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Quelle est la définition de la productivité du travail ?

jeudi 18 juin 2026, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 18 juin 2026).

Quelle est la définition de la productivité du travail ?
 

La productivité du travail mesure l’efficacité avec laquelle le travail est utilisé pour produire des biens ou des services.

Elle se définit généralement comme :

[
\text{Productivité du travail} = \frac{\text{Production réalisée}}{\text{Quantité de travail utilisée}}
]

La quantité de travail peut être mesurée :

  • par le nombre de travailleurs employés ;

  • ou par le nombre d'heures travaillées.

Exemple

Une entreprise produit 1 000 unités avec 20 salariés.

[
\text{Productivité du travail} = \frac{1000}{20} = 50
]

Chaque salarié produit donc en moyenne 50 unités.

Interprétation

Une hausse de la productivité du travail signifie que :

  • soit on produit davantage avec le même nombre de travailleurs ;

  • soit on produit autant avec moins de travail.

Cette augmentation peut résulter de plusieurs facteurs : progrès technique, meilleure organisation du travail, formation des salariés, investissement dans des machines plus performantes, etc.

Définition concise : la productivité du travail est la quantité de production obtenue par unité de travail utilisée (par travailleur ou par heure travaillée).

Est-ce à ce sens que de Gaulle utilisait l'expression "productivité du travail" dans son discours du 27 novembre 1967 ?

Oui, essentiellement.

Dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967, le général Charles de Gaulle emploie le terme « productivité » dans son sens économique habituel : la quantité de production obtenue pour une quantité donnée de travail (ou, plus largement, l'efficacité du système productif). Lorsqu'il déclare que « le taux d'accroissement de notre productivité est annuellement en moyenne de 4,5 % », il parle d'un indicateur macroéconomique de rendement de l'économie française. (fresques.ina.fr)

Cependant, il y a une nuance importante. Dans ce discours, de Gaulle ne réduit pas la productivité à un simple rapport technique « production / heures travaillées ». Il l'inscrit dans une vision plus large de la modernisation nationale :

  • modernisation de l'industrie et investissements ;

  • restructuration de l'agriculture ;

  • développement de la recherche, de l'électronique, du nucléaire et de l'aéronautique ;

  • formation professionnelle ;

  • participation des salariés aux résultats des entreprises. (fresques.ina.fr)

Ainsi, lorsqu'il évoque les « activités de pointe qui entraînent et accélèrent la production et la productivité », il entend la productivité comme le résultat global du progrès technique, de l'organisation économique et de la qualification de la main-d'œuvre. (fresques.ina.fr)

Un autre passage est révélateur : après avoir parlé de recherche, de machines et de calculs, il ajoute qu'« il n'y a pas d'invention, il n'y a pas de calcul, il n'y a pas de machine qui puisse faire qu'à la base de l'œuvre humaine, il n'y ait pas l'effort humain ». Il rappelle donc que la productivité est certes favorisée par le capital et la technique, mais qu'elle reste fondée sur le travail humain. (fresques.ina.fr)

En résumé, de Gaulle utilise bien « productivité du travail » dans le sens économique classique de l'époque — produire davantage avec une même quantité de travail — mais dans une conception plus large où la productivité est le fruit de la modernisation nationale tout entière, et non seulement de l'effort individuel des travailleurs. (fresques.ina.fr)

Certains disent que la productivité du travail est la quantité de bénéfices en fric qu'un patron peut extraire de son usine ayant une certaine quantité de travailleurs

C'est une interprétation possible dans certains courants critiques, notamment inspirés du marxisme, mais ce n'est pas la définition économique standard de la « productivité du travail ».

Il faut distinguer plusieurs notions :

  1. Productivité du travail

    • Mesure la production obtenue par travailleur ou par heure travaillée.

    • Exemple : une usine produit 1 000 voitures avec 100 ouvriers. La productivité est de 10 voitures par ouvrier.

  2. Profit (bénéfice)

    • C'est ce qui reste à l'entreprise après avoir payé les salaires, les matières premières, les intérêts, les impôts, etc.

