'Une victoire stratégique' : Abbas Araghchi dresse un premier bilan de la guerre
Entretien intégral avec
Abbas Araghchi sur Majara Media (Iran), publié en deux parties les 19 et 23
juillet.
Source : The Iran Talks
Traduction : lecridespeuples.substack.com
Quoi que l’on pense de la ligne réformiste du gouvernement Pezeshkian, contestée par une grande partie de la population iranienne qui rejette les négociations, et malgré sa longueur, cet entretien mérite d’être lu en intégralité. Il revient sur les coulisses de la guerre, ses causes et ses conséquences, et aborde directement le mécontentement populaire dont Araghchi est l’une des principales cibles : même s’il ne répond pas toujours aux critiques de manière convaincante, un homme qui a risqué sa vie pour son pays mérite certes d’être écouté attentivement. L’entretien date de début juillet 2026, juste après les funérailles de Sayed Ali Khamenei.
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De la guerre des 12 jours à la guerre des 40 jours : le piège des négociations ?
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Dissuasion iranienne face aux pétromonarchies du Golfe
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Les émeutes de janvier et le complot américain
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Le début de la guerre : récit personnel d’Araghchi
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Les ripostes multiples de l’Iran et la nouvelle équation régionale
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Le Code 110, l’assassinat du Guide et la diplomatie de la Résistance
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Les frappes contre les infrastructures, Minab et le Dena
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La nomination de Mojtaba Khamenei et les gains stratégiques de la guerre de 40 jours
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Pourquoi l’Iran a accepté le cessez-le-feu
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La question des alliances : l’Iran, la Russie et la Chine
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Politique extérieure : les accusations contre le camp réformiste
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Le protocole d’accord : une analyse critique
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Le Liban : un allié stratégique que l’Iran ne pouvait abandonner
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Les manifestations populaires et la communication du gouvernement
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Le détroit d’Ormuz : souveraineté, services et frais de passage
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Le spectre de l’accord sur le nucléaire
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L’opposition de principe du Guide aux négociations
Journaliste : Au nom de Dieu. Salaam. Après la guerre de 12 jours, nous avions fait une série d’entretiens avec les commandants et les responsables politiques du pays. Eh bien, une fois que la guerre de 40 jours a commencé, les communications ont été coupées. Il était impossible de joindre ces messieurs. J’ai personnellement essayé de donner quelques comptes rendus depuis le terrain. Je suis allé à Minab, au détroit d’Ormuz, à l’île de Kharg, à Lamerd. Aujourd’hui, un cessez-le-feu, un cessez-le-feu assez fragile, a été instauré. Nous avons repris les entretiens. Tout comme pour la guerre de 12 jours, nous avons commencé cette première session avec Monsieur le Docteur Araghchi.
Abbas Araghchi : Monsieur, à votre service. Au nom de Dieu. Apparemment, vous n’avez pas retenu la leçon de l’entretien passé et vous voulez recommencer.
Journaliste : Oui, j’ai reçu beaucoup d’insultes après cette conversation, et ça continue encore. Bien que — bien sûr, vous êtes l’une des rares personnes à avoir survécu après cet entretien. Je veux dire, beaucoup de ces chers messieurs que nous avions interrogés pendant la guerre de 40 jours sont devenus martyrs. Le martyr Shamkhani, le martyr Naïni, le martyr Larijani.
Eh bien, Docteur, exactement à cette même époque l’an dernier, nous étions ici avec vous. Je vous avais demandé quelle était votre idée pour l’après-cessez-le-feu. Vous m’aviez dit que pour que nous obtenions nos droits, nous avions deux options : soit combattre, soit discuter, négocier. Eh bien, le dialogue est la voie la plus facile, la moins coûteuse, et puisque nous avions gagné la guerre de 12 jours, nous étions en position de force, donc les négociations étaient honorables pour nous. Nous nous sommes donc mis à sécuriser nos droits. Alors que s’est-il passé pour que la guerre reprenne ? C’est-à-dire, nous nous disions que maintenant Monsieur Araghchi, après tout, vient des Gardiens de la Révolution et a combattu, donc il n’a pas peur de la guerre, et il a un parcours diplomatique de trente ou quarante ans. Nous avons donc suivi votre voie, mais votre voie nous a ramenés à la guerre.
1. De la guerre des 12
jours à la guerre des 40 jours : le piège des négociations ?
Abbas Araghchi : D’abord, ce n’était pas ma voie. Il y a eu une décision prise par l’autre camp pour atteindre certains objectifs concernant l’Iran. Et nous, nous essayions de détourner le cap de l’autre camp de la guerre vers autre chose. Laissez-moi expliquer cela un peu, parce qu’il faut corriger cette impression erronée qui existe : que les négociations ont provoqué la guerre, ou que nous avons négocié et qu’ils sont quand même allés à la guerre. Je ne pense pas que ce soit la bonne façon de le formuler. Parce que les négociations n’étaient pas ma décision, c’était une décision collective qui a été prise.
Je crois que je l’avais déjà dit la dernière fois : tout a commencé avec la perception d’un Iran affaibli. Après les événements survenus au Liban, le martyre de Sayed Hassan [Nasrallah], la chute de la Syrie, et d’autres développements, cette impression est apparue que l’Iran avait perdu sa dissuasion régionale, et que pour compenser, il allait se tourner vers une dissuasion nucléaire ; ils se devaient donc de l’arrêter. Avant qu’il ne puisse atteindre la dissuasion nucléaire, il fallait détruire ses capacités nucléaires. Cette perspective était la même, et même encore plus intense, du côté du régime sioniste : que l’Iran avait été affaibli, et que c’était maintenant le moment de régler l’affaire une fois pour toutes. Ils sont entrés dans la guerre de 12 jours avec cet état d’esprit, et avant cela, nous étions passés deux ou trois autres fois près de la guerre.
Mais alors, pour diverses raisons, une grande partie tenait aussi aux efforts diplomatiques qui avaient été faits, et à la peur qui s’était répandue dans la région qu’une guerre régionale totale n’éclate et que tout le monde en souffre. Alors, pour ainsi dire, nous l’avons arrêtée ou retardée dans la guerre de 12 jours ; ils sont venus et ont tenté la diplomatie. Comme je l’ai dit, la diplomatie est la voie la moins coûteuse.
Dès le départ, ils exigeaient aussi l’enrichissement zéro. Avant la guerre de 12 jours, dans les négociations qui se déroulaient, face à leur demande illégale et déraisonnable d’enrichissement zéro, nous avons résisté ; nous avons tenu bon. Quand ils ont vu qu’ils ne pouvaient pas obtenir par les négociations ce qu’ils voulaient, ils ont commencé la guerre. Autrement dit, c’est là que la guerre a commencé. Quand l’autre camp a vu qu’il ne pouvait pas obtenir par les négociations ce qu’il voulait, il s’est tourné vers la guerre ; ce ne sont pas les négociations qui ont mené à la guerre. C’est le fait que nous soyons restés fermes sur nos positions, et le fait que nous n’étions pas disposés, à la table des négociations, à leur donner ce qu’ils voulaient, qui les a poussés à choisir la voie la plus difficile. Ils ont choisi la voie la plus difficile, et ils ont été défaits dans la guerre de 12 jours ; l’histoire de la guerre de 40 jours commence ici.
Après la guerre de 12 jours, je pense qu’ils ont fait un autre mauvais calcul : ils n’avaient pas anticipé cette résistance. Ils auraient dû se préparer davantage, alors ils ont augmenté leur équipement et leur armement. Autrement dit, ils pensaient que le régime sioniste pouvait, avec quelques jours d’attaques, tout détruire, tout déchirer, et peut-être que le système tomberait, que la République islamique se rendrait, et d’autres suppositions fausses. Cela ne s’est pas réalisé, parce qu’ils n’étaient pas préparés pour une guerre prolongée, et quand ils ont vu que le peuple ne descendait pas dans la rue contre le système, mais qu’il le soutenait au contraire, se tenait derrière lui, ils ont été contraints d’arrêter la guerre.
Journaliste : C’est exactement là qu’ils disent que si nous avions continué la guerre, cela aurait été mieux — si nous avions poursuivi ces douze jours, parce qu’ils n’étaient pas préparés, leurs estimations se seraient révélées fausses. Israël aussi, dans cette guerre de 12 jours, était d’abord entré seul. C’est là qu’ils disent que les négociations ont causé la guerre de 40 jours. Ils disent qu’il fallait continuer, ne pas se tourner vers les négociations.
Abbas Araghchi : L’autre camp a le même point de vue : que si vous aviez continué la guerre de 12 jours, vous auriez, pour ainsi dire, obtenu des résultats.
Parce que la guerre de 12 jours et ses leçons nous ont en fait rendus plus forts et mieux préparés pour la guerre suivante. Nous avons tiré beaucoup de leçons militaires de la guerre de 12 jours. Nous avons aussi tiré des leçons politiques. Nous avons tiré beaucoup de leçons militaires. D’abord, la décision de mettre fin à la guerre a été, pour ainsi dire, collective. Elle a été prise par le Conseil suprême de sécurité nationale. Et tout le monde sait quand les décisions du Conseil entrent en vigueur.
Journaliste : Non, j’accepte qu’après la guerre de 12 jours, sur le plan militaire, notre situation se soit beaucoup améliorée. J’avais demandé moi-même à Monsieur Naïni, le martyr Naïni (porte-parole des Gardiens de la Révolution), quelle était notre situation en matière de missiles. Il m’avait dit que Pakpour (commandant martyr des Gardiens de la Révolution) disait que nous l’avions triplée. Je lui avais redemandé, encore une fois, quel était notre statut opérationnel sous pression. Il m’avait dit que certaines de nos garnisons, nos bases de missiles, deviendraient inopérantes pendant dix à quinze heures : cela a été ramené à trente-cinq, quarante minutes. Je sais cela, et cette marge de manœuvre nous a vraiment aidés.
Abbas Araghchi : Le quatrième jour de la guerre de 40 jours, l’un des think tanks américains a publié une analyse disant qu’entre 10 et 25 % des lanceurs iraniens étaient détruits chaque jour, et qu’à ce moment-là, un tiers d’entre eux avait déjà été détruit, et que l’Iran pourrait tenir au maximum jusqu’à la fin d’Esfand [20 mars]. C’est-à-dire, préserver sa capacité en missiles, sa capacité de tir de missiles. Sur quoi reposait cette évaluation ? Elle reposait sur l’expérience de la guerre de 12 jours. Ils n’ont pas réalisé que, durant ces huit mois, le système de lanceurs iranien avait complètement changé et avait été restructuré de sorte que, peu importe combien ils le frappaient, il ne s’épuiserait pas.
C’était l’une des différences apparues pendant cette période, et dans la guerre de 12 jours aussi, compte tenu de notre propre résilience et de notre résilience sociale, puisque nous non plus n’étions pas préparés à une guerre sous cette forme, nous avons décidé de nous arrêter aussi. Que cette décision ait été bonne ou mauvaise, c’est à l’histoire d’en juger. Mais à mon avis, c’était la bonne décision que le système a prise, et nous en avons vu les effets dans la guerre suivante. Autrement dit, la guerre de 12 jours est devenue le prélude à la victoire dans la guerre de 40 jours.
Qu’est-ce qui s’est passé après la guerre de 12 jours ? L’ennemi a tiré deux conclusions erronées. L’une était qu’il devait se préparer à une guerre plus longue pour pouvoir affronter l’Iran. Deuxièmement, il devait d’abord frapper la base sociale du système, puis frapper le système lui-même. Nous avons donc vu que, pendant cette période, ils ont constitué un vaste dispositif militaire dans notre région et l’ont mis en place. Comme ils l’ont eux-mêmes dit, ils ont créé un renforcement militaire dans la région. Les Américains ont apporté tout ce qu’ils avaient, et ils ont équipé le régime sioniste autant qu’ils le pouvaient. Ils ont renforcé son système de défense, qui s’était révélé insuffisant à la fin de la guerre de 12 jours, pour qu’il puisse mener une guerre plus longue, puis ils se sont tournés vers les questions sociales et ont travaillé dessus, ce qui a conduit aux événements des 18 et 19 Dey [8-9 janvier], et après cela, ils ont conclu que le moment était venu.
À un moment où le dispositif militaire de l’ennemi dans la région était presque achevé, ils ont recommencé à pousser pour de nouvelles discussions, et une fois de plus cette demande portait sur l’enrichissement zéro. Autrement dit, ils sont revenus à : est-ce que vous acceptez l’enrichissement zéro, ou nous attaquons. Il y a eu beaucoup de débats à l’époque pour savoir s’il fallait reprendre les négociations ou non, et finalement il a été décidé que nous devions commencer les négociations, principalement pour ne laisser aucun doute, afin que plus tard personne ne puisse dire que si nous avions négocié, il n’y aurait pas eu de guerre.
Journaliste : Alors vous étiez sûr qu’il y aurait une guerre ?
Abbas Araghchi : J’expliquerai les détails plus tard. Nos forces militaires en étaient sûres, et nous-mêmes en étions sûrs aussi. Et parce que nous en étions sûrs, nous avons dit qu’il fallait un ou deux tours de discussions. Soit l’autre camp recule sur sa position d’enrichissement zéro, ce qui est peu probable, soit, s’il ne le fait pas, alors nous avons fait valoir notre cas. Personne, ni dans la communauté internationale ni dans notre propre société, ne pourra nous dire que c’était de notre faute, que nous aurions dû négocier. C’était la logique derrière l’entrée en négociation. Sinon, si vous vous souvenez, il y a mes entretiens, mes propos à la télévision, et ce que j’avais dit au parlement avant cela : l’objectif de ces négociations était clair. Les objectifs militaires de l’ennemi étaient parfaitement clairs.
Pensez-vous que les négociations soient une tromperie ? Eh bien, ne vous laissez pas tromper ! C’est très simple. Personne ne doit être trompé. Nos forces armées ne doivent pas placer leurs espoirs en moi, le négociateur. J’ai une mission, et je l’accomplis. Soit je réussis, soit je ne réussis pas. Les forces armées ne doivent pas rester assises à compter sur moi. Le gouvernement ne doit pas compter sur moi non plus. Quand il s’agit des moyens de subsistance du peuple, chaque entrepôt doit être rempli. Chaque réserve doit être constituée. Que tout soit fait.
Donc, quand la guerre de 40 jours a commencé, nous étions complètement prêts. La preuve, c’est que deux heures plus tard seulement, nous avons commencé à répondre. Parce que tout cela avait déjà été planifié. Il était parfaitement clair que, quel que soit le niveau de l’attaque de l’ennemi, nous répondrions proportionnellement à ce niveau.
Pourquoi le détroit d’Ormuz a-t-il été fermé dès le premier jour ? Parce qu’il avait déjà été planifié que si le Guide était visé, le détroit serait immédiatement fermé. Je ne veux pas entrer dans ces détails maintenant.
Journaliste : Non, ma question est : voulez-vous dire que vous êtes allé négocier juste pour l’Histoire ? Écoutez, Monsieur Larijani a dit un jour — je l’ai entendu de sa propre bouche — je crois que c’était il y a presque un an, il a dit : « D’ici la fin de l’automne, la guerre est certaine. » Alors j’ai dit : « Bon, alors pourquoi négocions-nous ? » Il a dit : « Trente pour cent des chances de guerre sont entre nos mains ; les soixante-dix autres pour cent sont entre les mains de l’ennemi. Nous travaillons sur ces 30 %. »
Abbas Araghchi : Les négociations avaient plusieurs objectifs. L’un était que peut-être, même dans les négociations, une voie pourrait être trouvée, et nous ne devions pas manquer cette chance. La guerre a ses propres coûts, après tout. Et si un pays peut, par la négociation, atteindre ses objectifs, alors cette voie est clairement moins risquée et moins coûteuse, donc il la préférera. Nous nous sommes dit qu’il y avait peut-être, disons, dix pour cent de chances d’aboutir à un résultat autre que la guerre par les négociations. Nous devions saisir cette chance. Peut-être que nous n’y arriverions pas, mais au moins nous aurions fait valoir notre cause — à l’ennemi, à la communauté internationale, et à notre propre peuple — que nous avions essayé toutes les voies.
Journaliste : J’accepte cela, mais la crédibilité des négociateurs en est détruite. Quand vous allez négocier et que la guerre éclate quand même. Acceptez-vous cela ?
Abbas Araghchi : Vous avez peut-être raison, mais nous ne sommes pas ici pour défendre notre propre crédibilité — je suis le ministre des Affaires étrangères de la République islamique pour les intérêts de la République islamique, pas pour ma propre crédibilité. Et malheureusement, j’admets que dans certains cas, certaines personnes prennent des décisions pour leur propre crédibilité. Personnellement, avec l’état d’esprit dans lequel j’ai été élevé au sein de la République islamique, je considère cela comme une trahison. Si quelque chose doit être fait et qu’une mission m’est confiée, alors mon propre avenir politique — ma propre crédibilité — n’a aucune importance. Si des gens versent leur sang pour ce pays, alors je dois être prêt à sacrifier ma réputation. C’est ainsi que je vois les choses, et donc, quand la décision a été prise que nous devions négocier, ses principes et ses règles ont été fixés, tout cela a été élaboré dans les réunions tenues à l’époque, tout est là. Il y a des procès-verbaux d’un comité nucléaire, qui est devenu maintenant le comité connu sous le nom de comité de négociation à six membres. Vous en avez probablement entendu parler.
Journaliste : Qui sont les six ? Les chefs des trois pouvoirs...
Abbas Araghchi : Attendez pour l’instant...
Journaliste : C’est bon.
Abbas Araghchi : Ce thé, c’est pour boire, ou juste pour le décor ?
Journaliste : Non, allez-y, buvez-le. Il refroidit. Vous disiez, le comité à six membres — tout cela est enregistré.
Abbas Araghchi : Oui, autrefois il s’appelait le comité nucléaire au sein du Secrétariat du Conseil suprême, pendant assez longtemps. Monsieur Shamkhani, que son âme repose, si Dieu le veut, avec les martyrs de Karbala, était en charge de ce comité. Plus tard, quand le Docteur Larijani est devenu secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, il a lui-même présidé ce comité. Qu’il repose en paix. Toute la question de savoir s’il fallait négocier ou non, et sur quels principes, ce qu’il fallait dire et ce qu’il ne fallait pas dire, tout cela a été discuté dans ce comité et résumé, et les décisions du comité étaient exactement comme les décisions du Conseil suprême lui-même. Cela passait exactement par le même processus, et tout a été consigné dans des procès-verbaux qu’un jour, dans l’histoire, après 30 ans, on publiera.
Les termes utilisés à propos des négociateurs et du processus de négociation — ils sont assez intéressants. Pourquoi ? J’y reviendrai plus tard.
Eh bien, l’accord était que nous négocierions, mais que le pays devait être prêt pour la guerre. Je l’ai dit plusieurs fois : personne ne doit être dupé. Je me souviens même que, dans l’une des réunions, l’un des hauts commandants militaires s’était un peu vexé de cela. Il a dit : « Qu’est-ce que vous avez ? Vous le répétez à chaque fois : personne ne doit être dupé. Nous n’allons pas être dupés. Nous sommes pleinement prêts. Allez faire votre travail. Ne vous inquiétez pas. Nous sommes prêts. » C’était l’état d’esprit avec lequel nous sommes entrés dans les négociations.
Aux discussions, l’autre camp exigeait toujours l’enrichissement zéro, et notre position restait la même : nous n’abandonnerions pas les droits du peuple iranien. Dans les négociations avant la guerre de 40 jours, il y a eu un moment où nos installations nucléaires avaient aussi été frappées. À ce moment-là, nous avons dit avec fierté : vous avez frappé nos bâtiments d’installations, mais les bâtiments peuvent être reconstruits. L’équipement et les machines peuvent aussi être reconstruits. Mais vous ne pouvez pas frapper le savoir et la technologie, et cela existe toujours. Et nos matériaux sont toujours en place aussi. Ils sont venus exiger l’enrichissement zéro et que nous remettions les matériaux [uranium hautement enrichi]. Il fallait les leur livrer. Alors bien sûr notre position était claire. Finalement : ils ont dit : d’accord, pas besoin d’enrichissement zéro, juste une suspension. Même si nos installations avaient été endommagées à ce moment-là et que nous étions sous suspension forcée, même alors, nos instructions étaient de ne pas l’accepter comme une chose formelle.
En tout cas, notre position dans les trois rounds de discussions que nous avons tenus là-bas était claire. Les procès-verbaux de ces discussions existent, et les rapports aussi. Le jeudi 7 Esfand [26 février], nous avons eu le troisième round de discussions. Nous avons tenu le troisième round de discussions. La question de la suspension de l’enrichissement est tombée à l’eau. Ils disaient de le suspendre pendant plusieurs années, ce que nous n’avons pas accepté. Mais nous sommes convenus que, à la lumière des discussions qui avaient eu lieu, les comités techniques des deux camps se rencontreraient à Vienne le lundi.
Journaliste : Attendez une seconde. Si nous avions accepté cela, il n’y aurait pas eu de guerre ? Si nous avions accepté une suspension de deux ou trois ans.
Abbas Araghchi : On ne peut pas l’affirmer avec certitude, mais si vous aviez accepté, vous auriez subi un dommage plus grand que la guerre. Pourquoi ? En tout cas, vous auriez bradé la dignité du pays, et nous avions aussi eu la guerre de 12 jours, avec toutes ses pertes, et en plus de cela, nous aurions finalement accepté que l’ennemi obtienne ce qu’il voulait.
Journaliste : Maintenant, si nous avions suspendu pendant deux ou trois ans, Netanyahu et Trump, ce duo en or, partiraient, et alors nous retournerions dans un trou et recommencerions l’enrichissement. Je veux dire, si cela ne tenait qu’à moi, je dirais que le monde n’a aucune vraie logique. Il n’y a pas de vrais engagements dans ce monde, donc si nous — nous suspendrions pendant deux ou trois ans et attendrions que ces deux-là partent, puis recommencerions.
Abbas Araghchi : Maintenant, avec tout le respect que je vous dois, la décision ne dépend pas de vous et de moi, et c’est une bonne chose qu’elle n’en dépende pas.
Journaliste : Mais je veux dire, la suspension était aussi l’une de nos lignes rouges.
Abbas Araghchi : La question n’était pas la suspension ou les matériaux. D’abord, le nombre d’années qu’ils voulaient n’était pas petit.
Journaliste : Combien c’était ?
