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URSS - Octobre 2017 - 100e Anniversaire de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre 1917 (vidéo 99’04)

mercredi 18 octobre 2017, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 8 novembre 2016).

Octobre - Eisenstein, 1927

Cliquer sur l’image pour voir la vidéo.

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Les Dix Jours qui Ébranlèrent le Monde par John Reed

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Publié le 1 octobre 2016 par Karl Martel

En ce 99e Anniversaire de la Grande Révolution Bolchevique d’Octobre 1917, à moins d’un an donc du Centième Anniversaire, en 2017, il nous fait plaisir de re–publier cet extrait du célèbre livre du non moins célèbre journaliste américain, John Reed. Les Dix Jours qui ébranlèrent le monde relatent les faits historiques entourant la première révolution socialiste du monde après la Commune de Paris de 1871

Ayant lu avec un grand Intérêt et une attention profonde le livre de John Reed « Dix jours qui ébranlèrent le monde » je le recommande du fond du cœur aux ouvriers de tous les pays. Je voudrais que ce livre fût répandu par millions d’exemplaires et traduit dans toutes les langues, car il donne un exposé vivant et véridique des événements qu’il importe de connaître pour comprendre ce que sont la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat.

N. Lénine

(Préface à la nouvelle édition, numéro 16 de l’Internationale Communiste de Moscou.)

Chapitre I – Arrière-fond

Vers la fin de septembre 1917, un professeur de sociologie étranger visitant la Russie vint me voir à Pétrograd. Des hommes d’affaires et des intellectuels l’avaient informé que le mouvement révolutionnaire commençait à décroître. Le professeur écrivit un article sur ce sujet et fit ensuite un voyage à travers le pays, visitant les villes industrielles et les communautés paysannes — où, à son grand étonnement, la révolution paraissait prendre une grande extension. Parmi les salariés et les paysans, on entendait fréquemment parler de : « Toute la terre aux paysans ! Toutes les usines aux travailleurs ! » Si le professeur avait fait une visite au front, il aurait entendu toute l’armée parler de la paix…

Le professeur était intrigué, mais il n’aurait pas dû l’être ; les deux observations étaient justes. Les classe possédantes devenaient de plus en plus conservatrices, les masses laborieuses de plus en plus radicales.

Le sentiment était général parmi les hommes d’affaires et les intellectuels, que la révolution était allée suffisamment loin, avait duré trop longtemps et que les choses devaient en rester là. Ce sentiment était partagé par les groupes dominants des socialistes modérés de la défense nationale, les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, qui soutenaient le gouvernement provisoire de Kerensky.

Le 14 octobre, l’organe officiel des socialistes modérés écrivait :

Le drame de la révolution a deux actes : la destruction de l’ancien régime et la création du régime nouveau. Le premier acte a assez duré. Maintenant, il est temps de passer au second et de le jouer aussi rapidement que possible. Comme l’a dit un grand révolutionnaire : « Hâtons-nous, amis, à terminer la révolution. Celui qui la fera durer trop longtemps n’en recueillera pas les fruits… »

Cependant, les ouvriers, les soldats et les masses paysannes avaient la conviction tenace qu’on n’avait pas encore fini de jouer « le premier acte ». Sur le front, les Comités des Armées luttaient continuellement avec les officiers qui ne pouvaient pas s’habituer à traiter leurs hommes comme des êtres humains ; à l’arrière, les Comités du Sol, élus par les paysans, furent emprisonnés pour avoir essayé d’exécuter les décrets du gouvernement concernant la terre ; et les ouvriers dans les usines combattaient les listes noires et les lock-outs. En outre, les exilés politiques, de retour en Russie, étaient frappés d’interdiction de séjour en qualité de citoyens indésirables ; et dans un certain nombre de cas, des hommes revenus de l’étranger dans leurs foyers furent persécutés et emprisonnés pour des actes révolutionnaires commis en 1915.

Les socialistes « modérés » n’avaient qu’une seule réponse au mécontentement multiple du peuple : « Attendez l’Assemblée Constituante qui se réunira en décembre ! » Mais les masses n’étaient pas satisfaites de cette réponse. L’Assemblée Constituante, c’est très bien ; mais la révolution russe avait été faite pour un certain nombre de buts bien définis pour lesquels les martyrs révolutionnaires pourrissaient dans leur tombeau fraternel sur le Champ de Mars. Ces buts devaient être atteints avec ou sans l’Assemblée Constituante : la Paix, la Terre et le Contrôle ouvrier de l’industrie. L’Assemblée Constituante a été différée et différée de nouveau — probablement elle le serait encore jusqu’à ce que le peuple soit assez calme pour modifier peut-être ses réclamations ! En tout cas, voilà huit mois que la révolution dure, et les résultats sont minimes.

Pendant ce temps, les soldats commençaient à résoudre la question de la paix par la simple désertion, les paysans incendiaient les châteaux et s’emparaient des grandes propriétés, les ouvriers faisaient des grèves et du sabotage… Il va sans dire que les industriels, les propriétaires fonciers et les officiers — ce qui était d’ailleurs naturel — exerçaient leur influence contre tout compromis démocratique…

La politique du gouvernement provisoire hésitait entre des réformes inefficaces et des mesures de répression sévère. Un décret du ministre socialiste du Travail ordonna à tous les Comités ouvriers de ne se réunir qu’après les heures de travail. Parmi les troupes du front, les « agitateurs » appartenant aux partis politiques d’opposition étaient arrêtés, les journaux radicaux étaient suspendus et la peine capitale appliquée ans propagandistes révolutionnaires. On faisait des tentatives pour désarmer la Garde rouge. On envoyait des cosaques en province pour maintenir l’ordre…

Ces mesures étaient supportées par les socialistes « modérés » et leurs leaders au ministère, qui estimaient nécessaire de collaborer avec les classes possédantes. Le peuple se détourna rapidement d’eux et il passa du côté des bolcheviks, qui étaient pour la paix, la terre, le contrôle ouvrier et le gouvernement de la classe ouvrière. En septembre 1917, la crise éclata. Malgré le sentiment dominant dans le pays, Kerensky et les socialistes « modérés » réussirent à établir le gouvernement de la coalition avec les classes possédantes ; en conséquence, les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires perdirent à jamais la confiance du peuple…

Un article du Rabotchi Pout (La Voix des Ouvriers], intitulé : « Les Ministres socialistes », paru au milieu d’octobre, exprimait les sentiments des masses à l’égard des socialistes modéré »s de la façon suivante :

Voici la liste de leurs services :

Tseretelli : avec le concours du général Polovtsof, a désarmé les ouvriers, maté les soldats révolutionnaires et approuvé le rétablissement, dans l’armée, de la peine capitale.

Skobelev : a commencé par essayer d’imposer aux capitalistes une taxe de 100 % sur leurs bénéfices — et il a fini en essayant de dissoudre les Comités ouvriers des usines et des ateliers.

