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Centenaire de Fidel Castro : “L’empire est puissant, mais l’histoire est du côté des peuples”

samedi 15 août 2026, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 15 août 2026).

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15 août 2026

Alain Marshal

Conférence magistrale de Miguel Mario Díaz-Canel Bermúdez, Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba et Président de la République, lors de l’inauguration du Ier Colloque international Fidel : héritage et avenir, au Palais des Congrès, le 10 août 2026, « Année du Centenaire du Commandant en Chef Fidel Castro Ruz ».

Suivi du discours de clôture du président cubain, prononcé le 13 août

Source : misiones.cubaminrex.cu

Traduction et notes entre crochets : Alain Marshal

Chères sœurs et chers frères ;

Distingués académiciens et académiciennes, intellectuels, artistes, dirigeants sociaux et politiques, jeunes étudiants, camarades venus des cinq continents pour partager cette semaine de réflexion profonde sur l’homme qui a marqué le XXe siècle et dont la pensée éclaire le XXIe siècle,

Au nom du peuple cubain et de son Parti communiste, recevez l’accolade la plus sincère que puisse offrir une île qui n’oublie pas ses amis.

Nous vous remercions d’avoir fait vôtre l’effort d’être ici, en défiant les distances, les campagnes de désinformation et, dans bien des cas, les pressions de vos propres gouvernements.

Votre présence à Cuba est un acte de courage et de cohérence, car venir à Cuba aujourd’hui, au milieu du durcissement du blocus et de l’hostilité impériale, est un geste de solidarité militante qui honore l’héritage de Fidel.

Félicitations, camarades, fidélistes de Cuba et du monde entier, réunis pour célébrer cent ans d’une vie consacrée à la défense de toutes les causes justes !

Mes paroles ne prétendent pas être une conférence magistrale. Je ne me propose pas de disserter, et je ne le pourrais pas, sur la vie et l’œuvre d’un dirigeant de la stature morale et éthique du Commandant en Chef de la Révolution cubaine, Fidel Castro Ruz, l’homme qui a refusé d’être honoré par des monuments et des statues, mais qui n’a pu empêcher que des millions de compatriotes cubains, de compatriotes de Notre Amérique et de compatriotes du monde entier honorent chaque jour sa mémoire et son héritage en assumant et en multipliant ses idées.

Il n’y a pas de monument meilleur ni plus solide que celui que vous avez érigé par votre présence courageuse ici, dans le Cuba de Fidel, en son Centenaire !

Ce que je me propose de partager avec vous, ce sont seulement des idées qui jaillissent sans autre ordre que celui que lui donnent les sentiments, l’émotion et l’engagement révolutionnaire que suscite le privilège de parler de Fidel.

Étudier et assumer avec conviction l’œuvre immense du Commandant en Chef, tant dans la pensée que dans l’action, est une nécessité impérieuse pour tous ceux d’entre nous qui s’emploient à promouvoir des transformations économiques et sociales qui arrêtent le processus d’asphyxie auquel est soumise la Révolution cubaine, dans le cadre d’une guerre criminelle qui dure déjà depuis plus de six décennies.

Sauver la Révolution cubaine de l’une des menaces les plus graves qu’elle ait affrontées en 67 ans, sous des agressions de toutes sortes, est le plus grand défi de notre génération, et l’assumer nous honore, convaincus que nous sommes de vaincre. Il ne s’agit pas d’une certitude sans fondement. Nous disposons d’une histoire chargée d’héroïsme, d’un peuple entraîné à la résistance et de l’héritage d’un dirigeant qui, toujours à la tête de ce peuple, a converti les revers en victoires.

Préserver les conquêtes que la Révolution et le socialisme ont données à ce peuple héroïque, briser tous les blocus qui prétendent anéantir la nation en guise de châtiment collectif pour sa dignité, sa résistance et sa décision de ne pas se rendre au plus puissant empire de l’histoire, voilà le premier hommage que nous devons à Fidel, né il y a 100 ans dans un pays marqué par l’injustice, l’inégalité et la dépendance, douloureuse réalité qu’il se promit de changer dès ses années d’étudiant rebelle et loquace.

De l’Aula Magna [grand amphithéâtre de l’Université de La Havane], il descendit converti en révolutionnaire pour allumer les torches du Centenaire de l’Apôtre [José Martí], celui qui deviendrait plus tard, très jeune encore, le chef du Mouvement du 26 Juillet 1953, lancé contre les casernes d’une dictature sanguinaire et pro-impérialiste pour engager une nouvelle Guerre Nécessaire.

Le brillant avocat qui convertit son autodéfense [le fameux plaidoyer L’histoire m’absoudra] en Programme politique de son Mouvement, le prisonnier tenace qui vainquit ses geôliers en transformant la Prison Modèle en école de combattants, le fondateur d’une armée du peuple qui défit en deux ans une armée professionnelle qui disposait de plusieurs fois le nombre de ses forces, le Commandant en Chef qui mit Cuba sur la carte du monde et emplit d’espoir les peuples du continent, avait déjà une place dans l’histoire quand, à seulement 34 ans, il fit trembler l’Assemblée générale des Nations Unies avec le discours le plus long et le plus retentissant qui y ait jamais été prononcé jusqu’alors.

Dans cette explication passionnée de notre histoire, Fidel exposa au monde le panorama que trouva la Révolution triomphante à Cuba, que la propagande de laboratoire de la guerre médiatique actuelle prétend décrire aux nouvelles générations comme le Cuba prospère et éblouissant d’avant 1959 :

  • Six cent mille Cubains aptes au travail étaient sans emploi.

  • Trois millions de personnes, sur une population totale d’un peu plus de 6 millions, ne disposaient ni de lumière électrique ni d’aucun des bienfaits et commodités de l’électricité.

  • Trois millions cinq cent mille personnes vivaient dans des cabanes, des baraquements et des taudis, sans les moindres conditions d’habitabilité.

  • Dans les villes, les loyers absorbaient jusqu’à un tiers des revenus familiaux [cela reste la norme en France…].

  • 37.5 % de la population était analphabète.

  • 70 % des enfants des zones rurales n’avaient pas de maîtres, et 95 % souffraient de parasitisme.

  • 2 % de la population souffrait de tuberculose.

  • La mortalité infantile, par conséquent, était très élevée, et l’espérance de vie de la population était très basse.

  • 85 % des petits agriculteurs payaient des loyers pour la possession de leurs terres, qui s’élevaient jusqu’à 30 % de leurs revenus bruts, tandis que 1,5 % du total des propriétaires contrôlait 46 % de la superficie totale de la nation.

  • Les services publics, les compagnies d’électricité, les compagnies de téléphone, une grande partie du secteur bancaire, une grande partie du commerce d’importation, les raffineries de pétrole, la majeure partie de la production sucrière, les meilleures terres de Cuba et les industries les plus importantes dans tous les domaines étaient la propriété de compagnies et de monopoles nord-américains.

