer dans une forme de déni face au champ de ruines économiques et sociales auquel il a contribué.

Cette situation a entraîné une conflictualité sociale et politique, des tensions permanentes. A la dette colossale, du double de la dette publique de l’Allemagne, la France doit dorénavant faire face à un désastre économique et social, à la destruction de ses services publics qui ont précipité le pays dans l’imprévisible ou le tout est possible existe mais en pire. Fait sans précédent, au sein des forces armées de nombreuses voix se font entendre pour caractériser l’irresponsabilité du Président en matière militaire. Ainsi, plusieurs généraux et officiers supérieurs ont lancé un Appel pour un débat critique sur l’engagement militaire de la France en Ukraine. (71)

Il ne faut donc pas s’étonner d’une étude du Military Strategy Magazine, d’un professeur du prestigieux King’s Collège à Londres qui prophétise une guerre civile en France tout comme en Grande Bretagne. Il ne s’agit pas là d’un billet d’humeur mais d’une étude scientifique qui ne fait que confirmer la banqueroute d’un régime aux abois mais vivant dans l’aveuglement et la dénégation. (72)

Incapable de s’imposer comme majorité parlementaire mais disposant du plus grand nombre de députés au Parlement, la gauche réunissant la France Insoumise, le PS, le PCF et les Verts ont cherché en 2024 à répondre avec une nouvelle mouture de l’Union de la gauche, la NUPES (73), une coalition politique avec un programme dans le but de trouver une solution à ce qui est devenu une crise de régime.

Très vite, cette alliance de gauche unie et de circonstances à implosé, le PS et le PC rompant avec la France Insoumise et faisant le choix de chercher à poursuivre la recherche de compromis avec le macronisme dans le but d’éviter de nouvelles élections générales et pire encore une élection présidentielle anticipée. Ainsi, le parti socialiste a préféré se rallier explicitement à Macron avec une orientation aboutissant à : « surtout ne pas donner la parole au peuple, Ni dissolution, ni démission ou destitution de Macron. Une majorité avec les macronistes et une partie de la droite pour garder nos fauteuils » refusant au peuple l’exercice de sa souveraineté. (74)

Relever le défi, déjouer le piège.

Là est le défi auquel les peuples et le monde du travail doivent faire face d’autant qu’on cherche à les enfermer dans un faux dilemme celui du tous uni contre l’extrême droite. Toute la question étant de déjouer ce piège.

Pour ces raisons on comprend mieux pourquoi l’objectif est d’écarter, de marginaliser et discréditer les forces politiques et sociales qui malgré les compromis de certaines d’entre elles peuvent représenter une possible alternative de progrès social en contribuant à redonner confiance à l’action collective. Par conséquent si la réponse ne peut-être une solution de moindre mal, ne faut-il pas en revenir à l’enjeu véritable : en finir avec le capitalisme.

La ploutocratie n’abandonnera jamais le pouvoir qui est le sien et cela d’autant que celui-ci découle de la propriété des moyens de production, de la propriété privée. Par conséquent, si le pouvoir ne sera pas cédé, alors il s’agit bien de le conquérir. A ces questions, il faut bien répondre, clarifier et décider d’objectifs, tant il est vrai que « celui qui n’a pas d’objectifs ne saurait les atteindre » (75).

Une des conséquences du divorce consommé entre la gauche d’avec les pratiques militantes et indépendantes du mouvement ouvrier est un recul dans les stratégies de luttes sociales et politiques, dans la relation étroite et concrète avec le monde du travail tel qu’il est. Cela se traduit notamment par un désintérêt grandissant pour les études économiques, une vision pessimiste du monde exacerbé par un individualisme forcené, au recul du contenu des combats solidaires en faveur du monde du travail autant qu’à la défense de la souveraineté, du multilatéralisme et des résistances internationalistes.

Lutte de classes ou impasse ?