Avksentiev : a jeté en prison plusieurs centaines de paysans, membres des Comités du Sol, et supprimé des douzaines de journaux, organes des ouvriers et des soldats.

Tchernov : a signé le Manifeste « impérial », ordonnant la dissolution de la Diète Finlandaise.

Savinkov : a conclu une alliance ouverte avec le général Kornilov. Si ce sauveur de la patrie n’a pas réussi à trahir Petrograd, c’est pour des raisons qui ont échappé à son contrôle.

Zaroudny : avec l’approbation de Kerensky et d’Alexinsky, a jeté en prison quelques-uns des meilleurs ouvriers de la Révolution, des soldats et des marins.

Nikitine : a agi comme un vulgaire policier à l’égard des cheminots.

Kérensky : mieux vaut n’en pas parler. La liste de ses services est trop longue…

Un Congrès des délégués de la Flotte baltique, à Helsingfors, adopta une résolution qui commençait ainsi :

Nous demandons la révocation immédiate du Gouvernement Provisoire du « socialiste » Kerensky. Cet aventurier politique qui par ses chantages éhontés et sa complicité avec la bourgeoisie scandalise et ruine la grande Révolution et les masses révolutionnaires.

Le résultat, direct de tout ceci fut le soulèvement des Bolcheviks…

Depuis mars 1917, lorsque les torrents impétueux d’ouvriers et soldats se ruant contre le Palais de Tauride contraignirent la Douma impériale à assumer le pouvoir suprême en Russie, c’étaient les masses, les ouvriers, les soldats et les paysans qui déterminaient tous les changements dans le cours de la révolution. Elles provoquèrent la chute du ministère de Milioukov ; c’est leur Soviet qui proclama au monde les conditions russes de la paix. — « Ni annexions, ni indemnités et le droit des peuples de disposer d’eux-mêmes ». Et de nouveau, en juillet, c’est le soulèvement spontané du prolétariat non organisé qui, une fois de plus, assaillit le Palais de Tauride et exigea que les Soviets assumassent le pouvoir en Russie.

Les Bolcheviks, qui n’étaient alors qu’une petite secte politique, se placèrent à la tête du mouvement. L’échec désastreux de leur soulèvement retourna contre eux l’opinion publique, et leurs hordes privées de chefs se retirèrent dans le quartier de Viborg, le faubourg Saint-Antoine de Petrograd. Alors on fit une chasse sauvage aux Bolcheviks : on les emprisonna par centaines, parmi eux Trotsky, Kollontaï et Kamenev. Lénine et Zinoviev se cachèrent pour échapper à la justice ; les journaux bolcheviks furent supprimés. Les provocateurs et les réactionnaires se mirent à crier que les Bolcheviks étaient des agents allemands jusqu’à ce que le monde entier en fût convaincu.

Mais le Gouvernement provisoire était lui-même incapable de prouver ses accusations : les documents prouvant la conspiration progermanique étaient reconnus faux : les Bolcheviks emprisonnes étaient l’un après l’autre relâchés sans jugement, avec ou sans caution — jusqu’à ce qu’il n’en restât plus que six. L’impuissance et l’indécision du Gouvernement provisoire, dont la constitution se modifiait sans cesse était un argument que personne ne pouvait réfuter. Les Bolcheviks lancèrent de nouveau leur cri de guerre si cher aux masses : « Tout le pouvoir aux Soviets ! » et en cela ils n’étaient pas de simples égoïstes, car à ce moment la majorité des Soviets était composée de socialistes modérés, leurs ennemis acharnés.

Devenus plus puissants encore, ils prirent les simples et âpres désirs des ouvriers, des soldats et des paysans pour établir leur programme immédiat. Ainsi, pendant que les Mencheviks et les Socialistes-Révolutionnaires s’engageaient dans un compromis avec la bourgeoisie, les Bolcheviks gagnaient rapidement à leur cause les masses russes. En juillet, ils étaient pourchassés et méprisés : en septembre, les ouvriers des villes, les marins de la flotte baltique et les soldats étaient presque entièrement gagnés à leur cause. Les élections municipales de septembre dans les villes furent significatives : seulement 18 % des voix se prononcèrent pour les Mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, alors qu’en juin ils avaient obtenu 70 %.

Il reste un phénomène qui avait beaucoup intrigué les observateurs étrangers : le fait que les comités centraux exécutifs des Soviets, les comités centraux de l’armée et de la flotte et les comités centraux des quelques syndicats, notamment des syndicats des P. T. T. et des Cheminots, s’opposaient aux Bolcheviks avec une extrême violence. Ces comités centraux, tous avaient été élus au milieu de l’été ou même avant, lorsque les Mencheviks et les socialistes-révolutionnaires avaient pour eux la majorité du pays, et ils empêchaient ou différaient toute nouvelle élection. Ainsi, selon la constitution des Soviets des Députés Ouvriers et Soldats, le Congrès panrusse aurait dû être convoqué en septembre ; mais le Comité Central Exécutif ne voulut pas convoquer le congrès sous prétexte que l’Assemblée Constituante devait elle-même se réunir dans deux mois : à ce moment-là, insinuaient-ils, les Soviets auraient abdiqué. Pendant, ce temps-là, les Bolcheviks gagnaient l’un après l’autre les soviets locaux de tout le pays, les syndicats, les soldats et les matelots. Les soviets des paysans restaient encore conservateurs, parce que dans les districts ruraux, en proie à l’apathie, la conscience se développe lentement, et que c’était le parti des socialistes-révolutionnaires qui avait mené l’agitation pendant toute une génération. Mais même parmi les paysans une aile révolutionnaire était en voie de formation. C’est ce qui apparut clairement en novembre, lorsque l’aile gauche des socialistes-révolutionnaires se divisa, pour former une nouvelle fraction politique de socialistes-révolutionnaires de gauche. En même temps apparaissaient partout des signes attestant que les forces de réaction gagnaient du terrain. A Petrograd, par exemple, au théâtre de Troïtsky, une comédie burlesque intitulée Les Péchés du Tzar fut interrompue par un groupe de monarchistes qui menacèrent de lyncher les acteurs coupables d’avoir insulté l’Empereur ». Certains journaux commencèrent à soupirer après un « Napoléon russe ». C’était une habitude parmi la bourgeoisie intellectuelle d’appeler le Soviet des Députés Ouvriers et Soldats, le Soviet des chiens. Le 15 novembre, j’eus un entretien avec le grand capitaliste russe, S. G. Lianozov, connu comme « le Rockfeller russe » — membre du parti Cadet.

