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L’accord de la Mecque entre le Pakistan, la Turquie et l’Arabie saoudite

lundi 10 août 2026, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 10 août 2026).

Pourquoi l’accord de la Mecque entre Riyad, Ankara et Islamabad est le signe d’une inquiétude régionale

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10 août 2026

Assawra

Ankara, Riyad et Islamabad partagent sans doute les mêmes inquiétudes quant à l’agressivité militaire d’Israël et aux velléités de l’Iran chiite mais tous les trois sont également des alliés de longue date des États-Unis. / Handout / Turkish Presidency Press Office / AFP

Le Pakistan, la Turquie et l’Arabie saoudite se sont entendus sur un pacte de défense mutuelle. Trois pays sunnites, fortement liés aux États-Unis, qui tentent de ne pas être entraînés dans un avenir qu’ils ne maîtriseraient pas.

Le Pakistan, la Turquie et l’Arabie saoudite ont signé, vendredi 7 août 2026, un accord de défense mutuelle. Il a été scellé lors d’une réunion en Arabie saoudite, à La Mecque, entre le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane (MBS), le président turc, Recep Tayyip Erdogan et le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif. Il stipule qu’une attaque armée contre l’un de ces trois pays sera considérée comme une attaque contre eux tous, tout en affirmant qu’il est purement défensif.

Voici donc trois pays musulmans sunnites, qui, en pleine guerre menée par les États-Unis (et Israël) contre l’Iran depuis le 28 février, décident de passer un pacte militaro-politique qui s’appuie sur l’accord bilatéral de défense mutuelle stratégique conclu entre l’Arabie saoudite et le Pakistan en septembre 2025. Islamabad aurait envoyé environ 8 000 soldats ainsi que des avions, des drones et des systèmes de défense aérienne dans la pétromonarchie depuis le début de la guerre en Iran. En échange de quoi, la finance saoudienne vient à la rescousse de l’économie pakistanaise (on parle de 10 milliards de dollars) qui ne se trouve pas dans un brillant état, avec une monnaie et des réserves de change sous pression constante.

L’Arabie saoudite n’a sans doute pas de problème de liquidités, mais la guerre contre l’Iran l’a fortement touchée. Au point de menacer les transformations économiques voulues par le prince héritier Mohammed ben Salmane dans le cadre de sa Vision 2030. Un projet qui nécessite une stabilité pour les exportations de pétrole et un environnement calme pour les investissements. Or, les tensions dans le détroit d’Ormuz, le risque de blocage des ports saoudiens de la mer Rouge par les Houthis du Yemen, les attaques des milices armées chiites d’Irak, ont largement ébranlé la monarchie.

La Turquie, de son côté, ne cache pas ses ambitions régionales d’autant plus renforcées par la chute de Bachar Al Assad et la mise en place d’un régime islamique en Syrie qui lui est tout entier dévoué. Recep Tayyip Erdogan a également vu son rôle se renforcer à l’occasion du 36e sommet de l’Otan qui s’est tenu, en juillet, à Ankara. Donald Trump a même annoncé, quelques jours plus tard, son intention de lever les sanctions imposées à la Turquie et de statuer prochainement sur la reprise des ventes d’avions de combat F-35. De quoi convaincre le président turc qu’un rôle historique et régional lui tend les bras. Il ne veut pas simplement que son pays soit considéré comme « la deuxième plus importante armée de l’Otan ». L’accord de La Mecque, de ce point de vue, est une aubaine pour l’économie turque qui pourrait ainsi développer les ventes de ses drones Bayraktar et de son matériel naval.

« Le cadre trilatéral pourrait renforcer le poids diplomatique et défensif collectif »

« Trois des États les plus influents du monde musulman se réunissent à un moment d’incertitude accrue, démontrant une volonté croissante des puissances régionales et moyennes de se coordonner plus étroitement sur les questions de sécurité », remarque Abdulaziz Sager, président du Gulf Research Center, un groupe de réflexion établi en Arabie saoudite. « Le cadre trilatéral pourrait renforcer le poids diplomatique et défensif collectif des trois pays tout en contribuant à l’émergence d’une architecture de sécurité davantage axée sur la région. »

Ankara, Riyad et Islamabad partagent sans doute les mêmes inquiétudes quant à l’agressivité militaire d’Israël et les velléités de l’Iran chiite mais tous les trois sont également des alliés de longue date des États-Unis. Washington le sait bien. Outre la levée annoncée des sanctions contre la Turquie, Donald Trump a approuvé un accord avec l’Arabie saoudite pour son programme nucléaire civil. Il pourrait permettre la construction d’une usine d’enrichissement d’uranium sur place. Une concession que n’ont pas obtenue les Émirats arabes unis.

