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Revenus des patrons + 54 %… celui des salariés -15 %. Vous avez dit « lutte des classes » ?

samedi 30 mai 2026, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 30 mai 2026).

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30 mai 2026

Assawra

Le président-directeur général du groupe Carrefour, Alexandre Bompard présente le nouveau plan 2030 au siège de Carrefour, à Massy-Palaiseau près de Paris. JP Pariente/SIPA/2602181617

Depuis 2019, les revenus des 1 500 plus gros chefs d’entreprise ont augmenté de 54 %, quand il a reculé de 12 % pour les travailleurs, selon un rapport conjoint entre l’organisation Oxfam et la Confédération syndicale internationale.

L’écart de revenus entre patrons et employés était un fossé, il est en train de se transformer en gouffre. Rien qu’en 2025, « les dirigeants des plus grandes entreprises mondiales ont vu leur rémunération augmenter de 11 % en termes réels, tandis que la rémunération moyenne d’un travailleur n’a augmenté que de 0,5 % » alertent conjointement l’ONG Oxfam et la Confédération syndicale internationale (CSI) dans un rapport publié début mai. En d’autres termes, il faudrait à un salarié moyen 490 années de travail pour gagner l’équivalent des revenus d’un PDG en 2025. Si elle s’accroît, cette tendance s’inscrit aussi dans le plus long terme. Depuis 2019, le salaire des 1 500 PDG les mieux payés du monde a augmenté de 54 %, quand il a baissé de 12 % pour les travailleurs.

Début 2026, les 3 428 milliardaires du monde, sont plus riches de 4 trillions de dollars que douze mois plus tôt.

Si l’écart de revenus s’amplifie de la sorte, c’est d’abord parce que l’accumulation et la concentration des richesses sont en pleine expansion. En 2025, « la richesse totale des milliardaires a augmenté de 126 000 dollars par seconde », ont calculé les deux organisations. Début 2026, les 3 428 milliardaires du monde, sont plus riches de 4 trillions de dollars que douze mois plus tôt. Leur fortune représente 17 % du PIB mondial. Les PDG sont les premiers concernés, avec des revenus en hausse de 11 % depuis 2024, soit 8,4 millions de dollars chacun en 2025, et de 54 % depuis 2019.

Pour accumuler de la sorte, les plus riches disposent de trois leviers : leur rémunération comme chef d’entreprise, ce qu’ils reçoivent en dividendes de leurs actions, et surtout « le gain en capital de leurs investissements » c’est-à-dire l’augmentation de la valeur des parts qu’ils possèdent dans des entreprises, le plus souvent la leur. « Les milliardaires perçoivent des dividendes colossaux de la part des entreprises qu’ils possèdent. Sur les quelque 1 000 milliardaires dont les portefeuilles d’investissement ont été recensés, près de 80 milliards de dollars leur ont été versés sous forme de dividendes en 2025, ce qui équivaut à 2 500 dollars par seconde » précise le rapport.

15 % de hausse sur les prix des produits alimentaires entre 2019 et 2025 et 14 % pour les carburants

De l’autre côté de l’échelle, de nombreux indicateurs rendent compte de l’appauvrissement général. La multiplication des crises, celle du Covid d’abord mais surtout celle de la hausse des prix de l’énergie liée d’abord au déclenchement de la guerre contre l’Ukraine en 2022, puis tout récemment aux attaques israéliennes et états-uniennes contre l’Iran, a fait reculer le niveau de vie mondial. En cause, l’inflation qu’elles ont générée – 15 % de hausse sur les prix des produits alimentaires entre 2019 et 2025 et 14 % pour les carburants – sans que les salaires ne suivent, 43 % des gouvernements n’ayant procédé à aucune hausse du salaire minimum. Résultat, la pauvreté au travail, en recul de 7 % par an entre 2000 et 2019, ne recule plus depuis que de 3 %. Elle a concerné 8 % de la population en 2025 « prouvant qu’avoir un emploi n’est pas une garantie pour échapper à la pauvreté » soulignent les deux organisations. Et encore, les conséquences de la crise militaire dans le détroit d’Ormuz n’ont pas encore été décomptées. Mais une projection du programme des Nations unis pour le développement estime que 32 millions de personnes supplémentaires pourraient être poussées dans la pauvreté.

La part du PIB qui sert à rémunérer le travail a baissé de 0,8 %

Accélérée par l’inflation, la baisse du niveau de vie des travailleurs est aussi liée à la part de plus en plus réduite de la croissance mondiale utilisée pour rémunérer le travail. « Depuis 2019, la productivité s’est accrue de 9 % mais les salaires réels ont eux baissé de 12 %. » Résultat, la part du PIB qui sert à rémunérer le travail a baissé de 0,8 %. « Les travailleurs aujourd’hui créent 51 % de valeur économique en plus qu’en 2004, mais en reçoivent 2 % de moins », résument Oxfam et la CSI. Cela s’explique par plusieurs facteurs comme la technologie, l’utilisation de plus en plus fréquente de statuts de travailleur indépendant, la lutte contre la syndicalisation et, surtout, « la financiarisation de l’économie et la concentration de grandes entreprises ». « Au lieu de réinvestir les bénéfices des entreprises dans les travailleurs et l’environnement, note le rapport, les dividendes font passer la valeur économique créée par les travailleurs directement dans les poches des plus riches. »

Hélène May
L’Humanité du 29 mai 2026

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