« La révolution, dit-il, est une maladie. Tôt ou tard, les puissances étrangères seront obligées d’intervenir ici, comme on intervient pour guérir un enfant malade et lui apprendre à marcher. Naturellement, ce sera plus ou moins inopportun, mais les nations doivent se rendre compte du danger du bolchevisme dans leurs propres pays, du danger d’idées aussi contagieuses que celles de la « dictature du prolétariat » et de « la révolution sociale universelle »… Il y a une chance pour que cette intervention ne soit pas nécessaire. Les transports sont désorganisés, les usines ferment, et les Allemands avancent. La famine et la défaite peuvent ramener le peuple russe à la raison… »

M. Lianozov affirmait très énergiquement que, quoiqu’il arrive, il serait l’impossible aux marchands et aux fabricants de permettre aux Conseils d’usines de subsister ou d’admettre la participation des ouvriers à la gestion des usines.

Quant aux bolcheviks, on en viendrait à bout par l’une ou l’autre de ces deux méthodes. Le gouvernement évacuerait Petrograd ; on proclamerait l’état de siège, et le commandement militaire du district traiterait ces messieurs sans formalités légales… Ou si, par exemple, l’Assemblée Constituante manifeste quelques tendances utopiques, on pourrait la disperser par les armes…

L’hiver approchait — le terrible hiver russe. J’entendais les hommes d’affaires en parler ainsi : « L’hiver a toujours été le meilleur ami de la Russie. Peut-être nous délivrera-t-il maintenant de la révolution. » Sur le front glacé, les armées misérables continuaient à souffrir de la faim et à mourir sans enthousiasme. Les transports par les voies ferrées se désorganisaient, les vivres manquaient, les fabriques chômaient… Les masses désespérées s’écriaient que la bourgeoisie sabotait la vie du peuple et provoquait la défaite sur le front. Riga fut livrée immédiatement après que le général Kornilov ait dit publiquement : « Devons-nous payer avec Riga le prix nécessaire pour ramener le pays au sentiment de son devoir ? »

Il paraîtra incroyable aux Américains que la lutte de classe puisse prendre une telle acuité. Mais j’ai rencontré personnellement des officiers sur le front du Nord qui préféraient franchement le désastre militaire à la coopération avec les Comités des soldats. Le secrétaire du parti des Cadets à Petrograd m’a dit que la désorganisation de la vie économique du pays faisait partie de la campagne entreprise pour discréditer la révolution. Un diplomate allié, dont j’ai promis de ne pas mentionner le nom, a confirmé ces faits qu’il avait lui-même constatés.

Je connais certaines mines de charbon voisines de Kharkov, qui furent incendiées et inondées par leurs propriétaires ; certaines industries textiles de Moscou, dont les ingénieurs avant leur départ mirent les machines hors d’état, et je connais des cheminots surpris par les ouvriers au moment ou ils détérioraient les locomotives.

Une grande partie des classes possédantes préférait les Allemands à la Révolution — même au Gouvernement provisoire — et elle n’hésitait point à le dire. Dans la famille russe où je vivais, le sujet de la conversation à table était invariablement la venue des Allemands apportant « la loi et l’ordre »… Je passais une soirée dans la maison d’un négociant de Moscou. Pendant que nous prenions le thé, nous demandâmes aux onze personnes assises à la table qui elles préféraient : « De Guillaume ou des Bolcheviks ». Dix contre une votèrent pour Guillaume.

Les spéculateurs profitaient de la désorganisation universelle pour amasser les fortunes et les gaspiller dans des débauches fantastiques ou pour corrompre les fonctionnaires du gouvernement. Vivres et combustibles étaient dissimulés ou expédiés en secret en Suède. Au cours des quatre premiers mois de la Révolution, par exemple, les réserves des vivres étaient pillées presque ouvertement dans les grands magasins municipaux de Petrograd, de telle sorte que les provisions qui devaient durer deux ans furent réduites à une quantité moins que suffisante pour nourrir la ville pendant un mois… Conformément aux rapports officiels du ministre de l’approvisionnement du Gouvernement provisoire, le café était acheté en gros à Vladivostok, au prix de deux roubles la livre, et les consommateurs à Petrograd le payaient treize. Dans tous les dépôts des grandes villes, il y avait des stocks de vivres et de vêtements, mais les riches seuls pouvaient les acheter.

Je connaissais dans une petite ville de province une famille de négociants devenus spéculateurs : les trois fils, moyennant finances, s’étaient dérobés au service militaire. L’un d’eux spéculait sur les vivres. Un autre vendait d’une manière illégale aux compagnies secrètes de Finlande de l’or provenant des mines de Lena. Le troisième possédait des intérêts dans une fabrique de chocolat qui fournissait les sociétés coopératives locales, à condition que les coopératives lui fourniraient tout ce dont il avait besoin. Ainsi, tandis que les masses touchaient un quart de livre de pain noir, il avait en abondance du pain blanc, du sucre, du thé et du beurre… Cependant, lorsque les soldats sur le front, épuisés par le froid et la famine, ne pouvaient plus se battre, avec quelle indignation cette famille criait : « Lâches ! » et comme ils « avaient tous honte » d’être des « Russes »… Lorsqu’à la fin les Bolcheviks trouvèrent et réquisitionnèrent de vastes quantités de provisions cachées, quels « voleurs » ils furent alors.

Sous cette pourriture extérieure agissaient les forces sombres du vieux régime ; inchangées depuis la chute de Nicolas II, elles restaient toujours secrètes et très actives. Les agents de la célèbre Okhrana fonctionnaient toujours, pour et contre le Tzar, pour et contre Kerensky, avec qui pouvait payer… Dans les ténèbres des organisations souterraines de toute espèce, telle que les Cents Noirs, essayaient avec zèle de restaurer la réaction sous n’importe quelle forme.

Dans cette atmosphère de corruption, de demi-virile monstrueuse, une note claire se faisait entendre chaque jour. Le cri de plus en plus profond des Bolcheviks : « Tout le pouvoir aux Soviets ! Tout le pouvoir aux représentants directs des millions et des millions d’ouvriers, de soldats et de paysans. La terre, du pain, la fin de la guerre insensée, la fin de la diplomatie secrète, de la spéculation et de la trahison. »

La lutte entre le prolétariat et la classe moyenne, entre les soviets et le gouvernement, commencée les premiers jours de mars, approchait de son point culminant. Ayant sauté d’un bond du moyen âge au XXe siècle, la Russie montrait au monde frémissant les deux systèmes de révolution — la Révolution politique et la Révolution sociale — aux prises dans un combat mortel.

Quelle révélation de la vitalité révolutionnaire en Russie après tous ces mois de famine et de déboires. La bourgeoisie aurait dû mieux connaître sa Russie : ou la « maladie » révolutionnaire durera encore longtemps.

Si on jette un regard en arrière, la Russie avant l’insurrection de novembre paraît appartenir à un autre âge, essentiellement conservateur. Nous nous adaptions si rapidement à cette vie nouvelle, à ce rythme plus rapide ; de même manière que la politique russe tournait en bloc vers la gauche, jusqu’à ce que les Cadets fussent proscrits comme ennemis du peuple, Kerensky devint un « contre-révolutionnaire » et les leaders socialistes modérés, Tseretelli, Dan, Liber, Gotz et Avksentiev fussent considérés par leurs partisans comme trop réactionnaires, ainsi les hommes comme Victor Tchernov et même Maxime Gorky, se trouvèrent appartenir à la droite.

