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1936-2026, le combat social est-il encore possible, et pour quel objectif ?

mardi 9 juin 2026, par Luniterre

 

 

 

Comme le montrent les études récapitulatives que l’on peut faire de l’évolution économique et sociale de ces dernières décennies, et encore plus nettement si l’on remonte à l’époque du Front Populaire, si bien illustrée par l’excellent film, pour une fois, de France Télévision, la classe ouvrière industrielle productive qui a construit la France de cette époque ancienne comme celle des « Trente Glorieuses » est quasiment en train de finir de disparaître sous nos yeux, pour peu que nous soyons capables de les ouvrir sur la réalité du monde contemporain.

 

Dans cette période de mutation drastique, il est donc nécessaire de chercher à comprendre vers quoi nous mène cette évolution, une véritable « révolution » du système économique et social, même si elle est bien incapable d’assumer sa vocation « révolutionnaire », et on doit donc analyser les raisons de ce déni, en raison de ses conséquences délétères, avant même de prétendre pouvoir y apporter quelque solution que ce soit.

 

Dans une société entièrement robotisée ou même déjà fortement robotisée, comme la nôtre actuellement, la rentabilité de l’industrie « robotique » ne peut plus reposer, par définition, sur la valeur ajoutée par le travail, et encore moins, par définition également, sur la plus-value extraite du travail humain directement productif.

 

L’exclusion du travail humain est à la fois une réduction des coûts de production et une réduction-suppression de la valeur ajoutée par le travail : une contradiction qui ne peut être « résolue » que pour autant que le marché continue d’absorber la production à un prix suffisamment élevé pour sauvegarder le profit, qui cesse donc d’être une question de valeur ajoutée et de plus-value pour devenir uniquement une question de la masse monétaire en circulation, et qu’elle soit suffisamment répartie entre les consommateurs.

 

Or qui sont les consommateurs, sinon la grande masse des travailleurs encore actifs dans le secteur tertiaire ? (Actuellement déjà plus de 80% des actifs).

 

Pour mémoire, dans une société primitive la majorité des intervenants échangent directement le produit de leur travail, avec peu ou pas d’incidence de la valeur du capital fixe en outillage et matériel. Échanger un service contre une marchandise reste donc encore sensiblement un échange d’équivalents.

 

Dans une société industrielle plus élaborée, chaque échange met en circulation une part du capital fixe investi, à titre d’amortissement, en sus de la valeur-travail échangée.

 

Que le profit soit réalisé par la vente de la prestation de service ou par la vente de la marchandise produite, il n’est de toute façon jamais réalisé autrement que par la vente.

 

La vente de marchandises et de services est le seule façon dont le capital circule, in fine, dans l’économie réelle.

 

Sans cette forme « finale » de la circulation du capital, il n’y a pas de circulation du capital du tout, et en fin de compte, pas de capital du tout. Le capital n’est capital qu’en circulation.

 

Dans une société capitaliste industrielle « classique » chaque échange service contre marchandise fait donc également circuler une part du capital variable, celle du travail humain salarié, avec une part de valeur ajoutée et de plus-value éventuelle, de part et d’autre de l’échange, ce qui permet la réalisation du profit, en conséquence.

 

En conséquence, tant que le secteur productif industriel et le secteur tertiaire des services sont en proportions plus ou moins équivalentes en termes de volume de main-d’œuvre employée et donc de valeur ajoutée produite, un certain équilibre a tendance à s’établir, voire même, une certaine dynamique de développement entre production et consommation, comme ce fut le cas durant la période des « Trente Glorieuses ».

 

Par contre, dans une société « robotique » où l’industrie est quasi entièrement automatisée, comme c’est déjà le cas dans certaines entreprises, la marchandise vendue comporte une part de la valeur d’amortissement de la chaîne robotique, mais par définition aucune part de valeur ajoutée par le travail, aucune plus-value intrinsèquement réalisable par la vente de la marchandise à son prix de production.

 

Le « profit industriel » ne peut donc provenir que d’une quantité de monnaie « extra » en circulation entre les intervenants dans la vie économique et qui ne provient donc plus du tout de la valeur ajoutée par le travail, et encore moins, évidemment d’une plus-value intrinsèque absente du processus productif, par définition.