On ne pourra jamais parler de la Révolution cubaine ni de Fidel en méconnaissant cette réalité, ce point de départ, cet état de choses qui exigea la transformation la plus radicale du XXe siècle de ce côté-ci du monde.

Il suffit de repasser les statistiques actuelles du pays, même sous les terribles restrictions qu’imposent plus de six décennies de blocus économique, financier et commercial et sept mois de blocus énergétique, même au milieu des rudes coupures de courant, du manque d’eau, des prix élevés et d’autres problèmes qui portent atteinte à l’essentiel : les indices de santé, d’éducation, de science, de culture, de sport, restent meilleurs que dans d’autres pays de développement similaire.

Pour n’en citer que trois : nous sommes le pays au plus fort taux de médecins par habitant, plus de 9 pour mille habitants ; l’un des dix pays à la plus grande espérance de vie du continent américain, avec 77,7 ans, et celui qui a le plus contribué à la santé et à l’éducation de sa population et d’autres nations, selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Unesco.

La grande œuvre sociale et humaniste de la Révolution dirigée par Fidel Castro, toujours sous blocus et siège, changea si radicalement ce panorama décrit à l’Organisation des Nations Unies, en septembre 1960, qu’elle rendra à jamais impossible le retour de Cuba au passé colonial et néocolonial.

C’est là que Fidel laissa exprimée l’une des idées les plus exactes sur les problèmes du monde qui, au lieu de se résoudre, s’aggraveraient avec la disparition du camp socialiste et l’imposition de l’unipolarité. Je cite son discours historique à l’ONU en 1960 :

« Les guerres, depuis le début de l’humanité, ont surgi, fondamentalement, pour une raison : le désir des uns de dépouiller les autres de leurs richesses. Que disparaisse la philosophie du dépouillement, et aura disparu la philosophie de la guerre ! Que disparaissent les colonies, que disparaisse l’exploitation des pays par les monopoles, et alors l’humanité aura atteint une véritable étape de progrès ! »

L’héritage de Fidel nous interpelle aujourd’hui avec plus de force que jamais. Je partage avec vous quelques idées que je considère fondamentales.

Que nous a légué le Commandant en Chef ? Il nous a légué la certitude que les rêves se conquièrent en défendant les idées ; il nous a laissé la leçon que l’internationalisme est une attitude qui doit nous distinguer ; il nous a enseigné la conviction que le socialisme est le seul chemin pour sauver l’humanité de l’abîme.

Fidel fut le premier à dénoncer la mondialisation néolibérale comme l’empire de la mort, et aussi le premier à élever la voix pour un monde meilleur pour tous.

Il nous a enseigné que la lutte pour la préservation de l’environnement et de l’espèce humaine est aussi une bataille socialiste, que la science doit être au service du peuple, que l’unité des révolutionnaires est plus importante que toute différence tactique.

En Fidel, nous trouvons non seulement un dirigeant historique, mais une école pérenne de travail révolutionnaire : étudier, analyser, prévoir, écouter le peuple et agir avec audace et honnêteté.

Fidel a dirigé les destinées de Cuba avec une cohérence qui n’a pas d’égal dans l’histoire contemporaine. Mais il ne fut pas seulement un dirigeant et un chef ; Fidel fut un travailleur infatigable, un étudiant permanent, un orateur qui remuait les foules, un stratège qui anticipait l’avenir.

Fidel nous a légué une manière de penser et d’agir. Il n’a pas laissé de recettes ; il a laissé une méthode. Et cette méthode est née de la praxis, et pas seulement des bibliothèques.

Quand Fidel formula dans son plaidoyer du 16 octobre 1953 les cinq lois révolutionnaires : réforme agraire, droits du travail, réforme urbaine, confiscation des biens mal acquis et participation industrielle, il n’élaborait pas un programme doctrinaire importé de quelque manuel ; il diagnostiquait les maladies structurelles d’une économie sous-développée et dépendante.

Cette méthode : diagnostic rigoureux, proposition programmatique et action résolue, se répéta à chaque carrefour. Dans la Sierra Maestra, le principe de ne pas attendre la fin de la guerre pour commencer à produire articula la lutte armée avec la construction économique. En 1960, avec la nationalisation du sous-sol, il convertit la souveraineté en propriété collective. En 1961, à Playa Girón [la baie des cochons], il démontra qu’un peuple armé et conscient peut vaincre l’impérialisme.

Fidel comprit quelque chose que beaucoup de théoriciens n’ont pas réussi à voir : que l’économie n’est pas une sphère autonome séparée de la politique, mais son expression matérielle, synthétisée dans sa formulation : « il n’y a pas d’économie sans politique, ni de politique sans économie ».

Cette idée constitue un héritage méthodologique : penser l’économie comme expression d’un projet politique et la politique comme instrument de transformation économique. Ne pas les séparer, ne pas les opposer, au contraire, les articuler.

Je voudrais aussi m’étendre sur d’autres legs.

Le legs de la cohérence et de l’éthique : Fidel prêcha par l’exemple. Il n’accumula pas de richesses, il ne trahit pas ses principes ; il vécut comme il pensait et mourut comme il vécut. Cela, dans un monde où la politique est devenue un spectacle d’hypocrisie, est un défi permanent lancé à la conscience.

Le legs de l’audace intellectuelle : Fidel fut un lecteur infatigable, un homme qui dialoguait avec des scientifiques, des économistes, des artistes, des sportifs et des paysans. Il nous a enseigné que le socialisme n’est pas un dogme, mais une science en construction, qui doit s’adapter aux réalités concrètes sans renoncer aux principes. Aujourd’hui, quand le capitalisme numérique nous impose de nouvelles formes d’aliénation, son appel à « étudier ! étudier ! étudier ! » résonne comme un avertissement : il n’y a pas de révolution sans connaissances !

Le legs de l’internationalisme : Fidel ne concevait pas la Révolution cubaine comme un fait isolé. Pour lui, la patrie, c’était l’humanité. C’est pourquoi il appuya les causes de la libération des peuples africains, de la Palestine, dénonça l’apartheid et le génocide ; il éleva la voix contre la guerre d’Irak et contre le blocus et l’appropriation coloniale de tout peuple du monde.

Le legs de l’optimisme révolutionnaire : Fidel ne fut jamais un pessimiste. Dans les jours les plus sombres, quand le camp socialiste s’effondrait et que le blocus s’intensifiait, il maintenait sa foi dans l’être humain et dans l’histoire. Il nous a enseigné que l’optimisme révolutionnaire n’est pas de la naïveté, mais une conviction inébranlable dans la victoire.

La pensée et la pratique de la stratégie militaire chez Fidel occupent une place importante dans son héritage.