Vers le milieu de décembre 1917, quelques chefs socialistes-révolutionnaires firent une visite à sir George Buchanan, ambassadeur britannique, et le supplièrent de ne pas faire mention de leur démarche, parce qu’ils étaient considérés comme appartenant à l’extrême-droite.

« Pensez donc ! ajouta sir George, il y a à peine un an que mon gouvernement me donnait l’ordre de ne pas recevoir Milioukov, parce qu’il était si dangereusement gauche ! »

Octobre et novembre sont les plus mauvais mois de l’année en Russie, surtout à Petrograd. Sous un ciel gris et maussade, par des journées courtes, la pluie tombait, monotone, incessante. Sous le pied, la boue glissante et collante était épaisse. Traînée partout par des lourdes bottes, elle était pire que d’habitude, par suite de la désorganisation complète des services vicinaux. Les vents âpres et humides soufflaient du golfe de Finlande et un brouillard glacial s’étendait dans les rues. La nuit, par raison d’économie, et par crainte des zeppelins, les lumières des rues étaient rares et espacées ; dans les hôtels particuliers, dans les appartements, l’électricité ne fonctionnait que de six heures jusqu’à minuit ; le pétrole était rare et les bougies coûtaient 2 francs pièce. Il faisait sombre à partir de 3 heures de l’après-midi jusqu’à 10 heures du matin. Les vols et les cambriolages se multipliaient. Dans les appartements, les hommes armés de fusils montaient la garde tour à tour toute la nuit. Ceci se passait sous le Gouvernement provisoire.

De semaine en semaine, les vivres se faisaient plus rares. La ration de pain tomba d’une livre et demie à une livre, puis à trois quarts, à une demie, à un quart de livre. Finalement, il y eut une semaine où on manqua complètement de pain. On avait droit à deux livres de sucre par mois, si on pouvait l’obtenir, ce qui était très rare. Il n’y avait du lait que pour la moitié des petits enfants de la ville ; la plupart des hôtels et des maisons particulières en furent privés pendant des mois entiers. A la saison des fruits, les pommes et les poires s’étaient vendues au coins des rues un rouble pièce.

Pour avoir du lait, du pain, du sucre et du tabac, il fallait faire la queue pendant de longues heures sous la pluie glaciale. En revenant des meetings qui avaient duré toute la nuit, j’ai vue les queues qui commençaient à se former avant l’aube — pour la plupart des femmes, quelques-unes avec leurs enfants dans les bras… Carlyle, dans sa Révolution Française, a décrit le peuple français comme se distinguant de tous les autres par sa capacité de faire la queue. La Russie avait pris cette habitude sous le règne de Nicolas le Bienheureux, en 1915, elle la conserva sans interruption jusqu’à l’été de 1917, où cette habitude devint une règle. Pensez à ces pauvres gens debout dans les rues glacées de Petrograd, des jours entiers, pendant l’hiver russe ! J’ai prêté l’oreille à ces « queues de pain », et j’ai entendu la note triste et amère du mécontentement qui, de temps en temps, s’élevait de cette foule russe si miraculeusement patiente…

Tous les théâtres étaient ouverts chaque nuit, même le dimanche. Karsavina apparaissait au théâtre Marinsky et toute la Russie, amoureuse de la danse, venait l’admirer. Chaliapine chantait. Au théâtre d’Alexandre, on reprenait la Mort d’Ivan le Terrible, de Tolstoï, avec la mise en scène de Meyerhold ; à cette représentation, je me rappelle avoir vu un élève de l’Ecole des Pages dans son uniforme de parade, qui, pendant les entr’actes, se tenait debout, regardant la loge vide aux aigles effacées de l’empereur. Le « Krivoe Zerkalov » donnait une représentation somptueuse de la Ronde, de Schnitzler.

Bien que l’Hermitage et les autres galeries de peinture aient été évacués à Moscou, il y avait des expositions de peinture toutes les semaines. Des troupeaux de femmes de l’intelligentsia allaient entendre les conférences sur l’art, la littérature et la philosophie facile. L’Armée du Salut, admise en Russie pour la première fois, placardaient les murs de Petrograd de grandes annonces de réunions évangéliques, qui amusèrent et étonnèrent les auditoires russes…

Comme toujours, dans de pareilles époques, la vie conventionnelle et mesquine de la ville continuait, ignorant autant que possible la Révolution. Les poètes faisaient des vers — mais pas sur la Révolution. Les peintres réalistes peignaient des scènes de la Russie médiévale — tout ce que vous voulez, excepté la Révolution. Les jeunes provinciales venaient dans la capitale pour apprendre le français et cultiver leur voix, et de jeunes officiers, joyeux et beaux, traînaient dans les vestibules des hôtels leurs « bachliks » rouges garnis d’or et leurs sabres ouvragés du Caucase. Les femmes de la petite bureaucratie prenaient les unes chez les autres leur « five o’clock tea », portant avec elles dans leurs manchons leurs petites bonbonnières de sucre en or ou en argent et leur demi-livre de pain. Elles désiraient le retour du tsar, la venue des Allemands, quelque chose enfin qui résoudrait le problème domestique… La fille d’un de mes amis revint un soir en pleurs parce qu’une femme wattman l’avait appelée « camarade ».

Autour d’eux, l’immense Russie était dans les douleurs, enfantant un monde nouveau. Les domestiques qu’on traitait autrefois comme des animaux et qu’on ne payait presque pas, devenaient indépendants. Une paire de chaussures coûtait plus de 100 roubles, et comme les gages moyens étaient de 35 roubles par mois, les domestiques craignant d’user leurs chaussures, refusaient de « faire la queue ». Bien mieux, dans la nouvelle Russie, chaque homme et chaque femme pouvaient voter ; il y avait des journaux ouvriers, disant des choses nouvelles et merveilleuses ; il y avait des Soviets ; il y avait des syndicats. Les cochers eux-mêmes avaient un syndicat ; ils étaient représentés au Soviet, de Petrograd. Les garçons et les domestiques d’hôtels étaient syndiqués et refusaient les pourboires. Sur les murs des restaurants, ils avaient mis des affiches sur lesquelles on disait : « Ici, on n’accepte pas de pourboires », ou « ce n’est pas une raison parce que l’homme est obligé de gagner sa vie en servant à table, pour l’offenser en lui offrant un pourboire ».