Au mieux, le discours de gauche radical pourra mettre en cause le capitalisme et ses conséquences destructrices mais jamais comment y mettre fin. Ce qui en d’autres termes conduit finalement à conclure qu’il n’y aurait pas d’alternative et qu’il faudrait s’adapter, partager, et finalement abdiquer ses propres ambitions, voir s’en tenir aux solidarités avec les luttes, mais ailleurs que chez soit.

Pour expliquer cette conversion, on assiste ainsi à une approche qui se veut critique de la part de secteurs de la gauche aimant à se présenter comme anti-impérialiste, mais sans jamais parler de capitalisme !

- Ainsi certains considère que le système oligarchique a finalement réussit à obtenir une paix sociale en satisfaisant pour l’essentiel aux revendications des travailleurs des pays occidentaux qui en retour se sont embourgeoisés, en adhérant aux délices de la consommation, en coopérant, collaborant et renonçant ainsi à leurs combats en faveur d’une rupture véritable. La réponse deviendrait alors celle de soutenir les mouvements de libération nationale dans les pays du sud même débarrassé au besoin de tout contenu de classe. Pourtant l’expérience historique démontre que les indépendances politiques ne conduisent pas automatiquement aux indépendances économiques. Les exemples ne manquent pas.

- Pour d’autres, ne va t’on pas jusqu’à considérer qu’il y aurait dans les pays occidentaux en France en particulier, une prédisposition de la classe ouvrière aux renoncements, en particulier à ses responsabilités internationales. Pour démontrer cette contre vérité, on va jusqu’à réécrire l’histoire en dénaturant les raisons même qui ont conduit à l’organisation d’un courant de lutte de classes dans le mouvement ouvrier français (76). En adhérant à la troisième internationale et en devenant la Section Française de l’Internationale communiste (SFIC), il s’agissait pour le jeune PCF d’un choix internationaliste cohérent que résumait dans son intervention Ho Chi Minh, délégué au Congrès de Tours : « Camarades, nous voyons dans l’adhésion à la 3ème internationale, la promesse formelle du parti socialiste de donner, enfin aux questions coloniales l’importance qu’elles méritent ». (77)

Pour illustrer « ce défaut historique du mouvement ouvrier français » (78) qui refuserait de s’attaquer à son propre impérialisme, on falsifie l’histoire et on invoque entre autre la guerre du Rif en 1925. Quand en réalité, cet évènement fût fondateur du premier grand engagement internationaliste pour le PCF et la CGT U. Avec ces deux organisations, une nouvelle orientation fût mise en avant : la défense de la souveraineté, l’indépendance nationale des nations colonisées, la communauté de combat entre prolétaires de tous les pays. Le PCF, LA CGTU, le Mouvement surréaliste, des intellectuels comme H. Barbusse ou L. Aragon se mobilisèrent au sein d‘un Comité d’action contre la guerre du RIF. Ils affirmèrent alors avec force un principe anti colonialiste sans ambiguïté : « Nous proclamons le droit des peuples, de tous les peuples à disposer d’eux-mêmes » (79).

Certes les orientations présentes du PCF et de la CGT sont devenus contestables qu’elles soient nationales ou internationales, il faut en faire la critique objective à partir des positions réelles qui sont les leurs et non à travers des interprétations fausses et partisanes de leur histoire. (80)

Cette réécriture de l’histoire sert par ailleurs à une approche infondée de la « structure de la classe ouvrière » qui conduirait à opposer travailleurs français et immigrés entre eux. Alors que l’on pourrait multiplier les exemples de luttes communes affirmant un principe de classe élémentaire « français, immigrés, même patron, même combat ». D’ailleurs, on retrouve celui-ci dans les luttes pour les sans papiers, les luttes de la liberté dans les entreprises de l’automobile, ou celle des résidents des foyers de travailleurs du bâtiment ou de la métallurgie. Cette orientation qui conduit à créer artificiellement des divisions, des oppositions et à orienter les combats en privilégiant les communautés comme priorité au détriment du militantisme syndical et politique sur les lieux de travail. Suivre cette voie conduirait très vite à une impasse et à épargner le capitalisme. (81)