En bref, nous pouvons souligner qu’il fut un maître de la lutte de guérilla qui nous conduisit au triomphe du Premier Janvier 1959. Un profond connaisseur de l’art militaire contemporain qui apporta de véritables contributions à la conception des plus importants combats militaires menés dans nos missions internationalistes. La bataille de Cuito Cuanavale, dirigée personnellement par le Commandant en Chef, montra ses qualités de stratège militaire. Il conçut la doctrine de la Guerre de Tout le Peuple.

Fidel voyait la souveraineté non pas comme un état atteint, mais comme un processus qui se conquiert et se défend simultanément sur de multiples fronts : la défense et la sécurité du pays, le front économique, le front idéologico-culturel, le front internationaliste et de solidarité, le front scientifique et le front de la politique extérieure et des relations internationales.

Son système de travail reposait, selon nous, sur quatre principes :

  1. La priorité du politique. Toute décision économique est une décision politique.

  2. La séquence tactico-stratégique. Les tactiques changent, les principes non : souveraineté, justice sociale, antimpérialisme, internationalisme, solidarité.

  3. La mobilisation populaire comme ressource stratégique. La discipline et la participation imposées d’en haut sont fragiles ; la discipline et la participation populaires assumées collectivement sont indestructibles.

  4. L’innovation sous contrainte. La pénurie n’est pas seulement un manque, c’est un stimulant pour la créativité.

Fidel dirigea une génération, celle qu’on appelle la Génération du Centenaire de José Martí, une troupe résolue de femmes et d’hommes qui ne peuvent être séparés de l’histoire, qui, depuis l’assaut de la Moncada, le débarquement du Granma et la Sierra Maestra, partagea avec lui la direction des processus transformateurs de la Révolution. Et cette génération, composée de jeunes aux noms déjà historiques : Fidel, Raúl, Che, Almeida, Ramiro, Guillermo, Vilma, Celia, Haydée, Melba et tant d’autres, se connecta aux besoins et aux exigences d’un peuple tout entier prêt à donner sa vie pour la dignité conquise.

Fidel comprit, comme peu d’autres, la nécessité d’articuler la fermeté idéologique avec la flexibilité tactique. Il nous a enseigné que « le marxisme-léninisme n’est pas une doctrine morte ; ce n’est pas un catéchisme, mais une méthode, un guide, un instrument pour résoudre concrètement les problèmes de la vie ».

Quant à ses qualités de stratège qui anticipait l’avenir, il n’y a aucun doute, mais il n’y a pas non plus de mysticisme dans cette affirmation. Étudiant profond de la réalité nationale et internationale, qu’il suivait dans le détail à travers tous les moyens possibles, il était aussi un observateur aigu du comportement humain, grâce non seulement à son intelligence remarquable, mais à sa quête insatiable de connaissance, des progrès de la science et de la technique. Il possédait aussi une culture vaste, nourrie tout au long de sa vie par des lectures fondamentales de tous les genres.

Est révélateur le fragment d’une lettre de Fidel à sa sœur Lidia, depuis la prison de l’Île des Pins :

« Ma plus grande lutte a été, depuis que je suis ici, d’insister et de ne jamais me lasser d’insister sur le fait que je n’ai absolument besoin de rien : je n’ai eu besoin que de livres, et les livres, je les considère comme des biens spirituels. »

Cette soif de connaissance, jointe à la passion pour l’histoire et le destin de l’espèce humaine, l’accompagnèrent jusqu’à la fin de sa vie physique. Il en laissa témoignage dans ses Réflexions : 484 textes sur les sujets les plus divers, publiés entre le 28 mars 2007 et le 9 octobre 2016.

Dix ans après son départ physique, il est émouvant de relire ce qu’il se proposait à travers elles et qu’il laissa écrit dans l’une des premières, datée du 22 juin 2007 :

« Je n’ai pas entamé ce travail dans le cadre d’un plan élaboré au préalable, mais par un fort désir de communiquer avec le principal protagoniste de notre résistance à mesure que j’observe les actions stupides de l’empire. »

Il y a ici trois composantes : son besoin de communiquer de la manière magistrale qui était la sienne, son respect du peuple comme protagoniste fondamental et sa critique de l’empire.

Sous la direction de Fidel, Cuba parvint à l’éradication de l’analphabétisme en 1961, avec une campagne qui mobilisa plus de 250 000 volontaires.

À peine deux ans après le triomphe, il défit à Playa Girón une invasion financée, entraînée et escortée par l’empire voisin, lui infligeant la première grande défaite en Amérique latine.

Cuba construisit le système de santé universel le plus avancé du Tiers-Monde.

Cuba envoya plus de 600 000 professionnels de la santé dans 165 pays à travers le Programme international de coopération médicale.

Cuba développa un système éducatif gratuit depuis la crèche jusqu’à l’université.

Fidel conçut les principes de la politique extérieure cubaine et bâtit un solide système culturel et sportif, en les érigeant en référence pour le monde.

L’un des chapitres fondamentaux de son héritage à l’échelle continentale se déroule durant la période la plus porteuse d’espoir de l’histoire de notre Amérique, quand, aux côtés de Hugo Chávez, il conduisit la renaissance du projet intégrateur de Simón Bolívar, qui fut aussi le grand rêve de José Martí.

Il ne s’agit bien sûr pas seulement d’idées. Les faits qui transformèrent en très peu de temps les relations entre les gouvernements et les peuples de la région la plus inégalitaire de la planète sont définitivement entrés dans l’histoire du XXIe siècle comme des moments déterminants de son évolution ultérieure.

En 1998 fut créé le Programme intégral de santé, avec lequel Cuba fit face au drame des peuples frappés par les cyclones en Amérique centrale et dans les Caraïbes. En 1999 fut fondée l’École latino-américaine de médecine, deux idées de Fidel, qui démontrèrent dans la pratique la valeur universelle de la coopération et de la solidarité, une voie d’émancipation alors inexplorée, qui allait ensuite se couronner avec l’ALBA-Petrocaribe, les missions médicales et éducatives, l’Opération Miracle avec ses plus de 3 millions d’interventions ophtalmologiques, le Programme d’alphabétisation « Yo sí puedo » [Oui, je peux], et le Contingent [international de médecins spécialisés dans les catastrophes et les grandes épidémies] Henry Reeve, dont l’extraordinaire œuvre face aux catastrophes lui a valu sa nomination pour le prix Nobel de la Paix.

Comme vous pouvez le constater, les programmes de claire orientation en matière de justice sociale mentionnés concernent tout ce que la nouvelle extrême droite régionale, articulée et conduite par Washington, voudrait effacer de l’histoire de notre Amérique, avec la même férocité que l’empire met à tenter de séparer à nouveau Cuba de son environnement régional.