Sur le front, les soldats luttaient contre les officiers et apprenaient à se gouverner eux-mêmes, au moyen de leurs comités. Dans les usines, les Comités d’usines, ces uniques organisations russes, gagnaient de l’expérience et de la force et réalisaient leur mission historique en luttant avec l’ancien ordre de chose. Toute la Russie apprenait à lire, et elle lisait — l’économie politique, l’histoire — parce que le peuple désirait savoir. Dans toutes les villes, grandes et petites, sur le front, chaque fraction politique avait son journal — quelquefois elle en avait même plusieurs. Des pamphlets, par centaines de mille, étaient distribués par des milliers d’organisations et répandus dans les armées, dans les villages, les usines, les rues. La soif d’instruction, si longtemps réprimée, avec la révolution prit la forme d’un véritable délire. Du seul Institut Smolny, pendant les six premiers mois, sortaient chaque jour des trains et des voitures chargés de littérature pour saturer le pays. La Russie, insatiable, absorbait toute matière imprimée comme le sable chaud absorbe de l’eau. Et ce n’était point des fables, de l’histoire falsifiée, de la religion diluée et des romans corrupteurs à bon marché — mais les théories sociales et économiques, de la philosophie, les œuvres de Tolstoï, de Gogol et Gorky

Ensuite vinrent les discours, à côté desquels « le torrent d’éloquence française » de Carlyle n’est qu’un simple murmure. Les conférences, les débats, les discours aux théâtres, aux cirques, dans les écoles, dans les clubs, dans les lieux de réunion des Soviets, dans les sièges des syndicats, dans les casernes… Les meetings dans les tranchées, sur les places publiques des villages, dans les usines… Quel spectacle magnifique de voir l’Usine de Poutilov verser ses quarante mille ouvriers pour entendre les socialistes démocrates, les socialistes-révolutionnaires, les anarchistes ou qui que ce soit, pourvu qu’ils aient quelque chose à dire. Pendant des mois entiers, à Petrograd et dans toute la Russie, chaque coin de rue était devenu une tribune publique. Dans les trains, dans les tramways, partout éclataient des débats improvisés…

Les conférences et les congrès panrusses rassemblant les hommes de deux continents — les réunions des Soviets, des coopératives, des zemstvos, des nationalités, des prêtres, des paysans, des partis politiques ; la Conférence démocratique, la Conférence de Moscou, le Conseil de la République russe. Trois ou quatre congrès avaient toujours lieu en même temps à Petrograd. On essayait en vain de limiter le temps accordé aux orateurs, chacun restait libre d’exprimer sa pensée.

Nous avons visité le front de la 12e armée, a l’arrière de Riga, où les hommes, affamés, malades, sans chaussures, languissaient dans la boue horrible des tranchées ; lorsqu’ils nous virent, ils se dressèrent avec leurs maigres figures, leur chair, bleuie par le froid, qu’on apercevait à travers leurs vêtements déchirés, nous demandant avidement : « Nous avez-vous apporté quelque chose à lire ? »

Bien que les signes extérieurs et visibles du changement fussent nombreux et que Catherine la Grande, devant le théâtre d’Alexandra, portât dans ses mains un petit drapeau rouge et que d’autres bannières, légèrement fanées, flottassent sur les bâtiments publics, les monogrammes et les aigles impériaux étaient ou arrachées ou masqués ; à la place de l’agent de police redoutable, une milice bienveillante et désarmée montait la garde dans les rues, — malgré tout cela, il y avait encore de nombreux et étranges anachronismes.

Par exemple, Pierre le Grand brandissait encore sa Table des Rangs qu’il avait imposée à la Russie avec sa main de fer. Presque tout le monde, depuis l’écolier, portait l’uniforme prohibé avec les insignes de l’empereur sur les boutons et sur les épaulettes. L’après-midi, vers cinq heures, les rues étaient pleines de vieux gentilshommes, réconciliés avec le nouveau régime, en uniforme, avec leurs portefeuilles sous les bras, rentrant des ministères — immenses bâtiments semblables à des casernes ; ils calculaient peut-être combien la mortalité parmi leurs supérieurs les rapprochait des rangs tant convoités d’assesseurs de collège ou de conseillers privés, avec la perspective d’une retraite avec une pension confortable et, peut-être, même de la croix de Sainte-Anne.

On raconte l’histoire du sénateur Sokolov qui, en pleine révolution, vint un jour à une séance du Sénat en vêtement civil, et qui ne fut pas admis parce qu’il ne portait pas la livrée exigée par l’étiquette de l’ancien régime.

C’est sur cet arrière-fond formé par un peuple en décomposition et en fermentation que se déroulait le spectacle du soulèvement des masses russes…

John Reed

Ten Days that Shook the World

Chapter 1 : Background

TOWARD the end of September, 1917, an alien Professor of Sociology visiting Russia came to see me in Petrograd. He had been informed by business men and intellectuals that the Revolution was slowing down. The Professor wrote an article about it, and then travelled around the country, visiting factory towns and peasant communities–where, to his astonishment, the Revolution seemed to be speeding up. Among the wage-earners and the land-working people it was common to hear talk of “all land to the peasants, all factories to the workers.” If the Professor had visited the front, he would have heard the whole Army talking Peace…

The Professor was puzzled, but he need not have been ; both observations were correct. The property-owning classes were becoming more conservative, the masses of the people more radical.

There was a feeling among business men and the intelligentzia generally that the Revolution had gone quite far enough, and lasted too long ; that things should settle down. This sentiment was shared by the dominant “moderate” Socialist groups, the oborontsi[1] Mensheviki and Socialist Revolutionaries, who supported the Provisional Government of Kerensky.

On October 14th the official organ of the “moderate” Socialists said :

The drama of Revolution has two acts ; the destruction of the old régime and the creation of the new one. The first act has lasted long enough. Now it is time to go on to the second, and to play it as rapidly as possible. As a great revolutionist put it, “Let us hasten, friends, to terminate the Revolution. He who makes it last too long will not gather the fruits…”

Among the worker, soldier and peasant masses, however, there was a stubborn feeling that the “first act” was not yet played out. On the front the Army Committees were always running foul of officers who could not get used to treating their men like human beings ; in the rear the Land Committees elected by the peasants were being jailed for trying to carry out Government regulations concerning the land ; and the workmen[2] in the factories were fighting black-lists and lockouts. Nay, furthermore, returning political exiles were being excluded from the country as “undesirable” citizens ; and in some cases, men who returned from abroad to their villages were prosecuted and imprisoned for revolutionary acts committed in 1905.