 

Il n’y a donc plus, et sous aucune forme, d’ « échange d’équivalents » entre le consommateur employé du secteur tertiaire et la chaîne robotique qui produit la marchandise dont il a besoin, alors que dans le capitalisme « classique » type « Trente Glorieuses » subsiste un échange d’équivalents entre secteurs de l’économie, même si de façon indirecte, et avec accumulation capitaliste de la plus-value au passage.

 

Dans l’échange tertiaire-robotique, qui ne peut donc en aucune façon être un « échange d’équivalents », et qui n’est même un échange en aucune façon, quant au fond, il reste donc toujours une « différence de valeur » à combler, même si paradoxalement la robotisation a éventuellement fait baisser le prix de production !

 

Et cette différence qui ne peut donc être comblée par la valeur ajoutée par le travail humain se trouve donc être comblée par la circulation du crédit, c’est à dire la circulation de la dette, et non celle du capital.

 

Et la circulation de la dette devient ainsi la base de la circulation monétaire et remplace, comme infrastructure économique, la circulation du capital.

 

Et comme ce qui reste du capital, et qui est donc essentiellement la valeur d’amortissement du capital fixe, ne peut circuler en assumant une dette finalement irremboursable, il est donc inévitable que cette dette s’accumule sur le compte des États industriels les plus « modernes » au sens du développement de la robotique.

 

Et la dette ne peut circuler qu’en étant assumée, en dernier ressort, par les Banques Centrales, ce que l’on a vu déjà de manière exponentielle avec les crises de 2007-2008 et 2020-2021 et que l’on ne peut que revoir de manière de plus en plus assumée à chaque soubresaut du système, et notamment, ce que l’on voit déjà à nouveau à l’occasion des différents épisodes guerriers en cours et plus ou moins interminables, en attendant, malheureusement, les suivants…

 

Un tel système ne repose donc pas du tout sur la liberté du marché, même s’il tente encore d’en sauver les apparences, et surtout à l’échelle des économies locales, quoi que en réalité entièrement dépendantes, pour leur survie, des flux monétaires banco-centralisés à plus grande échelle.

 

La mainmise complète de ce système interviendra, inévitablement selon sa logique, avec la mise en place des Monnaies Numériques de Banques Centrales et le contrôle absolu des flux économiques qu’elle implique.

 

Le banco-centralisme n’est pas un phénomène conjoncturel mais bien une mutation des rapports de production et des rapports sociaux, de nature profondément totalitaire, mais là aussi non pas de façon conjoncturelle, mais précisément en tant que changement de type de société, en tant que changement complet de système économique et social, de mode de production, et qui n’a pas forcément besoin de « révolution politique » au sens classique du terme, comme cela s’est déjà trouvé dans l’histoire, notamment entre la période « esclavagiste antique » et la période « féodale », entre lesquelles on ne peut dater de « point de bascule » autrement que de manière approximative et arbitraire.

 

Aucune solution alternative au banco-centralisme n’est actuellement proposée par les intervenants principaux de la scène politique, qui cultivent tous, sous différentes formes, le déni de cette réalité pourtant évidente.

 

Comme l’analyse des processus productifs actuels le montre, une partie de la dette générée par ce système l’est donc de manière précisément systémique, du fait de l’évolution des rapports de production sous la poussée de la robotique, et ne pourra être totalement absorbée par une réorganisation rationnelle de ces rapports, même au mieux de l’intérêt collectif, et non plus des parasites banco-centralistes de la dette.

 

Le contrôle démocratique et social de la dette en fonction des besoins prioritaires de la société est donc l’axe de recherche d’une solution alternative.