Nous nous réunissons aujourd’hui ici, à quelques heures du 13 août, date à laquelle notre Commandant en Chef aurait eu 100 ans, non pour célébrer une commémoration rituelle, mais pour accomplir un devoir : le devoir de penser à Fidel non comme un passé, mais comme un stratège au-delà de son temps. Penser son héritage non comme un dépôt de citations à évoquer lors des anniversaires, mais comme un guide pour surmonter les défis que nous avons devant nous aujourd’hui, dans le Cuba réel, en 2026.

Nous ne pouvons pas parler de Fidel sans regarder le monde qu’il a tant étudié et que nous avons hérité ; et le monde, comme il avait l’habitude de le dire, est un tourbillon de contradictions. La crise systémique du capitalisme a atteint son point le plus aigu : des guerres régionales qui menacent de s’étendre, une crise climatique qui n’est plus un pronostic mais une catastrophe quotidienne, des famines provoquées par la spéculation financière, des migrations forcées qui transforment les mers en cimetières, et une fracture sociale où la richesse de quelques-uns s’accumule sur la misère du plus grand nombre.

L’ordre international est en dispute. L’unilatéralisme impérial prétend imposer sa loi par la force, mais le monde multipolaire est venu pour rester. Cependant, l’empire redouble ses attaques, cherche de nouveaux prétextes, fabrique des ennemis et déstabilise les gouvernements qui ne plient pas.

Sur cet échiquier mondial, Cuba reste l’une des cibles favorites de la fureur impériale. Ce n’est pas un hasard si, en l’année du Centenaire de Fidel, Washington a intensifié son offensive : renforcement du blocus par des mesures extraterritoriales qui poursuivent les relations commerciales et financières ; inclusion arbitraire sur la liste des États sponsors du terrorisme, une ironie historique pour un pays qui a été victime du terrorisme d’État pendant des décennies ; campagnes médiatiques massives qui tentent de dépeindre Cuba comme un « régime en échec », tout en taisant les acquis de notre santé, de notre éducation, de notre culture, de notre science et de notre sport, et, pour couronner le tout, ils ont inventé la ridicule accusation de « puissance de l’espionnage » ou foyer de subversion de la prétendue gauche radicale terroriste — dont il semble que nous fassions tous partie, nous qui sommes ici — ; nom pathétique et fantaisiste, croyable seulement dans leurs esprits tordus, mais qu’ils utilisent pour semer la confusion, justifier de nouveaux châtiments et légitimer leurs agressions.

Aux côtés de l’agression économique et politique, ils mettent en œuvre la guerre idéologique et culturelle, la subversion numérique, le financement de mercenaires internes qui, avec des fonds d’agences nord-américaines, prétendent fracturer notre unité. Ce n’est pas un secret que les États-Unis ont destiné des millions de dollars pour promouvoir le « changement de régime » à travers les réseaux sociaux, les ONG et les plateformes qui se déguisent en « défenseurs des droits de l’homme », mais qui en réalité servent les intérêts géopolitiques de l’empire.

Nous ne sommes absolument pas surpris par les révélations de ces derniers jours des grands médias étasuniens sur une augmentation des opérations de la CIA à Cuba visant à subvertir l’ordre intérieur. Ce ne sont pas des fuites au hasard, comme on les présente, mais une partie du plan délibéré du régime étasunien de guerre psychologique contre Cuba.

Au comble du cynisme et de la perversité, le Secrétaire d’État a déclaré récemment que les sanctions étasuniennes contre le régime cubain ne feront que se durcir. Ce que nous essayons de leur enseigner, a-t-il dit, c’est qu’il n’y a pas de soupapes d’échappement.

C’est une reconnaissance sans détour qu’il existe une situation difficile à Cuba en conséquence d’une guerre économique sans précédent. Cette affirmation constitue la menace ouverte d’extermination génocidaire de tout un peuple s’il ne se soumet pas aux desseins de l’empire.

Voir cette déclaration de Fidel Castro en 1985 : « S’ils utilisent des armes atomiques, ils peuvent nous anéantir. Mais alors, nous serions un peuple exterminé, et non un peuple subjugué, ni un peuple réduit en esclavage. L’extermination ne serait pas une défaite ; elle serait même une immense victoire morale. »

À ce sujet, des experts des Nations Unies ont souligné que les mesures coercitives unilatérales illégales des États-Unis contre Cuba contreviennent à l’Article 2 de la Charte des Nations Unies et font partie d’une stratégie plus large de changement de régime qui couvre des décennies d’embargo contre Cuba.

« Le Gouvernement des États-Unis doit mettre fin à toutes les menaces et actes hostiles contre la souveraineté de Cuba et révoquer toutes les mesures qu’il a imposées au pays et qui sont contraires au Droit international », ont déclaré les experts.

Et ils ont ajouté, en outre : « Le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale doivent traiter d’urgence ces menaces comme une question de paix et de sécurité internationales. »

Il ne peut y avoir de plus grand acte de cynisme que le fait que le bourreau veuille se faire passer pour la victime, alors que ses méfaits ont été publics et notoires pendant des décennies. Les États-Unis n’ont aucune morale ni aucun droit de pointer du doigt Cuba, qui a probablement été la nation la plus espionnée par eux et celle ayant reçu les plus grands fonds destinés à la subversion économique et idéologique [l’Iran, frère jumeau de Cuba à bien des égards, est également un candidat].

Le blocus intensifié ces dernières années n’est pas seulement une mesure économique, c’est un acte de guerre non déclarée contre un peuple qui a décidé d’être libre. C’est une tentative systématique de faire céder par la faim et le désespoir une nation qui a démontré, pendant plus de six décennies, que la dignité ne se négocie pas.

Je n’exagère pas en disant que ce colloque se tient en l’un des moments les plus difficiles qu’ait vécus la Révolution, mais nous ne sommes pas ici pour administrer la nostalgie. Nous sommes ici parce que la pensée de Fidel Castro reste la boussole la plus précise dont nous disposons pour naviguer dans la tempête que traverse le peuple cubain ! (Applaudissements.) Et la tempête est réelle, notre peuple la vit chaque jour : dans les coupures de courant qui interrompent la vie familiale, la journée de travail, l’apprentissage de nos enfants et de nos jeunes ; dans l’inflation qui érode le pouvoir d’achat du salaire ; dans la pénurie de carburant qui paralyse l’économie et les transports ; dans les difficultés à compléter le panier de base ; dans l’émigration qui nous arrache nos jeunes. Nous ne sommes pas ici pour nier cette réalité, mais pour la comprendre dans sa juste dimension et pour trouver dans la pensée de Fidel les clés pour la transformer.

Je vais vous donner quelques données sur les impacts du blocus sur la société cubaine.

  • Particulièrement dans le secteur de l’énergie : nous avions récupéré ces dernières années, avec un effort énorme, plus de 1 400 mégawatts de puissance pour la production électrique dans un ensemble d’îlots de génération distribuée. Ces centrales sont sans production d’énergie faute de combustible, elles fonctionnent au diesel et au fioul. Si nous disposions chaque jour de ces 1 400 mégawatts, les fâcheuses coupures de courant à Cuba ne dureraient que trois heures et non vingt heures ou plus, comme le subit aujourd’hui notre peuple.

