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Le pétrodollar expliqué simplement

dimanche 3 mai 2026, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 3 mai 2026).

Le pétrodollar expliqué simplement : comment un accord de 1974 a donné au dollar son pouvoir mondial pendant 50 ans

https://le-pivot.ca/articles/petrod…

28 mars 2026

Gabriel Arès

Le président Richard Nixon et le roi Faisal d’Arabie saoudite à la Maison-Blanche. Source : Nixon Presidential Library, domaine public.

Le pétrole est la marchandise la plus échangée au monde. Pourtant, même si tu paies ton essence en dollars canadiens au Québec, en euros en Europe ou en yuans en Chine, le prix du pétrole brut sur le marché international est presque toujours fixé en dollars américains.

Pourquoi ? Parce que, depuis un demi-siècle, le pétrole mondial est majoritairement vendu et acheté en dollars. C’est ce qu’on appelle le système du pétrodollar.

Ce système discret a donné aux États-Unis un avantage économique et géopolitique considérable. Mais comment est-il né ? Tout commence par une crise en 1971 et un accord clé en 1974.

1971 : Le dollar perd son ancrage en or

Après la Seconde Guerre mondiale, le système de Bretton Woods faisait du dollar la monnaie centrale du monde. Il était convertible en or à un taux fixe.

Dans les années 1960 et 1970, les États-Unis accumulent des déficits importants, notamment à cause de la guerre du Vietnam et des dépenses sociales. Les pays étrangers possèdent de plus en plus de dollars et veulent les échanger contre de l’or.

Le 15 août 1971, le président Richard Nixon annonce la fin de la convertibilité du dollar en or. C’est ce qu’on appelle le « choc Nixon ». Le dollar devient une monnaie sans soutien physique. Sa valeur risque de s’affaiblir et la confiance internationale diminue. Les États-Unis doivent trouver une nouvelle base pour soutenir leur monnaie. La solution viendra du pétrole.

1973-1974 : Le choc pétrolier et l’accord avec l’Arabie saoudite

En octobre 1973, la guerre du Kippour éclate. Les pays arabes producteurs de pétrole imposent un embargo sur les exportations vers les États-Unis et certains de leurs alliés. Le prix du baril quadruple en quelques mois. C’est le premier choc pétrolier, qui provoque inflation et récession dans le monde occidental.

C’est dans ce contexte que le secrétaire d’État américain Henry Kissinger négocie avec l’Arabie saoudite.

Le 8 juin 1974, un accord-cadre est signé à Washington entre Kissinger et le prince Fahd ben Abdulaziz — futur roi. Officiellement, il crée des commissions conjointes de coopération économique et militaire. Dans les faits, cet accord pose les bases d’un système qui deviendra connu sous le nom de pétrodollar : l’Arabie saoudite accepte de vendre son pétrole principalement en dollars américains, tandis qu’une grande partie des revenus — les pétrodollars — est réinvestie dans les bons du Trésor américains. En échange, les États-Unis offrent une protection militaire et vendent des armes modernes au royaume.

Les autres pays de l’OPEP suivent progressivement cette pratique. Le dollar devient la monnaie de référence pour le commerce mondial du pétrole.

Comment fonctionne le recyclage des pétrodollars ?

Le mécanisme est simple, mais puissant.

Tous les pays ont besoin de pétrole. Sur le marché international, le prix du brut est fixé en dollars américains. Pour importer du pétrole, les pays doivent donc se procurer des dollars. Ils paient les exportateurs en dollars. Les pays exportateurs reçoivent ces dollars : ce sont les pétrodollars. Une grande partie est réinvestie dans la dette américaine — les bons du Trésor. On appelle cela le recyclage des pétrodollars.

Exemple concret : La Chine vend des produits aux États-Unis et reçoit des dollars. Elle utilise ensuite ces dollars pour acheter du pétrole saoudien. L’Arabie saoudite place une partie de ces dollars dans les obligations américaines.

Résultat : il existe une demande constante pour le dollar, même si les États-Unis ne produisent pas tout le pétrole du monde.

Le privilège exorbitant des États-Unis

Grâce à ce système, les États-Unis bénéficient de ce que l’économiste Valéry Giscard d’Estaing appelait le « privilège exorbitant ».

Ils peuvent financer leurs déficits budgétaires et commerciaux à faible coût. Ils peuvent émettre plus de dollars sans que l’inflation ne s’envole immédiatement, car une partie de ces dollars est absorbée par le reste du monde. Le dollar reste la monnaie de réserve mondiale, ce qui renforce leur influence, y compris à travers les sanctions financières.