Si, par absurde on considérait qu’unir la classe ouvrière c’est unir seulement les prolétaires de nationalité française, il n’y aurait pas de luttes, pas de perspectives de changement. La voie révolutionnaire qui mène au socialisme passe nécessairement par les entreprises et en particulier les plus grandes. Nul autre lieu que l’entreprise ne réunit quotidiennement les acteurs de la lutte des classes dans le contexte le plus propice à la prise de conscience collective des objectifs et des conditions de l’union des prolétaires dans leur diversité.

Tout engagement internationaliste serait vide de sens, si il ne reposait pas sur ce militantisme patient depuis les lieux de travail pour construire avec les travailleurs eux-mêmes les rapports de forces nécessaires pour faire échec au capitalisme et à l’impérialisme. On ne saurait parler d’impérialisme sans parler de capitalisme. Ignorer le caractère décisif de l’engagement nécessaire de la classe ouvrière depuis l’entreprise contribuerait à sous-estimer la portée sociale et politique de l’action de millions de travailleurs en lutte contre le réforme des retraites voulue par Macron et l’internationale de la finance, ou ne pas mesurer la portée du refus des dockers des principaux ports de la Méditerranée en solidarité avec la nation palestinienne à charger ou décharger des bateaux pour Israël, ou encore à ignorer l’importance de la grève générale en Inde mobilisant 300 millions de travailleurs.

Tout pour l’entreprise.

Que deviendrait le contenu de ces mouvements d’ampleur sans les actions quotidiennes sur le lieu de travail. Il serait vide de sens. C’est pour cette raison que le mouvement ouvrier pour assumer le rôle qui doit être le sien ne saurait dresser de cloisons étranges entre ses engagements internationalistes qui ne sont pas des suppléments d’âme et ses responsabilités nationales. C’est ainsi qu’il doit construire son utilité, son efficacité, sa crédibilité.

On ne saurait se satisfaire de rhétorique et faire l’économie de la lutte des classes, ignorer la portée de ces luttes, singulièrement là ou elles sont décisives, c’est-à-dire dans les pays où sont concentrés les leviers de pouvoir économique, financier, politique, sécuritaire et idéologique. Cela donne toute son importance aux luttes sociales et politiques dans les pays capitalistes développés partout où la contradiction capital/travail est la plus vive, là où se trouvent la classe ouvrière et le pouvoir du patronat face à face, là ou la richesse produite par le travail est confisquée par le capital.

Y renoncer, conduirait, à ne concevoir la lutte anti-impérialiste que débranché de son caractère anticapitaliste, réduisant la lutte pour le socialisme dans les pays développés et dans ceux en développement à une utopie déconnecté de toute réalité des besoins immédiats et futurs du plus grand nombre alors que tout doit être fait pour articuler les deux en un seul et même combat.

Certains affirment que la classe ouvrière serait en voie de disparition ! Que deviendrait dans ces conditions la lutte des classes ? En France selon l’INSEE, 30,4 millions de personnes ont un emploi, 80% dans le secteur privé, 20% dans le secteur public. Par conséquent le combat de classe depuis le lieu de travail demeure le terrain privilégié de l’affrontement avec la classe exploiteuse. (82) La contradiction principale entre capital et travail persiste, la France est l’un des pays qui compte le plus grand nombre de millionnaires et ou les inégalités se sont creusées de manière sans précédente. En 2024, les entreprises ont reversé des dividendes record en augmentation. Les 100 plus grandes entreprises ont ainsi distribué un pactole de presque 100 milliards d’euros (83). Une récente enquête sénatoriale a ainsi révélé que 211 milliards d’euro sans contreparties ont été accordées par l’état à des entreprises comme Total, Michelin, Sanofi… (84) Dans le même temps, en 2022 et officiellement plus de 15 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, (85) plus de 300 000 personnes dont de nombreux enfants vivent sans domicile fixe, chiffre en constante progression. C’est bien cette contradiction qu’il faut confronter et résoudre.

