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Dernier jour du festival d’Aurillac
La Montagne Cantal - Samedi 22 août 2026
Info du festival d’Aurillac, une autre version
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22 août 2026
Claudia Morand, artiste habitante d’Aurillac
Pour clarifier un peu les choses après ce déferlement de dingueries et de propos haineux sur les réseaux sociaux suite à la petite manif qui a eu lieu samedi à Aurillac…
"La fête, se réunir, voilà, la nouvelle cible, le champ de criminalisation du pouvoir, avec toute l’irresponsabilité et la brutalité de Nunez… même la fête doit marcher au pas, sous couvre-feu implicite. La fascisation c’est cela.
C’est un proche de Wauquiez qui a gagné la Mairie d’Aurillac, en début d’année.
La fête, quand elle échappe au comptoir et à la billetterie, redevient une menace d’ordre public selon le schéma national de maintien de l’ordre de Nunez.
Aurillac constitue un exemple à la netteté presque clinique : ce n’est pas le désordre qui est visé, c’est la gratuité — le campement sans forfait, le troc sans marge, le corps qui traîne sans consommer.
La préfecture ne s’en cache même pas, elle parle de « concurrence déloyale » et d’« entrave à la circulation », transposant sur des "punks à chien" et des artisanes sans stand le vocabulaire du droit de la concurrence, comme si l’espace public n’était plus qu’un marché à protéger contre ceux qui n’y payent pas leur place.
Deux cent trente policiers déployés en amont, des patrouilles élargies, des tentes jetées à la benne : la doctrine du maintien de l’ordre post-gilets jaunes, pensée pour empêcher la formation même du rassemblement plutôt que pour gérer le trouble constaté, s’exporte désormais jusque dans les sous-préfectures de 26 000 habitants, appliquée non plus au manifestant classé mais au festivalier pauvre.
Le maire, ancien directeur de cabinet reconverti en édile sécuritaire, incarne exactement la fonction que cette bascule exige : un discours de façade sur la liberté culturelle pour La Montagne, et sur le terrain une police qui matraque, gaze, verbalise à 300 euros l’étal informel.
Ce double langage n’est pas une contradiction, c’est le mode de fonctionnement normal du pouvoir local quand il importe une grammaire sécuritaire nationale — il faut pouvoir dire qu’on aime le théâtre de rue tout en finançant les moyens de le vider de ce qui en faisait la substance. Le témoignage de l’intermittent suisse le dit avec une lucidité involontaire : c’est plus propre, il y a moins de nuisances, et il ne reste presque plus rien sur le plan artistique. L’aseptisation n’est pas un effet secondaire, c’est l’objectif : un festival sans zadistes, sans marchands non homologués, sans SDF visibles, débarrassé de tout ce qui n’entre pas dans une ligne comptable.
Ce que la manifestation du samedi révèle enfin, c’est que la répression elle-même produit sa propre légitimation rétrospective : on charge, on gaze, on blesse un manifestant à la tête, et le lendemain le récit officiel parlera de débordements à contenir, jamais de la violence initiale qui a chassé des gens de leurs tentes toute une semaine avant même l’ouverture du festival.
La brutalisation policière, une fois routinisée sous forme de plan de sécurisation, cesse d’être un événement politique pour devenir une donnée technique — un chiffre d’effectifs, une durée de présence, un règlement d’emploi de la force jugé conforme. C’est précisément ce glissement, du politique au technique, qui permet à l’État policier de s’étendre sans jamais avoir à se justifier autrement que par la gestion des flux".