Abbas Araghchi : Eh bien, puisque c’est toujours l’une des demandes actuelles, et même maintenant que nous avons divisé les négociations en deux étapes, nous avons repoussé la question nucléaire parce qu’il y avait des points dans le dossier nucléaire impossibles à résoudre, et qui ne peuvent toujours pas être résolus dans les conditions actuelles. Peut-être que dans un mois ou deux [cette question pourra être rendue publique]...
Journaliste : Plus de 5 ans ?
Abbas Araghchi : Oui.
Journaliste : Maintenant, il ne nous reste plus qu’à passer cinq ans à construire des postes de police.
Abbas Araghchi : Vous ne m’avez pas laissé expliquer. Il ne s’agissait pas juste de reconstruire ou d’attendre. La question était que nous aurions laissé l’ennemi venir, faire la guerre, puis obtenir ce qu’il voulait. C’est là qu’est la défaite. La défaite n’est pas dans les dommages aux installations, ou la destruction des installations, ou, comme vous le dites, la perte des postes de police et tout cela. Ils ont frappé nos postes de police, mais nos forces de police dormaient sous les ponts la nuit. Elles dormaient dans des bus et faisaient quand même leur travail. Elles accomplissaient leur devoir. La défaite, ç’aurait été si les forces de police avaient levé les mains en l’air et avaient dit : « Monsieur, c’est fini », et étaient rentrées chez elles, avaient fui vers leurs maisons. Cette défaite-là n’a pas eu lieu.
Si, sur la question nucléaire, nous avions donné à l’ennemi ce qu’il voulait — c’est-à-dire que nous avions créé un modèle selon lequel, chaque fois qu’ils voulaient quelque chose de la République islamique, ils pouvaient venir, frapper, détruire des choses, puis la République islamique dirait : « très bien, allez-y, prenez ce que vous voulez » — cela ne devait pas arriver. Ce schéma ne devait pas se former, alors nous sommes restés fermes dans les négociations, même si le prix à payer finissait par être la guerre.
Notre Guide martyr avait une phrase que j’ai toujours gardée devant mes yeux : « Nous, la République islamique, ne faisons pas la guerre parce que la guerre a des coûts, elle a des dangers. Mais nous combattons si le coût de ne pas combattre est plus grand que le coût de combattre. » Si vous arrivez à un point où ne pas combattre vous coûte plus que combattre, alors vous devez combattre. Vous ne devez pas hésiter. Et c’est ce qui s’est passé dans la guerre de 12 jours et de 40 jours.
Le 7 Esfand [26 février], à Genève, nous étions en négociation. Les discussions n’ont plus ou moins abouti à rien, mais nous avons quand même décidé que nos équipes techniques, nos comités, devaient se rencontrer à Vienne le lundi suivant. Nous sommes rentrés, et dès ce vendredi-là, j’ai vu que l’atmosphère était complètement prête pour la guerre. Le vendredi soir, j’ai parlé avec deux ou trois ministres des Affaires étrangères de la région, et ils m’ont tous dit qu’ils étaient surpris aussi, parce que même si les discussions du jeudi n’étaient pas mauvaises dans l’ensemble, pourquoi l’ambiance avait-elle soudainement changé le vendredi ? Il était clair que les États-Unis avaient conclu qu’ils n’obtiendraient pas ce qu’ils voulaient par les négociations et qu’ils devaient aller à la guerre et en finir.
Vous suggériez aussi que peut-être — c’est exact. Au moins du point de vue sioniste, il est vrai que la question nucléaire et les matériaux nucléaires n’étaient qu’un prétexte. Le véritable objectif est quelque chose de plus grand. L’objectif principal de Netanyahu — qui, comme certains le disent, n’est pas différent des autres — est que les États-Unis et Israël sont alignés. Nous pouvons discuter de si ces deux-là sont vraiment sur la même voie. Oui, absolument. Ils sont définitivement sur la même voie et se complètent, mais il y a aussi des différences d’objectifs et de positions parfois, et cela peut être exploité. Mais c’est une autre discussion pour une autre fois.
Netanyahu a dit à de nombreuses reprises qu’il y a une affaire inachevée là-bas. Et qu’est-ce que c’est ? La guerre de 12 jours et la destruction de la République islamique. Il croyait que le travail n’était pas terminé et qu’il fallait le finir, et que la République islamique devait être éliminée — et qu’il n’y a pas de meilleur moment dans l’histoire que maintenant, alors qu’elle est complètement affaiblie. Elle a déjà traversé un round de guerre, donc sa capacité a augmenté. Les gens protestaient aussi — nous l’avons vu dans les rues, par exemple. Et les sanctions économiques, les outils régionaux — tout. Bref, elle est à son point de faiblesse maximale, et ils doivent finir le boulot.
C’était l’objectif d’Israël, et avec cet objectif, il a entraîné l’Amérique dans la guerre. Il a donné à Trump la mauvaise analyse que nous avons vue plus tard à différents endroits. Trump était en colère à propos de l’analyse qu’on lui avait donnée, selon laquelle ce serait fini en deux ou trois jours. Que tout serait terminé. Quand ils ont commencé la guerre, c’était le deuxième jour. Je crois que Trump a publié un tweet de deux mots : « reddition inconditionnelle ».
Hier, c’était toute la journée à propos de ça, vous savez. C’était la cérémonie officielle des funérailles, et des invités étrangers étaient venus, et avec beaucoup d’entre eux, avant et après la cérémonie, des rencontres ont eu lieu. Hier soir, jusqu’à dix heures, pour ainsi dire, avec certains des ministres des Affaires étrangères qui étaient restés, nous avons eu des réunions. Je leur disais, et ils étaient tous d’accord. J’ai dit : dans la guerre, l’ennemi a commencé par « reddition inconditionnelle ». À la fin, nous sommes arrivés à un protocole d’accord dans lequel l’ennemi dit qu’il ne commencera plus aucune guerre contre l’Iran. Il ne menacera plus l’Iran. C’est-à-dire, les deux camps, comme ça, les deux camps s’engagent à ne plus commencer de guerre l’un contre l’autre, et à ne plus se menacer non plus, à ne pas user de la force l’un contre l’autre, à respecter la souveraineté de l’autre, et à respecter l’intégrité territoriale de l’autre, et à s’abstenir d’interférer dans les affaires internes de l’autre.
Alors celui qui disait « reddition inconditionnelle » prend maintenant tous ces engagements, puis dit : « s’il vous plaît, prenez le même engagement réciproque vous aussi, respectez ma souveraineté vous aussi, n’interférez pas dans nos affaires internes non plus, ne soyez pas non plus celui qui commence une guerre contre nous. » Je pense que les premier et deuxième articles de ce protocole sont, de ce point de vue, vraiment une source de fierté : que l’Iran et l’Amérique, avec l’Iran face à l’Amérique en tant que superpuissance, s’assoient et prennent des engagements l’un envers l’autre, respectent la souveraineté l’un de l’autre et n’interfèrent pas dans les affaires internes l’un de l’autre.
2. Dissuasion iranienne
face aux pétromonarchies du Golfe
Journaliste : Il y a une faille dans notre diplomatie. Maintenant, puisque deux guerres se sont produites pendant votre mandat de ministre des Affaires étrangères, vous avez une part de responsabilité. Vous n’utilisez pas de langage menaçant qui pourrait mener à la dissuasion.
Abbas Araghchi : Envers qui ?
Journaliste : Envers les pays de la région. Je veux dire, par exemple, les Américains vont rencontrer les Saoudiens, les Qataris et les Émiratis, et ils les rassurent et leur promettent : « Nous allons frapper l’Iran », et ils coopèrent tous. Pourquoi n’allez-vous pas les menacer de votre côté dans des messages privés, dans des réunions, dans des rencontres privées ? Pour que les menaces puissent réellement créer une dissuasion.
Abbas Araghchi : Comment savez-vous que nous ne l’avons pas fait ? Avant la guerre de 12 jours, nous sommes arrivés près de la guerre deux ou trois fois, et par des menaces nous l’avons empêchée. Ces tournées régionales que j’ai faites après l’affaire syrienne étaient exactement pour cela, et les menaces que nous avons proférées à un ou deux moments ont empêché la guerre.
Je vais donner un exemple maintenant, bien sûr, sans nommer de noms et tout ça. J’ai rencontré l’un des dirigeants de la région, qui parlait avec un ton très arrogant, et la satisfaction que vous pouviez sentir en dessous, il a dit : « Vous pouvez être sûr qu’ils vont vous attaquer, détruire vos installations nucléaires, détruire votre capacité en missiles, et détruire vos installations pétrolières, et vous ne devriez pas répondre parce qu’ils vous tueront aussi. Ils élimineront votre Guide. »
Journaliste : Qui a dit cela ?
Abbas Araghchi : Un des dirigeants de la région, et je lui ai dit —
Journaliste : L’Arabie saoudite ?
Abbas Araghchi : Ne rentrons pas là-dedans maintenant. Nous avons des relations avec eux, avec tous.
Journaliste : Ça ressemble à bin Salman.
Abbas Araghchi : Ne donnons pas de noms maintenant. Non, cela s’applique à tous. Quoi qu’il en soit, faisons notre travail. Ils avaient tous cet état d’esprit. Ils attendaient tous que cela arrive. Mais ils avaient peur.
Journaliste : Ils pensaient que c’était fini ?
Abbas Araghchi : Oui. Je leur ai dit que ce n’était pas aussi simple que vous le présentez. S’ils nous frappent, nous frapperons la cible correspondante. S’ils frappent nos installations nucléaires, nous frapperons des installations nucléaires. S’ils frappent nos capacités militaires, nous frapperons les capacités militaires d’Israël. Si l’Amérique s’implique, alors inévitablement nous frapperons les bases américaines dans la région. Parce que nos missiles ne peuvent pas atteindre le sol américain, mais ils peuvent atteindre leurs bases dans la région. S’ils frappent nos installations pétrolières et que nous ne pouvons plus vendre de pétrole, alors personne dans la région ne le pourra.
Cela a un peu mis en colère l’autre camp, et il a dit : « Personne ne peut nous menacer. Si quelqu’un nous menace, je ne sais pas, toute l’Europe et l’Amérique se retourneront contre eux, même la Chine se retournerait contre eux à cause de tous ces liens commerciaux. Le flux du pétrole dans le monde est entre nos mains, la chaîne de distribution et tout ça sont entre nos mains » — ce genre de discours. J’ai ri et j’ai dit : Monsieur, Dieu nous en garde, nous n’essayons pas de vous frapper. Nous visons les bases américaines, qui malheureusement se trouvent sur votre sol. Eh bien, c’est ce qui a fait bouger la région et arrêté la guerre.
Mais plus tard, nous avons entendu des analyses d’institutions américaines et sionistes, et certaines personnes nous ont dit qu’elles étaient allées convaincre les pays de la région, en disant, écoutez, au maximum, tenez juste un mois. Ensuite tout cela sera terminé pour de bon. Oui, l’Iran frappera, lancera des missiles, fera tout ça, mais si nous tenons juste (un mois), tout s’arrangera, et ils les ont préparés à tenir un mois et à laisser tout se terminer.
Eh bien, dans la guerre de 12 jours, ils pensaient que cela pouvait se faire. Ça ne s’est pas fait. Ils ont conclu que la base sociale du système devait être frappée. Ils ont fait ces choses et se sont préparés pour une guerre plus longue avec de nouvelles méthodes. Et puis, revenant à la guerre de 12 jours, ils sont arrivés à une conclusion. Une autre conclusion à laquelle ils sont arrivés était qu’ils avaient fait une erreur. Ils n’avaient frappé que le militaire. Ils avaient frappé les militaires et épargné les politiciens. Cette fois, ils allaient aussi frapper les politiciens, et surtout, le leadership. L’expérience du Venezuela leur avait à nouveau donné la fausse impression que si vous retirez le leadership, le système s’effondre et le reste, pour ainsi dire, s’écroule.
Maintenant, nos pays amis nous disent constamment, oui, combien de fois ils leur ont dit de ne pas penser comme ça, que les Iraniens sont différents. Ils ont une civilisation vieille de plusieurs milliers d’années derrière eux, plus une vision du monde chiite et une croyance dans le martyre. Quand ces deux-là se combinent, personne ne peut les arrêter. Ils nous le disent maintenant, ils disent, oui, ils disent, nous leur avons dit tout ça. À un moment donné, je dirai exactement qui nous a dit qu’ils étaient allés leur dire, écoutez, ne vous frottez pas à l’Iran. L’Iran est différent du Venezuela. Mais c’était vrai, après tout. C’est pourquoi ils ont commencé par le Guide, puis ils ont commencé à cibler les responsables politiques aussi.
Nous n’avons pas été pris au dépourvu dans la guerre de 40 jours, mais il y a eu une surprise tactique. C’est-à-dire, stratégiquement, en termes de faire face à l’ennemi et de notre capacité à répondre, et de notre résilience militaire et défensive face à l’ennemi, nous étions pleinement préparés. Nous n’avons pas été surpris. En fait, deux heures plus tard, nous avons commencé à riposter. Mais dans la protection de nous-mêmes et, pour ainsi dire, de nos responsables, je pense qu’il y a eu un peu de surprise.
3. Les émeutes de
janvier et le complot américain
Journaliste : Maintenant, dites-nous, y a-t-il eu une prévision des émeutes durant les dix jours précédant les émeutes ?
Abbas Araghchi : Non ! Nous pouvons dire ici que nous n’étions pas préparés pour un incident comme celui-là.
Journaliste : Mais Monsieur Larijani, les forces armées, le ministère du Renseignement, les Gardiens de la révolution pensaient que si cette foule sortait, trois mille personnes seraient tuées, et certaines villes tomberaient — Machhad… Trump avait raison, Monsieur Araghchi, j’ai — j’ai vérifié cela plus tard. Machhad était tombée en trois ou quatre heures. Elle était tombée. Je veux dire, c’était une surprise stratégique, à mon avis.
Abbas Araghchi : Écoutez, en tout cas, nous devons accepter que nous avions des faiblesses, tout comme les calculs de l’ennemi étaient erronés, leur analyse était erronée ; certaines de nos analyses aussi étaient erronées. Le fait que la pression économique puisse mener à des troubles sociaux, tout le monde le savait. Tout le monde le disait, mais l’ampleur et la vitesse de la propagation n’ont peut-être pas été prévues à ce point. Ce n’est vraiment pas mon domaine d’expertise, donc je ne peux pas vraiment le dire, mais une fois que cela a commencé, nous avons été impliqués aussi, et nous n’avons eu d’autre choix que de défendre le pays contre l’assaut médiatique et psychologique. L’hypothèse était que c’étaient juste des protestations éparses et qu’elles se termineraient bientôt aussi.
Mais peut-être que c’était vraiment le cas, sauf que les 18 et 19 Dey [8-9 janvier], un complot étranger est entré en scène. Je l’ai expliqué avant dans des entretiens et des discussions en détail. Du 8 au 18 [29 décembre-8 janvier], c’étaient des manifestations publiques du peuple, et elles étaient tolérées aussi. Même le gouvernement, pour ainsi dire, y a répondu positivement. Je me souviens que dans l’une des réunions du cabinet autour de ces jours-là, ils ont invité le chef de la Chambre des corporations, le chef de la Chambre de commerce, pour exprimer leurs préoccupations. Le président lui-même, avec la Chambre des corporations et d’autres, a tenu une réunion séparée. Les manifestations se déroulaient pacifiquement. Il n’y avait pas de problème, mais à partir du 18 Dey, des armes ont commencé à arriver, et il était clair qu’il y avait eu une planification préalable derrière cela, que nous n’avons pas pu identifier. C’est là qu’était la faiblesse, et des armes sont arrivées à grande échelle, et des forces entraînées sont arrivées aussi.
Vous savez ce qui s’est passé après cela. Et ils ont commencé à tirer non seulement sur les forces armées mais aussi sur le peuple, parce que l’objectif était de faire monter le nombre de morts. Trump avait dit que si des gens étaient tués, nous viendrions aider, nous viendrions les sauver. Alors ils voulaient mettre Trump dans une position où, avec tant de morts, il devrait intervenir.
Journaliste : Alors si ça avait duré du 18 au 28 [8 au 18 janvier], pensez-vous que la guerre aurait commencé à ce moment-là ?
Abbas Araghchi : Vous ne pouvez pas vraiment analyser cela. Je ne sais pas s’ils étaient prêts pour la guerre à ce moment-là ou non, mais Trump avait fait cette menace, et un jour, un mercredi, nous sommes vraiment arrivés au bord de la guerre. Le mercredi, après le 18 Dey, toutes nos forces armées, sur la base des rapports qu’elles avaient, croyaient que l’ennemi était prêt à attaquer et que l’attaque aurait lieu cette nuit-là. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, à huit heures ce soir-là j’ai fait un entretien avec Fox News et j’ai expliqué tout cela, que ce n’était pas du tout une question de manifestations publiques.
Oui, cette nuit-là ils ont dit que Trump avait dit qu’il y aurait des exécutions le lendemain, et que beaucoup de gens avaient été tués, et puis le renforcement militaire de l’ennemi et tout cela suggérait que…
Journaliste : Trump a dit que si vous les exécutez, il attaquera ?
Abbas Araghchi : Non, il avait dit que l’Iran procédait à des exécutions et qu’ils allaient attaquer. On lui avait dit que les exécutions commenceraient le lendemain matin, alors cette nuit-là j’ai fait un entretien avec Fox News et j’ai dit que nous n’avions pas l’intention de procéder à des exécutions en ce moment, parce qu’en fait les procès n’avaient même pas commencé ; plutôt, un certain nombre de personnes avaient été arrêtées. Le processus judiciaire n’était pas terminé. Certains d’entre eux méritaient peut-être l’exécution, et ils l’ont eue et ont été exécutés [plus tard]. Mais le processus judiciaire n’avait pas commencé, donc nous n’allions pas exécuter qui que ce soit le lendemain matin. J’ai dit que nous n’avions actuellement aucun plan de ce genre. Le processus judiciaire n’avait pas commencé, et en plus, pour ainsi dire, les tueries avaient cessé sept ou huit jours plus tôt. Elles s’étaient arrêtées. Après les 18, 19 et 20 Dey [8-10 janvier], nous n’avions plus de victimes. Les victimes avaient cessé. Le rapport disant que des gens étaient tués dans les rues tous les jours était faux, bien que peut-être Trump cherchait un prétexte aussi. Quoi qu’il en soit, ils ont annoncé cette nuit-là que ça n’arriverait pas.
Journaliste : A quel point les 18 et 19 Dey ont-ils affecté le déclenchement de la guerre ? La guerre de quarante jours.
Abbas Araghchi : À mon avis, cela a affecté la conclusion de l’ennemi que les conditions étaient prêtes. C’est-à-dire, ils ont vu que, eh bien, de leur point de vue, un mouvement populaire avait eu lieu, et le système avait, pour ainsi dire, craqué sous la répression. De notre point de vue, c’était la répression d’un mouvement terroriste. Mais la perception était qu’il avait craqué, et que le terrain social était prêt.
Journaliste : A quel point cela a-t-il contribué au déclenchement de la guerre ?
Abbas Araghchi : Je dirais, beaucoup. Ils pensaient que le climat social était prêt, et que s’ils attaquaient, les gens à l’intérieur du pays descendraient aussi dans la rue. Les gens sont descendus dans la rue, mais pour une raison différente : pour soutenir le système. C’était l’erreur.
Deux facteurs ont conduit, comme je l’ai dit, au déclenchement de la guerre de 40 jours le 9 Esfand [28 février]. L’un était qu’ils pensaient que le climat social était maintenant prêt, que le capital social du système avait été détruit. Dans la guerre de 12 jours, le capital social du système est entré en jeu, et nous avons tous réalisé quelle ressource nous avions, et à quel point nous l’avions peu appréciée. Malheureusement, après la guerre de 40 jours, nous ne l’avons toujours pas appréciée, et finalement nous avons continué à suivre certaines voies qui ont mené à des problèmes. L’ennemi pensait qu’après les émeutes, le capital social du système n’existait plus. Militairement aussi, ils pensaient que si la guerre traînait de douze jours à, disons, deux semaines, le travail serait fait. Il y avait une pression économique et tout ça. Et il n’y avait aucun espoir dans la région non plus. Ils avaient aussi dit aux pays régionaux de juste tenir encore un peu et que ce serait fini. La République islamique bluffe et n’oserait pas fermer le détroit d’Ormuz. Et elle ne peut pas non plus étendre la guerre à la région parce que la région se retournerait contre elle. Malgré toutes ces évaluations, ils ont commencé la guerre. Ils sont venus à la réunion et ont dit : « Acceptez-vous cela ? » Nous avons dit non.
4. Le début de
la guerre : récit personnel d’Araghchi
Journaliste : Alors racontez-nous ces deux jours jusqu’à 9h30 du matin. Guidez-nous à travers cela. Après votre retour de Genève, ce représentant omanais — je me souviens qu’il est allé rapidement aux États-Unis et a fait quelques entretiens et a dit quelques choses comme : « Écoutez, l’Iran a fait de bonnes concessions, et je ne sais pas, tout va bien », et vous aviez le sentiment que quelque chose se préparait, que les Américains voulaient attaquer, et il continuait d’essayer, par ces propos, de les en dissuader. Pensiez-vous aussi qu’en un jour ou deux, la guerre allait certainement arriver ?
Abbas Araghchi : Il est allé de Genève à Washington et m’a appelé et a dit que l’atmosphère là-bas était très mauvaise, et qu’il était lui-même profondément déprimé. Ils disent qu’il était devenu bouleversé et angoissé aussi, parce que sa crédibilité était aussi en jeu. Aussi, dans les négociations du jeudi, il est vrai que nous ne leur avons pas donné ce qu’ils voulaient, mais finalement nous avons quand même fait quelques pas en avant, et nous avons présenté quelques propositions annexes innovantes, pour que l’enrichissement, en principe, se poursuive, mais puisse quand même répondre à leurs préoccupations, parce que notre position a toujours été, depuis le début des discussions nucléaires jusqu’à maintenant, que nous ne renoncerons pas à nos droits, mais que s’il y a une inquiétude que notre programme pourrait peut-être se diriger vers des armes, cette inquiétude nous sommes disposés à la lever. Notre position dans les discussions a toujours été que nous sommes prêts à prendre des mesures de confiance, mais pas à renoncer à nos droits. Nous ne renoncerons pas à l’enrichissement.