 

Luniterre

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/06/1936-2026-le-combat-social-est-il-encore-possible-et-pour-quel-objectif.html

Articles cités sur le thème >>>

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/05/1936-le-front-populaire-entre-joie-et-coleres-90-ans-plus-tard-quelles-lecons-de-l-histoire.html

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/06/les-reponses-de-l-ia-sont-une-chose-la-realite-une-autre-l-etre-humain-doit-rester-capable-de-se-faire-un-avis-source-sans-ia.html

Voir aussi >>>

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/06/du-front-populaire-de-1936-a-la-robotisation-en-2026-nouveau-debat-avec-la-bete-du-gevaudan-ultra-liberale.html

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Sur le même thème et des thèmes connexes, voir aussi >>>

Lu sur AgoraVox, et notre réponse à la suite…

« L’Etre social et le Temps »

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/05/l-etre-social-et-le-temps.html

L’évolution des rapports de production a en réalité effectivement mis fin au capitalisme industriel tel que Marx le définissait lui-même, mais ce n’est donc pas pour y substituer le socialisme qu’il espérait encore assez légitimement en son temps, mais tout simplement un autre type de système de domination de classe, basé sur la dette et le banco-centralisme, et non plus sur le capital industriel productif.

Luniterre

PS >>> pour aller plus loin dans la recherche et la réflexion, ce lien vers un article qui regroupe lui-même un grand nombre de liens vers les oeuvres de Marx en textes originaux accessibles sur le net et en docs PDF, et leurs traductions dans différentes langues, y incluant désormais une traduction française des « Grundrisse » :

Contre le pseudo-« marxisme » universitaire et groupusculaire, en revenir à l’original !

https://archivmarx.wordpress.com/2023/01/10/contre-le-pseudo-marxisme-universitaire-et-groupusculaire-en-revenir-a-loriginal/

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https://cieldefrance.eklablog.com/2026/05/l-etre-social-et-le-temps.html

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Sur le même thème et des thèmes connexes, voir aussi >>>

IA : Ariane Bilheran est-elle, comme tant d’autres, passée de l’autre côté du miroir ?

98 % des gens croient l’IA. Les 2 % restants… sont peut-être paranos. Ou les seuls encore vivants ? (vidéo_1h55’)

 

jeudi 28 mai 2026, par a_suivre

 

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Avec une réponse de Luniterre, à la suite… 

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/05/ia-ariane-bilheran-est-elle-comme-tant-d-autres-passee-de-l-autre-cote-du-miroir.html

 

 

Ariane Bilheran - Experte des Dérives Totalitaires : Vous n’avez aucune idée de ce qui vous attend - Biomécanique et Ariane Bilheran - 25_mai_2026 - vidéo_1h55’

(EX ?)Lanceuse d’Alerte : Les géants de l’IA nous manipulent et cachent la vérité

Ariane Bilheran est docteure en psychopathologie et psychologue clinicienne, spécialisée dans l’étude des mécanismes de manipulation, du harcèlement et des dérives totalitaires. Son dernier livre Totalitarisme numérique en cours de chargement…-L’humanité aux risques de l’intelligence artificielle.

— - 98 % des gens croient l’IA. Les 2 % restants… sont peut-être paranos. Ou les seuls encore vivants ?

+ Un article sur le même thème par DavidPoitou

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Avec une réponse de Luniterre, à la suite…  

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/05/ia-ariane-bilheran-est-elle-comme-tant-d-autres-passee-de-l-autre-cote-du-miroir.html

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Travail salarié, retraites, "productivité", quels rapports sociaux au XXIe siècle ?

Le problème du financement des retraites, dans le système actuel, a éventuellement un lien direct avec le rapport entre masse salariale et nombre de retraités à faire vivre, mais absolument aucun avec une hypothétique « productivité du travail ». Et même ce rapport est de fait de plus en plus indirect, vu qu’un tiers de la masse du financement des retraites provient de la fiscalité et non plus des cotisations sur le travail salarié stricto sensu.

Dans leurs rapports sociaux les différentes classes n’ont une certaine autonomie, plus ou moins grande et relative entre elles, qu’en fonction de leur accès plus ou moins direct aux ressources et aux productions sociales, biens et marchandises, quel qu’en soit le processus productif.

Dans une société « moderne » tertiarisée, où le travail humain directement productif cesse d’exister en tant que force sociale potentiellement autonome, la lutte pour l’autonomie sociale, qui n’est donc plus celle du prolétariat industriel productif devenu ultra-minoritaire, se concentre sur le contrôle du cycle de renouvellement du capital fixe, qui est la nouvelle base de l’essentiel de la production sociale, mais qui cesse donc de plus en plus d’être « humaine » en termes de rapports de production, avec la disparition progressive et inéluctable du travail humain directement productif.

