https://edition.francesoir.fr/socie…
Publié le 13 août 2026 - 13:55
G. L.
Ce document aurait mérité la une partout. Il est finalement passé inaperçu, et ce n’est pas dans les médias mainstream que vous le trouverez.
Fin juillet 2026, trois chercheurs ont publié sous le sceau du FMI un article de recherche au titre quelque peu aride, "The Generalized Jevons Paradox and the Future of Energy" (Le paradoxe de Jevons généralisé et l’avenir de l’énergie). Son contenu, lui, est explosif et risque de troubler celui qui n’y est pas préparé : La transition énergétique, ce pilier de trois décennies de politiques publiques, de taxes et de sermons, n’existe pas dans les données.
Premier constat : à l’échelle mondiale, les énergies ne se remplacent pas, elles s’additionnent. Le charbon n’a jamais chassé le bois, le pétrole n’a jamais chassé le charbon, et les renouvelables ne chassent pas les hydrocarbures. Détail savoureux relevé par les auteurs, l’humanité brûle davantage de biomasse aujourd’hui qu’en 1800.
Deuxième constat : plus on gagne en efficacité, plus on consomme au total. C’est le paradoxe formulé par Jevons en 1865, que les auteurs généralisent à l’ensemble des énergies et des matériaux. Conclusion logique et dérangeante, la part des fossiles peut baisser dans le mix pendant que leur consommation absolue continue de grimper. Ce qui est exactement ce qui se passe aujourd’hui.
Parmi les signataires, l’historien Jean-Baptiste Fressoz, dont le livre "Sans transition" défendait déjà cette thèse. Qu’elle soit désormais publiée par le FMI, temple de l’orthodoxie économique, change particulièrement la donne. Précisons tout de même, un working paper n’engage que ses auteurs, pas l’institution. Mais l’institution l’a publié tout de même.
Les faits leur donnent-ils raison ? Le Forum économique mondial reconnaissait lui-même dans son index 2026 que le système énergétique mondial vivait "une addition plutôt qu’une substitution", avec une demande fossile à des niveaux records et des émissions totales qui atteignent un sommet historique malgré l’essor des renouvelables.
Du côté de la finance, c’est l’aveu de Larry Fink lui-même, interrogé en mars dernier sur Fox News, dans "The Evening Edit", il reconnait du bout des lèvres que "le pendule bouge tout le temps. Dans le cas de BlackRock, nous sommes responsables de la gestion de l’argent de tout le monde. Est-ce que je pense que le pendule est allé trop loin… ? Oui." Il y a cinq ans, c’était l’apogée de la croisade ESG (Environnement, Social, Gouvernance, ces critères censés orienter la finance vers l’investissement "responsable" et que BlackRock imposait alors aux entreprises cotées), dont Fink fut l’un des principaux artisans, celle qui sommait les patrons de "forcer les comportements", pour reprendre ses mots de 2022.
Que l’homme qui incarnait la finance verte version orthodoxe admette lui aussi un dérapage, recoupe finalement bien ce que disent les chercheurs du FMI.
Trente ans de plans climat, de bonus malus, de normes, d’interdictions de véhicules thermiques. Trente ans construits sur un postulat que, finalement, personne n’avait vérifié, mais qui était poussé par la "haute" finance : le propre remplace le sale… Eh bien non, il s’y rajoute.
Combien de temps encore nos gouvernants feront-ils semblant de ne pas avoir lu et su ? Combien de temps encore vont-ils se soumettre à ceux qui détiennent notre dette ?
Un article qui va certainement gratter, par les temps qui courent, et ces chaleurs estivales… Le narratif a de plus en plus de mal à tenir.
