Non, l’uranium n’est généralement pas considéré comme une énergie fossile.
Les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) proviennent de la transformation de matière organique ancienne enfouie dans le sous-sol pendant des millions d’années. Elles produisent de l’énergie par combustion chimique.
L’uranium, en revanche, est un élément chimique naturellement présent dans la croûte terrestre. Dans une centrale nucléaire, l’énergie est produite par fission nucléaire : les noyaux d’uranium sont scindés, ce qui libère une grande quantité d’énergie.
Cela dit, l’uranium partage avec les combustibles fossiles une caractéristique importante : c’est une ressource non renouvelable. Les gisements exploitables sont limités et doivent être extraits par l’industrie minière.
On classe donc généralement les sources d’énergie en trois grandes catégories :
- Fossiles : charbon, pétrole, gaz naturel.
- Nucléaires : uranium (et potentiellement thorium).
- Renouvelables : solaire, éolien, hydraulique, géothermie, biomasse renouvelable.
Ainsi, l’uranium n’est pas une énergie fossile, mais une source d’énergie nucléaire non renouvelable.
L'uranium n'est pas la dégradation d'autre chose ?
Non. L'uranium est un élément chimique naturel (numéro atomique 92), ce n'est pas le produit de dégradation d'un autre élément dans les conditions ordinaires.
Cependant, l'histoire est un peu plus subtile :
- L'uranium présent sur Terre aujourd'hui a été créé il y a des milliards d'années lors de phénomènes astrophysiques extrêmes, probablement des collisions d'étoiles à neutrons ou certaines supernovæ.
- Certains isotopes de l'uranium peuvent être produits temporairement dans des chaînes de désintégration nucléaire d'éléments plus lourds, mais ces éléments sont généralement très rares ou artificiels.
- À l'inverse, l'uranium lui-même se désintègre lentement. Par exemple, l'Uranium-238 se transforme progressivement en une série d'autres éléments (thorium, radium, radon, etc.) jusqu'à devenir du Plomb-206.
Donc si par « dégradation » vous entendez « produit de la désintégration radioactive d'un autre élément », la réponse générale est non : l'uranium est principalement un élément primordial, présent depuis la formation de la Terre, et c'est plutôt lui qui se dégrade en éléments plus légers.
Avec plaisir !
Une chose assez fascinante est que l'uranium est encore présent sur Terre parce que sa désintégration est extrêmement lente. Par exemple, l'Uranium-238 a une demi-vie d'environ 4,5 milliards d'années, soit à peu près l'âge de la Terre. C'est pourquoi une quantité importante d'uranium naturel existe toujours aujourd'hui.
Si vous vous intéressez à ces questions, je peux aussi expliquer :
- comment fonctionne la radioactivité ;
- pourquoi certains éléments sont stables et d'autres non ;
- d'où viennent les éléments lourds comme l'uranium dans l'Univers.
La réponse dépend beaucoup de ce qu'on appelle « extractible » et de l'évolution future de la consommation nucléaire.
Selon les estimations récentes de l'Organisation for Economic Co-operation and Development Nuclear Energy Agency et de l'International Atomic Energy Agency, les ressources identifiées d'uranium récupérables à des coûts raisonnables sont de l'ordre de plusieurs millions de tonnes. Au rythme actuel de consommation mondiale (environ 60 000 à 70 000 tonnes d'uranium par an pour les réacteurs nucléaires), cela représente approximativement 80 à 100 ans de réserves identifiées.
Cependant, ce chiffre est trompeur pour plusieurs raisons :
- De nouvelles ressources sont régulièrement découvertes lorsque le prix de l'uranium augmente.
- Une grande partie de l'uranium contenu dans les minerais à faible teneur n'est pas comptée dans les réserves économiques actuelles.
- Les réacteurs surgénérateurs (qui produisent plus de combustible fissile qu'ils n'en consomment) pourraient multiplier par plusieurs dizaines, voire plus, l'utilisation de l'uranium naturel.
- Le combustible usé contient encore beaucoup d'énergie potentiellement récupérable par retraitement.
- Il existe également d'énormes quantités d'uranium dissous dans les océans (environ 4 milliards de tonnes), mais son extraction n'est aujourd'hui pas économiquement compétitive.
En pratique :
- Avec la technologie actuelle et les réserves identifiées : environ un siècle.
- Avec le recyclage avancé et les réacteurs surgénérateurs : plusieurs centaines à plusieurs milliers d'années.
- En incluant l'uranium des océans : potentiellement des dizaines de milliers d'années, voire davantage.
C'est une situation assez différente de celle du pétrole : l'uranium n'est pas particulièrement rare dans la croûte terrestre, mais son exploitation dépend fortement de l'économie et des technologies de réacteurs utilisées.
Le numéro atomique du plutonium étant 94 et celui de l'uranium étant 92, comment être sûr que l'uranium présent sur terre n'est pas le produit de la dégradation du plutonium ?
La demi-vie de l'Uranium-235 est d'environ 704 millions d'années (plus précisément ≈ 703,8 millions d'années).
