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Le sionisme "de gauche" a toujours été d’extrême droite ! audio 39’13

vendredi 29 mai 2026, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 29 mai 2026).

Le sionisme de gauche est-il mort à Gaza ?

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Publié le mercredi 27 mai 2026 à 07:42 par radiofrance

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Image : Un colon israélien dans la colonie de Har Ebal (mont Ebal), à Naplouse, en Cisjordanie occupée par Israël, le 28 avril 2026. / AFP - ilia YEFIMOVICH

Israël vient de promettre d’intensifier ses frappes au Liban malgré le cessez-le-feu. Jusqu’où ira l’État hébreu dans sa guerre au Moyen-Orient ? Entretien avec l’historien israélo-américain Omer Bartov, qui fait paraître "Israël, une course vers l’abîme" (Seuil), et le philosophe Michel Feher.

Hier, en pleines négociations avec l’Iran, Donald Trump a sommé les pays du Golfe de normaliser leurs relations avec Israël. Dans le même temps, l’État hébreu entend intensifier sa guerre au Moyen-Orient et notamment au Liban où Benyamin Netanyahou a renouvelé sa promesse "d’écraser" le Hezbollah. Dernier épisode en date d’une fuite en avant commencée au lendemain du 7 octobre, mais que l’historien Omer Bartov juge plus ancienne encore. Alors, comment en est-on arrivé là ?

Une guerre devenue régionale et sans issue politique

Omer Bartov décrit une dynamique de guerre devenue autonome, nourrie selon lui par les intérêts politiques de Benjamin Netanyahu. Il affirme : "Le conflit continue, que ce soit en Iran, au Liban, en Cisjordanie ou à Gaza, parce qu’aussi longtemps qu’il y a une guerre, il a de meilleures chances de rester en position." Selon lui, l’un des effets majeurs du 7 octobre 2023 est précisément d’avoir "régionalisé la question palestinienne". Alors qu’avant les attaques du Hamas la question palestinienne avait été "poussée sous le tapis", elle est désormais revenue au centre des équilibres régionaux : "Israël maintenant est impliqué dans une guerre au Liban, un conflit avec les Houthis du Yémen, en Syrie, et bien entendu avec l’Iran."

Pour Omer Bartov, "la solution des deux États est morte", notamment en raison des "750 000 colons juifs en Cisjordanie et dans Jérusalem-Est" et de l’influence croissante du mouvement des colons dans l’armée et les services de sécurité. Il décrit également une convergence entre le Hamas et l’extrême droite israélienne : "le Hamas […] et les nationaux-religieux en Israël veulent que toute cette région devienne totalement islamique ou totalement juive". Cette logique conduit selon lui à "une guerre perpétuelle".

La question du génocide

Omer Bartov explique qu’il utilise le terme génocide au sens de la Convention de l’ONU de 1948 : "des actions poursuivies avec l’intention de détruire un groupe particulier en partie ou en entier". Il insiste toutefois sur le fait que Gaza n’est "pas comme la Shoah", tout en estimant que les opérations israéliennes correspondent malgré tout à la définition juridique du génocide. Selon lui, Israël a cherché à "rendre la vie impossible pour les Palestiniens à Gaza" afin de provoquer leur départ : "le nettoyage ethnique est devenu une opération génocidaire". Il cite également les déclarations de responsables israéliens après le 7 octobre – "ils n’auront pas d’eau, ils n’auront pas de nourriture" – comme éléments révélateurs d’une intention génocidaire.

Interrogé sur le sionisme de gauche dans lequel il a grandi, Omer Bartov répond sans détour : "le genre de sionisme dans lequel moi j’étais élevé, il est mort". Il oppose le sionisme ancien, "laïc, plutôt de gauche, socialiste", au sionisme actuel qu’il qualifie de "nationaliste, agressif, religieux, messianique" et même de "suprémacisme juif". Selon lui, la composante laïque et libérale de la société israélienne est devenue marginale, tandis que les citoyens palestiniens d’Israël ont vu leurs droits progressivement réduits, notamment depuis la loi de 2018 sur "l’État-nation du peuple juif".

La transformation du sionisme et la crise de la diaspora juive

Pour Michel Feher, "ce qui menace la judéité diasporique, ce n’est pas La France insoumise, ce n’est pas les gens qui sont, de façon très justifiée, émus et indignés par, d’une part, ce que fait le gouvernement israélien et l’armée israélienne, mais d’autre part, par la complaisance des gouvernements occidentaux par rapport à ses méfaits". Il affirme ainsi que "le plus grand danger pour la judéité, aujourd’hui, c’est Israël, et plus profondément, le sionisme", qui constituerait "une menace existentielle non pas pour les juifs, mais pour la judéité diasporique" dont il se réclame.

En effet, selon Michel Feher, le sionisme serait historiquement hostile aux juifs diasporiques : "le sionisme, dès le départ, est un mouvement fondé sur la détestation de la judéité diasporique". Il cite David Ben-Gourion, qui parlait des Juifs diasporiques comme "une communauté de déracinés cosmopolites", ainsi que Aharon David Gordon, qui décrivait les Juifs comme "des parasites". Feher résume ainsi son idée : "Israël est le pays le moins juif du monde", parce qu’il s’est construit sur "le désenjuivement de la population juive".

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