  • Dans le domaine de la santé, sujet si sensible et dont vous connaissez toutes les potentialités de notre système universel et gratuit, avec des possibilités pour tous, avec des choses que nous savons faire : il existe 98 500 patients en liste d’attente chirurgicale et, parmi eux, 12 000 enfants, des opérations que nous pouvons réaliser à Cuba, mais il nous manque les ressources, il nous manque l’énergie pour alimenter les salles d’opération.

  • Il y a 34 000 femmes enceintes auxquelles nous ne pouvons pas réaliser suffisamment d’échographies prénatales durant leur grossesse.

  • Il y a 67 000 enfants de moins d’un an nés ces derniers mois sans schéma de vaccination à jour, alors que la vaccination à Cuba et notre système d’immunisation étaient toujours à jour.

  • Il y a 117 000 adultes et 1 200 enfants patients atteints de cancer qui n’ont pas les traitements primaires adéquats et pour lesquels nous devons recourir à des formules secondaires ou tertiaires.

  • Il y a 16 000 patients qui ont des difficultés avec les services de radiothérapie dont ils ont besoin, 12 400 en chimiothérapie et 3 000 en hémodialyse.

  • Seulement 30 % du panier de base des médicaments est disponible, alors que nous sommes capables de produire les médicaments nécessaires.

  • Le coefficient de disponibilité technique des ambulances n’atteint que 22 % faute de pièces de rechange.

  • Il existe une impossibilité d’acheter des sources de cobalt 60 pour les traitements oncologiques, et il y a des retards dans les licences pour libérer les marchandises médicales dans les ports, également face au refus des compagnies maritimes internationales, qui ont été mises sous pression par l’impérialisme nord-américain pour qu’elles n’apportent pas à Cuba les marchandises dont nous avons besoin.

  • Et comme si cela ne suffisait pas, nous avions toujours maintenu des taux de mortalité infantile entre 4 et 5 [pour 1 000 naissances vivantes], taux de mortalité infantile de pays développés ; cependant, ces dernières années, ce taux a doublé et se situe actuellement à plus de 9,8, ce qui signifie des décès d’enfants qui auraient pu être sauvés.

De ce génocide calculé au millimètre, partout où l’on entrevoit ou cherche un soulagement, s’y trouveront les geôliers de cette politique ignominieuse, pour donner un tour de plus à la corde de l’asphyxie.

Qu’a fait Cuba face à cette tempête ? Nous avons répondu avec ce que Fidel nous a enseigné : la résistance n’est pas passive, elle est créative. Au milieu du harcèlement, nous avons développé nos propres vaccins qui nous ont permis d’affronter la pandémie avec souveraineté ; nous avons stimulé l’agriculture, l’agriculture urbaine et suburbaine avec l’agroécologie pour garantir l’alimentation malgré la pénurie de carburants et d’engrais ; nous avons renforcé nos systèmes de défense avec une milice populaire qui n’a besoin ni de chars ni d’avions pour défendre sa terre, parce qu’elle la défend avec le cœur et avec la cohésion de ses forces.

Nous avons su convertir l’adversité en opportunité ; la crise nous impose d’être plus efficaces, plus innovants, plus participatifs. Nos scientifiques, nos maîtres, nos médecins, nos paysans et nos ouvriers ont démontré que l’intelligence collective peut plus que l’argent de l’empire. Et surtout, nous n’avons pas renoncé à l’internationalisme, nous continuons d’envoyer des brigades médicales dans les lieux les plus pauvres du monde, en partageant nos méthodes éducatives et scientifiques ; nous continuons d’être l’île qui tend des ponts de fraternité.

Oui, nous avons de nombreux manques. Nous sommes accablés par les coupures de courant, le manque d’eau, l’inflation et les files d’attente ; mais aucun manque matériel n’a éteint la flamme de la solidarité dans laquelle Fidel nous a élevés (Applaudissements).

Un fait qui le confirme : dans les derniers jours de l’année scolaire écoulée, tendus et difficiles comme aucun autre, 30 185 jeunes professionnels sont sortis diplômés des universités cubaines, dont 735 originaires de 62 pays qui se sont formés à Cuba (Applaudissements). Et une donnée qu’il nous honore de montrer : plus d’une vingtaine de nouveaux médecins palestiniens et cinq médecins étasuniens (Applaudissements).

La réponse du peuple, sous la conduite du Parti communiste de Cuba, a été la résistance ferme et créative, l’unité, la défense de ses conquêtes et l’actualisation du modèle économique et social, sans jamais renoncer aux principes du socialisme et sans céder aux pressions ni aux chantages. Pour y parvenir, nous mettons en œuvre un ensemble de transformations économiques et sociales. Cette capacité à résister et à se transformer a ses racines plus fermes que jamais dans la pensée et dans l’action du Commandant en Chef Fidel Castro Ruz.

Il s’agit de poursuivre la construction socialiste sur une petite île menacée par l’impérialisme le plus grand de l’histoire de l’humanité et totalement bloquée, dont on coupe à l’État toutes les sources de ressources, de financement et de commerce.

Face à ce dilemme, il faut produire et générer des richesses pour redistribuer avec toute la justice sociale possible et préserver les conquêtes historiques et essentielles de la Révolution dans des domaines stratégiques comme la santé, l’éducation, la culture, la science, l’énergie et les communications.

Le faire sera la tâche de tous, de l’entreprise d’État et de l’entreprise non étatique, ainsi que d’autres formes de gestion de l’économie qui, dans leur ensemble, composent le tissu entrepreneurial cubain, tous concentrés sur un objectif unique : construire le socialisme prospère et durable que mérite le peuple héroïque de Cuba.

Je tiens à souligner qu’il s’agit d’un processus visant à dynamiser l’économie, non à instaurer le capitalisme ; il n’y aura pas de privatisation à outrance, les moyens fondamentaux de production restent entre les mains du peuple, et est préservée, avant tout, la souveraineté et l’indépendance nationale.

Pour un processus aussi complexe, le Parti communiste de Cuba, en tant que force dirigeante suprême de l’État et de la société, s’érige en principal responsable de sa conduite, de sa coordination et de son contrôle, et en gardien zélé des intérêts du peuple, de la classe ouvrière, des conquêtes sociales et de la justice sociale qui anime la Révolution depuis ses débuts.

Camarades,

Fidel n’est pas le patrimoine exclusif des Cubains. Fidel appartient à tous ceux qui luttent pour un monde meilleur. Et à vous, participants de ce Colloque, intellectuels et militants qui avez fait vôtre sa pensée, il revient un rôle décisif.

