Nous pouvons même aller plus loin et étendre l’analyse du monopole du contrôle que les élites capitalistes exercent sur les médias à la fabrication de la connaissance. On le voit bien avec la sociologie.
En Suisse une brochure faite par des militantes de la région de Toulouse qui analyse la sociologie comme méthode aux services des riches pour leur dire comment mieux exploiter les opprimés avait été publiées sous forme de petit livre et diffusée par le squat de la Molène à Lausanne avant d’être mise en ligne sur infokiosques.net :
N’étudiez pas les pauvres et les sans-pouvoir — Tout ce que vous direz sera utilisé contre elle-eux
« l’université française, la sociologie en particulier, préfère étudier les groupes minoritaires que les groupes majoritaires (combien d’études sur les pauvres pour combien d’études sur les riches…). »
Cette brochure est disponible en ligne enversion html et 2èmep.artiehttps://infokiosques.net/IMG/pdf/n_…].
Certains se posent la question de la crédibilité de certaines affirmations de cette brochure vis-à-vis de la sociologue dont il est question dans la brochure. À Lausanne, les personnes que je connais qui sont proches de cette brochure font parties de la branche anticapitaliste et totalement minoritaire du mouvement LGBTQIA+) Je les considère comme des personnes sincères et intègres dans leurs luttes. De plus je ne vois pas quel intérêts elles pourraient avoir à mentir. Qu’elles soient manipulées est possible, mais quelle lute ne l’est pas ou ne fait pas l’objet de tentative de manipulation, mais cela est un autre sujet.
Indépendamment de ce que l’on peut penser des milieux qui ont produits cette brochures et de leurs luttes, elle pose de façon très pertinentes un certain nombre de questions sur la production du savoir et des connaissances qui rejoignent tout à fait l’analyse d’Annie sur ces instruments de propagande que sont les médias dominants.
la brochure critique aussi la transformation des milieux militants en « terrains » universitaires, puis, en opposition à une mise en gard du début qui la destine à une diffusion en dehors de ces milieux, elle devient elle-même une source pour les chercheurs.
Ce qui ressort est aussi qu’une chercheuse qui reconnaît elle-même le caractère problématique de la position qu’elle occupe, poursuit néanmoins la recherche parce que les règles et les exigences de l’institution universitaire l’y poussent.
L’idée centrale de cette brochure n’est pas nouvelle :
Laura Nader, anthropologue américaine, formule cette idée en 1969, dans un texte devenu célèbre : Up the Anthropologist — Perspectives Gained from Studying Up.
Son raisonnement est assez simple : l’anthropologie s’est historiquement beaucoup intéressée aux populations qui avaient moins de pouvoir que les chercheurs eux-mêmes — peuples colonisés, populations rurales, pauvres, minorités, etc.
Nader propose de retourner le regard, au lieu d’étudier seulement ceux qui sont en bas de la hiérarchie sociale, étudions ceux qui sont au-dessus.
C’est ce qu’elle appelle « studying up ».
Nader ne dit pas « Ne faites plus d’anthropologie. »
Elle demande plutôt :
- Pourquoi le pouvoir est-il si rarement l’objet de l’enquête ?
- Et cette question a une conséquence méthodologique assez vertigineuse :
- le chercheur doit lui-même devenir un objet d’analyse.
- Qui finance la recherche ?
- Qui peut refuser l’accès ?
- Qui choisit le sujet ?
- Qui possède les données ?
- Qui a le droit de publier ?
- Qui peut contester l’interprétation ?
- Qui bénéficie professionnellement de la publication ?
- Et surtout qui a le pouvoir de dire « cette recherche est fausse » ?
Dans le cas d’une personne très pauvre étudiée par une universitaire, la réponse est souvent : personne ou presque.
Cette brochure pose la distinction entre « étudier les dominés pour les comprendre » et « produire du savoir qui augmente le pouvoir sur eux ».
Dans ces réponses que m’a donné l’IA, à commencer par le lien sur cette brochure, si la question de savoir qui a le pouvoir de dire cette recherche est fausse est importante, ce qui me semble plus fondamental est de savoir qui finance la recherche et les intervenants, car qui paie commande, et comme on retrouve toujours les mêmes gros intérêts capitalistes, c’est lui qui fixe le contexte et qui est en contrôle de qui peut publier et contester.
Contrôle d’internet
Quand à l’affirmation qui consiste à dire que les élites essaierait de reprendre le contrôle des réseaux dit sociaux, je n’y crois pas une seconde, ce qu’elless s’emploient à faire est de prendre le contrôle des parties d’internet qu’elles ne contrôlent pas.
Nous savions depuis avant l’ouverture du premier de ces réseaux, FB, qu’il serait contrôlé et magouillé en direct et en temps réel par les services secrets. Avec en plus toutes les pubs qu’on y trouve, faut pas rêver, si ces réseaux dits sociaux rendaient réellement plus service aux opprimés qu’aux opprimeurs, il y a longtemps qu’ils les auraient fermés pour faire autre chose avec leur fric.
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