Le 15 juillet, le Département d’État états-unien annonçait avoir approuvé une vente d’armes à l’Arabie saoudite pour un montant de près de 2 milliards de dollars. Quant au Pakistan, seul pays musulman à posséder l’arme nucléaire, il se trouve dans les petits papiers des États-Unis puisqu’il a été accepté comme médiateur pour tenter de mettre fin à la guerre avec l’Iran.

Que le Pakistan ait signé un accord avec une entreprise liée à World Liberty Financial, principale société crypto de la famille de Donald Trump, et un protocole avec SC Financial Technologies, présentée comme une « entité affiliée » à World Liberty, ne tient évidemment qu’au hasard. Le cofondateur et directeur général de World Liberty, également PDG de SC Financial Technologies, n’est autre que Zach Witkoff, fils de Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump au Moyen-Orient…

Benyamin Netanyahou ne voit pas l’alliance d’un très bon œil

Difficile dans ces conditions de voir dans l’accord de La Mecque une nouvelle entité qui se placerait à égale distance des États-Unis, d’Israël et de l’Iran. Certes, la volonté de plus en plus clairement affichée par Tel-Aviv de devenir le leader régional inquiète la triple alliance. Mais il semblerait que ces trois pays – qui n’excluent pas un élargissement prochain à l’Égypte et peut-être à d’autres pays – veuillent surtout peser d’un poids nouveau.

Il en est ainsi par exemple des accords d’Abraham – la normalisation des relations avec Israël – que Washington veut imposer, surtout à l’Arabie saoudite. Après l’annonce sur le nucléaire civil saoudien, Trump a ainsi fait savoir que cet accord était lié à l’officialisation des relations entre Riyad et Tel-Aviv. Autant dire que Benyamin Netanyahou ne voit pas d’un bon œil cette nouvelle alliance entre pays musulmans, en lieu et place de la philosophie des accords d’Abraham qui lui donne une latitude politique et militaire sous la surveillance des États-Unis. De son côté, l’Iran a averti l’Arabie saoudite que son alliance de défense avec la Turquie et le Pakistan ne suffirait pas à garantir sa sécurité.

Cet accord de défense mutuelle sonne plutôt comme une recherche de la part de pays soucieux de ne pas se laisser totalement entraîner dans une phase future qu’aucun d’eux ne contrôlerait, mais sans provoquer de véritables ruptures.

Pierre Barbancey L’Humanité du 09 août 2026

L’Accord de défense conjoint de La Mecque est techniquement l’équivalent de l’article 5 de l’OTAN

https://www.france-irak-actualite.c…

Publié par Gilles Munier le 9 Août 2026, 09:13am

Fatma Zehra Solmaz (revue de presse : Anadolu – 8 août 2026)

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré samedi que l’Accord de défense conjoint de La Mecque était, sur le plan technique, équivalent à l’article 5 du traité de l’OTAN relatif à la défense collective.

S’exprimant lors de l’émission Editor’s Desk de l’Agence Anadolu, Fidan a indiqué que l’accord signé par la Türkiye, l’Arabie saoudite et le Pakistan visait à contribuer à une stabilité durable dans la région.

« Nous n’avons inscrit aucune menace commune dans le texte », a-t-il déclaré, précisant que l’accord ne visait aucun pays qui n’attaquerait pas l’un de ses signataires.

Il a souligné que la Türkiye, l’Arabie saoudite et le Pakistan n’étaient pas des pays expansionnistes.

« Selon la vision de notre président, nous ne devons pas rester limités à trois pays. Nous devons nous élargir et, si nécessaire, placer tous les pays sous ce même cadre », a ajouté le ministre.

« L’accord de La Mecque constitue l’étape la plus importante vers l’instauration d’une stabilité durable dans cette région », a-t-il estimé, rappelant que la région avait connu une instabilité persistante au cours du siècle écoulé depuis le retrait de l’Empire ottoman.

Fidan a qualifié la signature de l’accord de « journée historique », estimant qu’elle constituait l’une des étapes importantes poursuivies depuis des années par la Türkiye sous la direction du président Recep Tayyip Erdogan.