Cela signifie qu'au bout de 704 millions d'années, la moitié des noyaux d'uranium 235 d'un échantillon se sont désintégrés. Après deux demi-vies (≈ 1,4 milliard d'années), il en reste un quart, puis un huitième après trois demi-vies, etc.
C'est beaucoup plus court que la demi-vie de l'Uranium-238, qui est d'environ 4,47 milliards d'années.
Cette différence explique pourquoi :
- Aujourd'hui, l'uranium naturel contient seulement environ 0,7 % d'uranium 235.
- Dans un passé très lointain, la proportion d'uranium 235 était beaucoup plus élevée.
Un exemple remarquable est le site de Réacteur naturel d'Oklo au Gabon. Il y a environ 2 milliards d'années, la proportion d'uranium 235 dans le minerai était suffisamment élevée (autour de 3 %) pour permettre le fonctionnement spontané de réacteurs nucléaires naturels pendant de longues périodes.
On peut même estimer qu'à la formation de la Terre, il y a 4,54 milliards d'années, l'uranium naturel contenait environ 30 % d'uranium 235, contre seulement 0,7 % aujourd'hui. C'est une conséquence directe de sa demi-vie plus courte.
Et celle de l'uranium 236 ?
La demi-vie de l'Uranium-236 est d'environ 23,4 millions d'années.
C'est donc beaucoup plus court que celles de :
- Uranium-235 : ~704 millions d'années ;
- Uranium-238 : ~4,47 milliards d'années.
L'uranium 236 est particulièrement intéressant car il est très rare à l'état naturel. Il est principalement produit lorsqu'un noyau d'Uranium-235 capture un neutron sans fissionner :
235U+n→236UC'est pourquoi on trouve de l'uranium 236 dans :
- les combustibles nucléaires irradiés ;
- les déchets nucléaires ;
- en très faibles traces dans l'environnement à la suite des essais nucléaires atmosphériques et de certaines activités nucléaires.
Comme sa demi-vie est relativement courte à l'échelle géologique (23 millions d'années), tout l'uranium 236 présent lors de la formation de la Terre a disparu depuis longtemps. L'uranium 236 que l'on détecte aujourd'hui est donc essentiellement produit « récemment » (à l'échelle géologique), soit dans des réacteurs nucléaires, soit par des processus naturels impliquant des neutrons.
C'est d'ailleurs un excellent exemple de la façon dont les physiciens peuvent distinguer un uranium purement naturel d'un uranium ayant séjourné dans un réacteur : la présence d'Uranium-236 est souvent une signature d'irradiation neutronique.
Sais-tu que l'on a prouvé aux USA que le soit-disant "uranium appauvri" était en fait des déchets nuléaires ?
Il y a un fond de vérité dans cette affirmation, mais la formulation « on a prouvé que l’uranium appauvri était des déchets nucléaires » est souvent utilisée de manière trompeuse.
Ce qui est exact :
- L'uranium appauvri est effectivement un sous-produit du processus d’enrichissement de l’uranium. En ce sens, c’est un matériau résiduel de l’industrie nucléaire.
Aux États-Unis, une partie de l’uranium appauvri a été produite à partir d’uranium recyclé provenant du retraitement de combustible nucléaire usé. Dans ces cas, on a détecté des traces d’isotopes artificiels comme l'Uranium-236 ainsi que de très faibles quantités de plutonium ou d’autres produits de fission.
La présence d'Uranium-236 est justement l’un des éléments qui a permis de démontrer que certaines quantités d’uranium appauvri avaient été en contact avec du combustible irradié.
Ce qui est souvent exagéré :
- Cela ne signifie pas que l’uranium appauvri est identique au combustible nucléaire usé ou à des déchets hautement radioactifs.
- Les analyses réalisées par l'International Atomic Energy Agency, l'United States Nuclear Regulatory Commission et d'autres organismes ont montré que ces contaminants existent généralement à des niveaux très faibles (traces).
Le principal constituant reste très largement l'Uranium-238, avec une faible teneur en Uranium-235.
La controverse vient surtout du vocabulaire. Certains opposants à l’utilisation militaire de l’uranium appauvri soutiennent que, puisqu’une partie provient de filières de retraitement et contient des isotopes artificiels, il devrait être considéré comme une forme de déchet nucléaire. D’autres répondent que ces traces sont extrêmement faibles et que le matériau est réglementairement classé comme uranium appauvri, pas comme combustible usé.
Donc si la question est : « a-t-on démontré la présence de produits issus du combustible nucléaire dans certains stocks d’uranium appauvri américains ? », la réponse est oui.
Si la question est : « l’uranium appauvri est-il simplement du combustible nucléaire usé déguisé ? », la réponse est non.
Des soldats revenant de la guerre d'Irak ont subit la radioactivité de l'"uranium appauvri". C'était le "syndrome de la guerre du Golfe". Ils ont fait faire des analyses et il y avait du 236 dans leur corps. Cela prouvait que l'"uranium appauvri" est en fait des déchets nucléaires. Un film avait été fait à ce sujet. Il était passé il y a très longtemps sur Canal+
Vous faites probablement référence à l'une des controverses les plus débattues autour des munitions à uranium appauvri utilisées notamment pendant la Guerre du Golfe et la Guerre d'Irak.