To the multiform discontent of the people the “moderate” Socialists had one answer : Wait for the Constituent Assembly, which is to meet in December. But the masses were not satisfied with that. The Constituent Assembly was all well and good ; but there were certain definite things for which the Russian Revolution had been made, and for which the revolutionary martyrs rotted in their stark Brotherhood Grave on Mars Field, that must be achieved Constituent Assembly or no Constituent Assembly : Peace, Land, and Workers’ Control of Industry. The Constituent Assembly had been postponed and postponed–would probably be postponed again, until the people were calm enough–perhaps to modify their demands ! At any rate, here were eight months of the Revolution gone, and little enough to show for it…

Meanwhile the soldiers began to solve the peace question by simply deserting, the peasants burned manor-houses and took over the great estates, the workers sabotaged and struck–. Of course, as was natural, the manufacturers, land-owners and army officers exerted all their influence against any democratic compromise…

The policy of the Provisional Government alternated between ineffective reforms and stern repressive measures. An edict from the Socialist Minister of Labour ordered all the Workers’ Committees henceforth to meet only after working hours. Among the troops at the front, “agitators” of opposition political parties were arrested, radical newspapers closed down, and capital punishment applied–to revolutionary propagandists. Attempts were made to disarm the Red Guard. Cossacks were sent to keep order in the provinces…

These measures were supported by the “moderate” Socialists and their leaders in the Ministry, who considered it necessary to cooperate with the propertied classes. The people rapidly deserted them, and went over to the Bolsheviki, who stood for Peace, Land, and Workers’ Control of Industry, and a Government of the working-class. In September, 1917, matters reached a crisis. Against the overwhelming sentiment of the country, Kerensky and the “moderate” Socialists succeeded in establishing a Government of Coalition with the propertied classes ; and as a result, the Mensheviki and Socialist Revolutionaries lost the confidence of the people forever.

An article in Rabotchi Put (Workers’ Way) about the middle of October, entitled “The Socialist Ministers,” expressed the feeling of the masses of the people against the “moderate” Socialists :

Here is a list of their services. [3]

Tseretelli : disarmed the workmen with the assistance of General Polovtsev, checkmated the revolutionary soldiers, and approved of capital punishment in the army.

Skobeliev : commenced by trying to tax the capitalists 100% of their profits, and finished–and finished by an attempt to dissolve the Workers’ Committees in the shops and factories.

Avksentiev : put several hundred peasants in prison, members of the Land Committees, and suppressed dozens of workers’ and soldiers’ newspapers.

Tchernov : signed the “Imperial” manifest, ordering the dissolution of the Finnish Diet.

Savinkov : concluded an open alliance with General Kornilov. If this saviour of the country was not able to betray Petrograd, it was due to reasons over which he had no control.

Zarudny : with the sanction of Alexinsky and Kerensky, put some of the best workers of the Revolution, soldiers and sailors, in prison.

Nikitin : acted as a vulgar policeman against the Railway Workers.

Kerensky : it is better not to say anything about him. The list of his services is too long…

A Congress of delegates of the Baltic Fleet, at Helsingfors, passed a resolution which began as follows :

We demand the immediate removal from the ranks of the Provisional Government of the “Socialist,” the political adventurer–Kerensky, as one who is scandalising and ruining the great Revolution, and with it the revolutionary masses, by his shameless political blackmail on behalf of the bourgeoisie…

The direct result of all this was the rise of the Bolsheviki…

Since March, 1917, when the roaring torrents of workmen and soldiers beating upon the Tauride Palace compelled the reluctant Imperial Duma to assume the supreme power in Russia, it was the masses of the people, workers, soldiers and peasants, which forced every change in the course of the Revolution. They hurled the Miliukov Ministry down ; it was their Soviet which proclaimed to the world the Russian peace terms–“No annexations, no indemnities, and the right of self-determination of peoples” ; and again, in July, it was the spontaneous rising of the unorganised proletariat which once more stormed the Tauride Palace, to demand that the Soviets take over the Government of Russia.

The Bolsheviki, then a small political sect, put themselves at the head of the movement. As a result of the disastrous failure of the rising, public opinion turned against them, and their leaderless hordes slunk back into the Viborg Quarter, which is Petrograd’s St. Antoine. Then followed a savage hunt of the Bolsheviki ; hundreds were imprisoned, among them Trotzky, Madame Kollontai and Kameniev ; Lenin and Zinoviev went into hiding, fugitives from justice ; the Bolshevik papers were suppressed. Provocators and reactionaries raised the cry that the Bolsheviki were German agents, until people all over the world believed it.

But the Provisional Government found itself unable to substantiate its accusations ; the documents proving pro-German conspiracy were discovered to be forgeries ; 333

and one by one the Bolsheviki were released from prison without trial, on nominal or no bail–until only six remained. The impotence and indecision of the ever-changing Provisional Government was an argument nobody could refute. The Bolsheviki raised again the slogan so dear to the masses, “All Power to the Soviets !”–and they were not merely self-seeking, for at that time the majority of the Soviets was “moderate” Socialist, their bitter enemy.

But more potent still, they took the crude, simple desires of the workers, soldiers and peasants, and from them built their immediate programme. And so, while the oborontsi Mensheviki and Socialist Revolutionaries involved themselves in compromise with the bourgeoisie, the Bolsheviki rapidly captured the Russian masses. In July they were hunted and despised ; by September the metropolitan workmen, the sailors of the Baltic Fleet, and the soldiers, had been won almost entirely to their cause. The September municipal elections in the large cities[4]were significant ; only 18 per cent of the returns were Menshevik and Socialist Revolutionary, against more than 70 per cent in June…

There remains a phenomenon which puzzled foreign observers : the fact that the Central Executive Committees of the Soviets, the Central Army and Fleet Committees,[2] and the Central Committees of some of the Unions–notably, the Post and Telegraph Workers and the Railway Workers–opposed the Bolsheviki with the utmost violence. These Central Committees had all been elected in the middle of the summer, or even before, when the Mensheviki and Socialist Revolutionaries had an enormous following ; and they delayed or prevented any new elections. Thus, according to the constitution of the Soviets of Workers’ and Soldiers’ Deputies, the All-Russian Congress should have been called in September ; but the Tsay-ee-kah[2] would not call the meeting, on the ground that the Constituent Assembly was only two months away, at which time, they hinted, the Soviets would abdicate. Meanwhile, one by one, the Bolsheviki were winning in the local Soviets all over the country, in the Union branches and the ranks of the soldiers and sailors. The Peasants’ Soviets remained still conservative, because in the sluggish rural districts political consciousness developed slowly, and the Socialist Revolutionary party had been for a generation the party which had agitated among the peasants–. But even among the peasants a revolutionary wing was forming. It showed itself clearly in October, when the left wing of the Socialist Revolutionaries split off, and formed a new political faction, the Left Socialist Revolutionaries.

At the same time there were signs everywhere that the forces of reaction were gaining confidence. [5] At the Troitsky Farce theatre in Petrograd, for example, a burlesque called Sins of the Tsar was interrupted by a group of Monarchists, who threatened to lynch the actors for “insulting the Emperor.” Certain newspapers began to sigh for a “Russian Napoleon.” It was the usual thing among bourgeois intelligentzia to refer to the Soviets of Workers’ Deputies (Rabotchikh Deputatov) as Sabatchikh Deputatov–Dogs’ Deputies.

On October 15th I had a conversation with a great Russian capitalist, Stepan Georgevitch Lianozov, known as the “Russian Rockefeller”–a Cadet by political faith.