Mais là vous dites, par exemple, pour une certaine période. Comme, limiter l’enrichissement de cette façon, je ne sais pas, avec les matériaux, faire ceci, faire cela, faire ceci, pour s’assurer que nous ne poursuivons pas une bombe. Nous ne croyons pas aux bombes atomiques de toute façon, et nous les considérons comme haram et interdites. C’est la fatwa de notre Guide martyr. Alors nous avons présenté ces initiatives, en pensant que peut-être ainsi nous pourrions garder les négociations sous contrôle. Eh bien, cela n’a pas marché. Monsieur Busaidi est allé à Washington, et de là il m’a appelé et a dit que l’atmosphère là-bas était mauvaise. Puis il a lui-même commencé à donner des entretiens et à dire les mêmes choses, essayant, à sa manière, d’arrêter la guerre — de l’arrêter. J’ai dit, jeudi, et quand ça s’est terminé, vendredi, l’atmosphère était devenue complètement militaire.
Journaliste : Il vous a appelé et a dit que la guerre était certaine ?
Abbas Araghchi : Non, il a dit que l’atmosphère là-bas était une atmosphère de guerre, et je suis allé donner un entretien. Puis il avait demandé à rencontrer Vance, parce qu’il sentait que peut-être Witkoff et Kushner n’avaient pas correctement transmis les choses. Il avait rencontré Vance, mais apparemment à Washington, Trump lui-même avait déjà pris sa décision et avait été convaincu par le lobby sioniste ou par Netanyahu que la guerre serait finie en deux ou trois jours. Alors vendredi soir, toute l’atmosphère avait complètement changé.
À huit heures samedi matin, je suis allé voir le président et je lui ai donné un rapport sur les discussions de Genève. En même temps, j’ai dit que les discussions avaient été relativement bonnes, mais que l’atmosphère n’était pas du tout propice aux négociations ; c’était une atmosphère de guerre. J’avais aussi un rendez-vous à 9h. Je suis allé au bureau du Guide avec l’un des responsables. J’avais un rendez-vous là-bas.
Journaliste : Vous n’avez pas rencontré le Guide ?
Abbas Araghchi : Non. Nous devions, pour ainsi dire, rencontrer Monsieur Hejazi (responsable de la sécurité du Guide, chargé du renseignement et des affaires intérieures), et le rapport lui serait transmis. Pendant la journée, il recevait des rapports de partout, par exemple, et les présentait au Guide, et s’il y avait des questions, il rapportait les réponses. Et si nécessaire, le Guide lui-même nous rencontrait. Ce n’était pas comme si c’était le seul canal. Le Guide martyr, en tout cas, la façon dont ça fonctionnait, c’est que des rapports de partout lui parvenaient. Il les examinait tous, et s’il avait des orientations, il les donnait, et s’il le jugeait bon, il convoquait la personne — ou plutôt, il voulait tenir une réunion avec elle et la briefer. Si nécessaire, il tenait une réunion de groupe. Soit il invitait des personnes spécifiques, soit il invitait le Conseil suprême. En tout cas, à mon avis, il y avait un système de prise de décision tout à fait solide en place, et c’est toujours le cas. Même maintenant, une fois que certaines questions de sécurité seront résolues, ce sera vraisemblablement la même chose.
Journaliste : Vous étiez avec Monsieur Hejazi ?
Abbas Araghchi : Oui, à neuf heures. Et nous étions essentiellement en train de passer en revue un rapport sur les négociations. Et j’en étais arrivé exactement à ce point sur la lourde atmosphère de guerre, et j’ai dit que depuis la nuit dernière c’était devenu ainsi, et que la situation n’était pas telle que... Soudain, un bâtiment a été frappé.
Journaliste : Alors la réunion du Conseil stratégique des relations étrangères se tenait, c’est ça ?
Abbas Araghchi : Non.
Journaliste : Parce que Monsieur Kharrazi (conseiller du Guide pour les affaires étrangères) est là aussi. Et vous êtes ici, et Monsieur Rahim Safavi (conseiller du Guide pour les affaires militaires) est là aussi.
Abbas Araghchi : Écoutez, c’est un grand complexe là-bas, avec différentes sections dedans. Le Conseil stratégique des relations étrangères avait un lieu quelques bâtiments plus loin. Ils se réunissaient aussi au même moment, mais ce n’était pas ça. Pire que cela était la réunion que Monsieur Shamkhani avait organisée, où un certain nombre de commandants sont devenus martyrs.
Journaliste : Nous ne diffuserons pas cela. Je veux dire, je doute que nous puissions le diffuser. Enfin, peut-être pour les archives. Ce jour-là, il y avait trois réunions. La réunion du conseil des adjoints du ministère du Renseignement, au ministère. La réunion du Conseil stratégique des relations étrangères, à la résidence, et une réunion du conseil de défense que Monsieur Shamkhani avait organisée. Monsieur Khamenei lui-même était aussi à la résidence. Comment interprétez-vous cela ? Trois ou quatre en même temps, à 9h30 du matin.
Abbas Araghchi : Eh bien, le Conseil stratégique lui-même, pour ainsi dire, avait une réunion régulière chaque samedi. À l’époque où j’étais au Conseil stratégique, nous nous réunissions chaque samedi matin. Mais dans le bâtiment qu’ils ont sur la rue Pasdaran. Que s’est-il passé pour qu’ils la tiennent dans ce bâtiment inférieur ? Je ne sais pas. D’ailleurs, cet endroit n’était pas la cible. Mais la réunion de Monsieur Shamkhani était la cible, et le bureau — Monsieur Shirazi (directeur du bureau militaire du Guide) était une cible, et le bureau de Monsieur Hejazi aussi, et le bureau du Guide lui-même. Ils ont frappé ceux-là.
Journaliste : Ils ont aussi rapidement frappé la réunion du conseil des sous-secrétaires.
Abbas Araghchi : C’étaient d’autres bâtiments.
Journaliste : Je sais, ce chevauchement, ce nombre de réunions, ça ne me semble pas normal.
Abbas Araghchi : Eh bien, à l’époque, bien sûr, chaque bâtiment où nous entrions avait une réunion en cours, mais la réunion avec Son Excellence à son bureau — c’est une autre affaire. Et le fait que la réunion du Conseil de défense avait aussi été organisée par Monsieur Shamkhani. Maintenant, si c’était une coïncidence ou non, je ne sais pas. Mais le ministère du Renseignement tenait aussi cette réunion au même moment. Ce qui est important, à mon avis, c’est que l’ennemi avait des renseignements sur ces réunions, et cela peut pointer vers une faille de sécurité qui existait et probablement existe toujours. Il faut la réparer, et les forces de sécurité s’y penchent, et je crois que cette faille de sécurité ne concerne pas seulement l’infiltration et l’obtention d’informations. Parfois, cela affecte aussi la direction de la prise de décision, et pire que cela, cela affecte aussi la direction et la formation de notre climat psychologique.
Journaliste : Je le dis de manière indirecte, mais je crois que rien ne peut détruire la République islamique sauf les réunions. Ces réunions ont vraiment fait des ravages à la République islamique, mais ce chevauchement et ce niveau de connaissance — ils ont frappé à 9h30 du matin. Je ne mets plus cela sur le compte de la technologie ou de l’IA et de choses comme ça. Puisque vous avez un certain passé dans le renseignement, il me semble que nous devons vraiment chercher quelques espions derrière cela.
Abbas Araghchi : Ce n’est pas si simple. J’ai écrit des articles à ce sujet dans le journal Ettela’at ! Eh bien, laissez-moi vous dire, je pense qu’ils savaient très bien que chaque matin le Guide était dans son bureau, et que cette cible était accessible. Eh bien, il avait ce principe — il ne voulait pas se réfugier dans un abri. Ils ont réalisé que sa réunion de commandants était soit deux bâtiments plus loin. C’est pourquoi ils ont choisi ce moment. Probablement par hasard, la réunion du ministère du Renseignement se déroulait aussi au même moment, mais elle était beaucoup plus éloignée. Quoi qu’il en soit, cette tragédie est arrivée.
Écoutez, nous étions assis dans une réunion, et ils ont frappé ce même bâtiment.
Journaliste : Ils ont frappé le bâtiment ? Je veux dire, avec des débris et tout ?
Abbas Araghchi : Oui.
Journaliste : Parce que j’ai entendu que Monsieur Hejazi avait été tiré des décombres —
Abbas Araghchi : Oui, presque.
Journaliste : Alors vous avez dû être enseveli aussi, alors —
Abbas Araghchi : Eh bien, je suis sorti par moi-même. Trois frappes. Autant que je m’en souvienne à partir de ce moment, il y a d’abord eu un certain intervalle, puis nous avons soudainement été comme figés sur place, à une ou deux secondes d’écart. La deuxième a frappé plus près, et le bâtiment a tremblé, et la troisième aussi, une ou deux secondes plus tard, a frappé.
Mais c’était le bâtiment de Monsieur Hejazi. Genre, notre réunion était de ce côté-ci, et de l’autre côté était le bureau de Monsieur Hejazi. Ils avaient frappé le bureau. Je veux dire, le côté gauche du bâtiment a été détruit. Par exemple, que Dieu bénisse le martyr Eivazi, ils n’ont rien retrouvé de lui du tout.
Journaliste : Le secrétaire de Monsieur Hejazi.
Abbas Araghchi : Mais nous étions de ce côté du bâtiment, et puis le plafond et tout s’est effondré. Quand ça s’est terminé, j’attendais la quatrième, pour que ce soit complètement terminé, mais ça ne s’est pas poursuivi. J’ai regardé Monsieur Hejazi et j’ai dit : « Vous allez bien ? » Il a dit : « Oui. » Puis j’ai pris sa main et ensemble nous nous sommes finalement relevés. Il a lui-même dit que nous devions sortir rapidement parce que ça allait probablement continuer. Nous sommes passés à travers ces poutres et planches et morceaux de bois et sommes entrés dans la pièce. Nous sommes entrés dans un hall où nous pouvions entendre des cris de « Ya Hossein » et des hurlements venant de là. L’eau coulait du plafond, et tout était en ruine. Avec beaucoup de difficulté, nous sommes sortis du bâtiment. Puis j’ai vu la cour ; différentes parties avaient été frappées. Alors que nous sortions avec Monsieur Hejazi, j’ai demandé : « Agha est-il là ? » Il a dit : « Je ne sais pas. » C’est-à-dire qu’il n’était lui-même pas sûr d’où se trouvait exactement le Guide. Quoi qu’il en soit, nous sommes sortis. Ils avaient tout frappé. Les portails et tout étaient déchiquetés. Les hommes de la sécurité sont venus, ont rapidement attrapé ma main, et ont dit qu’il fallait qu’on sorte parce que ça continuerait probablement. Alors de toute façon, nous sommes rapidement allés à notre voiture, qui était coincée. Elle avait aussi été touchée par des éclats d’obus, et il n’y avait plus moyen de sortir. Alors nous sommes sortis dans la rue. Un jeune homme est apparu.
Journaliste : On a pris un taxi.
Abbas Araghchi : Ils ont demandé à un jeune homme : « Prenez le ministre des Affaires étrangères ! » Le pauvre gars est venu, je pense, dans une voiture Tiba ou je ne sais pas, peut-être une 206, je ne me souviens plus. Nous sommes montés, et il m’a conduit au bureau du ministère des Affaires étrangères.
Journaliste : Quand avez-vous appris que le Guide était devenu martyr ?
Abbas Araghchi : Eh bien, nous l’avons appris à peu près cette même nuit, c’est-à-dire…
Journaliste : Après le coucher du soleil ?
Abbas Araghchi : De là, nous sommes allés au ministère des Affaires étrangères. Et pendant peut-être trois jours, nous étions complètement coupés de tout. Nous essayions seulement de savoir qui était vivant et qui était devenu martyr. Je n’avais même pas de nouvelles certaines sur le président. Bien sûr, ce jour-là, la nouvelle est venue qu’il n’était pas devenu martyr, mais nous n’avions pas de communication. J’ai vu le président pour la première fois trois jours après le début de la guerre. Je pense que j’ai vu Monsieur Larijani cinq jours plus tard pour la première fois. Et la première réunion — la première réunion qui a eu lieu, c’était six jours plus tard, dans un lieu sûr, où trois des personnes présentes à cette réunion sont devenues martyres plus tard.
Journaliste : Une réunion du Conseil suprême de sécurité nationale ?
Abbas Araghchi : Non.
Journaliste : Qui est devenu martyr parmi les présents ?
Abbas Araghchi : Monsieur Khatib (ministre du renseignement) est devenu martyr, Monsieur Larijani est devenu martyr, Monsieur Bateni (responsable du bureau du Guide) est devenu martyr. Trois autres d’entre nous étions là aussi, et nous sommes toujours là.
5. Les ripostes
multiples de l’Iran et la nouvelle équation régionale
Laissez-moi vous dire, dès l’instant où je suis entré au ministère des Affaires étrangères, j’avais pleine autorité. Nous avons immédiatement publié une déclaration, et j’ai commencé à appeler les ministres des Affaires étrangères des pays de la région. Eh bien, je savais que le plan était déjà arrangé : s’ils nous frappent, nous frapperons les bases militaires américaines dans la région. Et aussi le régime sioniste. Alors dès midi, j’ai commencé avec les ministres des Affaires étrangères des pays du Conseil de coopération du Golfe dans la région. Je les ai tous contactés et leur ai dit que nous allions frapper les bases militaires américaines. Vous devez savoir que ce n’est pas contre vous ; c’est contre les Américains. Ils ont tous protesté, disant : « Non, vous ne pouvez pas », et ainsi de suite. J’ai dit, en tout cas, ce n’est pas une guerre que nous avons commencée. C’est une guerre qui nous a été imposée. Et nous vous l’avions déjà dit auparavant. Eh bien, ils ont commencé à protester, ce même après-midi nos ambassadeurs ont été convoqués.
C’était le troisième jour de la guerre, et ce matin-là, l’un des ministres des Affaires étrangères de la région m’a appelé. Il a dit : « En représailles pour les endroits que vous avez frappés depuis notre territoire », il m’a appelé à 4h30 du matin, huit heures du matin, « nous allons frapper tel ou tel endroit, mais nous ne continuerons pas plus loin. Nous ne continuerons pas. Vous ne nous frappez plus, et nous ne vous frapperons plus. » Très en douceur, hein ?
Journaliste : Qui ? Les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite ?
Abbas Araghchi : Un des pays de la région.
Journaliste : Je veux dire, en plus des États-Unis et d’Israël, ils ont aussi commencé à nous appeler, à nous menacer.
Abbas Araghchi : J’ai dit, si vous nous visez, cette fois nous vous viserons et une guerre (directe) commencera entre nous et vous. Notre guerre avec l’Amérique, notre guerre avec Israël, c’est une chose, mais elle commencera avec vous aussi.
Journaliste : Vous avez dit ça en votre propre nom ?
Abbas Araghchi : Non, c’était toujours notre règle.
Journaliste : Ah, donc ça faisait partie du plan approuvé.
Abbas Araghchi : Je dis que tout cela avait été réfléchi. Bien sûr, j’ai aussi vérifié cette question. Aussi, laissez-moi dire que nos communications étaient difficiles, mais il y avait deux endroits dans les forces armées où nous étions en contact constant. Honnêtement, à tout moment ils m’appelaient. J’étais disponible, et chaque fois que j’appelais, ils étaient disponibles. D’autres non. Je ne vais pas donner de noms maintenant. Monsieur Untel, nous avons besoin de lui. Vingt-quatre heures plus tard, ils disaient qu’il n’était pas disponible ! Quant au Guide, c’est une autre affaire, il était dans une catégorie à part. Mais avec ces gens ordinaires, si vous aviez besoin de quelqu’un, nous passions toute la matinée jusqu’à midi à le chercher juste pour avoir une réponse.
Journaliste : Mais les forces armées n’étaient pas comme ça —
Abbas Araghchi : Avec les forces armées, nous étions en contact constant. Chaque fois que j’appelais, honnêtement, Monsieur Vahidi (commandant des Gardiens de la révolution) décrochait le téléphone, ou le général Abdollahi (commandant du quartier général interarmées Khatam al-Anbiya), ou les autres, ou notre commandant de la marine. Quand l’affaire du destroyer Dena est survenue, eh bien, il y a eu beaucoup de problèmes.
Quoi qu’il en soit, ce pays a dit que nous allions frapper. J’ai dit que nous répondrions immédiatement aussi, et qu’il y aurait une guerre entre nous et vous aussi. Puis il a dit : « Alors qu’est-ce qu’on devrait faire maintenant ? » J’ai dit : « Attendez jusqu’à midi, retardez un peu. Peut-être pourrons-nous arriver à une conclusion. » Puis nous avons discuté encore et sommes arrivés à un accord selon lequel s’ils ne permettaient pas que la base américaine soit utilisée contre nous, nous étions prêts à ne pas les viser. Mais ils n’ont pas tenu parole. Nous avons continué à les frapper jusqu’à la fin de la guerre. Après cela, ils ont arrêté de menacer de répondre. Les autres, pareil. Logiquement, ils ne pouvaient pas croire que nous frapperions la région et qu’ils ne pourraient pas répondre. Ce fut un changement majeur, et il s’est produit d’une manière qui a transformé la structure sécuritaire de la région. Le fait que l’Iran puisse frapper toute la région, tout, même Oman, qui était notre ami et que nous n’avons pas frappé, vraiment —
Journaliste : Mais vous avez frappé un endroit là-bas,
Abbas Araghchi : Non, c’est ce que je veux dire, une compagnie qu’ils avaient dans l’un de leurs ports approvisionnait en carburant les navires américains ; seulement celle-là nous l’avons frappée. Nous l’avons frappée une ou deux fois. Bien sûr, les Omanais étaient très contrariés parce qu’ils nous avaient vraiment soutenus, mais cela aussi a pris fin, et eux-mêmes ont arrêté ces compagnies eux-mêmes.
Nous avons frappé toute la région, et pas un seul d’entre eux n’a pu répondre. Et cela a montré que la structure sécuritaire de la région ne peut tout simplement plus être ce qu’elle était. Un jour, je devrai parler de nos gains stratégiques dans cette guerre — ce que nous avons exactement obtenu et quelles victoires stratégiques nous avons remportées, et d’autre part, les dommages que nous avons subis n’étaient pas stratégiques, jusqu’à un certain point. Certains des dommages étaient stratégiques, mais dans l’ensemble nos victoires stratégiques les dépassent.
6. Le Code 110,
l’assassinat du Guide et la diplomatie de la Résistance
Journaliste : Pour la première fois, nous avons frappé la région — toute la région, tous les pays qui la composent. Puis nous avons fermé le détroit. Ça, c’était la décision de qui avant la guerre ?
Abbas Araghchi : Avant la guerre, nous avons eu de multiples réunions au Conseil suprême. Tous les scénarios avaient été examinés, comme, je suppose que je devrais le dire maintenant, par exemple, si les États-Unis attaquaient seuls et que le régime (sioniste) n’y participait pas, que devrions-nous faire ? S’ils attaquaient tous les deux ensemble, que devrions-nous faire ? Si, par exemple, leurs cibles se limitaient aux cibles militaires, pas aux civils, que devrions-nous faire ? S’ils allaient plus loin et ciblaient les infrastructures, que devrions-nous faire ? Et il y avait un scénario, le tout dernier, sur ce qu’il fallait faire s’ils frappaient le leadership.
Journaliste : Donc cela avait été anticipé.
Abbas Araghchi : Oui. Ça avait même un code.
Journaliste : Que voulez-vous dire ?
Abbas Araghchi : Comme un mot de code. Si cela arrivait, qu’étions-nous censés faire ? Dans les réunions, je veux dire, dans le sens où dans une réunion, personne ne pouvait se résoudre à le dire. Genre, même dire que le Guide [pourrait devenir martyr]... alors il y avait un code. Code 110, et tout le monde savait ce que voulait dire 110. Si le code 110 se produisait, nous ferions ceci. Cela avait été rédigé et approuvé, et Son Excellence l’avait vu et l’avait approuvé lui-même. C’est pourquoi ça a commencé immédiatement, de manière très ordonnée et bien organisée. Nous n’avons pas du tout été pris au dépourvu. Nous étions préparés à tout. Oui, nous avons même utilisé les négociations comme un outil aussi. Si ça marchait, tant mieux ; sinon…
Journaliste : J’ai demandé une fois à Monsieur Larijani — j’ai dit : « Alors, s’ils frappent Agha, que se passe-t-il ? » Il m’a donné une réponse, puis j’ai redemandé. Il a dit : « Monsieur Mogouyi ! Arrêtez ! » Je veux dire, il m’a vraiment rembarré, genre : « N’en parlez même plus. »
Abbas Araghchi : Oui. C’était difficile même d’en parler. C’est pourquoi je dis qu’il y avait un code pour ça. Nous ne le disions pas directement. Nous utilisions un code que tout le monde comprenait.
Puis quand ça a commencé, eh bien, puisque je savais ce qui se passait, je suis allé de l’avant et j’ai appelé moi-même les ministres de la région et j’ai expliqué la situation. Puis nous avons publié une déclaration. Nous avons commencé à donner des entretiens. Et notre principal objectif ces jours-là était de porter immédiatement la voix de l’Iran au monde et pour que cette voix transmette de la confiance. Une voix qui ne semblait pas tremblante, pour que l’ennemi ne pense pas : « Oui, ils se sont vraiment effondrés, c’est fini, nous atteindrons nos objectifs en deux ou trois jours. »
Si vous regardez les entretiens que j’ai donnés ces jours-là, et ceux que Monsieur Baghaei, notre porte-parole, a donnés…
Journaliste : Monsieur Baghaei s’est vraiment donné à fond.
Abbas Araghchi : Il a vraiment tout donné.
Journaliste : Le nombre d’entretiens qu’il a faits, le nombre de réunions qu’il a tenues, n’a jamais cessé. Ses briefings hebdomadaires ont continué. Et quand il a dit : « Nous sommes une superpuissance » — je veux dire, le langage était très combatif.
Abbas Araghchi : C’est comme ça qu’étaient les choses au ministère des Affaires étrangères pendant ces quarante jours. Monsieur Baghaei, comme vous l’avez dit, en tant que porte-parole, n’a pas annulé un seul briefing de presse, pas une seule fois durant ces trois jours.