Ce système a fonctionné remarquablement bien pendant près de 50 ans, car le pétrole restait indispensable.

Et aujourd’hui ?

Le système n’est pas mort, mais il s’érode progressivement. Les BRICS développent des paiements en monnaies locales et la transition énergétique pourrait réduire à long terme la dépendance au pétrole. Pour le Canada et le Québec, ce système a des liens indirects : la valeur du huard et notre économie énergétique restent influencées par les prix du pétrole et la force du dollar.

Ce qu’il faut retenir

  • Le pétrodollar n’est pas une monnaie, mais le dollar reçu en paiement du pétrole sur le marché international.
  • Il naît après le choc Nixon de 1971 — la fin de la convertibilité en or — et se consolide avec l’accord de coopération entre les États-Unis et l’Arabie saoudite en 1974.
  • Le mécanisme clé est le recyclage : les revenus pétroliers sont réinvestis en grande partie dans la dette américaine, ce qui crée une demande permanente pour le dollar.
  • Cela a permis aux États-Unis de financer leurs déficits à bas coût et de maintenir un privilège exorbitant pendant 50 ans.
  • Aujourd’hui, ce système montre des signes d’usure, mais il reste dominant. Son évolution pourrait avoir des impacts importants sur l’économie mondiale et canadienne.

Références


5 Messages de forum

  • Le pétrodollar expliqué simplement 4 mai 04:31, par Luniterre

    Dans les années 60 s’est développé le marché des « euro-obligations », qui, comme leur nom ne l’indique pas, n’étaient pas libellées en « euros », encore évidemment inexistants à cet époque, et même à plusieurs décennies près, donc, mais en « eurodollars », dits parfois « dollars offshore » dans la littérature, mais en quelque sorte « extraterritoriaux », déjà… ( Leur nom provenant des « dollars soviétiques rapatriés » …par l’URSS dans les banques européennes, dont certaines, comme la BCEN, en France, étaient contrôlées par l’URSS, même si gérée par des Français…

    Les « pétrodollars » fonctionnant au départ selon le même modèle offshore, c’était donc une « bonne occasion », pour les USA, de « reprendre le contrôle » grâce à la kollaboration des pétromonarchies, principalement, et avec une extension du pseudo-« droit extraterritorial » des USA.

    Recréer un marché des « eurodollars » tel qu’il était entre la fin des années 50 et la fin des accords de Bretton Woods, au début des années 70, ce n’est évidemment plus possible, mais faire le même type d’opération avec l’€uro, non seulement cela reste possible, mais ça l’est de plus en plus, avec la crise, et tant que l’UE n’a pas de réels moyens de rétorsion militaire : des « euro-euros », « eurolibres » en quelque sorte, et logiquement et possiblement des « eurofrancs » si notre pays est politiquement mobilisé pour faire valoir la primauté du droit constitutionnel français sur l’européen.

    C’est ce qui se produira avec la reconstruction du Conseil National du Crédit sur une base constitutionnelle référendaire, démocratique, donc, et doté de ce fait des pouvoirs de contrôle sur les orientations du crédit et la circulation monétaire dans notre pays.

    Adieu MAGA ! Le monde désormais sur les traces sanglantes de l’« In-Humanité » façon Donald Trump

    https://cieldefrance.eklablog.com/2026/04/adieu-maga-le-monde-desormais-sur-les-traces-sanglantes-de-l-in-humanite-facon-donald-trump.html

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    • Le pétrodollar expliqué simplement 4 mai 15:13, par Luniterre

      Avec le stade impérialiste du capitalisme, dès le premier quart du XXe siècle, le capital spéculatif « fictif » commence néanmoins déjà à s’imposer comme le vecteur mondialiste indispensable du capital productif encore en pleine expansion. C’est donc en quelque sorte la nouvelle forme sous laquelle le capital continue de se développer en tant que rapport social. Mais déjà ce vecteur est donc rendu nécessaire par l’importance des investissements indispensables en capital fixe et qui ont du mal à être, au départ du cycle, entièrement couverts par le seul capital productif stricto sensu, reposant essentiellement sur le renouvellement de la force de travail humaine intégrée dans le processus et sur la plus-value qu’elle génère.