D’où le principe de refonder le Conseil National du Crédit sur une base constitutionnelle référendaire et démocratique, avec donc un pouvoir de contrôle sur la gestion du crédit public et privé dans notre pays.

Luniterre

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/04/travail-salarie-retraites-productivite-quels-rapports-sociaux-au-xxie-siecle.html

Sur le même thème voir aussi :

Pour en finir avec le mythe de la "productivité du travail" au XXIe siècle !

https://cieldefrance.eklablog.com/2025/02/pour-en-finir-avec-le-mythe-de-la-productivite-du-travail-au-xxie-siecle-vf-agoravox.html

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Relire également, avec d’autres liens importants à la suite :

"Classe ouvrière" et/ou "prolétariat" : "Disparition" et/ou mutation ???

https://cieldefrance.eklablog.com/classe-ouvriere-et-ou-proletariat-disparition-et-ou-mutation-a214989859

Voir aussi >>>

La classe ouvrière « disparaît » elle à l’époque de la mutation banco-centraliste du système de domination de classe ?

https://cieldefrance.eklablog.com/la-classe-ouvriere-disparait-elle-a-l-epoque-de-la-mutation-banco-cent-a214108191

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D’autres articles de fond plus récents >>>

Pour comprendre comment on en est arrivés là…

Quelques articles qui parlent de la mutation banco-centraliste en cours depuis le début du XXIe siècle, avec ses deux tournants décisifs en 2007-2008 et 2020-2021, à commencer par cet autre résumé qui « illustre » littéralement le « poids » de la dette dans le déséquilibre économique catastrophique de notre pays :

France Finances, ça Balance… Mal ! Déficit Public Vs Dividendes CAC 40

https://cieldefrance.eklablog.com/2025/05/france-finances-ca-balance.mal-deficit-public-vs-dividendes-cac-40.html

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Cet autre article, plus détaillé, avec deux vidéos documentaires importantes, nous parle précisément et par la voix de son initiateur, aujourd’hui heureusement pour nous « repenti », de la première expérience historique de banco-centralisation d’une économie moderne, au Japon, le « prototype », en quelque sorte, des « solutions de crises » basées sur la dette publique exponentielle, telles qu’elles ont gagné ensuite la majeure partie des grandes puissances industrielles, dont évidemment la France…

Un article où Richard Werner, lui-même à l’origine du concept de « Quantitative Easing », décrit on ne peut mieux, à partir de son expérience personnelle d’économiste au Japon, l’évolution économique banco-centraliste de ce premier quart du XXIe siècle, jusqu’à la naissance actuelle des Monnaies Numériques de Banque Centrale et sur le danger fatidique pour les libertés économiques, et les libertés tout court, qu’elles représentent :

Richard Werner, « père spirituel » du Quantitative Easing et « apprenti sorcier » du banco-centralisme

https://cieldefrance.eklablog.com/richard-werner-pere-spirituel-du-quantitative-easing-et-apprenti-sorci-a215699895

Voir aussi >>>

Un diamant trouvé sur la plage - Chronique économique estivale

https://cieldefrance.eklablog.com/2025/07/un-diamant-trouve-sur-la-plage-chronique-economique-estivale.html

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Et pour une approche historique plus synthétique de l’ensemble du processus de la mutation banco-centraliste depuis la formation du capital industriel, une étude de fond sur le temps long :

Le Roi « Capital » est mort, vive la Reine « Dette » !

https://cieldefrance.eklablog.com/le-roi-capital-est-mort-vive-la-reine-dette-a215991921

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POUR EN SORTIR… :

Les conséquences concrètes à tirer de cette analyse de l’actu et d’autres récentes :

Les Quatre Points Cardinaux du Retour à l’Indépendance de la France

Dans le monde chaotique qui a succédé à la crise de 2007-2008, c’est l’exportation de la dette qui a pris le pas sur l’exportation des capitaux comme facteur de survie des empires et des nations. La France héritière du Général De Gaulle peut-elle encore y trouver sa place comme nation libre ?