Et laissez-moi ajouter, pendant ces quarante jours, mes adjoints, tous mes collègues, et moi-même sommes restés dans le bâtiment du ministère des Affaires étrangères. Nous n’avons pas quitté le ministère des Affaires étrangères. Tout le monde a déménagé vers d’autres lieux, d’autres bâtiments. Bien sûr, nous n’étions pas dans nos bureaux, mais nous sommes restés sur le terrain du ministère des Affaires étrangères. Nous avions arrangé quelques endroits là-bas dont je ne sais pas à quel point ils étaient vraiment sûrs, mais bon.
Journaliste : Il n’y avait pas de véritable endroit sûr sauf le tunnel. Il n’y avait pas d’endroit sûr.
Abbas Araghchi : Bien que le tunnel avait ses propres problèmes.
Mais nous sommes restés au ministère des Affaires étrangères. Tous les adjoints étaient là. J’ai raconté cette histoire bien connue à quelques endroits. Je l’ai dite. Peut-être connaissez-vous la façon dont un think tank étranger l’a formulée : nous avions sous-estimé plusieurs choses. L’une était les forces armées iraniennes — nous les avions sous-estimées. Nous ne pensions pas qu’elles pourraient tenir autant ou maintenir un tel rythme de tirs de missiles. Deuxièmement, nous avions sous-estimé le peuple iranien. Nous pensions que si les choses continuaient ainsi jusqu’à ce que quelque chose arrive, tout le monde descendrait dans la rue et protesterait, avec tous les problèmes que vous connaissez, mais le peuple a tenu bon. Et troisièmement, fait intéressant, nous avions sous-estimé les responsables iraniens. Personne n’imaginait qu’ils deviendraient martyrs un par un, mais ils ont tenu bon. Dans des situations similaires, il arrive souvent que beaucoup de gens partent et abandonnent leurs postes, démissionnent, quittent le pays, s’enfuient…
Journaliste : Cherchent l’asile.
Abbas Araghchi : Oui. Ils ont travaillé dur pour convaincre certains des diplomates de chercher l’asile. Ils étaient exposés et sous une intense pression psychologique. J’ai vécu cela moi-même. Autrefois, en 88 [2010], j’étais ambassadeur au Japon. Quand vous regardez une crise dans votre propre pays depuis l’étranger, la panique et l’anxiété semblent bien pires, parce que vous êtes à l’extérieur et vous ne pouvez rien faire, et ensuite vous êtes soumis à la pression psychologique des médias occidentaux. C’est absolument écrasant, vraiment. Mais aucun de mes collègues — non seulement ils n’ont pas quitté leur poste, mais ils n’ont pas non plus perdu le moral. Peut-être avez-vous remarqué que cette fois notre diplomatie publique — j’ai été beaucoup plus actif que la dernière fois. La plupart de nos ambassades tweetaient, et certains de ces tweets ont obtenu une attention significative, avec des millions de vues, et même des Occidentaux ont admis qu’une grande partie des récits occidentaux et des médias occidentaux avaient été surpassés par la diplomatie publique de l’Iran. Ces choses qu’ils ont assemblées, ces vidéos d’IA qu’ils ont créées, le projet Lego réalisé par des jeunes Iraniens, et bien d’autres choses aussi. Et nos ambassades tweetaient ces choses et les partageaient partout ; certaines ont obtenu plus de vingt millions de vues. Mes collègues, tant au pays qu’à l’étranger — même pas un seul employé local n’a quitté son emploi. Personne n’a dit : « Je ne viens plus à partir de demain. »
Journaliste : À ce moment-là, la sécurité ne signifiait plus vraiment grand-chose — je veux dire, ce n’était pas la faute des gars de la sécurité — je veux dire, que pouvaient-ils faire ? Un missile arrive et frappe, c’est tout.
Abbas Araghchi : Comme nous allions à différents endroits la nuit, parfois nous disions aux hommes de la sécurité : « Ne venez pas ! Un missile pourrait frapper, et il n’y a rien que vous puissiez faire, et vous deviendriez martyr. » Mais mon équipe de sécurité est vraiment restée juste à côté de moi partout où j’étais. Ils avaient différentes idées et initiatives, parce qu’en fin de compte, avec un peu d’ingéniosité, vous pouvez réduire le risque. Par exemple, disons — eh bien, aucun autre responsable n’avait de téléphone, pour des raisons de sécurité que tout le monde connaît, mais malheureusement je ne pouvais pas mettre mon téléphone de côté, parce que tous mes appels étrangers étaient avec des ministres des Affaires étrangères constamment — entretiens, appels, appels avec nos ambassades. Je devais gérer tout cela, donc la seule chose qui a peut-être un peu réduit le risque, c’est que nous avons réservé certaines heures chaque jour. Je montais dans la voiture et je conduisais dans la ville pour ne pas rester à un endroit fixe, au cas où ils voudraient frapper. Bref.
Journaliste : Vous n’êtes pas allé dans les tunnels ?
Abbas Araghchi : À propos des tunnels et tout ça, je ne veux pas trop en dire.
Journaliste : Je veux dire, tout le monde sait qu’il y a des tunnels, et tout le monde les utilise. Ai-je besoin de dire où ? Tout le monde sait — il y en a un près de Nabi Akram, tout au bout de Pirouzi. Et un autre là-haut — j’oublie le nom — au-dessus de Darband ; ils ont frappé celui-là aussi.
Abbas Araghchi : Il y a plein d’autres endroits aussi.
Journaliste : Je sais, il y a plein de tunnels. Je dis que les commandants ont beaucoup utilisé ces deux-là, ils le savent aussi.
Abbas Araghchi : J’y suis allé une ou deux fois pour des réunions, mais pas dans le tunnel lui-même. Ce n’était pas là. Bref, il y a plein de tunnels, et dans certains endroits, les tunnels — enfin, pas des tunnels, mais des installations — ont essentiellement été normalisés, et puisqu’il pourrait y avoir une autre guerre un jour, gardons ça pour alors !
Mais il y avait plein de méthodes créatives, et après un moment, nous avons finalement réussi à le maîtriser. Nous avons réduit le nombre de responsables devenant martyrs, mais malheureusement, nous avons quand même perdu des gens très précieux.
Journaliste : Ils pensaient vraiment que l’Iran était comme le Venezuela. C’est-à-dire, s’ils éliminaient, disons, le Guide et quelques responsables, tout serait fini.
Abbas Araghchi : J’ai dit, les responsables devenaient martyrs un par un, mais ils n’ont pas reculé. Une fois, dans l’une des discussions, je pense à Islamabad ou je ne sais où c’était, j’ai dit aux Américains…
Journaliste : À Witkoff ?
Abbas Araghchi : Oui, Witkoff. J’ai dit : Vous êtes-vous déjà trouvé dans une réunion où à tout moment vous pensiez que tout pourrait exploser ? Il m’a juste regardé, choqué ! J’ai dit, avez-vous déjà été au téléphone en pensant qu’à ce moment précis, pendant que vous parliez, ça pourrait exploser, pour ainsi dire, et vous ne seriez plus là ? Avez-vous déjà — par exemple, je ne sais pas, en demandant au téléphone des nouvelles du bien-être de votre famille, pensé que ce pourrait être la dernière fois ? J’ai dit, nous avons vécu tout cela et tenu bon. Vous devez nous parler différemment. Vous ne pouvez pas nous menacer, et vous ne pouvez pas non plus nous acheter.
Dans les négociations avant la guerre de 12 jours, ils étaient venus essayer de nous acheter — enfin, pas moi, mais d’acheter la République islamique, en disant ceci et cela. Nous ferons ceci pour vous, nous construirons cela pour vous. Je lui ai dit là-bas que notre enrichissement (d’uranium) n’est pas à vendre. C’est quelque chose pour quoi le peuple d’Iran a enduré vingt ans de sanctions pour l’obtenir. Leurs scientifiques ont versé leur sang pour cela. Comment pourrions-nous le vendre ? Vous dites que vous nous construirez une centrale électrique et d’autres choses ? J’ai dit, ni corruption ni menaces. Faites peur à quelqu’un qui a peur ! Quand nous nous attendons constamment à ce qu’il nous arrive quelque chose de mauvais, alors vous ne pouvez plus me faire peur avec « je viendrai frapper, faire ceci et cela, commencer une guerre ».
Journaliste : Ce n’est pas le Venezuela.
Abbas Araghchi : Ce n’est pas le Venezuela, où si vous enlevez une personne, le reste a peur et recule.
7. Les frappes
contre les infrastructures, Minab et le Dena
Quant aux infrastructures, puisque les discussions sur l’attaque des infrastructures s’étaient vraiment enflammées à un moment donné, ils ont menacé et donné un ultimatum, et frappé quelques endroits. Alors nous avons immédiatement frappé quelques endroits dans la région aussi. J’ai dit qu’il y avait un scénario possible pour ça aussi. Si nous allons frapper des infrastructures, lesquelles devrions-nous frapper ? Elles étaient déjà connues à l’avance.
Journaliste : Pourquoi ça ne s’est pas poursuivi ? Pourquoi n’ont-ils pas frappé les infrastructures ? C’était la question clé, je veux dire, quand ils menaçaient à l’époque, ils n’ont fait que picorer quelques endroits. Je ne compte pas les ponts comme des infrastructures du tout. Pour moi, les infrastructures c’est Assaluyeh (le champ gazier de South Pars en Iran), les aciéries — c’est ça les infrastructures. Pourquoi n’ont-ils pas frappé nos infrastructures à plus grande échelle ?
Abbas Araghchi : À mon avis, c’est parce que quand ils ont commencé à frapper nos infrastructures, nous avons frappé les infrastructures de la région aussi. Bien sûr, des infrastructures dont les actionnaires étaient américains. Quand la région a commencé à subir des frappes sur ses infrastructures, c’est là qu’elle a finalement réalisé que la guerre était sérieuse. C’est là que la région a commencé à faire pression sur Trump pour qu’il arrête.
Journaliste : Eh bien, pourquoi n’avons-nous pas frappé les infrastructures plus tôt ?
Abbas Araghchi : C’est bien que vous ne soyez pas le commandant (ennemi), alors ! Il y a beaucoup de calculs en jeu. Non ? Ce n’est pas juste une question de les frapper. Vous devez aussi être capable de défendre vos propres infrastructures. Et ensuite vous devez être capable de prévoir, genre, s’ils frappent mes installations électriques, combien de temps puis-je tenir ? Et si le gaz est touché ?
Journaliste : Vous n’êtes pas commandant. Il faudrait demander à d’autres personnes. Mais je dis, si frapper les infrastructures augmentait la pression sur les Américains, abaissait leur seuil, je ne sais pas, et d’autres choses — alors nous devrions frapper en premier, non ?
Abbas Araghchi : Non, si ça avait commencé de notre côté, cela leur aurait donné la légitimité de frapper nos infrastructures.
Journaliste : Allons, le monde d’aujourd’hui n’est pas une question de légitimité, Docteur ! Tout le monde fait juste ce qu’il veut.
Abbas Araghchi : Non, ce n’est pas juste. Écoutez, ils ont commencé prudemment. Prenez Assaluyeh par exemple — je pense qu’ils en ont frappé quatre phases. Si nous l’avions commencé, ils auraient frappé les 24 immédiatement. Bref, il y a tout un calcul là-dedans. Je dis que c’est une bonne chose que vous et moi ne soyons pas des commandants militaires, nous ruinerions complètement ce pays !
Ces quarante derniers jours — un jour je devrais vraiment écrire les souvenirs correctement, ou parler des jours que nous avons traversés. Les premiers jours ont été vraiment difficiles. Vraiment, vraiment difficiles. Parce que tout ce qu’on entendait c’était ce qu’ils avaient frappé, qui ils avaient frappé. Et avec les menaces que Trump proférait à propos de la reddition inconditionnelle, tout ce truc —
Journaliste : — ça ne vous a pas ébranlé, Docteur ?
Abbas Araghchi : Non. Au fond, cela a été suffisamment préoccupant pour nous faire penser que nous devions empêcher que cela arrive. Mais au fond, avons-nous déjà eu le sentiment que : « Bon, c’est fini, laissons tomber » ? Non, non.
Journaliste : Oui, mais inquiet dans le sens que... j’avais moi-même prédit qu’ils pourraient frapper le Guide. Même dans ces réunions mêmes, beaucoup de gens l’ont dit, mais je ne m’attendais pas à ce que le Conseil de défense soit frappé à cette échelle. Je veux dire, je ne pensais pas que le Conseil de défense recevrait sept, huit, dix frappes d’un coup, toutes ensemble.
Abbas Araghchi : Bien sûr, ce n’était pas le Conseil de défense lui-même.
Journaliste : C’était au-delà du Conseil de défense ?
Abbas Araghchi : Non, c’était plus petit, une réunion d’un sous-comité du Conseil de défense. Parce que le Conseil de défense inclut aussi le ministre des Affaires étrangères, et le président lui-même — c’est en fait présidé par le président. C’est quelque chose comme le Conseil suprême. Deux ou trois membres sont différents. Mais comme le Conseil suprême, il a des sous-comités. C’était l’un de ces comités, mais malheureusement quatre ou cinq personnes clés y étaient.
Journaliste : Comme l’ancien chef du SPND, l’actuel chef du SPND, leurs adjoints,
Abbas Araghchi : Qu’est-ce que le SPND ?
Journaliste : Une partie du ministère de la Défense. Ils étaient là aussi. Alors ce que je demande, c’est, au fond, ça ne vous a pas ébranlé ?
Abbas Araghchi : Non. Écoutez, en fait, c’était exactement le plan de l’ennemi. Pourquoi pensez-vous qu’ils ont frappé l’école de Minab ? Je pense vraiment qu’ils l’ont frappée exprès, et l’un de leurs objectifs était d’ébranler les gens jusqu’au fond. Montrer aux gens l’ampleur du désastre. Pourquoi ont-ils frappé le Dena ? Un navire complètement sans défense, à des centaines de kilomètres de l’Iran, en mission d’entraînement. Il était parti pour un exercice cérémoniel. Tout cela visait à effrayer les gens et à les secouer. Et ils nous ont testés à de nombreuses reprises aussi. Quand ils sont entrés dans les infrastructures, à certains endroits ils ont frappé pour voir si nous allions reculer ou non. Ils nous testaient constamment, essayant de nous pousser à ce point, et avec la propagande qu’ils faisaient passer, ils essayaient de nous amener là. Mais vraiment, il n’y avait personne —
Journaliste : Et le Cabinet (ministériel) ?
Abbas Araghchi : Il n’y a pas eu de Cabinet — peut-être que leur première réunion n’a eu lieu que la semaine dernière. Bien sûr, nous étions en contact. Nous contactions les ministres avec qui nous avions besoin de coordonner ; nous appelions et nous nous retrouvions. Mais non, pendant cette période, probablement la personne que j’ai vue le plus était le président. Le président était vraiment accessible, et régulièrement, au moins pour mon propre travail, j’allais le voir, et si nécessaire, il organisait une réunion.
Journaliste : Pendant la guerre, vous voulez dire ?
Abbas Araghchi : Aussi bien pendant la guerre que dans les négociations.
Journaliste : Le comité à six membres se réunissait pendant la guerre ?
Abbas Araghchi : Le comité à six membres, oui, le comité à six membres, parce qu’il n’était vraiment pas possible d’inviter tout le monde. Question de sécurité, c’était dangereux.
Journaliste : Le tunnel est sûr ! S’ils vous ont invité, allez-y ! Rien ne vous serait arrivé dans le tunnel. Ils ne pouvaient rien faire au tunnel. Ils frapperaient la zone devant la porte. Ils y avaient rempli la réserve d’oxygène. Je sais. Rien ne serait arrivé là-bas.
Abbas Araghchi : Eh bien, ils l’ont fait pour eux-mêmes. Non. Ce n’était pas comme si tout le monde pouvait juste entrer dans les tunnels. En fin de compte…
Journaliste : Mais vous savez, si vous entrez dans un tunnel, vous deviez rester quelques jours, par exemple. Vous ne pouviez pas juste entrer et sortir rapidement. Et vous ne pouviez pas y aller parce que vous aviez du travail dehors.
Abbas Araghchi : Oui, je parlerai de ce genre d’histoires plus tard, quand un peu de temps sera passé. Si Dieu le veut, où nous sommes allés, ce que nous avons fait, à quoi ça ressemblait. Mais — nous avons eu le plus de contact avec le président. Il invitait les gens selon les besoins. Monsieur Larijani (Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale), et puis Monsieur Zolghadr (son successeur), qui est devenu son adjoint après, Monsieur Ghalibaf (Président du Parlement iranien). C’était un groupe de cinq ou six personnes qui se rencontraient régulièrement, et plus tard, quand il a été décidé de former un comité et de confier au président lui-même le choix des membres, il a gardé ces mêmes cinq ou six personnes ; je pense qu’il en a ajouté une de plus, ce qui fait six, pour qu’ils puissent prendre des décisions sur le champ pour les négociations. Parce que vraiment, communiquer avec les supérieurs était très difficile, et parfois il fallait que des décisions puissent être prises rapidement. C’est exactement pour ça que ce comité a été formé.
8. La
nomination de Mojtaba Khamenei et les gains stratégiques de la guerre de 40
jours
Journaliste : Comment était votre communication avec Agha Mojtaba [Khamenei] ? L’avez-vous déjà vu ?
Abbas Araghchi : Non, jamais, pas jusqu’à maintenant. Je ne l’ai pas vu pendant cette période. Je ne pense pas que plus de quelques personnes l’aient vu. Seule une poignée de personnes l’a peut-être vu.
Journaliste : Même avant ça ?
Abbas Araghchi : Non, malheureusement je n’ai eu aucun contact du tout.
Journaliste : Et pas de vraie familiarité non plus ?
Abbas Araghchi : Eh bien, seulement de loin, d’après ce que j’ai entendu des autres. Mais je n’ai jamais traité avec lui personnellement. Quelques fois, à certaines réunions, je l’ai vu de loin, mais nous n’avons jamais eu de conversation. Nous aurions pu.
Journaliste : Je l’ai vu aussi — non, je l’ai vu une fois au salon du livre. Vous attendiez-vous à ce que l’Assemblée des experts le choisisse ?
Abbas Araghchi : Eh bien, il était toujours mentionné comme l’un des candidats possibles. L’une des personnes — enfin, ne disons pas candidat — pour ainsi dire, que l’Assemblée des experts considérait comme qualifiée.
Ce qui a très bien fonctionné pour nous, c’est ceci : cela a envoyé un message très important au monde. Malgré la guerre, et malgré tout cela, il n’y a eu aucun changement dans les politiques, les principes et les idéaux de la République islamique, et il n’y en aura pas. Et il était très important que ce message soit diffusé. La phrase qu’ils utilisaient eux-mêmes pour se moquer de Trump était essentiellement : alors qu’avez-vous accompli ? Khamenei a rajeuni, Khamenei a rajeuni. Et vous n’avez rien pu faire d’autre non plus. Le détroit d’Ormuz était déjà ouvert tout le temps, et il s’est fermé à cause de vous. Et vous n’avez même pas pu accéder aux matériaux (uranium enrichi), sauf qu’en fin de compte vous avez tué des gens et détruit des bâtiments. Qu’avez-vous réellement accompli ? Et cela pèse encore vraiment sur Trump, qu’il ne peut pointer aucune réalisation du tout.
Journaliste : Dans cette guerre, comparée à la guerre de 12 jours, j’ai personnellement pensé qu’elle s’est terminée par un score de un partout, sauf que de notre côté c’était juste un (pays), tandis que le leur, c’était le monde entier. C’est-à-dire l’Amérique, Israël, les pays de l’OTAN, et les pays de la région. Que dites-vous maintenant ? Et je me souviens qu’à l’époque vous disiez non, ce n’était pas un match nul, nous avons gagné la guerre de 12 jours. Alors maintenant, quel est votre avis ?
Abbas Araghchi : Non, je crois que nous avons en fait remporté une victoire stratégique. À mon avis, la position de la République islamique a complètement changé après cette guerre. Et surtout, l’image d’un Iran faible a été brisée. C’était peut-être notre plus grande réalisation. Et à sa place, l’image d’un Iran fort et résilient s’est installée.
Journaliste : Ça ne s’était pas produit après la guerre de 12 jours.
Abbas Araghchi : Parce qu’à l’époque, eux-mêmes n’y croyaient pas vraiment. Ils pensaient que c’était peut-être à cause, je ne sais pas, de l’équipement et de choses comme ça, et que s’ils frappaient les lanceurs de l’Iran, et faisaient d’autres choses — ils pensaient pouvoir gérer ça, mais dans la guerre de 40 jours cela a été prouvé. Surtout que cette fois, après la guerre, ils ont finalement appelé à un cessez-le-feu, et nous avons finalement accepté aussi. Cette fois, nous avons dit que nous n’accepterions même pas un cessez-le-feu — nous voulons continuer à combattre jusqu’à ce que la guerre soit terminée. Nous ne voulons plus que ce scénario se répète chaque année. Donc, je crois que notre réalisation la plus importante était celle-ci : l’image d’un Iran faible a été brisée, et remplacée par l’image d’un Iran fort. Dieu sait, ce que je dis n’est pas juste un slogan. En tant que personne qui le voit tous les jours dans mes discussions avec d’autres pays,
Journaliste : Y a-t-il un tel retour ?
Abbas Araghchi : Oui, exactement ! Tous ceux que nous rencontrons, amis comme ennemis, disent que l’Iran est sorti de cette guerre plus fort. C’est leur propre formulation. L’Iran a stupéfié le monde. L’Iran a montré sa vraie force. Nous venons de réaliser que votre bombe nucléaire, c’était le détroit d’Ormuz — nous regardions autre chose jusqu’à maintenant. Maintenant le monde comprend que l’Iran est fort. C’était peut-être notre plus grande victoire.
Alors comment ont-ils découvert que nous étions forts ? Parce que nous avons tenu bon. Nous ne nous sommes pas rendus, il n’y a pas eu de changement de régime, et l’Iran n’a pas été divisé. Ils avaient prévu de briser l’Iran. Le quatrième jour de la guerre, Trump a appelé certains dirigeants. Puisque c’est public maintenant, dans la région — il a appelé la région du Kurdistan d’Irak et a parlé à chacun d’eux individuellement. Il a lui-même dit il y a quelque temps que nous avions envoyé des armes là-bas, et nous ne savions pas où ces armes avaient fini ! Le jour même où il a parlé, ce soir-là j’ai parlé avec Monsieur Barzani (Président du Parti démocratique du Kurdistan), et avec Monsieur Talibani (président de l’Union patriotique du Kurdistan), et Fidan, le ministre des Affaires étrangères turc, et aussi Monsieur Sudani (premier ministre irakien). J’ai moi-même appelé le premier ministre irakien et l’ai averti que si la moindre menace venait de la région du Kurdistan irakien contre nous, nous répondrions. Ne pensez pas que nous sommes occupés en ce moment. Nous répondrons certainement, et nous irons jusqu’au bout.