Par conséquent, il est nécessaire d’affirmer que ceux qui produisent les richesses doivent en récupérer le contrôle. La gauche pour sa part ne retrouvera une crédibilité qu’en s’engageant sur ce point dans la clarté, c’est-à-dire contre le capitalisme et l’hégémonie qu’il exerce sur toute chose, en lui disputant et en contestant le droit totalitaire qu’il s’est arrogé sur la propriété, en réaffirmant le rôle de la démocratie ouvrière dans le sens ou l’indiquait Rosa Luxemburg : « Aujourd’hui, la démocratie est peut-être inutile, ou même gênante pour la bourgeoisie, pour la classe ouvrière, elle est nécessaire, voire indispensable. (86)

Prenons un exemple concret !

La plus grande entreprise sidérurgique française est le deuxième plus grand producteur mondial d’acier au monde. Son nom est ACELOR/MITTAL son origine est indienne et elle est la propriété du milliardaire indien Lakshmi Mittal. Son siège est basé au Luxembourg. Mittal pour maintenir son taux de profit, va réduire sa production de moitié en Europe et veut licencier des milliers de travailleurs en particulier en France. (87)

Pour les travailleurs qui font le choix de la lutte anticapitaliste avec leur syndicat CGT il ne s’agit plus de s’opposer au chômage mais de poser concrètement la question de la propriété et de la récupération des richesses produites de surcroit par une entreprise au caractère stratégique. On est loin du compromis social préconisé par certains syndicalistes. Le mot d’ordre de la grève est exemplaire « Nous pouvons faire du métal, sans Mittal ». (88) Face à ce mot d’ordre, la réponse d’une partie de la gauche et en particulier du parti socialiste est significative, il faut dit-il des « nationalisations stratégiques temporaires », c’est à dire par une entrée publique au capital strictement transitoire suivie d’une revente à un opérateur public ou privé. Comme on le voit à travers cette position qui se veut un soutien à la lutte des travailleurs, nous n’avons pas qu’une nuance technique, mais de fait une capitulation de principe.

Pour les travailleurs la distinction entre nationalisation temporaire et expropriation durable n’est pas un raffinement doctrinal. Du « métal sans Mittal » est devenu une orientation au nom de laquelle « les travailleurs rétablissent une évidence trop longtemps confisquée : l’outil qu’ils font vivre et que la collectivité finance doit enfin être gouverné par ceux qui l’animent et non par ceux qui l’épuisent ». C’est cette « gauche » là, qui peut faire la différence en construisant les rapports de force nécessaires par l’action concrète avec en particulier leurs frères indiens dans un internationalisme refondé et utile pour transformer le réel et non pour le réduire à un soutien extérieur par de simples messages de solidarité, mais pour transformer le rapport des forces. Les travailleurs par leur action ont imposée au Parlement un vote positif en faveur de la nationalisation. La bataille doit donc se poursuivre pour que la nationalisation se fasse pour rompre et non pour éponger, afin que les travailleurs, seuls producteurs de richesses, s’imposent comme les seuls dirigeants de l’entreprise.

Ce qui est déterminent c’est à chaque fois le contenu de classe. Il y a donc un grand besoin d’articulation entre national et international en particulier entre les luttes sociales et politiques dans les pays du Sud et ceux des pays développés. A fortiori quand se pose la question du contenu du mouvement de libération nationale et des alliances sur lesquelles il repose. Lutte de classes et libération nationale sont indissociables.

