Reçu par courrier électronique de la part d’Annie Lacroix-Riz
Le 19 juillet 2026
Chers tous,
J’ai lu,
en juin 1991, des articles honnêtes de Libération (c’était inhabituel,
surtout signés par Lévy-Willard) sur Jacques Corrèze, cagoulard intime d’Eugène
Schueller, articles cosignés par Pascal Riché. Le même journaliste, passé en
1995 et 1996 (ou, suivant les sources, en 1999 et 2000, en tout cas deux fois)
par le moule French-American Young Leaders, et devenu journaliste au
Monde, après passage par Rue 89, organe de teneur au moins aussi
atlantique (https://fr.wikipedia.org/wiki/Rue89), vient de signer
un article, ci-joint, du 18 juillet
2026, attestant sa
familiarité avec le monde culturel anglo-saxon.
L’article est
partiellement malhonnête, mais très intéressant : il ne fait aucun
doute, P. Riché l’admet au terme de contorsions, que Marcuse a œuvré contre
le marxisme et les marxistes au service direct du Département d’État et de sa
CIA, notamment sous la houlette de « Philip Mosely, véritable plaque
tournante entre le monde universitaire, les fondations Rockefeller et Ford et le
gouvernement ». En effet, Mosely (1905-1972), ancien marxiste et bon
connaisseur de l’Empire russe et de l’URSS (où il avait préparé en 1931-1932 sa
thèse sur la diplomatie russe dans les années 1830), se fit embaucher par les
élites étatiques, à son retour d’URSS, au plus tard en 1936, et devint, à
Columbia, un pilier de l’OSS puis de la CIA de la conquête des
« élites » intellectuelles européennes (voir petite bibliographie dans
« “Guerre culturelle” étatsunienne et histoire française des relations
internationales du premier après-guerre au second », in Berthier
Patrick, dir., L’enseignement de l’histoire en péril, Actes du colloque
des Amis d’Henri Guillemin, 6 novembre 2021, Actes, Bats, Utovie, 2022, p.
85-104). Même sa nécrologie du New York Times, de 1972 ! (il
y a donc 54 ans, quel retard pour l’organe de référence !), était limpide
sur sa fonction d’agent stricto sensu des « services », https://www.nytimes.com/1972/01/14/archives/dr-philip-e-mosely-scholar-of-soviet-affairs-dead-at-66.html.
On est sidéré du retard pris en France par des connaissances publiques
élémentaires…
Je me réjouis que le
travail solide de Gabriel Rockhill soit reconnu, malgré les vilenies associées à
cette reconnaissance (« complotisme », etc., via les témoignages
d’admirateurs béats, pas historiens, de Marcuse). Ça n’arrive
qu’exceptionnellement, tant le silence pèse sur la question décisive de la
conquête américaine ‑‑ corruption tarifée de diverses façons, du
confort extrême à la vente massive des livres, etc. ‑‑, de nombreux
intellectuels d’Europe promus, par cette voie royale, à la grande notoriété
académique et médiatique… Si je ne m’abuse, la traduction de Who paid the Pipers
of Western Marxism? paraîtra bientôt
chez Delga. Je ne doute pas que Gabriel la présente alors à ses amis
français.
Il est aussi question
dans Le Monde
de
Frances Stonor Saunders, qui a étudié la « couverture » offerte aux
services américains embaucheurs d’intellectuels européens par leur création de
1949-1950, le Congress for Cultural Freedom, « OTAN culturel »
(l’expression est de l’auteure, titre, documenté, du chapitre 20.). Un
vrai miracle, au bout de 27 ans ! : à ma
connaissance (après recherche
dans les archives numériques du journal), c’est la première
fois
qu’il est question de son livre dans la grande presse, Monde inclus, depuis 1999
(publication américaine, The cultural Cold War : the CIA and the world
of art and letters, et anglaise), ou 2003 (traduction chez Denoël, tombée
dans un trou), et 2026 (traduction chez Delga, au sort identique). Il n’est
jamais trop tard pour bien faire, fût-ce très partiellement… Pourquoi donc si
peu et si tard ?
Amitiés,
Annie
Sur la notoriété liée
à la bien-pensance (agressive), signalons la dernière en date des interventions
du « conseiller historique » en chef des documentaires
« historiques » télévisuels, Olivier Wieviorka, qui s’escrime, dans un
article, ci-joint, aussi long que pitoyable, du Figaro
Histoire (il a table ouverte
dans toute la grande presse patronale, de la « gauche »
Libération et Monde à la droite
officielle, sans oublier le service public audiovisuel), à démontrer que,
« En 1944, les Américains n’avaient aucune intention d’imposer un
gouvernement militaire à la France ». Cet historien, qui y invoque
« toutes les sources », n’a jamais ouvert un fonds original, français
ou américain, en tout cas à lire ses écrits, souvent traduits aux Etats-Unis
(c’est bien le moins, tel https://cup.columbia.edu/book/the-resistance-in-western-europe-19401945/9780231189972/):
il ne s’appuie que sur l’imprimé… Je me réjouis que l’ignorance crasse de cet article soit
relevée par quelques lecteurs sévères du Figaro, commentaires
joints. M. Wieviorka agresse Eric Branca, que j’ai mis en copie, mais qui a
sans doute été informé de ce coup de pied de l’âne.
NB. Mon ouvrage
Les élites françaises,
1940-1944. De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance
américaine, qui étudie, en
croisant les archives française et américaines, le rouleau compresseur de la
politique américaine contre la France, et qui a disparu des librairies depuis
2022, sera réédité en Dunod-poche en 2027.