    • Une productivité élevée ne garantit pas forcément un profit élevé. Une entreprise peut être très productive mais perdre de l'argent si ses coûts sont trop élevés ou si elle vend mal ses produits.

  3. Dans l'analyse marxiste

    • On considère souvent que les gains de productivité permettent d'accroître la quantité de valeur ou de survaleur que le capital peut s'approprier.

    • Dans ce cadre, certains militants ou auteurs utilisent parfois le mot « productivité » de façon plus politique, en l'associant à la capacité d'extraire davantage de profit du travail salarié.

Cependant, même chez des auteurs marxistes, la « productivité du travail » désigne généralement d'abord une augmentation de la quantité produite par unité de travail. La question de savoir qui bénéficie de ce gain de productivité (les travailleurs, les consommateurs, les actionnaires, l'État, ou une combinaison de ceux-ci) est une question distincte.

C'est d'ailleurs ce qui rend le terme politiquement intéressant : tout le monde peut s'accorder sur le fait que la productivité augmente, mais les débats portent souvent sur la répartition des fruits de cette augmentation.

Dans le discours de de Gaulle que vous évoquiez, le mot est clairement employé dans le sens économique classique (capacité accrue de production grâce au progrès technique et à l'organisation), et non comme synonyme de profit ou d'extraction de bénéfices.

Comment se fait-il alors que ce schéma https://www.researchgate.net/figure/Taux-de-croissance-annuel-moyen-de-la-productivite-horaire-du-travail-entre-1891-et-2022_fig1_388143545 montre un productivité du travail qui diminue à partir des années 1964-1965-1966 ?

Il faut faire très attention à ce que montre exactement le graphique.

Le titre que vous citez est « Taux de croissance annuel moyen de la productivité horaire du travail », pas « niveau de la productivité ». C'est une différence fondamentale.

  • Si la productivité passe de 100 à 105, elle augmente de 5 %.

  • Puis de 105 à 108, elle augmente encore, mais seulement de 2,9 %.

La productivité continue de monter, mais sa vitesse de progression ralentit.

C'est exactement ce que montrent beaucoup de graphiques de long terme sur la France et les pays développés : les gains de productivité restent positifs après les années 1960, mais ils deviennent moins rapides. (Haut-commissariat stratégie plan)

Pour prendre une analogie : si vous roulez à 130 km/h puis à 90 km/h, vous avancez toujours, mais moins vite.

Dans le cas de la France, les décennies d'après-guerre (les « Trente Glorieuses ») ont connu des gains de productivité exceptionnellement élevés grâce :

  • à la mécanisation rapide ;

  • à l'électrification généralisée ;

  • à la modernisation industrielle ;

  • au rattrapage technologique par rapport aux États-Unis. (IDEAS/RePEc)

Une fois ce rattrapage largement réalisé, il est devenu plus difficile d'obtenir des gains aussi spectaculaires. On parle souvent d'un ralentissement tendanciel de la croissance de la productivité. (Haut-commissariat stratégie plan)

D'ailleurs, un point intéressant : une étude statistique publiée dans les années 1970 observait que la productivité horaire française avait plutôt accéléré autour de 1967-1968, et non ralenti brutalement à cette date. (Persée)

Je soupçonne donc que le graphique que vous regardez montre des moyennes sur de longues périodes. Si, par exemple, il indique :

  • 5 % par an entre 1949 et 1964,

  • puis 4 % par an entre 1965 et 1980,

cela ne signifie pas que la productivité a baissé à partir de 1965. Cela signifie qu'elle a continué d'augmenter, mais moins rapidement qu'auparavant.

Si vous me copiez le passage exact du graphique (ou si vous m'envoyez une capture d'écran), je peux l'interpréter précisément, car le mot « diminue » peut désigner soit :

  1. une baisse du niveau de productivité ;

  2. une baisse du taux de croissance de la productivité ;

et ce sont deux phénomènes très différents.

d'après la première définition que tu as donné, cela devrait augmenter exponentiellement et pas de moins en moins

C'est une remarque intéressante, mais la première définition n'implique pas du tout une croissance exponentielle.