Dans une Europe prise en tenaille, dans un Occident en voie d’effondrement économique et civilisationnel, la France a encore moins d’« alliés » qu’elle ne pouvait en espérer en 1940 : pour être à nouveau respectée et nouer des accords utiles elle ne peut compter que sur ses propres forces et la détermination de son peuple, exprimant à nouveau par la voie des référendums sa volonté d’indépendance dans tous les domaines :

  • _ Indépendance militaire et géostratégique
  • _ Indépendance diplomatique et économique
  • _ Indépendance financière et monétaire
  • _ Indépendance culturelle et idéologique

Soit quatre points cardinaux à soumettre au débat public en vue d’une reconquête constitutionnelle et référendaire de l’indépendance de la France

https://cieldefrance.eklablog.com/2026/01/les-quatre-points-cardinaux-du-retour-a-l-independance-de-la-france.html

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Sur la circulation de la dette, une réponse complémentaire au camarade Do :

"Je peux pas m’empêcher de penser que je ne paye pas mes fraises avec du capital, mais avec de l’argent. Que tu dises que la circulation de l’argent est nécessaire à la rentabilisation du capital, certes, mais c’est pas la même chose.

Quant à la dette qui remplace le capital… je dirais plutôt qu’elle remplace l’argent. Car c’est pareil, la dette n’est pas obligée d’être investie. Elle peut très bien être thésaurisée."

Bonjour, camarade !

Si tu me relis attentivement, je ne dis absolument pas que "c’est la même chose" ! Je tente simplement de t’expliquer en quoi l’argent a précisément une fonction "dialectique", à la fois comme simple moyen d’échange économique, fonction qu’il a conservée depuis la nuit des temps plus ou moins civilisés, et moyen de circulation du capital, de façon on ne peut plus évidente, même si tu as du mal à le percevoir, ce qui est quand même plutôt un comble pour un anar, si tu permets ! Dans "dialectique" il y a aussi, c’est bien connu, une notion sémantique de "dualité", que d’aucuns résument à une simple notion de "contradiction", du reste, comme le faisait Mao, qui transposait de manière simpliste et dogmatique la tradition chinoise du "yin/yang", en réalité bien plus réellement dialectique que sa prétendue "pensée" !

Et pour ce qui est de la circulation de la dette, et y compris et surtout, celle des Etats, le fait est simplement que pour l’essentiel elle ne cesse de circuler en tant qu’actif financier, et elle est quotidiennement utilisée comme « collatéral » dans de nombreuses transactions. Donc, non, on ne peut pas dire qu’elle soit « thésaurisée », sauf exceptions, et même en ce qui concerne la dette privée, vu le sort qui lui a été fait précisément lors de la crise de 2007-2008, dite des « subprimes » et qui en porte donc quasiment le nom, suite à « titrisation » !

Bref, camarade, le monde change tout le temps, mais il y a néanmoins des grandes périodes historiques qui se distinguent les unes des autres. Elles se distinguent essentiellement par la nature des rapports sociaux entre les êtres humains, et ils varient beaucoup en fonction des moyens économiques de leur survie, puis du développement de leurs cités, royaumes et empires.

Et chaque nouvelle période porte en elle les germes de celle qui lui succédera, comme elle porte encore en elle les stigmates et les vestiges de la précédente. La transition « antiquité/moyen-âge » est celle qui est le plus sujet à caution, historiquement, faute non seulement de documentation suffisamment précise, mais tout simplement de faits marquants qui symboliseraient d’une manière ou d’une autre cette « mutation » qui n’en est pas moins considérée par les historiens comme la « révolution féodale ». Pour ma part je trouve que l’avènement de Charlemagne est un assez beau symbole, mais d’aucuns repoussent encore cette limite jusqu’à au moins un siècle plus tard !

Et en réalité, dès que la féodalité s’installe naissent les premiers bourgs, et qui prennent de plus en plus d’ampleur, parce qu’ils remplissent des fonctions économiquement et socialement nécessaires, que les féodaux et l’Eglise sont incapables de remplir, alors qu’ils en ont eux-mêmes besoin.