Nous vous appelons à diffuser la vérité de Cuba et de tous les peuples en résistance. Dans un monde où les grands médias fabriquent mensonges et récits complaisants, vous avez la responsabilité d’être les porte-voix de la réalité que nous, Cubains, vivons : une réalité de manques, oui ; mais aussi de conquêtes, de solidarité et d’espoir.

Chaque livre que vous écrivez, chaque article que vous publiez, chaque conférence que vous donnez dans vos pays est une tranchée contre la désinformation. La bataille des idées se livre aujourd’hui sur le terrain numérique, contre l’analphabétisme technologique et les nouvelles formes de colonisation culturelle.

Vous devez articuler des réseaux de solidarité efficaces, il ne suffit pas de prononcer des discours de soutien. Il faut traduire la solidarité en actions concrètes : campagnes pour la levée du blocus, propositions de coopération scientifique et culturelle, projets de commerce équitable, dénonciations devant les organismes internationaux.

Vous devez approfondir la pensée critique sur le socialisme du XXIe siècle. Fidel nous a laissé des questions ouvertes, non des réponses achevées. Comment construire le pouvoir populaire à l’ère numérique ? Comment concilier planification centralisée et autonomie territoriale ? Comment affronter le changement climatique dans une perspective socialiste ? Vous, depuis vos disciplines, avez la mission de donner des réponses créatives et réalistes, et vous devez renforcer l’unité des mouvements progressistes.

Fidel fut un maître dans l’art d’additionner les volontés, de tendre des ponts entre des secteurs divers, de chercher des convergences sans renoncer aux différences.

J’appelle tous les partisans et étudiants de son héritage à travailler pour l’unité, à surmonter les divisions secondaires pour nous concentrer sur l’essentiel : la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme.

Aux jeunes, la Révolution a consacré le maximum de ses efforts et a placé en eux ses plus grands espoirs. Fidel a toujours cru au rôle des jeunes dans le processus révolutionnaire.

Croire aux jeunes, c’est voir en eux, outre l’enthousiasme, la capacité ; outre l’énergie, la responsabilité ; outre la jeunesse, la pureté, l’héroïsme, le caractère, la volonté, l’amour de la patrie, la foi en la patrie. C’est avoir la conviction profonde que la jeunesse peut, que la jeunesse est capable, que sur les épaules de la jeunesse on peut déposer de grandes tâches (Applaudissements).

Ce fut la jeunesse qui entoura Fidel pour concevoir des rêves réalisables quand la patrie en eut besoin. De ses longues réunions avec les jeunes naquirent de grandes réalisations sociales : l’impulsion donnée au développement des instructeurs d’art, des maîtres polyvalents, des travailleurs sociaux. Ce fut la jeunesse qui prit les armes dans la Sierra, qui alphabétisa dans les montagnes, la protagoniste des glorieuses missions internationalistes, celle qui construisit les contingents, celle qui impulsa la science et la technologie.

Aujourd’hui, en l’année de son Centenaire, la jeunesse cubaine est appelée à se forger avec la même hauteur historique. Les défis qui nous attendent sont immenses : l’économie frappée par le blocus, les transformations structurelles que nous devons mettre en œuvre, la nécessité de produire plus d’aliments, de réussir la transition énergétique, de substituer les importations, de construire une société avec plus de bien-être pour tous. Il n’y a pas de défi que la jeunesse ne puisse affronter si elle se le propose.

Camarades,

Permettez-moi de conclure avec une certitude que Fidel nous a léguée : l’avenir n’est pas écrit, nous avons le pouvoir de l’écrire.

Oui, l’empire est puissant, mais l’histoire est du côté des peuples. Chaque enfant qui aujourd’hui apprend à lire dans une école cubaine quand il n’y a pas d’électricité, chaque paysan qui cultive avec l’agroécologie, chaque scientifique qui fait de la recherche sans brevets, chaque jeune qui milite dans un mouvement social, chaque mère qui défend ses enfants contre la violence, est une victoire anticipée.

Le Centenaire de Fidel est un point de départ. C’est le moment d’assumer que son héritage n’est pas dans le passé, mais dans le présent et dans l’avenir que nous sommes en train de construire. Il ne suffit pas de s’en souvenir, il faut l’étudier ! Il ne suffit pas de l’admirer, il faut l’émuler ! (Applaudissements.)

Je voudrais vous remercier à nouveau, du plus profond de moi-même, pour votre présence. Vous êtes les ambassadeurs de la vérité, les témoins que Cuba ne se rend pas, les compagnons de route d’une révolution qui transcende les frontières.

Dans mes propos, j’ai évité de faire référence à mes expériences personnelles avec lui ; cependant, je veux bien vous signifier que, de l’école de Fidel, m’ont profondément marqué sa loyauté et sa décision d’affronter l’impérialisme comme le destin de sa vie, sa vision de l’unité, l’exemple d’être toujours présent dans les scénarios les plus adverses sans se laisser vaincre par le pessimisme, la sensibilité envers les plus nécessiteux, son concept de justice sociale et la valeur qu’entraîne son concept achevé de Révolution.

Je veux témoigner, au début de la célébration de ces 100 ans que nous partageons, de l’immense engagement de la direction du Parti et du Gouvernement envers l’œuvre incommensurable de Fidel, que nous avons la responsabilité de sauver des vents menaçants qui soufflent de toutes parts, alimentés par la soif de conquête et de châtiment que l’empire nous réserve.

Permettez-moi de terminer comme Fidel l’a dit plus d’une fois :

« Nous sommes disposés à résister dignement et avec abnégation, aussi longtemps qu’il le faudra, au blocus impérialiste. Si d’autres transigent, si d’autres se laissent corrompre, si d’autres trahissent, Cuba saura se maintenir comme exemple d’une révolution qui ne capitule pas » (Applaudissements et exclamations : « Je suis Fidel ! »).

Je le répète :

« Cuba saura se maintenir comme exemple d’une révolution qui ne capitule pas, qui ne se vend pas, qui ne se rend pas, qui ne se met pas à genoux ! » (Applaudissements et exclamations : « Vive ! »)

Fidel est un pays, Fidel est Cuba ! (Applaudissements.)

Pour Cuba, avec Fidel, jusqu’à la victoire toujours !

Vive Fidel pour toujours ! (Exclamations : « Vive ! »)

Le socialisme ou la mort !

La patrie ou la mort !

Nous vaincrons ! (Exclamations : « Nous vaincrons ! »)

(Ovation.)

***

Discours prononcé par Miguel Mario Díaz-Canel Bermúdez, Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba et Président de la République, lors de l’acte politico-culturel pour le Centenaire de Fidel et la clôture du Ier Colloque international Fidel : héritage et avenir, au théâtre Carlos Marx, le 13 août 2026, « Année du Centenaire du Commandant en Chef Fidel Castro Ruz ».