Journaliste : Ces appels ont-ils eu un effet ?
Abbas Araghchi : Les autorités régionales kurdes et Sudani lui-même m’ont assuré qu’ils ne permettraient jamais que cela arrive. Et ils ont dit qu’ils garderaient cela sous contrôle et ne le permettraient pas. La Turquie a joué un rôle efficace. Elle a parlé avec les Américains et a aussi pris une position très ferme sur ce sujet. Une série d’efforts a fait échouer ce complot, mais mon point est qu’ils avaient prévu à la fois la partition de l’Iran, — c’est bien connu maintenant, ... que... ce petit poussin...
Journaliste : Pahlavi !
Abbas Araghchi : Oui ! Puis il est devenu clair que lors de son voyage en Israël, il avait convenu de la partition de l’Iran, disant que les zones environnantes sont à vous, et que la région centrale et moi deviendrais le Shah de Téhéran, pour moi, oui. En d’autres termes, ils avaient leurs plans établis pour la partition de l’Iran, pour la chute du système, pour les troubles internes.
9. Pourquoi
l’Iran a accepté le cessez-le-feu
Journaliste : Si nous avions autant le dessus, si nous étions au bord de la victoire, alors pourquoi avons-nous accepté le cessez-le-feu ?
Abbas Araghchi : Pour la raison même que vous avez mentionnée. À quel moment une guerre devrait-elle se terminer ? Quand vous avez été vaincu ou quand vous avez gagné ? En fait, la réponse est très claire.
Journaliste : Je veux dire, si nous avions continué, nous aurions consolidé notre position.
Abbas Araghchi : Que voulez-vous dire par « consolidé » ?
Journaliste : Ça veut dire ne pas laisser ça arriver à nouveau.
Abbas Araghchi : Alors, pour répondre à cette question, je dois dire très clairement et fermement : Premièrement — comment une guerre devrait-elle se terminer ? Comment les guerres se terminent-elles, de toute façon ? Soit par une victoire militaire totale, soit par la négociation. Une victoire militaire totale signifie que vous allez complètement vaincre l’autre camp, qu’ils lèvent les mains et disent : « Monsieur, j’ai été vaincu, je ferai tout ce que vous dites. » Comme ce qui est arrivé à l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, ou ce qui est arrivé à Saddam, ou d’autres cas. Si vous avez cette capacité, alors allez-y. Non, nous n’avons pas cette capacité de faire capituler Israël et l’Amérique ou d’aller les occuper. Quiconque fait ça, nous l’apprécions vraiment ! Bon, si vous ne l’avez pas, alors il doit y avoir négociation. Deuxièmement : quand devrions-nous négocier ? Quand vous avez le dessus sur le plan militaire, ou le dessous ?
Journaliste : Le dessus.
Abbas Araghchi : Quand vous êtes en position plus forte, vous gagnez sur le champ de bataille. Vous avez fait des gains sur le terrain et stratégiquement. C’est là qu’il faut négocier, pas quand, pour ainsi dire, l’autre camp a le dessus. Troisièmement, si nous avions continué la guerre, nos gains auraient-ils augmenté ou diminué ?
Journaliste : Militairement ?
Abbas Araghchi : Militairement, stratégiquement, peu importe. Et globalement, nos pertes auraient-elles été plus grandes ou moindres ? Comme vous le dites, le risque. Vous ne pouvez pas prendre de risques avec la vie des gens. Vous ne pouvez pas jouer avec l’avenir du pays. Vous devez prendre la bonne décision. Vous devez calculer tout cela avec soin. Si, au moment où nous avons accepté le cessez-le-feu ou accepté l’accord, si nous avions continué à combattre, nos gains auraient-ils été plus grands ?
Journaliste : Non, parce que certains disent — je ne sais pas, nous sommes à dix mètres de leur tente (la prise du camp adverse).
Abbas Araghchi : Peu importe eux, on discute ici.
Journaliste : Laissez-moi le dire comme ça. Ils disent qu’il faut combattre jusqu’à un point où la guerre n’arrivera plus jamais. Pensez-vous que nous avons combattu jusqu’à ce point ?
Abbas Araghchi : On y arrivera. Quand vous voulez mettre fin à une guerre... Allons-y étape par étape. Une fois que vous avez le dessus, vous devriez négocier. Si vous pouvez terminer la guerre en combattant, si vous pouvez aller derrière leur tente et y mettre le feu, alors faites-le. Allez-y, faites-le. Sinon, et si vous voulez mettre fin à la guerre par la négociation d’une manière telle qu’elle ne se reproduise jamais, je suis d’accord. Quand devriez-vous faire ça ? Quand nous avons le dessus. Alors où est ce point de levier ? Autrement dit, quand est le moment pour les négociations ? Ce point où, si vous allez plus loin, vos victoires pourraient cesser d’augmenter, et vos pertes commencer à augmenter à la place. Vous pourriez dire : « Ce n’est pas le moment maintenant. Laissez-moi aller dix pas plus loin, marquer quelques victoires de plus, et négocier depuis une position encore plus forte. »
Journaliste : C’est risqué. Nous avons essayé ça une fois dans la guerre imposée, en 1987-88. Nous avons heurté un mur ! Ça aurait été mieux si nous avions accepté la Résolution 598 en 1987. Mais nous avons laissé traîner la 598...
Abbas Araghchi : A mon avis, dans les deux premières semaines de la guerre, nos gains stratégiques ont été complétés. C’est-à-dire qu’ils ont compris que la République islamique ne partirait pas. C’est-à-dire, premièrement, ils n’ont réussi aucun de leurs objectifs. Deuxièmement, nous avons établi le détroit d’Ormuz comme un nouvel outil de dissuasion. Troisièmement, nous avons montré notre puissance à la région. Quatrièmement, nous avons montré notre robustesse et que nous ne sommes pas faciles à vaincre. Et cinquièmement, nous avons imposé des coûts au monde et à la région pour que personne ne pense même à faire la guerre avec nous à nouveau. Dans cette guerre, nous sommes apparus comme plus qu’un simple acteur régional. Nous sommes devenus un acteur international reconnu. Ils nous disaient : « L’Afrique dépend de vous ! Ouvrez ce détroit pour que les engrais puissent passer ; ils meurent de faim. » Désolé, ces expressions peuvent être un peu trop informelles, — l’Asie de l’Est aussi — les choses en étaient venues au rationnement pour eux, et en Europe aussi... Autrement dit, les actions de l’Iran dans le détroit d’Ormuz et le golfe Persique ont eu des répercussions mondiales, donc nous sommes devenus un acteur mondial. Ce n’est pas rien. La région a réalisé que sans garantir la sécurité de l’Iran, elle ne pouvait pas avoir de sécurité. Et sans le plein bénéfice économique de l’Iran, nous ne pouvons pas avoir de sécurité dans la région. C’étaient toutes des réalisations que nous avons faites dans les deux ou trois premières semaines.
Nous avons aussi eu des pertes, des pertes. Nous avons perdu notre Guide. Bien sûr, nous l’avons remplacé. En fin de compte, nous avons montré que le système est solide. Nous avons montré que notre capital social est toujours là. Ce sont toutes des réalisations. Mais nous avons aussi subi des pertes. Nous avons perdu des gens. Nous avons aussi perdu des infrastructures. Nous avons perdu l’usine sidérurgique. Les gens ont souffert, après tout. Tout cela, le cessez-le-feu, si nous devions nous asseoir et le calculer, si nous l’avions fait dix jours plus tôt, je pense que nos réalisations seraient restées intactes, mais nous aurions encore eu Larijani, nous aurions encore eu Khatib, nous aurions encore eu Assaluyeh, nous aurions encore eu l’usine sidérurgique. Alors vous dites qu’au point où nous avons accepté le cessez-le-feu, si nous avions continué, nos réalisations auraient augmenté ?
Journaliste : Ah, donc vous dites qu’au lieu du quarantième jour — vous pensez même que le 27e ou 28e jour n’aurait pas été un mauvais moment pour un cessez-le-feu non plus ?
Abbas Araghchi : Je parle simplement en théorie ici. Oui, si on s’assoit et qu’on calcule exactement sur papier, peut-être qu’on dirait pas le 28e, peut-être le 30e, ou peut-être pas le 30e, peut-être le 35e jour de la guerre. Écoutez, nous décidons du sort d’un pays ! Il n’y a pas de place pour les « et si ». Vous ne pouvez pas jouer avec le sort d’un pays, avec la vie des gens. Alors vous devez calculer soigneusement si, en continuant à combattre plus longtemps à partir de ce point, je gagnerai davantage. Serai-je plus fort dans les négociations, ou subirai-je de plus grandes pertes ? Serai-je plus faible dans les négociations ? Si, par exemple, mes infrastructures atteignent un point où je ne peux même plus fournir aux gens l’électricité et le gaz et ainsi de suite, alors puis-je vraiment me présenter plus fort à la table des négociations ? Non. Si, Dieu nous en garde, notre capital social est touché, — je ne veux pas utiliser certains termes maintenant ou créer des problèmes — notre stature se brise soudainement, alors aller aux négociations est inutile. Donc identifier le bon moment pour négocier est un enjeu majeur,
Journaliste : Je dis que si à ce moment-là, au lieu du 40e jour, c’était devenu, disons, le 55e jour, n’aurions-nous pas eu le dessus ?
Abbas Araghchi : À mon avis, non.
Journaliste : Pour les 15 jours supplémentaires, disons que nous n’avons gagné aucune réalisation stratégique. Je dis que ces 15 jours auraient pu les décourager davantage, pour qu’ils ne reviennent pas la prochaine fois.
Abbas Araghchi : Ou peut-être qu’ils reviendront. Vous dites « peut-être ». Vous ne pouvez pas prendre une décision basée sur des « peut-être ». Dites-le avec certitude.
Journaliste : Je ne peux pas le dire avec certitude.
Abbas Araghchi : Qui peut même le dire avec certitude ? Qui peut le dire ?
Journaliste : Personne ne peut le dire avec certitude.
Abbas Araghchi : Bon, à qui la Constitution a-t-elle assigné ce devoir ? Au Conseil suprême de sécurité nationale. Regardez la composition complète du Conseil dans la Constitution. Elle inclut des figures militaires, des politiciens, la politique intérieure, la politique étrangère, des responsables économiques, la personne en charge de l’argent et des ressources financières, et des responsables de la sécurité aussi. Les rédacteurs de la Constitution ont prévu cela et ont spécifié ce genre de combinaison venant des plus hauts rangs de chaque domaine. Ils décident si c’est le moment de la paix ou de la guerre. Et en plus de cela, selon la Constitution, la paix et la guerre relèvent finalement du Guide. Donc tout cela a déjà été anticipé. La prise de décision ne fonctionne pas en disant, vous et moi, « Eh bien, peut-être que c’est comme ci, peut-être que c’est comme ça ». Il n’y a pas de « Si ceci, si cela ». Cela doit être calculé précisément dans ces réunions du Conseil suprême. Eh bien, tout le monde parlait précisément de son propre angle. L’un disait : « Quelle est ma résilience, par exemple, en termes de subsistance des gens ? » Un autre disait : « Quelle est ma capacité militaire ? Combien de temps puis-je continuer à combattre ? » Je disais, disons, quel est l’état de notre politique étrangère, si nous étions isolés ou non, si nous étions frappés par des résolutions, où étaient nos forces et nos faiblesses. Tout le monde parlait dans la réunion.
Journaliste : Dans cette réunion spéciale finale qui a duré du soir jusqu’à minuit —
Abbas Araghchi : Quel jour c’était ?
Journaliste : Celle où le MOU avec les États-Unis a été approuvé — la dernière réunion. Celle dont tout le monde en parle. Sur ces treize personnes, douze ont voté pour. C’était le même nombre concernant le cessez-le-feu ?
Abbas Araghchi : Le cessez-le-feu s’est produit dans des conditions de sécurité bien plus difficiles. À l’époque, il n’était pas possible de convoquer le Conseil suprême, parce que si nous avions convoqué le Conseil suprême et qu’ensuite, disons, il avait été bombardé à ce moment précis...
Journaliste : Alors par quel processus cela a-t-il été approuvé, pour accepter le cessez-le-feu ?
Abbas Araghchi : À l’époque, c’était approuvé dans des réunions plus petites.
Journaliste : Vous voulez dire des groupes de quatre ou trois ? Et ensuite ils ont tout résumé ? Tout le monde était d’accord ?
Abbas Araghchi : Eh bien, naturellement il y avait des points de vue à la fois favorables et opposés à l’époque aussi. Bien sûr, vraiment, les conditions à l’époque ne peuvent pas du tout être comparées aux conditions ultérieures. Vous étiez au milieu d’une guerre où même réunir deux personnes était difficile, mais les réunions ont quand même eu lieu, et...
Journaliste : Tout le monde était d’accord ?
Abbas Araghchi : En fin de compte, il y avait à la fois des points de vue favorables et opposés, mais finalement à la condition que si les États-Unis acceptaient que les dix points que nous avions donnés soient la base des négociations, alors le cessez-le-feu a été accepté.
Journaliste : Tout le monde a accepté cela aussi ? Ce que je veux dire, c’est que les militaires étaient-ils d’accord avec ça ?
Abbas Araghchi : Eh bien, les militaires sont ceux qui comptent le plus ! Laissez-moi le dire ainsi. Parce que la guerre était entre leurs mains, et s’ils n’étaient pas convaincus, alors rien ne pouvait être fait.
Journaliste : J’ai entendu qu’il y avait des menaces de démission du gouvernement, de votre côté.
Abbas Araghchi : Moi ?! Jamais. Non, en fait, en ce qui concerne la politique étrangère, ma position était bonne. Nous avions des problèmes avec les pays du Golfe, nous gérions ça, mais la guerre avait amené notre politique étrangère à un point où nous pouvions garder la tête haute. Mais sur les questions de subsistance, oui, c’était un peu difficile. Ça l’était. Mais honnêtement, personne n’a démissionné.
Journaliste : Maintenant laissons le cessez-le-feu de côté — donc le cessez-le-feu a été fait conformément à l’avis du Guide ?
Abbas Araghchi : Écoutez, à ces jours-là, le contacter était extrêmement difficile, et nous étions en contact avec des gens qui servaient d’intermédiaires, et les choses étaient transmises de cette façon.
Journaliste : Qui a proposé le premier le cessez-le-feu ? De qui c’est venu ? Je ne veux pas dire en interne. Qui l’a dit, et à quelle date ?
Abbas Araghchi : Écoutez, à partir de la fin de la deuxième semaine de la guerre, les demandes de cessez-le-feu des Américains ont commencé. Ça a commencé alors. La première fois, ils nous ont donné un plan et ont dit, déclarez un cessez-le-feu. Négocions sur la base de ce plan, mais ce plan était le même plan de reddition, le fameux plan en 15 points. Nous avons donc rejeté ce plan et rédigé un plan en 10 points qui, à notre avis, ces dix points étaient la norme, et le premier point était que la guerre devait se terminer, pas juste un cessez-le-feu. Puis ils ont soumis ce qu’ils ont appelé une proposition en 9 points. Nous l’avons révisée à nouveau et resoumis nos dix points. Ils ont dit, d’accord, qu’il y ait un cessez-le-feu pour que nous puissions discuter. Si nous allons discuter de ces mêmes dix points que vous proposez, nous ne pouvons pas le faire en pleine guerre. Finalement, dans les réunions, on en est arrivé à ceci : s’ils acceptent nos dix points comme base des négociations, nous accepterons un cessez-le-feu. Et dans un tweet que Trump a publié, c’est essentiellement reconnu.
Journaliste : Autrement dit, la base du cessez-le-feu était que ces dix points deviennent la base des négociations. Est-ce que tout le monde a accepté ça ?
Abbas Araghchi : Oui, exactement. C’est ça. De toute façon, il y avait aussi des conditions qui avaient été annoncées. Tout cela est aussi dans le MOU. Bien sûr, si nous n’arrivons pas à un accord final, les choses pourraient s’effondrer. C’est la situation, donc on ne peut pas dire qu’il n’y a aucune place pour le doute du tout. Mais ce qui est dans le protocole d’accord a aussi été signé par Monsieur Trump, avec cette fameuse signature à lui. Il déclare que la guerre se terminera immédiatement et de manière permanente sur tous les fronts. C’est ce qui a été déclaré. C’était notre principale demande. Quant à la libération des avoirs gelés… Ne parlons pas de l’accord maintenant. Je veux juste dire que ce processus a mené à ce que nous voulions dans le MOU.
10. La question
des alliances : l’Iran, la Russie et la Chine
Journaliste : Docteur, il y a quelque chose dans l’histoire de l’Iran, et dans la République islamique aussi : nous avons toujours été seuls dans les guerres. Dans la Première Guerre mondiale, dans la Seconde Guerre mondiale, encore une fois nous étions seuls et avons été occupés. Dans la guerre de huit ans aussi (contre l’Irak), fondamentalement, nous étions seuls. Il y a eu quelques aides ici et là, de la part de la Syrie, de la Libye, de la Corée, des choses comme ça. Mais nous n’avons pas vraiment d’alliés dans les guerres. Dans la guerre de douze jours aussi, à mon avis, nous étions seuls. La Chine et la Russie ne nous ont pas aidés. Premièrement, pourquoi sommes-nous si seuls dans les guerres ? Et deuxièmement, dans cette guerre, la Chine et la Russie ont-elles fait quelque chose de différent par rapport à la guerre de douze jours ? Nous ont-elles aidés du tout ?
Abbas Araghchi : Écoutez, pourquoi nous sommes seuls est en soi discutable. Après tout, nous avons des idéaux et des principes que beaucoup d’autres ne partagent pas, ou du moins les gouvernements ne les partagent pas. Mais beaucoup de nations et beaucoup de mouvements les partagent. À cause de ces politiques, et à cause de notre position géopolitique particulière, nous n’avons pas de pacte militaire ou d’alliance stratégique avec aucun pays. Nous avons des partenariats stratégiques avec la Chine, la Russie, et certains autres. Mais une alliance stratégique, c’est-à-dire qu’en temps de guerre nous nous soutenons mutuellement, nous n’avons pas ça.
Journaliste : Bon, alors à quoi sert ce partenariat ? Nous le voulons pour la guerre.
Abbas Araghchi : Non, partenariat signifie des choses comme l’économie, le commerce, etc.
Journaliste : Non, ce que je veux dire par partenariat, c’est vous savez... la défense.
Abbas Araghchi : Non, ces choses ont des définitions. Si vous voulez arriver à un point où vous vous défendez mutuellement en temps de guerre, c’est une alliance stratégique. Vous devez créer une coalition, une coalition militaire. Ces choses ont des niveaux. Ce qui existe actuellement entre nous et la Chine et la Russie, puisque vous les avez mentionnées spécifiquement, est une sorte de partenariat stratégique. Un partenariat stratégique. Un partenariat est encore différent d’une coalition ou d’une alliance. Et la réalité est que, oui, en temps de guerre nous sommes seuls. Nos amis, nos partenaires, nos partenaires stratégiques, aident en temps de paix, y compris l’assistance en matière de défense avant aussi, mais pendant la guerre elle-même, ils n’ont pas fait et ne feront pas quoi que ce soit qui équivaudrait à déclarer la guerre à l’autre camp. Vous ne devriez pas vous y attendre.
Journaliste : Non, je veux dire de l’aide. Je veux dire nous donner des avions de chasse, je veux dire d’autres choses.
Abbas Araghchi : Cela signifierait fondamentalement entrer en guerre. La Russie avait, bien sûr, compensé avant la guerre. Entre les deux guerres, elle nous a fourni une certaine aide. Pendant la guerre aussi, une certaine assistance a été donnée, mais pas de la façon dont les gens s’y attendaient. Quant à la Russie et à la Chine venant combattre à nos côtés, non, ça ne s’est pas passé.
Journaliste : Vous vous y attendiez ?
Abbas Araghchi : Non, je dis que ça ne s’est pas passé, et ça n’aurait pas pu se passer non plus. S’y attendre est irréaliste.
11. Politique
extérieure : les accusations contre le camp réformiste
Journaliste : Il y a une autre critique contre vous aussi. Et quand je dis vous, je veux dire le camp réformiste, le gouvernement de Monsieur Rouhani.
Abbas Araghchi : Je ne suis pas réformiste.
Journaliste : Actuellement dans un gouvernement réformiste, certes. Dans le passé, le présent…
Abbas Araghchi : Je suis juste un diplomate.
Journaliste : Eh bien, tout le monde est quelque chose, mais vous pouvez quand même appartenir à un camp. Vous pouvez être un diplomate réformiste aussi, après tout.
Abbas Araghchi : Non, un diplomate devrait être national. C’est ma conviction. Je n’ai jamais interféré dans les factions internes, et peut-être que certaines personnes ont préféré certains individus ou courants davantage, par exemple, mais je n’ai jamais laissé cela affecter mon travail. Je suis un diplomate ; la seule chose qui compte pour moi c’est l’intérêt national du pays, et c’est la direction que je suis. Quel que soit le président, mon seul critère est l’intérêt national. Et je n’ai jamais interféré dans les questions internes ni été impliqué dedans. Une fois, je suis allé au quartier général de campagne de Monsieur Pezeshkian — parce qu’il m’avait invité, et d’autres campagnes m’ont invité aussi, pour les briefer sur la politique étrangère. Je suis allé à une session avec Monsieur Zarif ; à l’époque nous ne travaillions pas ensemble de toute façon. Nous sommes allés les briefer. Par hasard, ça a empiété sur midi, nous nous sommes arrêtés pour prier, et une photo de cette prière a paru. C’est devenu toute une histoire. Sinon, il n’y a eu aucune autre implication du tout.
Journaliste : Même le camp de Monsieur Ghalibaf vous a invité aussi ?
Abbas Araghchi : Je ne veux pas nommer — d’autres m’ont invité aussi. On m’a demandé, en tant que diplomate, quelle est la situation de la politique étrangère du pays ?
Journaliste : Et le camp de Monsieur Jalili (conservateur, qui a perdu l’élection présidentielle face à Pezeshkian en 2024) ?