En 1789 la bourgeoisie avait déjà derrière elle plus de huit siècles d’histoire… !

Dans le cours de l’ascension de la bourgeoisie les premières banques centrales naissent comme une nécessité contingente du commerce et de l’industrie en train de prendre leur premier élan significatif, mais ne prennent leur expansion planétaire qu’au cours du XXe siècle, comme une sorte de « régulateur » des aberrations du capitalisme libéral : un mal nécessaire, mais qui favorisera évidemment la formation des monopoles : aujourd’hui le rapport de forces économiques est en train de s’inverser parce que les monopoles eux-mêmes ne peuvent pas survivre sans une régulation de la circulation …de leurs dettes !

Cette « transition » est on ne peut plus nette à partir des « crises » de 2007-2008 et 2020-2021.

Depuis, c’est clairement la circulation de la dette qui permet la circulation monétaire, tout en lui garantissant une « rentabilité » qui n’est que de l’usure à échelle planétaire et non plus du tout de la production de plus-value économique, au sens originel du terme, qui a permis l’expansion de la société industrielle au cours du siècle précédent.

L’économie est donc passée dans la dépendance de la dette, et non plus du capital industriel productif.

La « bascule » définitive se fera probablement avec la mise en place généralisée des Monnaies Numériques de Banques Centrales, qui permettront aux banquiers centraux de contrôler toute la chaîne économique et financière d’un bout à l’autre. Sur cette nouvelle base s’amorcera le déclin généralisé des banques d’affaires actuelles et la soumission encore plus complète des monopoles qui tentent encore de contrôler la monnaie, comme ce fut le cas avec Zuckerberg et sa « Libra » qui a fait long feu…

Quant à la soumission des gouvernements et des Etats aux politiques monétaires des Banques Centrales, sauf de rares exceptions comme la Russie, l’Iran et quelques autres, elle n’est plus à démontrer…

Luniterre

6 Messages de forum

  • Salut Luniterre,

    On pourrait croire que, dans cet article, tu confonds "argent" et "capital au sens se Marx". Le capital, au sens de Marx, c’est de l’argent investi, ou destiné à l’être, de façon à rapporter. L’argent qui est dans mon porte-monnaie et qui va me servir à acheter des fraises que je vais manger tout à l’heure n’est nullement, au sens de Marx, du capital. Cela n’empêche qu’il va circuler de mon porte-monnaie dans celui du marchand de fraises.

    Amitié,
    do
    http://mai68.org

    Répondre à ce message

    • Bonsoir, camarade !

      Effectivement, c’est une très bonne question, et selon la formule consacrée, je te remercie donc de l’avoir posée !

      Ceci dit, il y a une phrase clef dans ce bref article, que je viens donc de remettre en gras en me relisant en quête d’éventuelles fautes à corriger… :

      « Et la circulation de la dette devient ainsi la base de la circulation monétaire et remplace, comme infrastructure économique, la circulation du capital. »

      On va donc voir en quoi elle répond à ta question dans le contexte actuel du banco-centralisme, mais aussi en quoi cette question était à la fois pertinente et mal comprise dans le cadre ancien du capitalisme « classique ».

      La réponse, comme souvent, réside dans une approche dialectique de la question, dans un cas comme dans l’autre.

      Dans le cadre du capitalisme « classique » la réponse nous est donnée par Marx, dans ses Grundrisse, notamment, et c’est ce principe qui est également repris dans mon article : le capital n’est capital pas seulement, ni même, pas essentiellement, par l’investissement, mais par sa circulation, qui permet la réalisation de la plus-value.

      Quand tu achètes des fraises pour les consommer ce n’est évidemment pas pour toi un « investissement » au sens capitaliste du terme, mais ton achat permet donc la réalisation d’un profit pour le marchand, et la réalisation de la plus-value pour le producteur.

      C’est donc un petit exemple comme un autre de la circulation du capital, même si à une échelle modeste.

      Tu échanges de la valeur de ta force de travail contre des fraises, qui sont aussi le produit de la force de travail du producteur ou de ses salariés.