Source : presidencia.gob.cu

Traduction et notes entre crochets : Alain Marshal

Cher Général d’Armée Raúl Castro Ruz, dirigeant de la Révolution cubaine,

Chère Dalia, chère famille du Commandant en Chef Fidel Castro Ruz (Applaudissements),

Camarades,

Fidel vit, comme vivent pour toujours les femmes et les hommes des époques, des géographies et des ethnies les plus diverses qui ont consacré leur vie à la lutte pour un monde meilleur pour tous.

C’est le Centenaire d’un guerrier, d’un rebelle, d’un combattant, d’un juste de Cuba, d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes. Un juste de l’humanité ! (Applaudissements.)

Plus de 1 500 participants de 63 pays, dont 500 Cubains, ont chaque jour rempli la capacité d’accueil des multiples espaces du Palais des Congrès pendant le Ier Colloque international pour les 100 ans de Fidel. Pour chaque délégué, il est resté des milliers d’intéressés qui n’ont pas pu venir de l’étranger, et bien plus de Cubains encore qui n’ont pas pu s’accréditer pour de simples problèmes de logistique.

Il revient aux organisateurs la responsabilité de diffuser les communications présentées, avec leurs apports indéniables et leurs nombreuses révélations, de la part de ceux qui ont travaillé directement avec le Commandant en Chef ou qui se sont consacrés pendant des années à étudier l’empreinte de son leadership dans les domaines les plus divers.

Il sera important de connaître également quelles interrogations, quelles inquiétudes, quelles demandes d’information laissent les participants nationaux et étrangers, en particulier les jeunes.

Le Centre Fidel Castro Ruz et le Département idéologique du Comité central du Parti, principaux responsables de l’organisation du Colloque, sous les extrêmes limitations que subit le pays, méritent toute notre reconnaissance et nos félicitations (Applaudissements), de même que le reste des organisations et organismes impliqués.

Nous remercions tous les participants et invités pour leurs apports personnels ou collectifs au précieux héritage que garde avec un zèle suprême l’institution qui honore la vie et l’œuvre de notre chef historique.

Au milieu de la violence du blocus impérial brutal et immoral qui cherche l’extermination de notre peuple, cette célébration fidéliste depuis La Havane restera dans les mémoires comme un nouveau défi relevé avec succès à force de volonté ; une chose jugée impossible qui a été convertie en une belle et palpable réalité par l’effort et la solidarité de vous, mes sœurs et mes frères, qui êtes venus prêts à tout, à votre charge, depuis des pays lointains, en portant des valises de dons et sans exiger de conditions matérielles d’aucune sorte. À vous toute notre gratitude ! (Applaudissements et exclamations : « Cuba n’est pas seule ! »)

Il est impossible de commémorer seul cet événement d’une aussi profonde résonance universelle. Fidel n’appartient pas seulement à Cuba. Fidel appartient à tous les révolutionnaires du monde qui admirent son œuvre et partagent ses idées. Fidel appartient à toute l’humanité ! (Applaudissements.)

Être fidéliste, ce n’est pas professer une foi aveugle. C’est une attitude honorable devant la vie. Être fidéliste, c’est se définir comme des combattants permanents contre l’impérialisme et contre toutes les injustices du monde.

Et célébrer l’éternité du Commandant en Chef signifie, en premier lieu, vaincre à nouveau ceux qui ont tenté de l’assassiner plus de six cents fois et n’ont réussi qu’à grandir sa figure.

Le Soldat des Idées est de retour d’une manière qui doit terrifier ses adversaires : des centaines, des milliers, des millions de personnes des âges et des croyances les plus divers, dans presque le monde entier, élargissent son héritage, non seulement pour soulager la nostalgie naturelle de son absence — que nous ressentons aussi et qui fait partie des fortes émotions partagées —, mais surtout pour emprunter de nouvelles voies dans la bataille pour l’avenir, sans se rendre, sans se vendre, sans trahir, sans se soumettre à la voracité de l’empire décadent qui n’agit selon d’autre loi que celle du pillage et de la cupidité.

Fidel vit ! Vive Fidel ! (Exclamations : « Vive ! ») (Applaudissements.)

Aujourd’hui nous célébrons une vie consacrée à lutter pour toutes les causes justes, avec passion et engagement, depuis qu’il était pratiquement adolescent. Nous nous sommes plongés en profondeur dans la pensée d’un explorateur infatigable de l’histoire et de la condition humaine, qui s’est nourri du meilleur et du plus utile de la pensée universelle avec une acuité exceptionnelle et qui s’est distingué par une éthique qui, tel un gilet pare-balle moral imbattable contre lequel se sont brisées les pires attaques de ses ennemis, l’a consacré devant l’histoire comme paradigme du véritable révolutionnaire, au plus haut échelon de l’espèce humaine.

Je sais que vous serez d’accord avec moi : nous aurons devant nous bien d’autres anniversaires pour célébrer ses idées ! (Applaudissements.)

D’après ce qu’ont raconté les médecins et les enseignants, ce qu’ont argumenté les scientifiques et les chefs religieux, ce qu’ont exalté les artistes et les intellectuels, ce qu’ont exprimé les sportifs et les combattants, ce qu’ont révélé les diplomates et les parlementaires et ce qu’ont validé les jeunes, permettez-moi de vous dire que nous avons senti Fidel très vivant dans tous les espaces de ce Colloque. Nous l’avons vu multiplié en chacun de vous.

La renaissance de Fidel est particulièrement visible au Forum de la jeunesse. Comme je le leur ai dit après avoir écouté leurs interventions, la majorité fait preuve d’une maturité impressionnante, sans doute, certains en raison de la complexité même des sociétés capitalistes aliénantes dans lesquelles il leur a fallu vivre, mais surtout par leurs réponses argumentées quant aux causes des problèmes et à la manière dont ils assument leur militantisme et l’expriment, en le défendant fièrement, malgré les risques et les menaces auxquels ils doivent faire face pour assister à la célébration du Centenaire de Fidel à Cuba en des temps comme ceux-ci, où reviennent les pratiques maccarthystes de la Guerre froide.

Je leur ai dit en toute honnêteté que sans eux, ce Colloque n’aurait pas eu beaucoup de sens à être organisé. Qui mieux que les jeunes pour comprendre l’héritage humaniste et révolutionnaire de Fidel ?

Il nous l’avait dit : de plus grandes luttes et de plus grands héroïsmes seront encore requis des nouvelles générations. L’avenir est plein de tâches, l’avenir est plein de luttes qui exigent de la conscience, qui exigent de la trempe et qui exigent un esprit révolutionnaire (Applaudissements).

En m’adressant à eux, je pensais à Fidel toujours proche des jeunes, à qui il confiait constamment les tâches les plus importantes. Par expérience personnelle, il savait que la jeunesse est l’étape la plus passionnément révolutionnaire de la vie.

Je pensais au Fidel étudiant en Droit, qui s’inscrivit aussi en Sciences sociales dans le cadre de ses préoccupations politiques et qui reconnut toujours que c’est à l’Université qu’il devint révolutionnaire.