La productivité du travail est un rapport :

[
\text{Productivité} = \frac{\text{Production}}{\text{Heures travaillées}}
]

Ce rapport peut :

  • augmenter ;

  • stagner ;

  • diminuer.

Rien dans sa définition ne l'oblige à croître de façon exponentielle.

Par exemple :

Année Production Heures travaillées Productivité
1 100 100 1,0
2 110 100 1,1
3 115 100 1,15
4 117 100 1,17

La productivité augmente chaque année, mais de moins en moins vite.


Je pense que votre intuition vient plutôt de l'idée suivante : si les machines, la science et l'organisation s'améliorent constamment, pourquoi les gains de productivité ne s'accélèrent-ils pas ?

Les économistes ont proposé plusieurs explications :

  • Les gains les plus faciles ont souvent été réalisés en premier. Électrifier une usine ou remplacer le cheval par le tracteur produit un gain énorme. Passer d'un ordinateur déjà rapide à un ordinateur deux fois plus rapide produit souvent un gain plus limité sur la production globale.

  • Une part croissante de l'économie est constituée de services. Un professeur, un infirmier ou un coiffeur ne peuvent pas facilement multiplier leur production par 10 grâce à une machine. On parle parfois de la « maladie des coûts » de William Baumol.

  • Certaines innovations améliorent surtout le confort ou la qualité plutôt que la quantité produite.


D'ailleurs, certains historiens de l'économie soulignent précisément que la période de Trente Glorieuses est exceptionnelle. Le vrai mystère n'est pas forcément pourquoi la productivité ralentit après les années 1960-1970, mais pourquoi elle avait augmenté aussi vite pendant cette période de reconstruction, de rattrapage technologique et d'industrialisation massive.

Il y a aussi une autre question, plus politique, qui rejoint ce que vous évoquiez précédemment : même si la productivité continue d'augmenter, qui bénéficie de ces gains ? Les salaires, les profits, les consommateurs via des prix plus bas, ou l'État via les impôts ? C'est un débat distinct de la mesure de la productivité elle-même.

Pour mieux comprendre votre objection : quand vous dites que cela « devrait augmenter exponentiellement », pensez-vous à l'effet cumulatif du progrès technique (chaque innovation permettant d'en produire encore plus), ou à autre chose ? C'est une intuition que plusieurs économistes ont effectivement explorée.

ce qui impose une croissance exponentielle de la productivité du travail c'est que les usines sont extrêmement automatisées et qu'il faut aujourd'hui infiniment moins de travail pour produire en fait plus qu'avant

Votre raisonnement est cohérent, mais il repose sur une hypothèse qui n'est vraie que pour une partie de l'économie : l'industrie manufacturière.

Si vous regardez uniquement certaines usines, il est exact que la productivité du travail a explosé sur le long terme. Une usine automobile moderne produit beaucoup plus de véhicules avec beaucoup moins d'heures de travail qu'en 1960.

Mais les statistiques nationales de productivité du travail ne mesurent pas seulement les usines. Elles incluent aussi :

  • la santé ;

  • l'éducation ;

  • l'administration ;

  • le commerce ;

  • les transports ;

  • les services aux entreprises ;

  • la restauration ;

  • etc.

Or beaucoup de ces activités sont difficiles à automatiser complètement.

Prenons un exemple extrême :

  • une aciérie moderne peut multiplier sa production par travailleur par 20 ou 50 ;

  • mais un infirmier ne peut pas s'occuper de 50 fois plus de patients en une heure ;

  • un professeur ne peut pas enseigner efficacement à 1 500 élèves en même temps ;

  • un juge ne peut pas rendre 100 fois plus de décisions par jour.

Quand la part de ces secteurs augmente dans l'économie, la productivité moyenne progresse moins vite, même si certaines usines deviennent extraordinairement performantes.

Il y a aussi un autre phénomène souvent sous-estimé : les gains d'automatisation sont parfois déjà intégrés dans les chiffres des années 1950-1970.