      Si tu es salarié, faisant face, même indirectement, au salarié producteur, cela reste un échange d’« équivalents », du point de vue du capital variable, même si cette petite somme n’est pour toi « capital » en aucune manière.

      D’un point de vue global et dialectique, concernant la circulation du capital, et en l’occurrence, surtout du capital variable, elle en constitue donc un fragment, même si infinitésimal.

      Investir dans un champ de fraise ne constitue réellement un "capital investi" que si précisément il y a des consommateurs de fraise solvables en bout de chaîne ! C’est ce qui distingue cet investissement d’une culture purement à usage familial, par exemple.

      Dans un cas il y a une interface commerciale entre le producteur et le consommateur, dans l’autre une consommation à usage familial « gratuit », simplement au « prix » de la sueur du jardinier, mais sans intervention monétaire.

      Dans ton cas, la monnaie que tu dépenses est à usage non commercial pour toi, mais, à sa modeste échelle, et à plus d’un titre, elle est « capital » et « capitale » pour le producteur : elle lui permet à la fois de réaliser son profit et de couvrir son investissement en terres, engrais, matériel, etc… !

      Il s’agit là d’une forme archaïque et bien sympathique de petit capitalisme, mais à plus grande échelle, et surtout, à échelle industrielle, c’est le cas de le dire, les choses sont évidemment différentes, mais précisément du fait qu’avec la robotisation c’est donc un pan essentiel de la crculation du capital qui ne se fait plus, et précisément du fait de l’absence d’échange, même indirect, entre travailleurs producteurs de la plus-value, indépendamment de la nature des produits consommés : la robotisation casse la circulation du capital variable entre producteurs, qui s’effectuait, in fine, sur le marché de la consommation, là où la plus-value extraite de leur travail peut être finalement réalisée, et même précisément là et pas ailleurs !

      Dans le pseudo- « échange » entre consommateurs et robots il n’y a pas de « plus-value » possible au sens d’une valeur ajoutée par le travail qui a précisément disparu de la chaîne robotique. Le produit d’une chaîne robotique acheté par un travailleur absorbe donc une partie de la valeur originellement créée par ce travailleur pour la transformer en valeur d’amortissement partiel de la chaîne robotique, ainsi qu’en une part de « profit » qui n’a jamais été réellement générée par cette chaîne, et qui doit donc être compensée, d’une manière ou d’une autre, et sous une forme ou sous une autre, par une dette supplémentaire quelque part dans le circuit économique.

      C’est pourquoi la circulation de la dette devient ainsi la base de la circulation monétaire et remplace, comme infrastructure économique, la circulation du capital.

      In fine, la dette remplace le capital.

      Et le banco-centralisme remplace le capitalisme.

      Luniterre

      Répondre à ce message

      • Je peux pas m’empêcher de penser que je ne paye pas mes fraises avec du capital, mais avec de l’argent. Que tu dises que la circulation de l’argent est nécessaire à la rentabilisation du capital, certes, mais c’est pas la même chose.

        Quant à la dette qui remplace le capital… je dirais plutôt qu’elle remplace l’argent. Car c’est pareil, la dette n’est pas obligée d’être investie. Elle peut très bien être thésaurisée.

        Et je ne peux m’empêcher de penser au film L’argent-dette, sorti justement en 2008 :

        http://mai68.org/spip/spip.php?arti…

        do

        Répondre à ce message

        • Bonjour, camarade !

          Si tu me relis attentivement, je ne dis absolument pas que "c’est la même chose" ! Je tente simplement de t’expliquer en quoi l’argent a précisément une fonction "dialectique", à la fois comme simple moyen d’échange économique, fonction qu’il a conservée depuis la nuit des temps plus ou moins civilisés, et moyen de circulation du capital, de façon on ne peut plus évidente, même si tu as du mal à le percevoir, ce qui est quand même plutôt un comble pour un anar, si tu permets ! Dans "dialectique" il y a aussi, c’est bien connu, une notion sémantique de "dualité", que d’aucuns résument à une simple notion de "contradiction", du reste, comme le faisait Mao, qui transposait de manière simpliste et dogmatique la tradition chinoise du "yin/yang", en réalité bien plus réellement dialectique que sa prétendue "pensée" !