[Aucune réponse]
Je voulais dire ceci. Il y a une critique selon laquelle le camp réformiste, le gouvernement de Monsieur Rouhani, et le gouvernement de Monsieur Pezeshkian ne s’engagent pas vraiment avec la Russie et la Chine. C’est-à-dire qu’aucun canal n’est ouvert pour nous permettre de renforcer les liens et tout ça. Même vous — vous n’êtes pas allé en Chine. Depuis que Monsieur Ghalibaf est devenu l’envoyé spécial pour la Chine, il n’y est pas allé non plus. Je veux dire, il n’y a pas qu’un seul canal dans la politique étrangère de la République islamique. Nous les ignorons.
Abbas Araghchi : D’abord, depuis que je suis devenu ministre, je suis allé en Chine deux fois. La deuxième fois c’était après cette guerre de quarante jours.
Journaliste : Les gars, coupez ça au montage ! Je l’avais oublié ! —
Abbas Araghchi : Je suis allé en Russie plusieurs fois. J’ai rencontré Poutine seul trois fois. La dernière fois, c’était encore à Saint-Pétersbourg, après la guerre de quarante jours, et le martyr Larijani y est allé aussi deux fois et a rencontré Poutine. Donc le gouvernement de Monsieur Pezeshkian a eu des liens avec la Chine et la Russie. Dans le gouvernement précédent aussi. Nous avons signé l’accord de 25 ans avec la Chine quand le Docteur Zarif était ministre des Affaires étrangères. Et en fait c’était notre idée — l’idée du ministère des Affaires étrangères à l’époque — que nous devrions donner aux Chinois une vision à long terme pour qu’ils sachent que, quelles que soient les circonstances, quoi qu’il arrive, notre relation avec eux a une perspective à long terme. Monsieur Ghalibaf n’est pas représentant spécial depuis très longtemps ; il y a des plans pour son voyage en Chine et, si Dieu le veut, ça s’arrangera. En fait, notre vision de la Chine et de la Russie est complètement stratégique.
Pourquoi ne dites-vous pas ceci : nous n’avons rien fait du tout avec les Européens, et nous ne le ferons pas. Nous les avons complètement exclus des négociations aussi. Ils ont vraiment essayé fort d’entrer dans les discussions, mais quand ils ont déclenché le snapback, à ce moment-là je leur ai dit que s’ils déclenchaient le snapback, ils n’auraient aucun rôle dans les futures négociations nucléaires du tout. Vous aviez un outil, vous l’avez utilisé, et c’est tout. Et quand nos discussions avec les États-Unis ont commencé, les Européens continuaient à venir nous voir, disant : “Monsieur, y a-t-il quelque chose que nous pouvons faire ? Monsieur, je veux dire, pouvons-nous aider ? Nous avons de l’expertise, nous avons ceci et cela.” Nous ne les avons pas laissés entrer du tout. Nous ne les avons même pas invités aux funérailles (d’Ali Khamenei) à cause des positions qu’ils avaient prises. En fait, c’est moi qu’on interroge sur pourquoi les relations avec l’Europe sont comme ça. Quant aux relations avec nos voisins, elles ont vraiment été excellentes durant cette période. Nous avons eu beaucoup de croissance. Dans la guerre — dans cette guerre récente, les choses se sont échauffées. D’abord, avec les autres voisins, si vous faisiez attention, ils ont tous participé à (aux funérailles) un haut niveau.
Journaliste : Comment ça se fait ? Nous les avons frappés, et maintenant ils viennent présenter leurs condoléances ! Étrange, non ?
Abbas Araghchi : Quoi qu’il en soit, si vous avez remarqué, tous nos voisins sauf ceux de la rive sud du golfe Persique ont assisté (aux funérailles) au niveau chef d’État, plus ou moins, avec quelques variations. Parce qu’au cours de ces deux ou trois dernières années, nos relations avec eux tous se sont beaucoup améliorées, même pendant la guerre. C’est la même chose avec les pays du Golfe. Une fois, après cette guerre de quarante jours, ils ont été confrontés à un Iran fort, ils ont commencé à s’ajuster à cet Iran fort. Certains ont commencé plus tôt, d’autres plus tard. Donc certains d’entre eux étaient là précisément pour envoyer le message qu’ils sont prêts à travailler avec un Iran fort dans la région — et c’est aussi la bonne politique. Nous l’accueillons favorablement. Après tout, nous vivons ensemble dans une même région. Peut-être devrons-nous vivre ensemble pendant encore des centaines d’années. Nous ne pouvons pas — géographiquement, nous ne pouvons pas nous éloigner les uns des autres. D’autres vont et viennent. C’est ce que nous leur disons. Dans notre région, un jour c’étaient les Portugais, un jour les Britanniques, maintenant ce sont les Américains. On ne sait pas qui ce sera à l’avenir, ou s’il y aura même quelqu’un. Mais nous serons toujours là, et nous devons vivre ensemble, nous devons vivre ensemble en paix. Et cette compréhension prend forme maintenant dans la région. Eh bien, nous avons eu des délégations de niveau assez élevé de trois pays du Conseil de coopération du Golfe, et cela montre que cette nouvelle compréhension prend forme dans la région.
12. Le
protocole d’accord : une analyse critique
Journaliste : Avec cette nouvelle compréhension, passons à la critique de l’accord. J’ai moi-même lu le texte et j’ai vu que c’était un bon texte.
Abbas Araghchi : Dieu merci.
Journaliste : Oui, mais j’avais le sentiment que c’était un peu limité. Je veux dire, les concessions que nous avons obtenues, compte tenu de cette nouvelle perception de l’Iran dans la région et dans le monde — ce point même que vous ne cessez de souligner, que la République islamique est en fait passée d’un Iran faible à un Iran fort, et que tout le monde le comprend maintenant. Si cet accord avait été fait il y a cinq ans, trois ans, j’aurais dit que c’était un chef-d’œuvre absolu. Mais maintenant j’ai l’impression que nous avons combattu pendant cinquante-deux jours, nous avons eu une guerre directe, nous avons eu un an de guerre indirecte, et dans ce contexte c’est trop peu. Ce n’est vraiment pas grand-chose. Peut-être, avec le dessus que nous avions, nous aurions dû obtenir plus.
Abbas Araghchi : Comme quoi ?
Journaliste : Peut-être cette période de 60 jours — nous n’aurions pas dû leur donner cette marge de manœuvre. Peut-être, par exemple, sur le Liban nous aurions dû dire, écoutez, un cessez-le-feu doit inclure aussi le retrait d’Israël du Liban. Nous aurions pu ajouter ça. Ou ces frais de transit du détroit — nous aurions pu commencer à les facturer immédiatement, dès le lendemain de l’accord. Maintenant, je ne veux pas dire que si cet argent était entré, la République islamique serait soudainement florissante, non. Peut-être aurions-nous pu insister davantage sur les réparations. Je ne sais pas, vous avez écrit ce texte. Je dis que ça semble trop peu, comme si je m’attendais à ce que, puisque nous fonctionnons sous l’impression que nous avons gagné cette guerre — et c’est une impression correcte aussi — et que nous avons le dessus, c’est juste trop peu. Comment dit-on ça ? C’est trop peu.
Abbas Araghchi : Eh bien, il y avait plus de choses que vous n’avez pas mentionnées que nous aurions quand même pu obtenir. Ça aurait été bien si nous les avions eues. Écoutez, quand vous entrez en négociation, vous acceptez que la négociation est du donnant-donnant. Ce n’est pas comme si vous pouviez obtenir cent et donner zéro à l’autre camp. Si vous pouvez faire ça, alors faites-le sur le champ de bataille. Je reviens à ce point dont nous avons discuté. Ou vous pouvez mettre fin à la guerre d’une manière qui vous permette d’imposer toutes vos demandes à l’autre camp. Vous devez payer des réparations. À partir de demain, vos navires peuvent passer, mais ils doivent payer des frais. Je ne sais pas, vous devez aussi lever complètement toutes vos sanctions. Je ne sais pas, faites ceci ou cela aussi.
Journaliste : Quoi que ce soit — si vous êtes un vainqueur absolu.
Abbas Araghchi : Si vous l’êtes, alors vous pouvez aussi faire des demandes absolues. Mais si vous choisissez la voie de la négociation, alors vous devez accepter que la négociation est un donnant-donnant. Ça ne veut pas dire que vous pouvez obtenir tout ce que vous voulez. L’autre camp doit aussi avoir des cartes, sinon ils ne négocieront pas — ou n’accepteront pas. Je n’ai aucune objection du tout à cette première voie. Allez aussi loin que vous pouvez et obtenez des concessions — nous sommes avec vous. Pendant la guerre de quarante jours, le ministère des Affaires étrangères n’a pas reculé. Partout où il y avait la guerre, nous avons tenu bon, nous l’avons défendue haut et fort, et nous avons aussi parlé avec confiance. Même quand un journaliste a demandé si des forces terrestres allaient entrer, il a dit, quoi — qu’est-ce que vous en pensez ? Nous avons dit non, en fait nous l’attendons — ce qui est devenu très viral dans le monde entier. Ça s’est répandu partout.
Journaliste : C’est vrai.
Abbas Araghchi : Ce que je dis, c’est que nous sommes pleinement engagés. Le ministère des Affaires étrangères est pleinement engagé. Mais le pays dans son ensemble doit décider. Si vous avez choisi la voie de la négociation, alors naturellement vous devez aussi accepter certaines choses. Mais maintenant, une par une. Sur les réparations : en guerre, les réparations sont payées par le pays qui subit une défaite totale — si un pays perd la guerre, il paie des réparations. L’agresseur ne paie pas de réparations ; c’est le perdant qui les paie. Donc vous pouvez être sûr que si nous avions perdu cette guerre, nous aurions dû payer des réparations même à ces pays de la région. Même pour ces mêmes bâtiments et hôtels et tout ce que vous avez frappé, nous aurions dû payer pour les dommages.
Journaliste : Donc les réparations ne sont pas payées par l’agresseur mais par l’agresseur vaincu.
Abbas Araghchi : Non, par le camp vaincu. Même si ce n’était pas l’agresseur. Le pays qui perd une guerre lève les mains en l’air et doit accepter toutes les conséquences. Donc si nous voulons obtenir des réparations de l’Amérique, au vrai sens des réparations, alors il faudrait qu’elle soit vaincue dans la guerre assez sévèrement pour se rendre et payer. Nous avons fait ça sous une autre forme dans l’accord. Autrement dit, l’Amérique n’a pas accepté de payer des réparations, mais elle a compris que sans satisfaire l’Iran sur la question des réparations, il n’y aurait pas d’accord. Donc la forme et le nom ont été changés. C’est devenu un plan de reconstruction.
Journaliste : Un fonds de 300 milliards de dollars.
Abbas Araghchi : Je ne dis pas que ça sera effectivement mis en œuvre ou non. Laissez-moi dire ceci : à partir de maintenant, d’abord, nous avons un autre défi majeur pour arriver à un accord final, et deuxièmement, même si nous arrivons à un accord final, comme pour tout le reste, il y aura encore beaucoup de conflits, de disputes et d’allers-retours avant que quoi que ce soit ne procède normalement. Ils ont montré qu’ils rompent leurs promesses, qu’ils mettent en œuvre les choses mal, et nous aussi, nous devons apprendre, pour ainsi dire, à traiter avec eux en utilisant les mêmes méthodes.
Journaliste : Donc ce fonds équivaut à des réparations ?
Abbas Araghchi : Ils ont apporté ce fonds à la place des réparations ; sinon il n’y avait aucune raison pour eux de dire dans le MOU, bon, nous allons aussi investir, disons, 300 milliards de dollars en Iran. Pourquoi ont-ils accepté 300 milliards de dollars sous forme d’investissement ? Parce qu’ils savaient que sans résoudre la question des réparations, l’Iran n’accepterait pas un accord. Et en plus, ils ne pouvaient pas appeler ça une compensation ou quoi que ce soit de ce genre, parce que cela aurait signifié admettre qu’ils avaient été vaincus, qu’ils étaient l’agresseur. Ce n’était pas possible. C’était une solution de compromis. Je dis toujours que quand vous entrez en négociation, vous devez arriver à une sorte de terrain d’entente. Vous devez arriver à un compromis, pour ainsi dire. Et sur la compensation, ce compromis a été atteint. L’autre camp a dit, d’accord, ça ne peut pas être formulé comme des dommages ou une compensation, mais je peux aider d’une autre façon, par la reconstruction, et c’est ce à quoi ça a fini par ressembler.
Journaliste : Quant à cette marge de 60 jours, qu’entendez-vous exactement par là ?
Abbas Araghchi : Pour arriver à un accord, nous avions un problème, et ce problème était leurs demandes concernant notre programme nucléaire. Si nous avions pu arriver à un compromis sur ces demandes, alors nous n’aurions pas eu besoin de soixante jours du tout. Nous aurions pu arriver à un accord immédiatement et ç’aurait été terminé. Mais parce que c’était si difficile, parce que la guerre était devenue en quelque sorte liée à leurs demandes, et céder à ces demandes signifiait maintenant quelque chose de différent d’avant. Si ça avait été avant la guerre, peut-être qu’un compromis aurait pu être trouvé, mais maintenant le compromis est difficile, pour des raisons dans lesquelles je n’entrerai pas vraiment. Donc parce qu’arriver à un accord et une entente sur la question nucléaire était très difficile, il a été décidé que cette question nucléaire serait reportée. L’accord se ferait en deux étapes. Dans la première étape, la guerre se terminerait, et le détroit d’Ormuz serait inclus, et le blocus serait levé, ainsi que quelques autres questions. Des choses comme la reconstruction et la compensation, et la question des fonds gelés, et la suspension des sanctions pétrolières, et ainsi de suite. Puis, si tout cela se produisait, une meilleure atmosphère serait créée, ce qui faciliterait la discussion. Alors nous nous assiérions et, sur soixante jours, verrions si nous pourrions arriver à un accord sur la question nucléaire ou non. C’est vraiment de là que vient toute l’idée des soixante jours.
Ce n’est pas qu’on leur donne un répit. D’ailleurs, laissez-moi répéter : s’il y a un répit, c’est pour les deux camps. Nous ne devrions pas penser que nos forces armées, par exemple, n’ont pas besoin d’un peu de temps pour reconstruire leur force. Le temps comptera certainement pour elles aussi. Cet écart de huit mois entre la guerre de douze jours et la guerre de quarante jours nous a probablement fait avancer de, qui sait, plus de huit ans. Parce que toutes les leçons que nous avons apprises dans la guerre de douze jours, toutes les forces et les faiblesses que nous avons identifiées, nous les avons transformées en puissance croissante durant ces huit mois.
Journaliste : Nous n’avions pas fait la guerre du tout depuis quarante ans. Nous n’avions jamais eu l’expérience de la guerre, surtout avec Israël, à deux mille kilomètres.
Abbas Araghchi : Dans la guerre de douze jours, nos missiles ont été testés pour la première fois dans une vraie guerre, et leurs forces et faiblesses sont devenues claires là, et nous avons pu les corriger. Dans la guerre de quarante jours, d’autres faiblesses ont dû apparaître, et à partir de maintenant nous allons les corriger aussi. Donc ne pensez pas que nous donnons un répit à l’ennemi ; nous nous en donnons un aussi.
13. Le Liban :
un allié stratégique que l’Iran ne pouvait abandonner
Journaliste : Monsieur Araghchi, il y avait cet argument — certains groupes réformistes le disaient davantage — que nous devrions laisser le Liban en dehors de l’accord initial et le reporter à l’étape suivante. Autrement dit, n’aurait-il pas été mieux de laisser le Liban pour plus tard ?
Abbas Araghchi : Non, ce n’était pas possible. La guerre au Liban a commencé et s’est intensifiée à cause de la guerre en Iran, et nous ne pouvions absolument pas et ne pouvons pas laisser nos amis au Liban seuls. Nous ne pouvions pas dire, bon, notre guerre est finie, maintenant vous êtes seuls. Ce n’est pas juste religieusement, pas moralement, pas humainement. Et surtout, ce n’est pas juste stratégiquement. Quand votre allié entre en guerre à cause de vous, une fois que vous en êtes sorti, vous ne pouvez pas juste dire, très bien alors, au revoir. Ça signifie que vous avez perdu un partenaire stratégique. C’est simplement une erreur stratégique. C’est pourquoi nous avons insisté pour que la guerre s’arrête sur tous les fronts. Et que signifie tous les fronts ? Ça signifie que cette guerre entre nous et l’Amérique a aussi un front au Liban. Ce n’est pas juste une guerre entre Israël et le Hezbollah. C’est une guerre entre nous et vous aussi. Et elle devait s’arrêter sur tous les fronts, en même temps.
Nous avons insisté là-dessus au moment du cessez-le-feu et l’avons finalement obtenu, et nous avons aussi insisté là-dessus dans le protocole d’accord pour mettre fin à la guerre et l’avons finalement obtenu aussi. Le plus grand opposant à ce protocole et à cet accord était Israël lui-même, tout comme dès le premier jour il a dit, je ne laisserai pas d’autres décider pour moi. Ce que ça voulait dire pour Israël : “L’Iran et l’Amérique se sont assis et ont pris des décisions sur ma sécurité — où je combats et où je ne combats pas.” Netanyahu a été fortement critiqué en Israël. On lui a dit que si la guerre allait se terminer comme ça, il aurait mieux valu ne pas la commencer du tout — que la guerre se termine ainsi, avec l’Iran venant décider à notre sujet avec les États-Unis.
Journaliste : Mais leur demande a maintenant été exécutée. Le lendemain du cessez-le-feu, ils sont venus et ont pilonné le Liban. Et ils le frappent toujours.
Abbas Araghchi : Ils ne le frappent pas. Non. Depuis ces derniers jours, ça s’est arrêté.
Journaliste : Je ne veux pas dire juste ces trois ou quatre derniers jours — je dis qu’ils nous tiennent à la gorge, Monsieur Araghchi, vous devez l’admettre.
Abbas Araghchi : Bon. Alors quelle est la solution ?
Journaliste : Il y en a deux, vraiment. L’une est de combattre et de faire pression sur les États-Unis pour qu’ils fassent en sorte qu’Israël se retire du Liban. L’autre façon est de se trainer vers les négociations. Mais ça n’a pas réussi à nous sortir de leurs mâchoires non plus.
Abbas Araghchi : Non, d’abord, ça l’a fait dans une large mesure. S’il y a une autre voie, n’importe quelle autre voie qui peut faire ce que vous dites, personne n’est contre. Nous devrions aller le faire. Mais définitivement...
Journaliste : Je pense que notre point faible dans ce cessez-le-feu, cette cessation des hostilités, peu importe comment vous voulez l’appeler, c’est le Liban. C’est très compliqué. En plus, Monsieur Araghchi, dans l’accord aussi, nous avons lié toutes les clauses à cela. Nous avons dit qu’il devait y avoir un cessez-le-feu sur tous les fronts, et ensuite le reste pourrait arriver. En ce moment cette première partie n’a pas eu lieu. Je veux dire, c’est de ça que parle la clameur publique, dans la rue. N’est-ce pas ? C’est de ça que les gens sont contrariés maintenant : que vous avez abandonné votre partenaire stratégique.
Abbas Araghchi : Il y a des choses que je devrais dire ici que nous ne pouvons pas diffuser.
Journaliste : Laissez-moi le dire ainsi : que pense le Hezbollah de cet accord en ce moment ?
Abbas Araghchi : Vous avez vu qu’ils l’ont accueilli favorablement.
Journaliste : Cet accueil pourrait être tactique et de façade.
Abbas Araghchi : Ici, la diplomatie aide le terrain, mais elle ne peut pas tout faire ce que vous vouliez faire sur le champ de bataille. Elle ne peut faire que ce qu’elle peut. Ce que je peux faire, c’est produire un document qui peut désormais être votre outil pour exercer une pression. Dans l’accord nous avons dit que, dans cette même première clause, les négociations pour un accord final ne commenceront pas à moins que la guerre au Liban ne s’arrête, et les négociations pour l’accord final n’aboutiront pas, n’arriveront pas à une conclusion, à moins qu’il n’y ait un retrait complet. Dans la clause un, il est dit que l’intégrité territoriale du Liban doit être préservée, et l’accord final doit affirmer cette clause. Ça signifie que l’accord final doit intervenir dans des conditions où l’intégrité territoriale du Liban a été préservée. L’accord final doit affirmer l’intégrité territoriale du Liban. Ça signifie que si l’intégrité territoriale du Liban est encore menacée à ce moment-là — c’est-à-dire qu’elle est sous occupation — alors un accord final ne peut pas prendre forme. C’est ce que nous leur avons dit. Nous l’avons aussi inclus là dans la clause un. C’était le différend dans les derniers jours, quand Israël a dit qu’il n’acceptait pas ça et qu’il occuperait, et a commencé à avancer. Nous avons ajouté ça là, et c’est exactement ce qui a mis Israël assez en colère pour sortir et déclarer qu’ils n’acceptaient pas du tout et ne le mettraient pas en œuvre. Puis finalement tant de pression est venue de tant de directions que les États-Unis pour l’instant — et les Américains eux-mêmes avaient commencé un autre processus, des discussions entre le Liban et Israël et ainsi de suite, et ils ont obtenu ça quelque part. Pour l’instant, au moins pour un moment, le cessez-le-feu tient et la guerre est terminée. Mais le retrait n’a toujours pas commencé, et ça va être l’une de nos questions difficiles à venir.
14. Les
manifestations populaires et la communication du gouvernement
Journaliste : Il y a une critique ici, plus dirigée vers vous en réalité — par « vous » je veux dire le gouvernement de Monsieur Pezeshkian. C’est qu’il ne tient pas vraiment compte de la rue dans ses calculs. Ni dans ses calculs de pouvoir, ni dans le sens de respecter l’opinion publique ou d’essayer d’expliquer les choses aux gens. Laissez-moi vous dire quelque chose — je pense que certaines personnes dans le gouvernement de Monsieur Pezeshkian voient en fait tout cela comme une nuisance : la rue, ces rassemblements. Il n’y a aucune connexion entre vous et la rue.