« La prise en charge régionale est importante »

Fidan a souligné que le renforcement de la prise en charge régionale des questions de sécurité constituait un élément central de l’approche de la Türkiye.

« Les puissances hégémoniques extérieures qui arrivent dans la région ne résolvent pas les problèmes, elles les aggravent et le coût devient très élevé », a-t-il déclaré.

Il a estimé que les pays de la région devaient mettre en place davantage de mécanismes institutionnels leur permettant d’assurer eux-mêmes leur sécurité, leur stabilité économique, leur développement et leur prospérité.

Fidan a souligné que la Türkiye entretenait de solides relations avec presque tous les pays de la région. Toutefois, ces relations étaient largement façonnées par les circonstances, les perceptions et les approches politiques du moment et pouvaient donc évoluer à tout instant, a-t-il expliqué.

Ankara cherche ainsi à rendre ses relations régionales plus durables et structurées afin de favoriser la stabilité, a-t-il ajouté, soulignant qu’une intégration économique durable nécessitait de la sécurité et une confiance mutuelle.

Prenant l’Union européenne comme exemple, Fidan a estimé que la Communauté économique européenne s’était développée dans un environnement de sécurité assuré par le parapluie américain.

Il a expliqué que la vision régionale de la Türkiye visait de la même manière à réduire l’instabilité et, à terme, à favoriser une plus grande intégration économique et sociale, afin d’améliorer la prospérité des populations de la région.

Le ministre a reconnu que l’initiative en était encore à ses débuts et que sa mise en place ne serait pas facile, mais a assuré que la Türkiye avait déjà achevé les préparatifs conceptuels et institutionnels nécessaires.

Selon Fidan, les préparatifs de l’accord conjoint de défense de La Mecque étaient en cours depuis près de deux ans et huit mois, avec des discussions impliquant les pays signataires ainsi que d’autres États de la région.

Le processus est passé d’une idée initiale à un concept, puis à un accord, tandis que le président Erdogan avait également évoqué à plusieurs reprises cette initiative avec les dirigeants de la région, a-t-il précisé.

Une comparaison avec l’OTAN

Rappelant que l’accord imposait des obligations aux pays signataires, Fidan a souligné que la Türkiye était membre de l’OTAN depuis 1952 et participait depuis de nombreuses années aux réunions de l’Alliance.

Il a déclaré que l’accord conjoint de défense de La Mecque était techniquement similaire à l’article 5 de l’OTAN sur la défense collective, permettant aux membres de bénéficier du soutien protecteur des autres signataires.

Selon lui, la dissuasion de l’OTAN repose sur un principe défensif : « Si vous m’attaquez, j’ai la puissance militaire de cette grande alliance. » Ce mécanisme contribue à prévenir les conflits et permet aux pays de résoudre leurs différends politiques et économiques, a-t-il expliqué.

Fidan a rappelé que l’OTAN n’avait eu recours à une action militaire collective que dans un nombre limité de cas, notamment en Afghanistan et au Kosovo.

Il a souligné que l’objectif fondamental d’une alliance était de faire comprendre à d’éventuels adversaires les conséquences d’une attaque contre l’un de ses membres, créant ainsi un environnement permettant aux pays de poursuivre leur développement sans être entravés par les conflits.

« Nous sommes désormais solidaires les uns des autres », a déclaré Fidan pour expliquer le principe de l’alliance.

« Vous renforcez votre capacité de dissuasion. Deuxièmement, plutôt que d’adresser un message à une partie extérieure, les pays qui signent de telles alliances montrent et s’engagent à ne pas menacer la sécurité des autres, mais au contraire à garantir mutuellement leur sécurité », a-t-il ajouté.

Fidan a expliqué qu’il s’agissait du point de départ d’une alliance de sécurité, dont les membres devraient ensuite adapter leur coopération aux menaces existantes.

Interrogé sur la possibilité qu’une attaque déclenche automatiquement une obligation d’assistance et sur la manière dont cette obligation serait mise en œuvre, Fidan a indiqué que le texte contenait des engagements généraux dont l’application concrète dépendrait des discussions et des décisions des instances compétentes.

Un pays devrait demander une assistance et préciser le type de soutien dont il a besoin, a-t-il expliqué.