          Et pour ce qui est de la circulation de la dette, et y compris et surtout, celle des Etats, le fait est simplement que pour l’essentiel elle ne cesse de circuler en tant qu’actif financier, et elle est quotidiennement utilisée comme « collatéral » dans de nombreuses transactions. Donc, non, on ne peut pas dire qu’elle soit « thésaurisée », sauf exceptions, et même en ce qui concerne la dette privée, vu le sort qui lui a été fait précisément lors de la crise de 2007-2008, dite des « subprimes » et qui en porte donc quasiment le nom, suite à « titrisation » !

          Bref, camarade, le monde change tout le temps, mais il y a néanmoins des grandes périodes historiques qui se distinguent les unes des autres. Elles se distinguent essentiellement par la nature des rapports sociaux entre les êtres humains, et ils varient beaucoup en fonction des moyens économiques de leur survie, puis du développement de leurs cités, royaumes et empires.

          Et chaque nouvelle période porte en elle les germes de celle qui lui succédera, comme elle porte encore en elle les stigmates et les vestiges de la précédente. La transition « antiquité/moyen-âge » est celle qui est le plus sujet à caution, historiquement, faute non seulement de documentation suffisamment précise, mais tout simplement de faits marquants qui symboliseraient d’une manière ou d’une autre cette « mutation » qui n’en est pas moins considérée par les historiens comme la « révolution féodale ». Pour ma part je trouve que l’avènement de Charlemagne est un assez beau symbole, mais d’aucuns repoussent encore cette limite jusqu’à au moins un siècle plus tard !

          Et en réalité, dès que la féodalité s’installe naissent les premiers bourgs, et qui prennent de plus en plus d’ampleur, parce qu’ils remplissent des fonctions économiquement et socialement nécessaires, que les féodaux et l’Eglise sont incapables de remplir, alors qu’ils en ont eux-mêmes besoin.

          En 1789 la bourgeoisie avait déjà derrière elle plus de huit siècles d’histoire… !

          Dans le cours de l’ascension de la bourgeoisie les premières banques centrales naissent comme une nécessité contingente du commerce et de l’industrie en train de prendre leur premier élan significatif, mais ne prennent leur expansion planétaire qu’au cours du XXe siècle, comme une sorte de « régulateur » des aberrations du capitalisme libéral : un mal nécessaire, mais qui favorisera évidemment la formation des monopoles : aujourd’hui le rapport de forces économiques est en train de s’inverser parce que les monopoles eux-mêmes ne peuvent pas survivre sans une régulation de la circulation …de leurs dettes !

          Cette « transition » est on ne peut plus nette à partir des « crises » de 2007-2008 et 2020-2021.

          Depuis, c’est clairement la circulation de la dette qui permet la circulation monétaire, tout en lui garantissant une « rentabilité » qui n’est que de l’usure à échelle planétaire et non plus du tout de la production de plus-value économique, au sens originel du terme, qui a permis l’expansion de la société industrielle au cours du siècle précédent.

          L’économie est donc passée dans la dépendance de la dette, et non plus du capital industriel productif.

          La « bascule » définitive se fera probablement avec la mise en place généralisée des Monnaies Numériques de Banques Centrales, qui permettront aux banquiers centraux de contrôler toute la chaîne économique et financière d’un bout à l’autre. Sur cette nouvelle base s’amorcera le déclin généralisé des banques d’affaires actuelles et la soumission encore plus complète des monopoles qui tentent encore de contrôler la monnaie, comme ce fut le cas avec Zuckerberg et sa « Libra » qui a fait long feu…

          Quant à la soumission des gouvernements et des Etats aux politiques monétaires des Banques Centrales, sauf de rares exceptions comme la Russie, l’Iran et quelques autres, elle n’est plus à démontrer…

          Luniterre

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  • Les capitalistes purs sont ou seront éliminés du pouvoir pour être remplacés uniquement par les banquiers-centraux, infiniment moins nombreux qu’eux. Je pense que c’est politique, contrairement à ce que tu dis dans cet article.

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