Vu depuis 2026, on a l'impression que la révolution numérique est gigantesque. Pourtant, du point de vue de la productivité mesurée, le remplacement :

  • du cheval par le tracteur,

  • de la manutention manuelle par les grues,

  • des ateliers artisanaux par les chaînes de montage,

  • de l'éclairage au gaz par l'électricité,

a parfois eu un impact plus spectaculaire encore.

Autrement dit, la question n'est pas seulement « les usines sont-elles plus automatisées qu'avant ? » mais « l'automatisation actuelle transforme-t-elle l'ensemble de l'économie aussi profondément que les grandes révolutions industrielles précédentes ? »

Enfin, certains économistes critiques font une observation proche de la vôtre : ils estiment que les statistiques de productivité sous-estiment certains gains réels parce qu'elles mesurent mal les améliorations de qualité, le numérique ou les logiciels. D'autres répondent que si les gains étaient réellement exponentiels à l'échelle de toute l'économie, on devrait observer une accélération spectaculaire de la croissance du PIB par heure travaillée, ce qui n'apparaît pas clairement dans les données agrégées.

Donc votre intuition est probablement correcte pour de nombreux secteurs industriels pris isolément. Ce qui surprend beaucoup de gens, c'est qu'une économie moderne n'est plus principalement composée d'usines. En France aujourd'hui, l'industrie représente une part relativement modeste de l'emploi total, tandis que les services dominent largement. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles la productivité moyenne de l'ensemble de l'économie ne suit pas forcément la trajectoire spectaculaire que l'on observe dans certaines usines.

L'IA va maintenant automatiser aussi les emplois non industriels

C'est effectivement l'un des arguments avancés par de nombreux économistes et technologues : contrairement aux vagues précédentes d'automatisation, l'IA touche potentiellement des tâches cognitives qui étaient jusqu'ici difficiles à automatiser.

Par exemple, l'IA peut déjà assister ou automatiser partiellement :

  • la rédaction de documents ;

  • la traduction ;

  • l'analyse de données ;

  • certaines tâches comptables ;

  • le support client ;

  • la programmation ;

  • la recherche documentaire ;

  • certaines activités juridiques ou médicales.

Si ces outils permettent à un salarié de produire deux fois plus de travail utile dans le même temps, alors la productivité du travail augmente effectivement.

Cependant, plusieurs questions restent ouvertes :

  1. Quelle part du travail est réellement automatisable ?

    Beaucoup de métiers combinent des tâches administratives, relationnelles, physiques et décisionnelles. L'IA peut automatiser une partie du travail sans supprimer le métier entier.

  2. À quelle vitesse l'adoption se fera-t-elle ?

    Une technologie peut être disponible longtemps avant d'être déployée massivement. L'électricité, par exemple, a mis des décennies à transformer complètement la production.

  3. Comment mesurer la production ?

    Si un médecin voit autant de patients mais consacre moins de temps à la paperasse grâce à l'IA, la qualité du service s'améliore. Les statistiques de productivité ne captent pas toujours parfaitement ce type de gain.

  4. Les gains seront-ils visibles dans les chiffres macroéconomiques ?

    C'est la grande question actuelle. Certains prévoient une forte accélération de la productivité ; d'autres pensent que les effets seront plus modestes ou plus lents que prévu.

Votre raisonnement conduit à une hypothèse claire : si l'IA automatise effectivement une grande partie du travail intellectuel comme la robotisation a automatisé une partie du travail manuel, alors on pourrait voir une nouvelle phase d'accélération de la productivité du travail.

Ce serait d'ailleurs un phénomène historique important, car depuis plusieurs décennies, le ralentissement des gains de productivité est considéré comme l'un des principaux freins à la croissance économique dans les pays développés.

Là où le débat devient plus politique que technique, c'est lorsqu'on se demande : si la productivité augmente fortement grâce à l'IA, comment les gains seront-ils répartis ? Sous forme de salaires plus élevés, de temps de travail réduit, de prix plus bas, de profits plus élevés, ou d'une combinaison de ces effets ? La mesure de la productivité répond à la question « produit-on plus avec moins de travail ? » ; elle ne répond pas à elle seule à la question de savoir qui bénéficie de cette augmentation.