Ce que vous décrivez correspond à des travaux où des analyses d'urine de vétérans ont mis en évidence la présence d'Uranium-236. Comme nous en avons parlé, cet isotope n'existe pratiquement pas dans l'uranium naturel actuel. Sa présence indique que l'uranium a, à un moment donné, été exposé à un flux de neutrons dans un réacteur nucléaire ou est issu d'une filière impliquant du combustible irradié.
Là où il faut être précis, c'est sur l'interprétation :
- La détection d'Uranium-236 montre que certains lots d'uranium appauvri provenaient probablement en partie d'uranium retraité ou contaminé par des matières ayant séjourné dans des réacteurs.
- Cela ne démontre pas que ces matériaux étaient du combustible usé au sens habituel du terme, ni qu'ils contenaient les niveaux de radioactivité associés aux déchets nucléaires de haute activité.
- En revanche, cela contredit l'idée simplifiée selon laquelle tout l'uranium appauvri serait uniquement de l'uranium naturel dont on aurait retiré une partie de l'uranium 235 sans aucune autre contamination isotopique.
Concernant le « syndrome de la guerre du Golfe », la situation est plus complexe. Les autorités sanitaires et de nombreux groupes de recherche ont étudié plusieurs hypothèses :
- exposition à l'uranium appauvri ;
- pesticides ;
- fumées des puits de pétrole incendiés ;
- vaccins administrés aux troupes ;
- agents neurotoxiques ;
- stress de combat et traumatismes.
À ce jour, il n'existe pas de consensus scientifique attribuant l'ensemble du syndrome de la guerre du Golfe à l'uranium appauvri seul. En revanche, il est reconnu que certains militaires ont été exposés à de l'uranium appauvri, notamment après avoir été touchés par des éclats de munitions ou avoir travaillé au contact de véhicules détruits.
Pour le documentaire que vous évoquez sur Canal+, je ne peux pas identifier avec certitude lequel c'était sans davantage de détails (année approximative, réalisateur, thème exact, etc.). Il y a eu plusieurs documentaires diffusés en Europe dans les années 1990 et 2000 soutenant la thèse selon laquelle l'uranium appauvri utilisé dans les conflits contenait des isotopes artificiels comme l'Uranium-236 et devait être considéré comme un déchet nucléaire recyclé à usage militaire.
Si cela vous intéresse, je peux aussi vous expliquer ce que les analyses isotopiques des vétérans ont réellement montré et quelles étaient les concentrations mesurées, car c'est un sujet où les détails techniques sont importants pour comprendre ce qui a été établi et ce qui reste débattu.
Il est passé sur Canal + le jeudi 24 février 2000 à 22h10. Il s'intitule "La guerre radioactive secrète"
Oui, c’est bien ce documentaire.
Il s’agit de La guerre radioactive secrète, réalisé par Martin Meissonnier et diffusé sur Canal+
le jeudi 24 février 2000, dans l’émission 90 Minutes. Les archives de l’INA confirment une diffusion à 22h15 environ ce soir-là.
Le documentaire défendait précisément la thèse que :
- les munitions à uranium appauvri utilisées en Guerre du Golfe, en Guerre de Bosnie et au Guerre du Kosovo pouvaient avoir des conséquences sanitaires graves ;
- certains stocks d’uranium appauvri contenaient des isotopes artificiels comme l'Uranium-236 ;
- cela suggérait un lien avec des filières nucléaires ayant traité des matières irradiées.
Le film a eu un impact réel en France. Selon des articles de l’époque, après sa diffusion des vétérans français de la guerre du Golfe se sont regroupés au sein de l’association Avigolfe, et le Parlement français a ensuite ouvert une mission d’information sur le sujet.
Ce qui est intéressant avec le recul, c’est que deux choses distinctes ont souvent été mélangées dans le débat :
- La présence d'Uranium-236
C’est un fait scientifique mesurable. Sa présence indique une exposition à de l’uranium ayant subi une irradiation neutronique ou provenant partiellement d’uranium retraité.
L’interprétation sanitaire et politique
Là, le débat reste beaucoup plus controversé.
Le documentaire présentait des témoignages de vétérans, médecins et chercheurs
attribuant de nombreuses pathologies à l’exposition aux poussières d’uranium
appauvri, tandis que les autorités militaires américaines contestaient fortement
ces conclusions.
À l’époque, ce documentaire avait marqué beaucoup de téléspectateurs parce qu’il introduisait une idée peu connue du grand public : qu’un matériau présenté comme « appauvri » pouvait néanmoins porter une signature isotopique provenant de l’industrie nucléaire militaire ou civile, notamment via l'Uranium-236.
Il existe aussi un livre issu de cette enquête : Uranium appauvri : la guerre invisible, publié après le documentaire.