Enregistré sur LCI le 15 juillet 2026 à 19h06
Les liens troubles entre Mahmoud Ahmadinejad et le Mossad
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Publié le 13/07/2026 à 20h45
Modifié le 14/07/2026 à 09h54Armin Arefi
L’ancien président ultraconservateur iranien Mahmoud Ahmadinejad, en juin 2024 à Téhéran. AFP/ATTA KENARE
Deux enquêtes du « New York Times » et de « Haaretz » affirment que l’ancien président iranien, connu pour ses diatribes anti-israéliennes et négationnistes, aurait été au cœur d’un plan pour prendre le pouvoir en Iran.
L’invitation avait fait couler beaucoup d’encre. Début 2024, le recteur d’une université de Budapest convie Mahmoud Ahmadinejad à participer à une conférence sur le réchauffement climatique.
La démarche était d’autant plus surprenante que la Hongrie, alors dirigée par Viktor Orban, est un grand allié européen d’Israël, pays que n’a eu de cesse de viser durant ses deux mandats (2005-2013) l’ancien président ultraconservateur iranien, connu en Occident pour ses diatribes anti-israéliennes et négationnistes. « Vous avez deux ennemis, et si ces ennemis veulent se parler, alors il vaut mieux faire tout votre possible pour qu’ils se parlent », déclarera le Professeur Gergely Deli, recteur de la faculté hongroise.
Dans une enquête publiée ce lundi 13 juillet, le quotidien américain New York Times affirme que l’invitation adressée à Mahmoud Ahmadinejad a en réalité servi de couverture pour lui faire rencontrer dans la capitale hongroise David Barnea, alors directeur du Mossad, dans le but de le recruter en faveur d’Israël, selon des responsables américains et iraniens qui ont requis l’anonymat. Un second voyage sera organisé l’année suivante, toujours à Budapest.
Le 28 février 2026, au premier jour de la guerre des États-Unis et d’Israël en Iran, une frappe israélienne vise le bâtiment des gardes du corps de Mahmoud Ahmadinejad dans son complexe résidentiel de Téhéran, où il est assigné depuis plusieurs années. Peu après l’incident, une Peugeot noire arrive sur les lieux pour conduire l’ancien président dans un lieu à l’abri. À son volant, des agents du Mossad, selon le quotidien new-yorkais.
Le plan israélien prend forme : installer l’ancien président au pouvoir à Téhéran à l’issue du conflit, en remplacement de l’ayatollah Khamenei éliminé, à la tête d’un régime favorable à Israël.
Le projet du Mossad a de quoi surprendre. Considéré comme un bourreau en Iran, dont la réélection contestée à la présidence en 2009 a fait au moins 150 morts, n’est plus en odeur de sainteté en République islamique d’Iran, en raison de ses critiques du pouvoir clérical qui lui ont valu d’être écarté à trois reprises de la course à la tête de l’exécutif.
Changement de ton
Ayant troqué son image d’ultraconservateur pour un ton plus conciliant, tant à l’intérieur du pays qu’en direction de l’étranger, Mahmoud Ahmadinejad ne dispose pour autant d’aucun soutien au sein du puissant appareil sécuritaire iranien. L’ancien président iranien conserve néanmoins une certaine base populaire au sein des couches les plus défavorisées de la société qui gardent en mémoire ses politiques populistes en faveur des plus pauvres.
« Les services de renseignement israéliens suivaient de près la rupture qui se dessinait entre M. Ahmadinejad et le régime iranien », écrit le quotidien américain, en citant deux responsables israéliens de la défense. « Ces responsables ont souligné qu’ils s’intéressaient tout particulièrement au ressentiment croissant de M. Ahmadinejad à l’égard de l’ayatollah Khamenei et d’autres hauts dirigeants qui avaient empêché M. Ahmadinejad de briguer un nouveau mandat présidentiel. »
Le plan Ahmadinejad faisait en réalité partie d’un projet israélien beaucoup plus vaste visant à renverser le régime iranien, affirme une autre enquête publiée lundi par le quotidien israélien Haaretz. Baptisée « Opération Chat Botté », la mission impliquait une offensive terrestre de groupes armés kurdes iraniens basés en Irak, aidés d’autres factions rebelles issues des minorités ethniques en Iran.
Dès lors, la déstabilisation du régime iranien aurait relancé les manifestations populaires contre la République islamique, espéraient les services de renseignements israéliens, offrant une opportunité unique de renverser le pouvoir.
Mais jugé irréaliste, le plan a soulevé de nombreuses critiques au sein même de l’establishment sécuritaire israélien, notamment de la part du directeur des renseignements militaires israélien Shlomi Binder, du conseiller israélien à la sécurité nationale Tzachi Hanegbi, et jusqu’au chef d’état-major Eyal Zamir.
Trois jours avant le lancement de l’opération, le plus haut gradé de l’armée israélienne a ordonné d’y mettre fin, selon les investigations de Haaretz. Mais le Premier ministre Benyamin Netanyahou a fini par donner son aval.
Réapparition
Or, l’offensive terrestre contre Téhéran n’a jamais eu lieu, notamment après un appel crucial du président turc Erdogan au président américain Donald Trump, l’exhortant à renoncer à soutenir les groupes armés kurdes. Refroidi par la tournure des événements, Mahmoud Ahmadinejad, déjà échaudé par les conditions de sa spectaculaire évasion, a fini par faire marche arrière.
Ayant réussi à quitter le lieu sécurisé où il avait été placé par le Mossad à Téhéran, selon le New York Times, l’ancien président iranien n’a plus été vu en public jusqu’au lundi 6 juillet dernier.
À l’occasion des funérailles de l’ayatollah Khamenei, qu’il était censé remplacer selon le plan israélien, l’ultraconservateur est apparu tête baissée, entouré de gardiens de la révolution, qui le retiendraient contre son gré.