Comme les capitalistes ne font de bénéfices que sur le travail humain, il n'y en aura bientôt plus et l'argent devrait disparaître

Vous exprimez ici une thèse qui est très proche de celle de Karl Marx, mais il faut distinguer la théorie de sa conclusion.

Dans la théorie marxiste classique :

  • seule la force de travail humaine crée de la « valeur nouvelle » ;

  • les machines ne font que transmettre à la production la valeur qui a déjà été investie en elles ;

  • le profit (ou plus exactement la survaleur) provient du travail humain non rémunéré.

À partir de là, Marx a effectivement envisagé une contradiction : si le capitalisme remplace toujours plus de travail humain par des machines, la source même de la survaleur tend à se réduire. C'est lié à sa théorie de la « baisse tendancielle du taux de profit ».

Cependant, même chez Marx, cela ne signifie pas automatiquement que « l'argent disparaît ». Plusieurs raisons :

  1. Le capitalisme peut continuer avec très peu de travail humain

    Si quelques travailleurs très qualifiés pilotent des systèmes extrêmement productifs, il existe encore du travail humain sur lequel un profit peut être réalisé.

  2. Les prix et la valeur ne sont pas la même chose

    Dans les économies réelles, les entreprises gagnent de l'argent parce qu'elles vendent des biens et services à des prix supérieurs à leurs coûts. Même si l'on rejette ou accepte la théorie marxiste de la valeur, le mécanisme de marché peut continuer à fonctionner.

  3. L'argent a d'autres fonctions

    L'argent sert aussi à :

    • mesurer les échanges ;

    • coordonner la production ;

    • stocker du pouvoir d'achat ;

    • comparer des biens différents.

    Une société très automatisée pourrait conserver une monnaie tout en ayant peu de travail humain.


Cela dit, votre raisonnement rejoint une autre idée que Marx évoquait dans le célèbre « Fragment sur les machines » : si les machines deviennent capables de produire l'essentiel des richesses avec très peu de travail humain, alors les catégories économiques fondées sur le travail salarié pourraient devenir de moins en moins adaptées.

C'est pourquoi certains auteurs contemporains imaginent :

  • une économie d'abondance ;

  • un revenu universel ;

  • une réduction massive du temps de travail ;

  • ou même des formes de société « post-capitalistes ».

D'autres répondent que même dans un monde très automatisé, les ressources rares subsisteraient : terrains, énergie, minerais, logements bien situés, capacité de calcul, etc. Tant qu'il existe de la rareté, il peut exister des prix et donc une forme de monnaie.

La véritable question n'est donc peut-être pas « l'argent disparaîtra-t-il ? », mais plutôt : si l'IA et la robotisation réduisent fortement le besoin de travail humain, quel mécanisme distribuera le pouvoir d'achat permettant d'accéder aux biens produits ?

C'est là que les réponses divergent fortement selon les écoles de pensée économiques et politiques.

L'idéal serait que l'argent disparaisse et que tout soit "gratuit" puisqu'il ny' a plus de travail nécessaire

C'est une idée qui a été défendue sous différentes formes par plusieurs courants philosophiques, politiques et futuristes.

L'argument est le suivant : si la production des biens et services essentiels devient presque entièrement automatisée, avec un coût marginal très faible, alors il pourrait devenir inutile de faire payer l'accès à ces biens. Dans cette vision, la rareté économique disparaîtrait en grande partie, et avec elle le besoin de monnaie pour répartir les ressources.

On retrouve des idées proches chez :

  • Karl Marx lorsqu'il évoque une société où le développement des forces productives dépasse les contraintes du travail nécessaire ;

  • John Maynard Keynes, qui imaginait que les progrès de la productivité pourraient un jour réduire drastiquement le temps de travail ;

  • certains penseurs contemporains du « post-capitalisme » ou de l'« économie de l'abondance ».