“Revolution,” he said, “is a sickness. Sooner or later the foreign powers must intervene here–as one would intervene to cure a sick child, and teach it how to walk. Of course it would be more or less improper, but the nations must realise the danger of Bolshevism in their own countries–such contagious ideas as ‘proletarian dictatorship,’ and ‘world social revolution’– There is a chance that this intervention may not be necessary. Transportation is demoralised, the factories are closing down, and the Germans are advancing. Starvation and defeat may bring the Russian people to their senses–.”

Mr. Lianozov was emphatic in his opinion that whatever happened, it would be impossible for merchants and manufacturers to permit the existence of the workers’ Shop Committees, or to allow the workers any share in the management of industry.

“As for the Bolsheviki, they will be done away with by one of two methods. The Government can evacuate Petrograd, then a state of siege declared, and the military commander of the district can deal with these gentlemen without legal formalities–. Or if, for example, the Constituent Assembly manifests any Utopian tendencies, it can be dispersed by force of arms–.”

Winter was coming on–the terrible Russian winter. I heard business men speak of it so : “Winter was always Russia’s best friend. Perhaps now it will rid us of Revolution.” On the freezing front miserable armies continued to starve and die, without enthusiasm. The railways were breaking down, food lessening, factories closing. The desperate masses cried out that the bourgeoisie was sabotaging the life of the people, causing defeat on the Front. Riga had been surrendered just after General Kornilov said publicly, “Must we pay with Riga the price of bringing the country to a sense of its duty ?”[3]

To Americans it is incredible that the class war should develop to such a pitch. But I have personally met officers on the Northern Front who frankly preferred military disaster to cooperation with the Soldiers’ Committees. The secretary of the Petrograd branch of the Cadet party told me that the break-down of the country’s economic life was part of a campaign to discredit the Revolution. An Allied diplomat, whose name I promised not to mention, confirmed this from his own knowledge. I know of certain coal-mines near Kharkov which were fired and flooded by their owners, of textile factories at Moscow whose engineers put the machinery out of order when they left, of railroad officials caught by the workers in the act of crippling locomotives…

A large section of the propertied classes preferred the Germans to the Revolution–even to the Provisional Government–and didn’t hesitate to say so. In the Russian household where I lived, the subject of conversation at the dinner table was almost invariably the coming of the Germans, bringing “law and order.”– One evening I spent at the house of a Moscow merchant ; during tea we asked the eleven people at the table whether they preferred “Wilhelm or the Bolsheviki.” The vote was ten to one for Wilhelm… ;

The speculators took advantage of the universal disorganisation to pile up fortunes, and to spend them in fantastic revelry or the corruption of Government officials. Foodstuffs and fuel were hoarded, or secretly sent out of the country to Sweden. In the first four months of the Revolution, for example, the reserve food-supplies were almost openly looted from the great Municipal warehouses of Petrograd, until the two-years’ provision of grain had fallen to less than enough to feed the city for one month–. According to the official report of the last Minister of Supplies in the Provisional Government, coffee was bought wholesale in Vladivostok for two rubles a pound, and the consumer in Petrograd paid thirteen. In all the stores of the large cities were tons of food and clothing ; but only the rich could buy them.

In a provincial town I knew a merchant family turned speculator–maradior (bandit, ghoul) the Russians call it. The three sons had bribed their way out of military service. One gambled in foodstuffs. Another sold illegal gold from the Lena mines to mysterious parties in Finland. The third owned a controlling interest in a chocolate factory, which supplied the local Cooperative societies–on condition that the Cooperatives furnished him everything he needed. And so, while the masses of the people got a quarter pound of black bread on their bread cards, he had an abundance of white bread, sugar, tea, candy, cake and butter–. Yet when the soldiers at the front could no longer fight from cold, hunger and exhaustion, how indignantly did this family scream “Cowards !”–how “ashamed” they were “to be Russians”– When finally the Bolsheviki found and requisitioned vast hoarded stores of provisions, what “Robbers” they were.

Beneath all this external rottenness moved the old-time Dark Forces, unchanged since the fall of Nicholas the Second, secret still and very active. The agents of the notorious Okhrana still functioned, for and against the Tsar, for and against Kerensky–whoever would pay–. In the darkness, underground organisations of all sorts, such as the Black Hundreds, were busy attempting to restore reaction in some form or other.

In this atmosphere of corruption, of monstrous half-truths, one clear note sounded day after day, the deepening chorus of the Bolsheviki, “All Power to the Soviets ! All power to the direct representatives of millions on millions of common workers, soldiers, peasants. Land, bread, an end to the senseless war, an end to secret diplomacy, speculation, treachery–. The Revolution is in danger, and with it the cause of the people all over the world !”

The struggle between the proletariat and the middle class, between the Soviets and the Government, which had begun in the first March days, was about to culminate. Having at one bound leaped from the Middle Ages into the twentieth century, Russia showed the startled world two systems of Revolution–the political and the social–in mortal combat.

What a revelation of the vitality of the Russian Revolution, after all these months of starvation and disillusionment ! The bourgeoisie should have better known its Russia. Not for a long time in Russia will the “sickness” of Revolution have run its course…

Looking back, Russia before the November insurrection seems of another age, almost incredibly conservative. So quickly did we adapt ourselves to the newer, swifter life ; just as Russian politics swung bodily to the Left–until the Cadets were outlawed as “enemies of the people,” Kerensky became a “counter-revolutionist,” the “middle” Socialist leaders, Tseretelli, Dan, Lieber, Gotz and Avksentiev, were too reactionary for their following, and men like Victor Tchernov, and even Maxim Gorky, belonged to the Right Wing…

About the middle of December, 1917, a group of Socialist Revolutionary leaders paid a private visit to Sir George Buchanan, the British Ambassador, and implored him not to mention the fact that they had been there, because they were “considered too far Right.”

“And to think,” said Sir George. “One year ago my Government instructed me not to receive Miliukov, because he was so dangerously Left !”

September and October are the worst months of the Russian year–especially the Petrograd year. Under dull grey skies, in the shortening days, the rain fell drenching, incessant. The mud underfoot was deep, slippery and clinging, tracked everywhere by heavy boots, and worse than usual because of the complete break-down of the Municipal administration. Bitter damp winds rushed in from the Gulf of Finland, and the chill fog rolled through the streets. At night, for motives of economy as well as fear of Zeppelins, the street-lights were few and far between ; in private dwellings and apartment-houses the electricity was turned on from six o’clock until midnight, with candles forty cents apiece and little kerosene to be had. It was dark from three in the afternoon to ten in the morning. Robberies and housebreakings increased. In apartment houses the men took turns at all-night guard duty, armed with loaded rifles. This was under the Provisional Government.