Cette exigence de changement dans les orientations et les pratiques de la gauche n’est au fond que l’expression d’un aiguisement sans précédent des contradictions entre le capital et le travail depuis le lieu de travail jusqu’au niveau international. Une même lutte de classes qui faisaient dire au milliardaire US Warren Buffet « il existe une lutte de classes, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mènent cette guerre. Et nous sommes entrain de la gagner » (89). C’était en 2005, il y a plus de 20 ans. Depuis la situation a radicalement changé.

Nous sommes entrés dans cette période de crise et de contradictions aiguës qui justement signifie risques et opportunités. F. Fukuyama l’auteur de « la fin de l’histoire »le mesure quand il affirme « Si nous baissons la garde, le monde libéral disparaitra » (90). La responsabilité historique de la gauche si tant est qu’elle entend encore jouer un rôle doit être d’y contribuer !


Jean-Pierre PAGE
Ancien responsable du secteur international de la CGT

42 « The CIA in America », John Kelly and Jeff Mc Donell, Laurence Hill books, 1988.
43« Le Congrès pour la liberté de la culture » Persée, 2009.
44 On connaît le rôle d’Irving Brown, syndicaliste de l’AFL-CIO, anticommuniste viscéral, agent de la CIA, membre du groupe Bilderberg et le rôle qui fût le sien dans la scission de la CGT et la création de Force Ouvrière qu’il appuya financièrement. Comme il le fît également avec la CGIL en Italie avec la création de la CISL. « Irving Brown, syndicaliste américain et agent de la CIA. » Expression media, 21 mai 2025.
45 « Jusqu’en 2019, Noam Chomski est resté solidaire de son ami », Le Monde, 4/02/2026.
46 « Requiem pour la French Theory », G. Rockhill, A. Monville, Delga, 2024.
47 « Geopolitics cannot serve as a methodology for analyzing international relations and the international situation », Li Zhou, vice ministre du département international du Comité Central du PC de Chine, World Marxist Review, vol:2, numero 1, 2025.
48 Charles Darwin (1809-1882), naturaliste qui évoquait l’évolution biologique des espèces par la sélection naturelle et la concurrence vitale.
49 « The new geopolitics of Empire » John Bellamy Foster, Monthly Review, janvier 2006.
50 La déclaration de Trump annonçant l’attaque sur l’Iran », RTBF, février 2026.
51 « Attaque contre l’Iran : Donald Trump s’adresse aux américains », www.sudinfo.be
52 « Les chiens de garde », Paul Nizan, essai paru en 1932.
53 La régulation des réseaux sociaux à l’heure européenne », Les entretiens du Conseil d’état, janvier 2025.
54 « Pétard mouillé contre Maxime Vivas », André Lacroix, Le Grand Soir, octobre 2024.
55 « Sri Lanka, marxist or not marxist ? », Jean Pierre Page, Le Manifeste, octobre 2024.
56 Wei Ji : dangers et opportunités.
57 Interview du Ministre des Affaires étrangères d’Iran Abbas Araghchi, NPC News, 5 mars 2026.
58 OCS : Organisation de Coopération de Shanghai.
59 The Capital order : how economists invented austerity and paved the way to fascism, Clara Mattei, The University of Chicago press. 2022.
60 J.C. Cambadelis, ancien militant trotskiste devenu dirigeant du Parti Socisliste, condamné pour corruption, il du quitter ses responsabilités. « Les instantanés du dimanche » , blog de J.C Cambadélis numéro 169, 08 mars 2026.
61 Taxe Zucman du nom de l’économiste Gabriel Zucman, qui entend imposer une fiscalité plus lourde des grands patrimoines, comme des plus riches.
62 L’essentiel du marché mondial se partagent entre les Big three : Standards&Poor’s, Moody’s, Fitch, elles détiennent 90% des parts du marché européen.
63 « Von der Leyen joue la diplomatie avec Donald Trump » News actu.com 1er mars 2026.