Cependant, même dans un monde très automatisé, plusieurs difficultés demeurent :

  • Les ressources physiques ne sont pas forcément illimitées : terrains, eau, énergie, métaux rares, logements bien situés, etc.

  • Certains services impliquent encore une présence humaine ou une capacité limitée.

  • Il faut décider comment répartir les biens lorsque la demande dépasse l'offre.

Par exemple, si tout le monde veut une maison avec vue sur la mer dans le même village, la gratuité ne résout pas à elle seule la question de l'attribution. Il faut un mécanisme de répartition : prix, file d'attente, tirage au sort, priorité administrative, ou autre.

Les partisans d'une société sans argent répondent souvent que la technologie pourrait rendre abondante une très grande partie de ce dont les humains ont besoin, laissant seulement un petit nombre de ressources véritablement rares à gérer par d'autres mécanismes.

Les critiques répondent que la rareté ne disparaît jamais complètement et qu'une forme de calcul économique ou de système d'allocation reste nécessaire.

En définitive, votre proposition n'est pas incohérente : elle repose sur l'idée que l'automatisation pourrait un jour rendre la production si abondante que la monnaie deviendrait largement superflue. La question qui fait débat est de savoir si cette abondance peut réellement s'étendre à l'ensemble des biens et services, ou seulement à une partie d'entre eux.

Je pense que oui mais qu'une toute petite classe voudra garder un pouvoir et rendra l'argent obligatoire pour conserver ce pouvoir en le distribuant à qui elle veut

C'est une hypothèse politique que l'on retrouve dans plusieurs traditions de pensée critiques.

L'idée est que même si la technologie permettait une abondance matérielle très importante, les groupes qui contrôlent les ressources, les infrastructures ou les institutions auraient intérêt à conserver des mécanismes leur donnant un pouvoir sur les autres. Dans cette perspective, la monnaie ne serait pas seulement un outil économique neutre, mais aussi un instrument de contrôle social ou politique.

D'autres analyses proposent cependant une lecture différente :

  • la monnaie existerait principalement parce qu'il faut coordonner des échanges complexes entre des millions de personnes ;

  • les détenteurs de pouvoir ne seraient pas nécessairement capables d'empêcher durablement des transformations technologiques ou sociales majeures ;

  • de nouvelles formes de pouvoir pourraient apparaître même sans monnaie (contrôle de l'information, des infrastructures, de l'énergie, des données, etc.).

Un point souvent souligné dans les débats sur les sociétés très automatisées est que la disparition de l'argent ne garantit pas automatiquement la disparition des hiérarchies ou des rapports de pouvoir. Une société pourrait être sans monnaie et pourtant très inégalitaire si certains contrôlent l'accès aux ressources essentielles. À l'inverse, une société pourrait conserver une monnaie tout en réduisant fortement les inégalités.

La question centrale devient alors : qu'est-ce qui est réellement source de pouvoir ? Selon les époques et les théories, les réponses varient : propriété des terres, du capital, des machines, de l'information, de l'énergie, des réseaux ou des institutions politiques.

Votre point de vue s'inscrit donc dans une réflexion plus large sur le lien entre technologie, richesse et pouvoir : même si l'abondance matérielle devient possible, cela ne dit pas à lui seul comment seront organisées les relations sociales et politiques autour de cette abondance.

merci
 

Avec plaisir. C'était une discussion intéressante parce qu'elle touche à une question très ancienne : si la technique permet de produire beaucoup avec très peu de travail humain, est-ce que cela change seulement l'économie, ou aussi l'organisation de la société ?

On retrouve ce fil de réflexion chez des économistes, des philosophes et des penseurs politiques très différents : certains voient l'automatisation comme une possibilité d'émancipation (moins de travail contraint, plus de temps libre), d'autres comme un risque de concentration du pouvoir si les outils de production restent contrôlés par une minorité.

Le point clé est peut-être que la technologie crée des possibilités, mais que leur réalisation dépend toujours des règles sociales, des institutions et des choix collectifs. Une même avancée technique peut conduire à des résultats très différents selon la manière dont elle est organisée et répartie.

 
 
 
 

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