Abbas Araghchi : Eh bien, le gouvernement a ses propres outils, bien sûr. Je parle en tant que ministre des Affaires étrangères. D’abord, je crois que la rue a vraiment été un miracle, et ce qui nous a fait tenir dans cette guerre de quarante jours et après, en plus des missiles et en plus de la résolution collective qui gouvernait le pays, c’étaient ces rues — cette présence publique — qui était l’expression de l’éveil de la nation et de notre capital social. Ce capital est entré sur le terrain et a été utilisé. Donc la rue ne doit absolument pas être sous-estimée, et ce pouvoir et ce capital doivent être préservés. Et bien sûr la rue doit absolument être briefée. Elle a définitivement besoin d’être tenue informée de ce qui se passe. En tant que ministre des Affaires étrangères, eh bien, naturellement, je ne peux pas faire ça moi-même. La télévision d’État doit le faire.
Journaliste : La télévision d’État fait elle-même partie de la rue ! [Rires]
Abbas Araghchi : Écoutez, en ce moment, trois de mes adjoints sortent chaque nuit et parlent sur les places publiques, dans les rues. Ils vont là-bas et parlent. Mais pouvoir briefer toutes les rues sur tout nécessite quelque chose à plus grande échelle. À mon avis, ça doit être géré au niveau de l’État.
Journaliste : Laissez-moi vous donner une solution. L’une est que votre rhétorique doit changer. Je veux dire, le langage du ministère des Affaires étrangères pendant la guerre et après doit maintenant être un langage de guerre. Écoutez, Monsieur Araghchi, nous avons été en guerre, ils ont assassiné le Guide, tant de gens ont été tués, Minab, Lamerd, et dix autres endroits. Et alors le langage du gouvernement, c’est quoi ? Que si l’Amérique nous vend du blé bon marché, nous l’achèterons ? Allons, c’est vraiment laid. Je veux dire, ça blesse les sentiments des gens. Pourquoi diriez-vous ça ? Et que va penser le monde de nous ? Ils vont dire que ces gens n’ont aucune dignité. Je veux dire, comment est-il possible que nous ne soyons même pas encore sortis de cette guerre et que nous disions que nous irons acheter du blé s’ils nous le vendent moins cher ? Je vous le dis, ça met la rue en colère. Ça donne aux gens le sentiment que vous bradez tout.
Abbas Araghchi : Maintenant écoutez, d’abord, n’exagérez pas ! Juste parce que quelqu’un a peut-être dit une phrase erronée, ça ne veut pas dire que vous devez en faire toute une histoire. Laissez-moi expliquer. D’abord, notre langage pendant la guerre, le langage du ministère des Affaires étrangères, était si fort que j’ai été accusé d’être un ministre de la guerre plutôt qu’un ministre des Affaires étrangères.
Journaliste : Oui, certains réformistes vous appellent le ministre de la guerre, envers Israël...
Abbas Araghchi : Envers Israël, envers l’Amérique...
Journaliste : Vous étiez plus doux envers l’Amérique.
Abbas Araghchi : Je ne le suis pas. Ce n’est pas vrai. Si vous regardez mes tweets, regardez mes positions, elles ont toutes été comme ça. Et toute ma logique, même avec tous ceux qui ont objecté, a été celle-ci : le pays est en guerre. Le ministre des Affaires étrangères doit aussi parler fermement. Si dans mes propos ils sentent la moindre faiblesse, s’ils sentent que le ministre des Affaires étrangères est mou, ils sentiront que tout le pays est mou. Et je vous l’ai dit, pendant toute la guerre nous avons essayé d’être la voix de la confiance en soi du peuple iranien, et je peux évoquer mes nombreux entretiens. La télévision d’État n’en a diffusé aucun. C’est très intéressant. Je suis allé sur Fox News, CNN, partout où c’était, et j’ai lutté. Puis j’ai pensé, ok, ce soir la télévision d’État va diffuser ça et dire bravo, regardez comme notre ministre des Affaires étrangères parle. Mais rien, comme si ça n’était jamais arrivé. Oui, ils ont juste sous-titré deux lignes qu’ils ont aimées, et c’est tout. Montrez ce que le ministre des Affaires étrangères a réellement fait ! Il y a Monsieur Baghaei, donnant constamment des entretiens. Mes autres adjoints sont allés ici et là et ont parlé, et à chaque fois j’ai toujours dit que la télévision d’État allait sûrement diffuser ça maintenant, et que ce serait un vrai motif de fierté. Notre rhétorique était juste ; nous avons agi conformément aux conditions de guerre.
Sur la question du blé, ce qui est fait au pays ici est vraiment injuste. N’était-ce pas l’une des demandes du Guide, que nos fonds gelés soient libérés ? Eh bien, ils le sont.
Journaliste : Pas encore !
Abbas Araghchi : Si, ils le sont.
Journaliste : Sont-ils à l’intérieur du pays ?
Abbas Araghchi : Quand votre salaire est déposé sur votre compte, doit-il être dans votre poche pour compter ? Il est sur votre carte bancaire. Si vous pouvez utiliser la carte et dépenser, ça veut dire que vous avez votre salaire.
Journaliste : Est-ce entré sur nos comptes ?
Abbas Araghchi : Oui, c’est dans nos comptes bancaires au Qatar. Ce qui compte c’est si c’est utilisable. Même si l’argent est à l’intérieur de l’Iran, si vous ne pouvez pas l’utiliser, alors il n’a pas vraiment été libéré.
Journaliste : Est-ce utilisable maintenant ?
Abbas Araghchi : Que signifie utilisable ? Ça signifie que vous pouvez le transférer, par exemple, à une entreprise qui produit du maïs ou peu importe — de la nourriture, des biens essentiels. Vous pouvez acheter des biens essentiels et les faire entrer dans le pays. C’est là que vous pouvez dire que l’argent est utilisable. Eh bien, les mécanismes et arrangements pour ça sont maintenant conçus. Les Américains ont fait tout un plat de l’idée que l’Iran utiliserait cet argent pour acheter du blé et des choses à l’Amérique, enrichissant les fermiers américains. Écoutez, après le protocole d’accord, nous sommes rentrés de Suisse. Nous avons dit que la guerre était finie. Au Liban, un cessez-le-feu avait été déclaré. Un comité de surveillance du cessez-le-feu se forme avec notre participation, ce qui est notre première présence officielle au Liban. Nos exportations de pétrole et de pétrochimie ont été exemptées de sanctions. Nos fonds gelés ont été libérés. Un fonds de 300 milliards de dollars a été créé. Notre blocus naval a aussi été levé. Qu’a dit l’autre camp en retour ? Quand nous avons dit tout ça. Qu’ont dit les Américains ? Ils n’ont pas mentionné le détroit d’Ormuz, parce que s’ils l’avaient fait, les gens se seraient moqués d’eux. S’ils avaient dit que le détroit d’Ormuz serait libre, on aurait dit qu’il l’était déjà (avant la guerre) — vous êtes allés vous battre, et ce qui est arrivé est un simple retour au statu quo ante. Donc ils n’ont pas mentionné ça, parce que ça ne compte pas comme une réalisation pour eux. Ils ont dit que les inspecteurs de l’AIEA viendraient inspecter les installations nucléaires de l’Iran : c’est complètement faux.
Journaliste : Vous voulez dire qu’ils ne viennent pas ?
Abbas Araghchi : Ils viennent, mais sous les arrangements que nous leur avons donnés. Certains de nos sites pendant cette guerre, comme la centrale de Bouchehr, la centrale de Bouchehr doit rester sous la supervision des inspecteurs de l’AIEA. Par exemple, son remplacement de combustible doit être surveillé par des inspecteurs.
Journaliste : Non, pas Bouchehr et Téhéran, qui fonctionnent. Enfin, à part celles-là.
Abbas Araghchi : Non, certains endroits ne sont pas…
Journaliste : Je veux dire Natanz, l’UCF (usine de conversion de l’uranium à Ispahan) — depuis après la guerre de douze jours...
Abbas Araghchi : Depuis la guerre de douze jours jusqu’à maintenant, nous avons bloqué l’accès de l’AIEA à tous ceux-là.
Journaliste : Seulement Bouchehr et Téhéran, qui fonctionnent encore.
Abbas Araghchi : Et un ou deux autres endroits aussi, où les questions sont, je ne sais pas, complètement de routine et toujours en cours, et sous nos engagements envers le TNP et l’accord de garanties de l’Agence, ils peuvent les inspecter, ou ils sont censés les inspecter. Par exemple, Bouchehr — les Russes eux-mêmes nous demandent de les laisser venir, parce que le rechargement de la centrale doit se faire sous inspection. Même maintenant il y a encore des choses comme ça ; je pense que le dernier cas c’était il y a environ vingt jours. Nous avons dit là aussi : tout ce que l’Agence est capable de faire maintenant, elle peut toujours le faire. Tout ce qu’elle ne peut pas faire, elle ne peut pas le faire. C’est notre politique, et rien n’a changé. Les États-Unis sont allés annoncer cette fausse information. Les fermiers américains vont s’enrichir ! Pourquoi ? Parce que l’Iran veut acheter des choses là-bas avec son argent. Nous n’avons donné aucun engagement là-dessus, rien. Bien sûr, acheter certains biens essentiels aux entreprises américaines existe depuis des années. Je ne veux pas nommer de noms maintenant, tout le monde le sait. Cet accord de six milliards de dollars a été fait sous l’administration précédente, sous le gouvernement de Monsieur Raïssi. L’accord signé à l’époque...
Journaliste : Donc nous achèterions aux Américains ?
Abbas Araghchi : Non — pour que nous n’achetions que des biens humanitaires avec notre propre argent. D’où les achèterions-nous ? Je pense que Monsieur Hemmati l’a expliqué : nous ne sommes obligés d’acheter à aucun endroit particulier. Oui, si une entreprise l’offre moins cher, ou si la qualité est meilleure, nous achèterons. Que ce soit américain ou non. Il n’y a jamais eu d’interdiction là-dessus. Alors maintenant peut-être vous dites, n’achetez pas à l’Amérique, très bien, nous ne le ferons pas. Mais transformer ça en une histoire de blé, en propagande, c’est quelque chose que nous faisons nous-mêmes.
Journaliste : Oui, c’est injuste. Je suis d’accord là-dessus.
Abbas Araghchi : Nous sommes injustes envers nous-mêmes. Regardez ce que nous avons dit avoir gagné en revenant de Suisse, et ce qu’ils ont dit avoir gagné. Puis ce qu’ils prétendent avoir gagné est mis en avant chez nous, dans les rues pour dénigrer la République islamique, pour dénigrer les négociateurs. Pourquoi font-ils ça ? Je ne comprends pas. Pourquoi donnons-nous à notre propre peuple un sentiment d’humiliation et de défaite alors que nous sommes ceux qui avons gagné ? Pourquoi le public devrait-il être en colère alors que sur le papier nous avions la même victoire que nous avions sur le terrain ? Nous l’avions sur papier aussi, nous l’avions en diplomatie aussi. Tous ces pays qui sont venus ici pour les funérailles — quel en était le résultat ? C’était le résultat de notre diplomatie. Bien sûr la diplomatie repose sur la force, elle repose sur le terrain, et tout le monde connaît ma position là-dessus. J’ai écrit un livre : « Négocier le pouvoir » signifie que la négociation repose sur la force. Tout ça est là, et nous en voyons les résultats. La dignité que la République islamique a gagnée maintenant, la fierté qu’elle a gagnée dans la région et à l’international. Je ne veux pas que ça sonne comme de la vantardise. Dieu sait, juste hier soir l’un des ministres des Affaires étrangères africains qui est venu me voir a dit, nous voulons envoyer nos diplomates ici pour une formation. J’ai dit qu’en fait notre école du ministère des Affaires étrangères organise des programmes comme ça. Il a beaucoup loué nos négociations et tout ça. Il a dit que nous voulons que nos diplomates viennent se former avec vous. Alors sommes-nous censés jeter tout ça de côté parce que, pour quelque raison que ce soit que certaines personnes ont, ils s’accrochent à un mot comme « blé » ? Ils s’y accrochent et découragent notre peuple dans les rues. Si c’est juste, alors continuons. Pourquoi, pourquoi ne venez-vous pas dire la vérité aux gens ?
15. Le détroit
d’Ormuz : souveraineté, services et frais de passage
Journaliste : Monsieur, buvez un peu d’eau. Passons au détroit d’Ormuz. Parlons du sujet brûlant du détroit d’Ormuz. Alors finalement, le détroit est-il ouvert ou fermé ? Un jour il est ouvert, vous dites qu’il est ouvert, ils disent qu’il est fermé. Un autre jour ils disent qu’il est sous blocus. Puis nous nous réveillons le matin et voyons que vous avez dit la veille au soir qu’il était ouvert. Puis ils disent qu’Oman a été frappé, que le Koweït a été frappé. Alors quelle est exactement la situation en ce moment ? Qu’est-ce qui se passe ? De l’autre côté, Oman dit, j’ai ouvert un corridor, pour qu’ils puissent passer par ce côté-là. Puis nous disons non, vous ne pouvez pas passer par là non plus, et si vous le faites nous frapperons. C’est juste un vrai désordre, personne ne sait quoi que ce soit. C’est exactement ce qui met la rue en colère, Monsieur Araghchi. Cette incertitude, l’absence de toute image claire.
Abbas Araghchi : Écoutez, on revient à notre discussion précédente. Qui est censé clarifier les choses pour le public ? Est-ce seulement moi, en tant que ministre des Affaires étrangères, qui dois venir expliquer ça ? D’autres devraient l’expliquer aussi, faire venir des experts juridiques. Écoutez, la question du détroit d’Ormuz est très importante. Si nous ne la gérons pas correctement, nous aurons des problèmes.
Il y a deux parties à ça. L’une est ce qui se passe maintenant sous le protocole d’accord, et l’autre est l’avenir du détroit d’Ormuz. Dans le protocole d’accord, ça n’aurait pas pu être rédigé plus fermement que ça. Les États-Unis, dans la clause quatre, lèvent leur blocus naval. Clause cinq : l’Iran prend des mesures pour rétablir le trafic dans le détroit d’Ormuz aux niveaux d’avant-guerre et le fait dans les trente jours, en résolvant les problèmes et en déminant tout ça, ce que l’Iran fera lui-même. Donc d’abord, ça dit que l’Iran prend les mesures. Ça signifie que notre exercice de souveraineté là-bas est affirmé, et nous le ferons dans les trente jours. Donc pas immédiatement non plus ; ce sera graduel, et — ça dit dans les trente jours, sans frais, seulement pendant soixante jours, ce qui est en soi une phrase en or parce qu’elle confirme le droit de facturer des frais dans le protocole d’accord.
Ensuite ça continue en disant que l’Iran et Oman tiendront des discussions. À propos de quoi ? Deux questions : l’administration future du détroit d’Ormuz et les services maritimes à fournir. Ça signifie que ça accepte encore une fois que le détroit d’Ormuz a un avenir, une administration future différente de son passé, et qu’il y a des services maritimes que l’Iran et Oman fourniront. Ensuite ça dit qu’à ce sujet ils parleront aussi avec les autres pays de la région, ce qui signifie qu’il n’y a aucune obligation contraignante du tout. Ce qui est reconnu ici, c’est que l’administration future du détroit d’Ormuz sera élaborée entre l’Iran et Oman. Il y a des services impliqués, et naturellement les services ne sont jamais gratuits ; ils viennent avec des frais. Deux lignes plus tôt il est dit que les frais ne seront pas facturés seulement pendant soixante jours. Donc ça signifie qu’après soixante jours ils le seront.
J’aimerais vraiment que vous examiniez le langage utilisé en Amérique, tous les articles qui ont été écrits. Voyez comme ils se moquent de Trump à propos de ses soi-disant réalisations et de ce protocole d’accord. Ils essaient d’ouvrir d’autres corridors, et à chaque fois nous disons, vous-mêmes avez accepté que l’Iran ferait les arrangements, ils disent non, c’est dans les eaux omanaises. Ils ont parlé avec Oman, et Oman lui-même a accepté de ne plus continuer à faire ça. En pratique ils ont toujours rompu leurs promesses ; ils ont toujours essayé d’aller trop loin. Il faut les confronter. C’est exactement ce que nous faisons. Nous avons eu des affrontements pendant deux nuits. Pas besoin d’être poli à ce sujet. S’ils ne mettent pas en œuvre ce qui était dans le protocole d’accord ou s’ils essaient de reculer dessus ou de le violer, alors nous répondons, comme nous l’avons fait. Les deux nuits nous étions en contact les uns avec les autres. Nous et le terrain, le vrai terrain, et ensuite nous nous sommes assurés que ça reste dans des limites et que ça ne déborde pas et ne se transforme pas en une guerre plus large à nouveau, ce qui est possible parce que tout est extrêmement...
Journaliste : Vous voulez dire que le Koweït et Bahreïn ont été frappés avec votre coordination ?
Abbas Araghchi : Maintenant n’essayez pas de m’arracher un aveu ; souvenez-vous que je suis le ministre des Affaires étrangères.
Journaliste : Est-ce avec une coordination entre la diplomatie et le terrain qu’ils décident quoi frapper et quoi ne pas frapper ?
Abbas Araghchi : Ces choses... écoutez, quand l’Amérique nous attaque, nous devons répondre. Et dans la façon dont nous répondons, bien sûr nous agissons avec un certain degré de prudence. C’est juste naturel de le faire d’une manière qui nous apporte le plus grand bénéfice et le moins de dommage. Cette coordination a toujours existé entre nous dans cette guerre, et dans la période d’après-guerre aussi. Surtout que ça doit être fait d’une manière qui puisse plus tard être contrôlée pour que ça ne se propage pas à nouveau. Je veux dire, se propager inutilement, au-delà de notre contrôle et sans notre volonté. Même le combat a son propre processus, eh bien, son propre calcul. C’est ce que nos intérêts exigent. C’est un peu comme un jeu d’échecs. Déplacer les pièces, chaque mouvement a son propre calcul. Si ça vient à ça, nous ferons d’autres choses aussi, mais c’est étape par étape. Le combat a aussi son propre code, sa propre logique. Vous ne frappez pas chaque endroit à chaque moment. Il y a des niveaux à ça. L’important c’est qu’il y ait de la coordination entre nous et eux.
Journaliste : Quant au détroit, je pense que le problème principal là c’est que vous voulez toujours le gérer par la diplomatie et les accords internationaux. Vous n’y apportez pas la force. Ce que je dis, c’est qu’en fin de compte, notre autorité sur le détroit doit être maintenue par la force.
Abbas Araghchi : Jusqu’à quand ?
Journaliste : Jusqu’à ce qu’elle soit fermement établie.
Abbas Araghchi : Quand est-ce établi ?
Journaliste : Tant que notre force est plus grande, ça reste établi.
Abbas Araghchi : Non, ce n’est pas ça. Écoutez, notre souveraineté sur le détroit existe déjà. Ce n’est même pas discutable. Et si un jour nous décidons d’exercer cette souveraineté, de fermer complètement le détroit, nous pouvons le faire, et nous l’avons fait. Personne ne doute que la souveraineté dans le détroit d’Ormuz nous appartient, et bien sûr à Oman aussi.
Journaliste : Mais parfois nous pouvons faire plus de choses…
Abbas Araghchi : Nous arrivons au point où, à partir de maintenant, nous voulons facturer pour les services que nous fournissons. Personne ne peut vraiment nier de facturer pour des services rendus, et il y a environ vingt types de services que nous fournissons depuis des années, et nous les fournissons maintenant aussi. Par exemple, assurer la sécurité est en soi un service. Ce protocole d’accord a ouvert la voie à un chemin légal, politique et diplomatique qui mènera à une certaine forme d’administration dans le détroit d’Ormuz où nos points de vue sont sécurisés et notre souveraineté est aussi appliquée. Nous ne laisserons pas passer ça. Nous le poursuivrons certainement et le mènerons jusqu’à ce point. Partout où il deviendra nécessaire d’utiliser la force, la force sera utilisée. Comme cela s’est passé ces dernières nuits. Mais nous devons comprendre qu’en fin de compte nous devons arriver à une formule pour le détroit d’Ormuz qui ait une légitimité et une acceptation, pour que le pays puisse être en paix et, pour ainsi dire, le détroit puisse rester calme, pour que les navires puissent passer et que nous puissions avoir nos revenus.
16. Le spectre
de l’accord sur le nucléaire
Journaliste : Une chose, Monsieur Araghchi, c’est que je pense personnellement que nous sommes un peu trop empressés d’arriver à un accord rapidement. Dans quel sens ? Dans le sens que la question du Liban n’a toujours pas vraiment été résolue. La question du détroit n’a toujours pas vraiment été résolue. Notre argent, toujours, comme vous le dites, n’est pas dans nos banques. Il y a cette précipitation à dire, mettons-nous d’accord rapidement, rapidement. Laissez-moi le dire ainsi : nous nous déplaçons un peu dans le style du JCPOA (accord sur le nucléaire) : se précipiter, signer rapidement, ne pas obtenir de garanties d’exécution appropriées, et ensuite ça se transforme en un autre JCPOA. Comment ? C’est-à-dire que nous allons remplir tous nos engagements comme dans le JCPOA, et ils sont irréversibles aussi. Puis ils disent, bon, maintenant nous ne donnons rien.
Abbas Araghchi : D’abord, qu’avons-nous fait d’irréversible jusqu’à présent ?
Journaliste : Vous voulez dire en ce moment ? Rien.
Abbas Araghchi : Coupez cette partie au montage aussi !
Journaliste : Non, je voulais dire la précipitation.
Abbas Araghchi : Non. Une différence cette fois par rapport au JCPOA, c’est que c’est un accord en deux étapes, et la chose principale que les Américains voulaient, qui est la question nucléaire, a été reportée à la deuxième étape. Non ? Donc pour qu’ils arrivent à cette étape, cette première étape doit être mise en œuvre. Et c’est exactement ce que nous avons fait jusqu’à présent. Nous n’avons toujours pas accepté de commencer les négociations pour la deuxième étape.
Journaliste : J’aurais aimé qu’on fasse la même chose avec le JCPOA. Qu’on le rende aussi en deux étapes.
Abbas Araghchi : Eh bien, souhaiter ça maintenant est une autre discussion. Non, de toute façon, toutes ces expériences sont maintenant prises en compte. Écoutez, la façon dont l’accord est structuré maintenant : il y a un protocole d’accord, un round de négociations, puis un accord final. Ce que les États-Unis veulent, ils ne l’obtiennent que dans l’accord final. Jusqu’à présent ils n’ont rien obtenu ici sauf sur le détroit d’Ormuz, et le détroit d’Ormuz n’est pas vraiment une réalisation pour eux de toute façon, parce que le détroit était déjà ouvert (avant la guerre). Personne ne peut aller prétendre qu’ils sont ceux qui l’ont ouvert. Nous avons dit que jusqu’à ce que les cinq paragraphes du protocole initial, qui sont cruciaux pour nous, soient mis en œuvre, nous ne commencerons pas ce round de discussions pour l’accord final. Nous ne l’avons toujours pas fait. Et nous n’arriverons pas à un accord tant qu’ils ne seront pas exécutés. Quels sont-ils ? Notre argent doit être libéré.
