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Bulletin 674
29.04.2026
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Diviser l’AES ?
1-La récente attaque contre le Mali se caractérise par son ampleur et par son degré très élevé de préparation et d’organisation
- Ampleur :10 à 12000 combattants entrainés, motorisés, équipés et portant l’uniforme de l’armée malienne répartis sur 7 villes sur plus d’un millier de km de Bamako à Kidal.
- Sept groupes partent à l’assaut des installations militaires locales à la même heure précise 04h56 dans la nuit du 24 au 25 Avril 2026
Les assaillants sont une alliance militaire totalement nouvelle et inattendue car les deux alliés pour l’occasion se sont toujours, opposés entre les rebelles Touaregs de l’Azawad et le groupe terroriste issu de l’AQMI (Al Qaida Magehreb Islamique) et de Ansar Din
- Deux victimes importantes immédiates dans le commandement malien : le Ministre de la Défense attaqué à la camionnette piégée et le chef des services de renseignement démontrent une volonté de décapitation du gouvernement malien. Le président Assimi Goita réussit à se mettre à l’abri dans un QG protégé et va commander la résistance à l’attaque. Il ne réapparaitra en public que dans la journée du 28 Avril
- On peut considérer dans la journée du Dimanche 26 que l’attaque terroriste a été repoussée partout sauf à Kidal au nord au plus près de la frontière algérienne et que les assaillants ont perdu environ 2500 hommes. Il semblerait cependant que des unités terroristes islamistes continuent à être actives ici et là.
- La défense de Kidal était assurée par l’Afrika Korps cette unité de l’armée russe formée avec les anciens mercenaires du groupe Wagner qui après la mort du fondateur commandant de Wagner ont été intégrés à cette nouvelle unité de l’armée russe commandée par des officiers russes, qui s’est repliée a laissé la ville aux mains des rebelles Touaregs de l’Azawad. Les combats ont été très rudes et à des niveaux de sophistication technique inhabituels : drones, missiles anti-aériens légers (man pads) dus à la présence sur place de conseillers ukrainiens. Le gouvernement du Mali a une nouvelle fois perdu le contrôle de cette province du nord.
Il ne s’est donc pas agi d’un mouvement de rébellion mais d’une action de guerre pilotée de l’extérieur
2-Contexte politique de l’évènement
Le 10 avril les ministres des affaires étrangères du Maroc et du Mali tiennent une conférence de presse commune au cours de laquelle Abdoulaye Diop le ministre malien annonce un revirement historique de son pays. Le Mali rompt son soutien historique à la République arabe sahraouie démocratique et se rallie à la position du Maroc accordant à la région un statut autonome sous souveraineté marocaine. Ce ralliement à la position marocaine va bien au-delà du continent africain. En effet en Octobre 2025 le Conseil de sécurité de l’ONU a pris en considération le projet marocain avec l’appui de Trump lui-même qui d’ordinaire fait peu de cas des positions de l’ONU. La Maroc a reconnu Israel et a donc également le soutien sioniste à son projet. Le Conseil de sécurité où la Russie s’est abstenue s’est donné un an pour confirmer ou infirmer sa position qui fait l’impasse sur l’organisation d’un référendum d’autodétermination que l’ONU aurait dû organiser sur ce territoire, ancienne colonie espagnole.
Le basculement diplomatique du Mali est donc spectaculaire c’est un changement d’alliance complet car le Mali rallie ainsi le camp occidental dans la grande bataille d’influence continentale qui se livre entre Chine, Russie et Etats-Unis et qui est comme l’a souligné Marco Rubio à Davos rien moins qu’une bataille de recolonisation que ce soit en Afrique ou en Amérique latine. Réduire cette manœuvre à la confirmation d’une mésentente connue avec l’Algérie soutien historique des Sahraouis revient à en nier la portée.
Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.
Le Niger et le Burkina partenaires de l’AES ont bien condamné l’opération terroriste mais n’ont pas porté militairement secours au Mali car la réunion qui devait annoncer le démarrage de la défense commune de l’AES et la mise sur pied d’une armée commune de 15000 hommes n’a eu lieu que le Dimanche 26 Avril à Bobo-Dioulasso à la date fixée initialement et sous la présidence d’Ibrahim Traoré. Entre la rupture diplomatique du 10 Avril et la mise en service de l’armée commune de l’AES il restait très peu de temps pour monter l’attaque du 25 contre le seul Mali, un véritable mécanisme d’horlogerie, un exploit logistique en zone semi désertique.
L’avenir dira si L’AES survivra à cette crise mais la volonté occidentale de destruction de l’AES comme bloc réellement décolonisé s’est manifestée avec une ampleur qui dépasse les capacités de la seule France macro coloniale.
Ou en sont les deux autres pays de l’AES ? rappelons que l’un et l’autre avaient subi en début d’année des attaques terroristes sans commune mesure avec l’attaque du Mali du 25 Avril et qu’ils les avaient repoussées. Le Burkina est depuis le 26 à la tête de l’armée et de la défense commune et il est porteur de projets de développement autocentrés importants. Le Niger de son côté n’a pas renversé ses alliances. En Février 2026 a eu lieu à Alger une rencontre au sommet entre les deux gouvernements qui a débouché sur de nombreux accords de coopération dont l’un a un caractère stratégique : il s’agit du gazoduc transsaharien destiné à acheminer le gaz du Nigeria – abondant – vers l’Algérie d’où il pourra être exporté vers le monde entier. Les parties nigériane et algériennes sont déjà construites. Il ne manquait plus que la section nigérienne dont la construction a débuté dés la fin du ramadan. Ainsi d’ici peu les ports gaziers algériens de Skikda et d’Arzew vont devenir des pôles du commerce international du gaz naturel. Comme par ailleurs le Niger est lui-même un producteur de pétrole qu’il dispose sur son territoire d’une petite raffinerie et qu’il peut l’exporter par le port béninois de Semé Kodji . La maitrise de cette ressource, celle de l’uranium et la redevance pour le transit du gaz nigérian vont donner au gouvernement nigérien du général Tiani des moyens importants pour financer un développement que le colonialisme et le néocolonialisme français avaient interdit.
Gageons que le gouvernement malien tirera un enseignement ,aussi amer soit-il, du ralliement à une politique occidentale qui au lieu de lui valoir de nouveaux soutiens l’a fait considérer comme le maillon faible de l’AES.