      Dans le dernier quart du XXe siècle il y a encore nettement une autre substitution qui s’opère autour du marché des matières premières et des énergies, indispensables au cycle de renouvellement du capital fixe. Le capital, de plus en plus boiteux en termes de force de travail humaine productive, par rapport au capital fixe, s’appuie donc de plus en plus sur sa « troisième jambe » en guise de béquille : le marché des matières premières.

      Avec l’extension de la tertiarisation il n’a en réalité bientôt plus que ces deux jambes pour continuer en apparence de fonctionner, mais en apparence seulement : le capital fixe et le marché des matières premières, mais qui ne sont déjà plus en réalité que deux béquilles, faute du sang nourricier de la plus-value humaine sur le travail productif pour les irriguer.

      Avec le premier quart du XXIe siècle, si le prolétariat industriel achève de perdre toute capacité à s’autonomiser en tant que classe pour soi, et pratiquement, cesse même d’exister en tant que classe en soi dans les pays où la tertiarisation est la plus avancée, le « nouveau prolétariat » du secteur tertiaire n’en existe pas davantage « spontanément » en tant que classe pour soi, faute de base économique précisément suffisamment « autonome ». Même la plus-value restreinte encore extraite de ce secteur n’existe pas sans le cycle complet de renouvellement du capital fixe, y incluant, à la base, celui du secteur industriel et productif en général, devenu socialement ultra-minoritaire, mais qui en assure encore matériellement la simple existence et survie.

      Il n’y a donc pas, dans l’ordre de l’évolution économique et sociale, et sauf effondrement civilisationnel complet, de « société postindustrielle ».

      Simplement, en termes d’évolution, il y a une société dans laquelle le capital cesse d’être un rapport de production en tant que rapport social fondé sur le travail humain productif, et cette société cesse donc d’être « capitaliste » au sens originel du mot, tel que presque littéralement « forgé » à l’aube de la révolution industrielle.

      Si ce rapport social a souvent été rendu « inhumain » du fait de la rapacité inhérente au capital monopoliste, il a donc suscité des luttes de classe encore pourvues de perspectives politiques tant que le prolétariat industriel s’est développé avec une certaine capacité d’autonomisation de ses luttes.

      Aujourd’hui, déjà sur le seuil du second quart du XXIe siècle, c’est clairement le cycle de renouvellement du capital fixe qui tend à s’autonomiser, en synergie avec le cycle d’extraction des matières premières et des énergies. Mais comme l’a montré la crise de 2007-2008 et ses « répliques » depuis, il ne repose plus essentiellement que sur le cycle de la dette publique et privée, mobilisées comme soutiens du capital spéculatif « fictif », effectivement plus fictif que jamais.

      La robotisation de la production, et même des services, désormais « boostée » par l’IA, est le véritable « visage » de l’autonomisation du capital fixe. C’est un visage encore bien plus radicalement et littéralement inhumain que celui du capital productif de la révolution industrielle.

      Même si ce n’est pas « l’avenir radieux du socialisme prolétarien » tel qu’imaginé par les utopistes du XIXe siècle, le prolétariat « tertiarisé » du XXIe siècle n’en a pas moins une éventuelle « mission historique », et peut-être même encore plus fondamentale : simplement sauver le visage humain de la civilisation, pour ne pas en laisser les restes au seul « capital fixe » de plus en plus « autonomisé » par l’IA, et qui trouvera par là la solution radicale au « problème de la dette » en s’autonomisant complètement, en termes de ressources mises en réseau, par rapport à ses « investisseurs » eux-mêmes, qui en seront les victimes « ultimes », après les autres restes de la société encore jusque là vaguement et formellement « humaine ».

      Une « mission de la dernière chance », donc, pour le « prolétariat tertiarisé », s’il parvient à se réveiller de sa torpeur induite par son addiction médiatique « programmée », et si ça peut malheureusement ressembler très concrètement à un mauvais feuilleton, c’est à chacun de ceux qui sont encore capables d’en faire l’analyse de faire en sorte que ce ne soit pas tout à fait « l’épisode final » !

      Luniterre

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  • Encore faudrait-il pouvoir décrocher du numérique qui régente toutes nos vies ; autant dire que le match est plié d’avance. L’IA qui gamberge sans état d’âme à la vitesse de la lumière va nous damer le pion en deux temps trois mouvements. Il a fallu 300.000 ans pour façonner l’humanité et toutes ces lois et équilibres sociaux et des "1 et des 0" vont nous laminer en une poignée d’années. Que veux-tu contre ça ??? C’est le terrible sens de l’évolution et on va l’avoir dans le fion Léon ! Si on était moins cons aussi, ça aiderait…

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