Cette assistance pourrait prendre différentes formes, allant du renseignement et de la logistique aux munitions ou, si nécessaire, à l’envoi d’unités militaires, selon l’ampleur de la menace, a ajouté le ministre.

Il a précisé que l’alliance disposerait d’un comité politique et militaire composé des ministres des Affaires étrangères et de la Défense ainsi que des chefs d’état-major, sur le modèle des structures de l’OTAN.

Ce comité serait chargé de traduire la vision définie par les dirigeants en décisions au sein de l’alliance et d’assurer le suivi des travaux. Un secrétariat serait également créé pour mettre en œuvre ces décisions, a-t-il indiqué.

La coopération dans l’industrie de défense au cœur des discussions

« La question la plus discutée hier entre les dirigeants était la coopération dans l’industrie de défense et la possibilité pour les pays de bénéficier mutuellement de leurs technologies », a déclaré Fidan.

Il a ajouté que l’alliance irait au-delà de la simple signature de l’accord, avec un secrétariat chargé de superviser les questions liées à la défense et de suivre la mise en œuvre des décisions.

« Les signatures viennent tout juste d’être apposées sur l’accord, nous n’avons donc pas encore commencé ce travail », a-t-il expliqué.

Après la première réunion du comité, les ministres devraient présenter aux dirigeants des propositions concernant la création, la structure et le fonctionnement du secrétariat ainsi que ses premières missions, a-t-il ajouté.

L’alliance couvrira un large éventail de questions militaires, notamment l’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité de forces militaires aux structures différentes à opérer ensemble.

La coopération portera également sur les entraînements conjoints, le soutien mutuel, la logistique, l’évaluation des menaces, le partage de renseignements et, surtout, la coopération dans l’industrie de défense.

Fidan a décrit l’alliance comme une entreprise institutionnelle majeure nécessitant de la continuité.

« Les pays ne se retrouveront pas, lorsqu’ils seront sous pression, dans une situation où ils se demanderont : "Qu’étions-nous censés faire ensemble ?" », a-t-il déclaré.

Il a insisté sur la nécessité d’institutionnaliser la coopération en matière de politique étrangère et de sécurité plutôt que de laisser son succès au hasard.

« Nous ne devons pas laisser le succès de notre politique étrangère ou de tout autre domaine au hasard. Nous devons l’institutionnaliser et assurer sa continuité », a-t-il affirmé.

Fidan a indiqué que les pays devaient construire des alliances autour d’intérêts communs, qualifiant la Türkiye, l’Arabie saoudite et le Pakistan de « pays moteurs » de cette initiative.

Guerre en Ukraine et Chypre

Concernant la guerre russo-ukrainienne, Fidan a déclaré que lorsque la guerre d’usure s’étend au-delà de la ligne de front, le conflit devient une question de survie nationale.

« Lorsque la guerre d’usure se transforme en une guerre d’usure au-delà de la ligne de front, la question devient celle de la survie d’une nation. Vous utilisez tous les moyens dont vous disposez », a-t-il déclaré.

Sur la question de Chypre, Fidan a affirmé que la Türkiye ne reconnaissait pas l’Administration chypriote grecque comme un État et a insisté sur la nécessité de respecter les droits des Chypriotes turcs.

« Nous ne reconnaissons pas la partie chypriote grecque comme un État. Si vous ne reconnaissez pas les droits des Chypriotes turcs, alors je ne reconnais pas votre statut d’État », a-t-il déclaré.

« Vous n’êtes pas l’État établi en 1960 », a-t-il ajouté.

Fidan a également affirmé que la paix et la stabilité sur l’île de Chypre étaient dues à la présence des soldats turcs sur l’île.

Le ministre a par ailleurs appelé à maintenir l’isolement politique international d’Israël, estimant qu’il s’agissait de l’une des mesures que l’État israélien redoutait le plus.

1 Message

  • Cet accord intervient au moment où les USA ont décidé de faire construire un pipeline pour relier la Syrie à l’Irak, ce qui court-circuiterait la Turquie.

    Situation compliquée dans laquelle les USA après s’être fait démolir beaucoup de leurs bases dans la région, ceci jusqu’en Jordanie — un coup très rude, sont en position de faiblesse. Cela suffira-t’il pour que l’Iran obtienne son but de guerre, chasser les USA du Golfe, et pour mettre fin au diviser pour régner que la classe Epstein impose dans cette région depuis la première guerre mondiale, nous verrons.

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