Week by week food became scarcer. The daily allowance of bread fell from a pound and a half to a pound, then three quarters, half, and a quarter-pound. Toward the end there was a week without any bread at all. Sugar one was entitled to at the rate of two pounds a month–if one could get it at all, which was seldom. A bar of chocolate or a pound of tasteless candy cost anywhere from seven to ten rubles–at least a dollar. There was milk for about half the babies in the city ; most hotels and private houses never saw it for months. In the fruit season apples and pears sold for a little less than a ruble apiece on the street-corner

For milk and bread and sugar and tobacco one had to stand in queue long hours in the chill rain. Coming home from an all-night meeting I have seen the kvost (tail) beginning to form before dawn, mostly women, some with babies in their arms–. Carlyle, in his French Revolution, has described the French people as distinguished above all others by their faculty of standing in queue. Russia had accustomed herself to the practice, begun in the reign of Nicholas the Blessed as long ago as 1915, and from then continued intermittently until the summer of 1917, when it settled down as the regular order of things. Think of the poorly-clad people standing on the iron-white streets of Petrograd whole days in the Russian winter ! I have listened in the bread-lines, hearing the bitter, acrid note of discontent which from time to time burst up through the miraculous goodnature of the Russian crowd…

Of course all the theatres were going every night, including Sundays. Karsavina appeared in a new Ballet at the Marinsky, all dance-loving Russia coming to see her. Shaliapin was singing. At the Alexandrinsky they were reviving Meyerhold’s production of Tolstoy’s “Death of Ivan the Terrible” ; and at that performance I remember noticing a student of the Imperial School of Pages, in his dress uniform, who stood up correctly between the acts and faced the empty Imperial box, with its eagles all erased–. The Krivoye Zerkalo staged a sumptuous version of Schnitzler’s “Reigen.”

Although the Hermitage and other picture galleries had been evacuated to Moscow, there were weekly exhibitions of paintings. Hordes of the female intelligentzia went to hear lectures on Art, Literature and the Easy Philosophies. It was a particularly active season for Theosophists. And the Salvation Army, admitted to Russia for the first time in history, plastered the walls with announcements of gospel meetings, which amused and astounded Russian audiences…

As in all such times, the petty conventional life of the city went on, ignoring the Revolution as much as possible. The poets made verses–but not about the Revolution. The realistic painters painted scenes from mediO ;val Russian history–anything but the Revolution. Young ladies from the provinces came up to the capital to learn French and cultivate their voices, and the gay young beautiful officers wore their gold-trimmed crimson bashliki and their elaborate Caucasian swords around the hotel lobbies. The ladies of the minor bureaucratic set took tea with each other in the afternoon, carrying each her little gold or silver or jewelled sugar-box, and half a loaf of bread in her muff, and wished that the Tsar were back, or that the Germans would come, or anything that would solve the servant problem–. The daughter of a friend of mine came home one afternoon in hysterics because the woman street-car conductor had called her “Comrade !”

All around them great Russia was in travail, bearing a new world. The servants one used to treat like animals and pay next to nothing, were getting independent. A pair of shoes cost more than a hundred rubles, and as wages averaged about thirty-five rubles a month the servants refused to stand in queue and wear out their shoes. But more than that. In the new Russia every man and woman could vote ; there were working-class newspapers, saying new and startling things ; there were the Soviets ; and there were the Unions. The izvoshtchiki (cab-drivers) had a Union ; they were also represented in the Petrograd Soviet. The waiters and hotel servants were organised, and refused tips. On the walls of restaurants they put up signs which read, “No tips taken here–” or, “Just because a man has to make his living waiting on table is no reason to insult him by offering him a tip !”

At the Front the soldiers fought out their fight with the officers, and learned self-government through their committees. In the factories those unique Russian organisations, the Factory-Shop Committees[4] gained experience and strength and a realisation of their historical mission by combat with the old order. All Russia was learning to read, and reading–politics, economics, history–because the people wanted to know–. In every city, in most towns, along the Front, each political faction had its newspaper–sometimes several. Hundreds of thousands of pamphlets were distributed by thousands of organisations, and poured into the armies, the villages, the factories, the streets. The thirst for education, so long thwarted, burst with the Revolution into a frenzy of expression. From Smolny Institute alone, the first six months, went out every day tons, car-loads, train-loads of literature, saturating the land. Russia absorbed reading matter like hot sand drinks water, insatiable. And it was not fables, falsified history, diluted religion, and the cheap fiction that corrupts–but social and economic theories, philosophy, the works of Tolstoy, Gogol, and Gorky…

Then the Talk, beside which Carlyle’s “flood of French speech” was a mere trickle. Lectures, debates, speeches–in theatres, circuses, school-houses, clubs, Soviet meeting-rooms, Union headquarters, barracks–. Meetings in the trenches at the Front, in village squares, factories–. What a marvellous sight to see Putilovsky Zavod (the Putilov factory) pour out its forty thousand to listen to Social Democrats, Socialist Revolutionaries, Anarchists, anybody, whatever they had to say, as long as they would talk ! For months in Petrograd, and all over Russia, every street-corner was a public tribune. In railway trains, street-cars, always the spurting up of impromptu debate, everywhere…

And the All-Russian Conferences and Congresses, drawing together the men of two continents–conventions of Soviets, of Cooperatives, Zemstvos, nationalities, priests, peasants, political parties ; the Democratic Conference, the Moscow Conference, the Council of the Russian Republic. There were always three or four conventions going on in Petrograd. At every meeting, attempts to limit the time of speakers voted down, and every man free to express the thought that was in him…

We came down to the front of the Twelfth Army, back of Riga, where gaunt and bootless men sickened in the mud of desperate trenches ; and when they saw us they started up, with their pinched faces and the flesh showing blue through their torn clothing, demanding eagerly, “Did you bring anything to read ?”

What though the outward and visible signs of change were many, what though the statue of Catharine the Great before the Alexandrinsky Theatre bore a little red flag in its hand, and others–somewhat faded–floated from all public buildings ; and the Imperial monograms and eagles were either torn down or covered up ; and in place of the fierce gorodovoye (city police) a mild-mannered and unarmed citizen militia patrolled the streets–still, there were many quaint anachronisms.

For example, Peter the Great’s Tabel o Rangov–Table of Ranks–which he rivetted upon Russia with an iron hand, still held sway. Almost everybody from the school-boy up wore his prescribed uniform, with the insignia of the Emperor on button and shoulder-strap. Along about five o’clock in the afternoon the streets were full of subdued old gentlemen in uniform, with portfolios, going home from work in the huge, barrack-like Ministries or Government institutions, calculating perhaps how great a mortality among their superiors would advance them to the coveted tchin (rank) of Collegiate Assessor, or Privy Councillor, with the prospect of retirement on a comfortable pension, and possibly the Cross of St. Anne

There is the story of Senator Sokolov, who in full tide of Revolution came to a meeting of the Senate one day in civilian clothes, and was not admitted because he did not wear the prescribed livery of the Tsar’s service !

It was against this background of a whole nation in ferment and disintegration that the pageant of the Rising of the Russian Masses unrolled…

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