Journaliste : Comment libéré ?
Abbas Araghchi : Il doit être accessible. C’est-à-dire que si notre banque centrale passe une commande, comme ils disent, ou ouvre une lettre de crédit, alors cette lettre de crédit devrait passer, les achats devraient être effectués. Deuxièmement, notre dérogation pétrolière, qui a été rétablie, doit rester en place, et elle l’est. Ceci a été annoncé par l’OFAC. Je ne sais pas combien de notre pétrole a réellement été vendu jusqu’à présent par des canaux officiels. Jusqu’à présent, ça se vendait de manière non officielle. Le blocus naval devait être levé, et il l’a été. Du 25 Farvardin (14 avril) jusqu’à sept ou huit jours en arrière, quand le blocus naval a été levé — vous pouvez compter ça, un peu plus de deux mois. Regardez combien de pétrole nous avons vendu durant cette période, combien officiellement et combien officieusement. Combien de navires transportant des biens essentiels sont entrés ? Les chiffres sont là. Si nous sommes satisfaits, alors seulement nous commencerons le prochain round de discussions. L’accord final est encore loin. La demande principale de Trump, la question nucléaire, ne vient qu’à la toute fin. Pendant ce temps nous avons une garantie que notre travail avance. Bien ?
Journaliste : Oui, je vois, Monsieur Araghchi. La réalité est que tout le monde s’inquiète du JCPOA. Répéter le JCPOA — répéter dans quel sens ? Dans le sens où nous remplissons nos engagements et eux non ?
Abbas Araghchi : Nous n’avons pas fait ça.
Journaliste : Je veux dire, si nous sortons dans la rue, je ne sais pas, pendant quelques nuits, faire un tour à deux sur des motos.
Abbas Araghchi : J’y vais souvent !
Journaliste : Vous ne pouvez pas y aller anonymement parce que votre visage...
Abbas Araghchi : Si, j’y vais.
Journaliste : Mon point est, dans la rue, tout ce qu’ils disent c’est ceci : « Ils vont répéter le JCPOA. »
Abbas Araghchi : Pourquoi ne le leur expliquez-vous pas ? Écoutez, si je vais de rue en rue expliquer les choses, est-ce que ça va résoudre le problème ? Honnêtement ?
Journaliste : Ce n’est pas ce que je veux dire...
Abbas Araghchi : Non, laissez-moi finir. Écoutez, ces rues ne sont pas dans un autre pays. Ce sont les rues de notre propre pays, et les gens qui sortent sont notre propre peuple. Qui est censé le leur expliquer ? Je suis le ministre des Affaires étrangères ; mon devoir est clair. Et honnêtement j’ai déjà tellement de travail. Maintenant on est censé venir faire aussi toutes les explications ? Allons, chaque institution du pays devrait faire son propre travail. Le Conseil de coordination pour la propagation islamique, quelle que soit l’organisation, l’IRIB, les centres de publicité, les médias — ils devraient aussi faire leur travail et l’expliquer aux gens.
Journaliste : Le problème, c’est que même maintenant, je ne sais pas pour vous, mais beaucoup de gens voient encore le JCPOA comme quelque chose d’honorable. Alors ils pensent, bon, s’ils le voient encore comme ça, alors ils vont juste refaire la même chose dans cette guerre aussi.
Abbas Araghchi : Écoutez, que le JCPOA ait été bon ou mauvais ou peu importe, c’est une expérience d’il y a dix ans. Nous sommes maintenant dans une situation complètement nouvelle. Nous avons combattu deux guerres, et nous avons l’expérience du passé, l’expérience de la guerre, l’expérience des négociations, l’expérience du JCPOA, et beaucoup d’autres choses. Tout cela s’est réuni ici. Nous sommes maintenant arrivés à un accord dont je ne dis pas que c’est, vous savez, le meilleur accord imaginable, mais je pense que c’était le meilleur accord possible. Sa seule faiblesse est qu’il n’y a pas eu de consensus national autour de lui. Qui est censé créer ça ? Si c’est mon travail, alors dites-le et j’irai de rue en rue le faire. Mais vous savez vous-même que ce n’est pas faisable. Le public a besoin qu’on le lui explique, il a besoin d’être convaincu. Tous ces organismes, tous ces discours donnés dans les rues, ceux qui font des récitations religieuses qui sont tous vraiment chers et qui ont gardé les gens engagés — eh bien, ils devraient aller l’expliquer aux gens. Pourquoi le contraire se produit-il à la place ? D’où vient la consigne de leur dire d’aller décourager les gens ? Après que les gens se soient tenus dans les rues, après plus de cent jours, on leur dit : « Vous voyez ? Vous vous êtes fait avoir. » Qu’est-ce que ça veut même dire ?
Journaliste : Honnêtement, Monsieur Araghchi, ces gens ne méritent vraiment pas ça. Je vois des gens — même ma propre mère, par exemple, après son opération à la jambe — tous les deux ou trois soirs, pendant cent vingt, cent trente nuits, les gens sortent dans les rues. Puis ce sentiment de défaite...
Abbas Araghchi : Qui plante ces idées ? Alors que ce n’est même pas vrai du tout. Et pourquoi font-ils ça ? Parfois, je jure, je commence à me demander. Je me dis, si Israël a réussi à s’infiltrer chez nous à certains endroits, peut-être qu’ils se sont infiltrés dans ces choses aussi. Le monde entier dit que le principal perdant dans cet accord était Israël. Puis — et ici, chez nous, regardez les choses que nous utilisons pour décourager les gens.
17.
L’opposition de principe du Guide aux négociations
Journaliste : Une dernière question — on dirait que vous avez un appel étranger qui arrive. Quelle est votre interprétation de « en principe » ?
Pour rappel, voici le communiqué de Sayed Mojtaba Khamenei, concernant l’accord-cadre Iran-États-Unis, publié le 18 juin (le passage auquel le journaliste fait référence est en gras) :
Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Ô nation passionnée et loyale d’Iran,
Comme vous en avez été informés, un mémorandum d’accord a été signé entre les présidents de l’Iran et de l’Amérique. Sur le chemin menant à cette étape, les responsables impliqués ont fourni de grands efforts par souci et avec de bonnes intentions. Bien sûr, c’est le président américain qui, par désespoir, a utilisé diverses formes de levier pour y parvenir.
En principe, j’avais une vision différente.
Cependant, en raison de l’insistance du président honorable, en tant que chef du Conseil suprême de sécurité nationale, au nom de lui-même et des autres membres concernant la sauvegarde des droits de la nation iranienne et du Front de la Résistance, et parce qu’il a explicitement accepté d’en assumer la responsabilité, j’ai accordé la permission pour cela.
Il a également déclaré clairement que si la partie américaine cherche à formuler des exigences excessives, ils ne s’y soumettront pas. À partir de cet instant, nous, c’est-à-dire vous, la nation fière, et ce serviteur humble, attendrons l’accomplissement des conditions énoncées.
Cependant, il est évident que les négociations en personne qui auront lieu à l’avenir ne signifient pas l’acceptation de la vision de l’ennemi. Nous espérons que les prières bienheureuses de notre Maître (l’Imam Mahdi), que Dieu Tout-Puissant hâte sa parousie, apporteront toutes sortes d’assistance divine et de victoires pour la nation honorable d’Iran.
Que la paix soit sur vous, ainsi que la miséricorde et les bénédictions de Dieu.
Abbas Araghchi : Après cette note du Guide, j’ai publié un message ou une déclaration, ou peu importe comment vous voulez l’appeler, et j’ai fait un point : que nous sommes pleinement engagés, et que le Guide est le pilier de cette tente, et que nous sommes tous obligés de...
Journaliste : Non, je sais tout ça, Monsieur Araghchi, ce ne sont que des formalités.
Abbas Araghchi : Non, je veux dire ce que je crois sincèrement. Sur ce chemin, nous avons traversé un processus très difficile pour arriver à un accord. Le côté intérieur était difficile aussi, parce que les communications étaient coupées, les choses ne pouvaient pas bouger rapidement, et l’atmosphère intérieure était très échauffée. Les émotions étaient à vif — et ne pensez pas que c’était facile pour nous non plus de s’asseoir là et de dire certaines de ces choses. Pour arriver au point où l’autorisation de négocier pouvait être donnée, plusieurs rapports ont été écrits, des procès-verbaux de réunions ont été préparés et envoyés, et puis pour que les étapes suivantes avancent, d’autres rapports ont été écrits, des discussions ont eu lieu. Il avait des points de vue que nous essayions de mettre en œuvre, nous avons rencontré des obstacles, et avons fait rapport à nouveau.
C’était pareil avec le Guide martyr. Quand il donnait un ordre opérationnel, nous allions et — nous l’exécutions. Parfois nous rencontrions des obstacles. Nous revenions, faisions rapport, et expliquions. Il insistait alors sur son ordre et disait, non, c’est ça, allez-y et tenez bon jusqu’à ce que la voie s’ouvre, ou il apportait quelques ajustements à l’ordre, ou suggérait une autre voie. C’est la nature du leadership. Quand nous nommons un « Mojtahid » comme Guide, alors Mojtahid signifie quelqu’un qui décide en fonction des questions du jour et peut offrir des orientations. C’était comme ça avant, et c’est toujours comme ça maintenant. Il avait des points de vue de principe et les avait exprimés avant. Nous les avons suivis.
Dans certains domaines, en fin de compte, nous avons écrit des rapports sur les problèmes et obstacles, et des révisions ont été faites jusqu’à ce que finalement ça arrive au point où il a laissé la décision finale au Conseil suprême de sécurité nationale, et cette décision a été prise. Ces efforts que certaines personnes font pour utiliser ce mot et d’autres mots pour continuer à attiser l’anxiété et la tension dans la société, créant de l’inquiétude et de la préoccupation et tout ça, je ne comprends vraiment pas ça. Quand je l’ai lu moi-même pour la première fois, je n’ai eu aucun mauvais sentiment de ce message.
Journaliste : Eh bien moi j’ai eu un mauvais sentiment — bien sûr il dit qu’il a un point de vue différent. Quel est ce point de vue, nous ne savons pas. Peut-être que vous le savez, mais j’ai eu l’impression qu’il disait que c’était trop peu, que les concessions que vous avez obtenues étaient trop peu nombreuses. C’est-à-dire que peut-être certaines d’entre elles auraient dû être révisées. Mon impression était que vous vous êtes contentés de trop peu. C’est ce qui m’est venu à l’esprit. Honnêtement, c’est ça. Je jure, vraiment, c’était ça. Ni plus ni moins.
Abbas Araghchi : Depuis ma toute première lecture — et j’ai toujours la même lecture — il a dit qu’en principe, il avait d’autres points de vue, mais ensuite il a lui-même donné l’autorisation, l’autorisation pour tout. Puisque j’ai été impliqué dans tout le processus de soumission de rapports, d’obtention de retours, et d’explication des choses, mon sentiment est que nous avons traversé un processus logique, tout à fait naturel. Il avait des points de vue, et nous avons essayé de les appliquer. Certains ont été appliqués, d’autres ont rencontré des problèmes, que nous avons transmis en retour, et alors soit ils ont été révisés, soit assignés à un autre groupe. Je n’ai pas senti qu’il y avait quoi que ce soit de déraisonnable dans la façon dont les choses ont évolué. Dieu sait, quand j’ai lu la lettre pour la première fois, je ne me suis pas du tout senti mal. Oui, nous avons commencé à un point et sommes arrivés à un point où l’autorisation a finalement été accordée, et il n’y a rien de mal à ça. Vous donnez votre avis d’expert au Guide ; la décision est la sienne. Une fois qu’il décide, nous obéissons tous et sommes tenus de l’exécuter. Mais quand nous agissons en tant qu’experts, quand nous donnons notre avis, alors en fait c’est notre devoir religieux de donner cet avis au Guide. Ensuite le Guide prend la décision, et à ce moment-là notre devoir devient de l’exécuter, même si ça va à l’encontre de notre point de vue initial. Ça a toujours été notre façon de faire au ministère des Affaires étrangères, et ça l’est toujours.
Journaliste : Donc dites-vous que rien n’a été imposé ? La lettre donne l’impression que quelque chose a été imposé au Guide. C’est ce que je veux dire — c’est exactement ce que je disais. Hmm, je ne peux pas — je ne peux pas le dire autrement. Ça sonne comme si ça avait été forcé sur Agha Mojtaba. Forcé dans le sens où — “Monsieur, c’est notre point de vue, ça c’est le vôtre, mais nous voulons quand même aller de l’avant avec ça”.
Abbas Araghchi : Non. Écoutez, ceci — je ne pense pas que ces expressions soient très appropriées.
Journaliste : Non, je veux dire, ce ne sont pas tous mes mots. Je suis juste le pauvre gars ici qui représente — je pose les questions que les gens sur Eitaa [application de messagerie iranienne] posent, je pose les questions des réformistes, je pose les questions de tout le monde, je pose même les questions de ma propre mère. Je veux dire...
Abbas Araghchi : D’abord, dites bonjour à votre mère, parce qu’elle est toujours là dans nos entretiens.
Journaliste : Je le jure, pendant 120 nuits elle est sortie…
Abbas Araghchi : Écoutez, pendant ces quarante jours de guerre, je ne suis pas rentré à la maison. N’est-ce pas ? Pas que j’essaie de me vanter. Je veux juste dire que j’étais dans la boucle à chaque étape. D’un tunnel à un autre, comme vous le dites, d’un endroit à un autre, d’une voiture à une autre, dans des réunions à deux personnes, à trois personnes, dans toutes sortes de conditions. Puis le mot venait que celui-ci était parti. Le mot venait que celui-là était devenu martyr. Tout ça — ce processus de prise de décision était extrêmement difficile pendant ces quarante jours, et puis avec les conditions auxquelles nous étions confrontés, la guerre qui a frappé les infrastructures, la guerre qui a affecté tant d’autres choses, le siège qui a été imposé et les conséquences qu’il a eues pour nous. Pendant tout ce temps, je n’ai jamais senti que quelqu’un forçait quoi que ce soit. Tout le monde écrivait ses points de vue pour le Guide, disant “Monsieur, voici comment se présente la situation en ce moment”. Puis il avait, par exemple, ses propres points de vue, et alors soit il faisait des ajustements soit il insistait, et nous suivions. Quand il insistait, nous suivions ce chemin. Quand il révisait les choses sur la base d’avis d’experts, nous prenions le nouveau chemin. Je n’ai pas senti que quoi que ce soit était forcé durant cette période, et je pense que c’est en fait injuste envers le Guide aussi si nous continuons à répéter que des choses lui ont été imposées. Je préfère présenter aux gens cette image forte et résolue du Guide — celui qui, quand nécessaire, corrige les décisions et, pour ainsi dire, ouvre la voie. C’est ce que nous voulons du Guide : qu’il ouvre la voie. Notre Guide nous mène sur le chemin, après tout. Il nous montre la voie et finalement nous l’ouvre. Honnêtement, d’après ma propre impression personnelle de lui, c’était un leader fort. Quand nécessaire, il donnait des avertissements, quand nécessaire il tenait bon, et quand il a finalement entendu les points de vue, il a fait quelques ajustements ou l’a délégué, par exemple, à un autre groupe pour décider. J’ai vraiment, sincèrement admiré son style de leadership durant cette période, et je pense que les gains que nous avons eus jusqu’à présent ont aussi été préservés — nos gains sur le terrain ont été préservés, et nos gains dans la rue aussi, et nos gains diplomatiques aussi. Dans l’ensemble, la position de la République islamique est maintenant bien plus élevée qu’avant la guerre, et nous avons très bien géré les choses. Pourquoi voudrions-nous saper ça avec ce genre de discours ?
Aussi affaiblir le Guide, donner l’impression qu’il est quelqu’un à qui on pourrait, Dieu nous en garde, imposer des choses ? Quel est l’intérêt de ça ? Au lieu de dire que nous avons un Guide sage et intelligent qui, quand nécessaire, prend les bonnes décisions, ouvre la voie, fait des corrections, insiste quand nécessaire, tient bon quand nécessaire, montre du courage quand nécessaire — présentons ce leadership, sa vraie image, aux gens, ainsi que nos propres réalisations, le travail que nous avons fait, et la prudence dont nous avons fait preuve. La gestion dans ce pays, à travers quarante jours de guerre puis un siège — rien dans le pays n’a fait défaut. Oui, les prix ont un peu augmenté, l’inflation est un peu un problème, ce qui est naturel, mais ce que les autres pays attendaient, c’était que nous tombions dans la misère. Hier l’un de nos invités de haut rang — je ne veux pas donner de noms — a dit à Monsieur Pezeshkian : “J’ai été honnêtement surpris quand je suis entré dans la ville. C’est la ville qui a combattu pendant quarante jours et enduré un blocus naval de deux mois et demi et qui est sous sanctions depuis quarante ans ? C’est à ça que la ville était censée ressembler ?” Il a dit, je pensais que j’allais venir ici maintenant et voir une ville en ruine, comme — bon, je ne vais pas donner de noms — comme certains autres endroits. Nous avons eu tant de victoires, tant de réalisations, nous avons montré tant de force. Le monde entier nous montre du respect sauf nous-mêmes !
Journaliste : Nous souffrons de mépris de nous-mêmes — cette fois dans ces développements, certains courants révolutionnaires, même certains courants réformistes. Je veux dire, nous souffrons de mépris de nous-mêmes dans cette guerre.
Abbas Araghchi : Écoutez, je suis allé en Irak juste la semaine dernière. Mon objectif principal était de faire les derniers arrangements, faire les derniers arrangements là-bas pour le cortège funèbre. Nous avons aussi eu de bonnes rencontres. Dieu merci, ça va bien. Je suis allé au sanctuaire de l’Imam Hussein et au sanctuaire de Hazrat Abbas. L’accueil que les Irakiens m’ont réservé, Dieu sait, était étrangement émouvant. J’y suis même allé à deux heures du matin. Je pensais que ce serait plus calme. Cet accueil n’était pas pour moi en tant que personne, c’était pour le ministre des Affaires étrangères de la République islamique. Ils criaient « héros, héros » — m’appelant héros. Pas moi, je n’étais pas le héros. Ils avaient trouvé un Iranien pour lui dire à quel point il était un héros. Eh bien, votre ministre des Affaires étrangères y va, et tous ces Irakiens se rassemblent autour de lui, tout excités, criant des prières pour lui et tout ça. Pas une seule bribe n’a été diffusée par la télévision d’État. J’ai dit, sûrement ce soir la télévision d’État va montrer ça, genre, « Regardez comme la République islamique est devenue aimée, regardez comment le peuple irakien traite son ministre des Affaires étrangères. » Mais c’était comme si rien ne s’était passé. Pendant ce temps, au milieu de ça, une personne a dit quelque chose…
Journaliste : « Mort aux conciliateurs ! » C’était vraiment inapproprié. S’il avait dit ça sur la rue Enghelab, ça ne m’aurait pas dérangé autant. Mais alors — vous allez dans un autre pays, et tout le monde là-bas crie à propos de la dignité de la République islamique, puis vous...
Abbas Araghchi : Donc les sites web peuvent écrire que les Irakiens ont accueilli le ministre des Affaires étrangères de l’Iran, mais c’était un Iranien qui a dit ça. Et alors ici, on continue à se dire : « Mort aux conciliateurs ! » Monsieur, est-ce que les problèmes se résolvent avec « Mort à Araghchi » et « Mort à celui-ci et celui-là » ? Croyez-moi, si je n’étais pas ici, je serais derrière un lance-missiles. Je l’ai prouvé au cours des quarante et quelques dernières années. Après tout, je ne suis qu’un soldat de la République islamique dans un uniforme différent. L’un porte un uniforme de sécurité, l’un un uniforme militaire, l’un sert dans l’armée, l’un est infirmier, etc. Nous sommes tous dans une seule guerre, sur un seul front, travaillant pour un seul système. Croyez-moi, je suis prêt à enlever ce costume, à mettre l’uniforme sacré de soldat, et à y aller. Ça ne fait aucune différence pour nous. Je l’ai montré avant, et je le pense toujours maintenant. L’un de nos hommes nous disait l’autre soir qu’il était sorti, je crois qu’il a dit, place Moniriyeh. Il a dit qu’il y avait beaucoup de monde là aussi, et ils ont fait un excellent accueil. Puis dix ou douze personnes sont venues et se sont mises au milieu et ont commencé à scander « Mort aux conciliateurs ! ». Il a dit que de là-haut il a aussi crié : « Mort aux conciliateurs, mort aux hypocrites, mort à l’Amérique, mort à Israël. » Tout ça c’est « mort à » — mais nous allons dans la bonne direction. J’ai dit, bon, tant mieux alors — vous y allez, vous vous laissez emporter, et vous commencez à scander « Mort aux conciliateurs ! » vous aussi !
Journaliste : Merci, Monsieur Araghchi. J’espère que la prochaine fois nous ne serons pas assis ici à nouveau à parler d’une troisième guerre.
Abbas Araghchi : Nous pourrions en arriver là. Si — laissez-moi dire ceci. Si nous devenons faibles, ils nous frapperont à nouveau. S’ils sentent que nous sommes divisés et occupés à nous battre entre nous, et que notre économie va mal et que les gens sont mécontents et tout ça, alors soyez sûr qu’il y aura une autre guerre. La guerre est le résultat de la faiblesse. Si vous êtes fort, si vous êtes puissant — et la puissance n’est pas seulement dans la sphère militaire, bien que le militaire compte le plus — mais vous devez aussi être fort économiquement. Vous devez aussi préserver votre capital social. Vous avez aussi besoin de l’unité nationale. Tout cela fait de vous un pays puissant que personne n’ose même regarder de travers.
Journaliste : Merci beaucoup. Ça a duré longtemps. Je pense deux heures et... trois heures. Merci. Nous allons probablement le diffuser en deux parties.
Abbas Araghchi : Allez-vous le diffuser ?
Journaliste : Pas à la télévision, en ligne.
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