
Israël où le risque de la guerre perpétuelle
Israël refuse de se retirer de Gaza, selon les conditions énoncées par Donald Trump, alors que le pays est également sur quatre autres fronts.
Benjamin Netanyahou entend poser « ses » conditions. Il exige la destruction des armes du Hamas et pas seulement leur confiscation. Par ailleurs, et surtout, il fait savoir que Tsahal continuera d’occuper une partie de l’enclave palestinienne et y conservera la liberté d’y frapper « toute menace ».
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Récapitulons. L’armée israélienne garde ses positions à Gaza, elle mène des frappes régulières contre les infrastructures militaires iraniennes, elle occupe une partie du sud-Liban, elle vient de mener une vaste opération antiterroriste en Cisjordanie et faisait, il y a dix jours, une énième incursion au sud de la Syrie. La Cisjordanie, le Liban, l’Iran, la Syrie, Gaza… Cinq fronts, donc. Avec, à chaque fois, le même objectif pour l’État hébreu : renforcer son emprise territoriale au-delà de ses propres frontières. Benjamin Netanyahou entend créer - et verrouiller - des zones tampons sur lesquelles Tsahal pourra, à l’avenir, se réserver le droit d’intervenir si Israël s’estime menacé. Et qu’importe la souveraineté des États alentours.
Problème : plus on s’étend, plus on s’expose. Et c’est précisément ce qui se passe sur le terrain. Ces annexions par Israël se font sous les bombes et au prix d’exodes massifs… ce qui suscite des représailles en retour… qui viennent elles-mêmes alimenter la surenchère sécuritaire de Tel Aviv.
On assiste ainsi à une guerre tous azimuts dont certains, y compris au sein de l’armée, ne voit plus l’issue. Un mal-être grandissant chez certains soldats israéliens
En mars dernier, le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, questionnait la capacité même de ses hommes à tenir dans la durée sur autant de fronts à la fois. Il redoutait « que l’armée ne s’effondre sur-elle ». Et pour cause, la question de l’épuisement physique des soldats se trouve désormais posée. Les défections se multiplient, les recrutements patinent. On sollicite donc davantage les réservistes, et ce de façon quasi continue depuis deux ans.
Plus grave, la détresse psychique de certains d’entre eux alarme. Les suicides préoccupent tout particulièrement les autorités. Depuis le début de l’année, Tsahal recense, en moyenne, un suicide tous les dix jours, du jamais vu depuis 15 ans. La semaine dernière, pas moins de trois soldats se sont donnés la mort. Pour certains observateurs, le malaise qui traverse l’armée traduirait une profonde perte de sens chez des soldats qui ne se demanderaient plus comment gagner la guerre mais, plutôt, pourquoi la continuer…
Quel sens donner à une guerre qui devient permanente ; qui ne se donne plus d’objectif précis et n’offre aucun débouché politique ? Bref, à une guerre qui n’a d’autre horizon qu’elle-même… La surenchère guerrière de Benjamin Netanyahou n’offre pas la protection escomptée. C’est d’ailleurs tout le paradoxe : L’État Hébreu fait preuve d’une suprématie militaire incontestable sur le terrain mais sans jamais réussir à se sentir en sécurité.
À force de tout se permettre pour éradiquer la menace, Israël risque de la rendre permanente. Le pays gagne militairement, c’est incontestable, mais sans jamais gagner la paix.
Marie Boëton - Grand reporter à « La Croix L’Hebdo »
Publié le mercredi 5 août 2026 à 08:16 France Inter