Je pensais au très jeune Fidel qui s’enrôla dans l’expédition de Cayo Confites pour être un soldat de plus contre la dictature de Trujillo, qui ensanglantait la République dominicaine voisine ; au dirigeant étudiant qui connut le leader colombien Jorge Eliécer Gaitán et vit le tourbillon du Bogotazo [soulèvements populaires à Bogotá le 9 avril 1948, après l’assassinat du dirigeant Eliécer Gaitán, alors l’un des hommes politiques les plus populaires du pays] ; au militant de l’Orthodoxie [Parti du peuple cubain] qui a dignifié le journalisme, en le transformant en dénonciation publique, et qui finit par choisir la voie de la lutte armée quand le coup d’État de Batista ferma toutes les issues constitutionnelles.

C’est pourquoi je n’ai pas hésité à les reconnaître et à les nommer comme la Génération du Centenaire de Fidel (Applaudissements).

Et ils ne sont pas seuls. Aujourd’hui, nous honorons aussi les amis solidaires qui ont consacré toute leur vie à la cause de la défense de Cuba. Les plus jeunes peuvent reconnaître en eux leur expérience et admirer leur dévouement à cette lutte. Le mouvement international pour Cuba et les causes justes a des noms et des prénoms d’hommes et de femmes infatigables sur tous les continents.

Il est urgent d’articuler et d’unir toutes les forces et de nous armer d’idées progressistes, émancipatrices, socialistes, sans peur des mots, ce qui est précisément ce que recherchent les ennemis des peuples pour nous paralyser au moment où la mobilisation équivaut au salut.

La réémergence du fascisme dans le monde impose au Sud global une guerre idéologique qui, dans ses dimensions culturelle et médiatique, insiste à blinder le capitalisme comme destin hégémonique, subordonné à la logique impérialiste, et cherche à effacer la mémoire historique, à nous recoloniser culturellement et à briser nos identités.

Parallèlement, et en fonction des mêmes objectifs, se déroule la guerre médiatique avec ses campagnes de désinformation, d’intoxication dirigées contre les valeurs humaines les plus élémentaires comme si elles étaient devenues obsolètes, dans le but de justifier des guerres et des agressions aussi incompatibles avec le Droit international que le génocide à Gaza, l’agression contre l’Iran ou le blocus énergétique contre Cuba (Applaudissements).

Camarades,

Il y a exactement dix ans et un jour, le 12 août 2016, Fidel publiait l’une de ses célèbres Réflexions, à la veille de ce qui serait son dernier anniversaire physiquement parmi nous.

Dans ce texte, qui acquiert aujourd’hui une actualité renouvelée — et je vous demande, les plus curieux, d’essayer de le lire —, affleure de manière particulière la mémoire puissante et sensible de l’homme qui, sur le point d’atteindre 90 ans, se souvient de son enfance ; de son père, émigrant espagnol, et de Birán, la propriété familiale où il apprit à aimer la nature et à se nourrir des premières lumières du « monde moral » de l’éthique cubaine, en s’abreuvant de l’histoire de la patrie, déjà chargée à cette époque d’authentiques épopées héroïques.

Nous retrouvons aussi le Fidel de la curiosité infinie, très attentif aux avancées de la science et en permanent souci du destin de l’espèce humaine ; mais aussi et toujours vigie insomniaque, critique juste et sévère du puissant voisin, qu’il n’a jamais cessé d’interpeller publiquement, même à contre-courant, démasquant laquais et vendus.

Quand le régime fasciste étasunien intensifie le génocide contre notre peuple, en entravant par toutes les voies le bien-être et la qualité de vie, c’est dans Fidel que continue de résider la clé qu’il y a bien une issue, aussi difficiles que soient les circonstances et aussi resserré que soit le blocus qui nous enferme.

De Fidel, nous avons appris qu’il faut toujours sauvegarder trois principes irrévocables : l’indépendance du pays, la Révolution et les valeurs et les conquêtes que représente le socialisme (Applaudissements).

Sous cette prémisse, nous entreprenons un exigeant processus de Transformations économiques et sociales, avec pour priorité le bien-être du peuple et la justice sociale qu’il défendit tant.

Camarades,

Comme je l’ai dit lors de l’inauguration du Colloque : la présence de tant de personnes, dans la Cuba encerclée, bloquée, harcelée et accusée par l’empire pour empêcher que son exemple ne contamine les rebelles de partout, est le meilleur monument que nous puissions élever à la mémoire de Fidel Castro Ruz en son premier Centenaire (Applaudissements).

Solidaires du monde : vous êtes la force complémentaire de l’héroïque résistance du peuple cubain, forgée avec ce que le Général d’Armée Raúl Castro Ruz définit comme l’enseignement permanent de Fidel : « … que l’homme est capable de surmonter les conditions les plus dures si sa volonté de vaincre ne faiblit pas, s’il fait une évaluation juste de chaque situation et s’il ne renonce pas à ses principes justes et nobles » (Applaudissements).

Merci d’être là et de nous accompagner en cette célébration inoubliable !

Fidel est présent en chaque professionnel cubain de la médecine qui sauve une vie, la plupart du temps sans disposer même du médicament indispensable ; dans les éducateurs qui n’abandonnent les salles de classe ni en ville ni à la montagne ; dans les millions de travailleurs qui, malgré les douloureuses limitations en ressources essentielles que nous impose le blocus, arrivent à leur poste de travail chaque jour ; dans chaque combattant prêt à donner sa vie pour la patrie et le socialisme (Applaudissements).

Quand les historiens du futur regarderont en arrière dans le temps, cherchant Fidel Castro Ruz, le Commandant en Chef, ils ne verront plus seulement un homme. Ils verront son peuple et des millions de personnes qui, inspirées par sa vie exemplaire, se sont gagné une place dans l’histoire en affrontant, sans se rendre, l’empire le plus puissant et le plus criminel, et en le vainquant ! (Applaudissements.)

Vive Fidel pour toujours ! (Exclamations : « Vive ! »)

Vive Cuba libre, souveraine et indépendante ! (Exclamations : « Vive ! »)

Vive le socialisme ! (Exclamations : « Vive ! »)

Vive Fidel ! (Exclamations : « Vive ! »)

La patrie ou la mort !

Nous vaincrons ! (Exclamations : « Nous vaincrons ! » et « Je suis Fidel ! »)

(Ovation.)

L’article originel d’Alain Marshal contient aussi deux vidéos consacrées à Fidel. J’ai préféré les mettre dans des articles séparés :

CH Se connecter BBC - Cuba ! Africa ! Revolution ! (English) vidéo 1h58

https://mai68.org/spip3/spip.php?article7712

Le gilet pare-balles de Fidel (vidéo 44’’)

https://mai68.org/spip3/spip.php?article7713

Alain Marshal :

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