64 How Europe is rewriting the WWII History, Jean-Pierre Page, Valdai discussion Club, 29/01/2025
65 Antonio Gramsci (1891-1937), écrivain, philosophe, théoricien, marxiste-léniniste, un des fondateurs du Parti Communiste Italien. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont les Cahiers de prison ou il développe ses positions sur l’hégémonie culturelle.
66 « L’économie de guerre en France, du concept à la réalité. », Le Monde, 11 mars 2025.
67 Les forces organisées et militantes du PCF sont passées de 600 000 adhérents à la fin des années 80, à 40 000 membres.
68 « Pour S.Binet, la CGT doit rallier l’union sacrée » Jean-Pierre Page, Le Grand Soir, avril 2025.
69 Syriza : dont le leader a été longtemps Alexis Tsipras, ancien premier ministre grec, devenu un parti en faveur d’un socialisme démocratique passé depuis au centre gauche.
70 « La France est le nouveau maillon faible de la zone euro », Valeurs actuelles, 22 septembre 2025
71 « Des généraux et officiers ont lancé un Appel, Halte à une intervention sans mandat », Le Média, 22 avrill 2025.
72 « Guerre civile en France et au Royaume Uni… » une étude du chercheur David Betz dans la discipline de War Studies du King’s Collège Le Figaro, 14 aout 2025.
Il faut noter que des prévisions identiques s’expriment quant aux Etats-Unis ou la polarisation a atteint de telles extrémités que plus de 7 millions d’américains ont manifesté le 19 octobre à travers 2700 rassemblements.
73 Cette alliance s’est baptisée NUPES : Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale est une coalition politique de partis se réclamant de la gauche : France Insoumise, PS, PC, Verts.
74 « Avec le PS, l’Union de la gauche ne peut qu’enfanter des monstres » Régis de Castelnau, Vu du droit, 19 octobre 2025.
75 Sun Tzu : L’art de la guerre.
76 CGT U (1921-1936) scission de la CGT qui avait fait le choix de l’Union sacrée en faveur de la première guerre mondiale. La CGTU représentait le courant de lutte de classes dans la CGT. Elle adhéra à L’international Syndicale Rouge (ISR).
77 Discours d’Ho Chi Minh comme délégué au Congrès de Tours du Parti Socialiste dont la majorité décida l’adhésion à la 3eme internationale et devint le Parti Communiste Français, 26 décembre 1920. CGT Cochin. over.blog.
78 « Construire un mouvement anti-impérialiste de masse » Saïd Bouamama, de Bandung au Sud global, conférence 4 mai 2025. Edité par URC Paris IDF, novembre 2025
79 « Camarades, je demande la parole » Jean-Pierre Page avec Charles Hoareau, Philippe Cordat, Jean-Claude Vatan, Investig’Action, 2016.
80 « Pour Sophie Binet, la CGT doit rallier l’union sacrée » Le Grand Soir, mars 2025.
81 « Construire un mouvement anti-impérialiste de masse » Saïd Bouamama, « De Bandung au Sud global », conférence 4 mai 2025. Edité par URC Paris IDF, novembre 2025.
82 « En France, 30, 4 millions de personnes ont un emploi » Libération, 27 juin 2025.
83 « En France, les entreprises versent des dividendes record », Coint Tribune, juin 2025.
84 « Stop aux 211 milliards d’aide sans contreparties », analyses communistes, 11 mars 2026.
85 « Les chiffres clefs de la pauvreté en France » Inegalites.fr, décembre 2024.
86 « Révolution et démocratie, Rosa Luxemburg » Martine Leibovici, Persée, 1991.
87« Un mouvement social d’ampleur en cours chez AcelorMittal », Le journal des entreprises, 5 décembre 2025
88 « Du métal sans Mittal, nationaliser pour rompre pas pour éponger. »Jean Maltesse Allies-Position, 27 novembre 2025.
89 « Warren Buffet, faux prophète de la lutte des classes », Agoravox, 28 février 2018.
90 « Si nous baissons la garde… » Francis Fukuyama, Courrier International/Financial Times

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