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Palestine - Voici le massacre de Jénine raconté heure par heure

lundi 2 novembre 2009, par anonyme (Date de rédaction antérieure : 2 novembre 2009).

AFPS - Toulouse / Jenine afpsAssociation
France Palestine Solidarité - Toulouse
Jénine

Textes sur l'invasion israélienne du camp de Jénine reçus entre le 6 et le 19 avril 2002, et traduits en français.



Samedi 6 avril 2002

Mofaz en charge de détruire le camp de réfugiés de Jénine. Le général en chef va mener l'opération de destruction.

Site web de Al Jazeera, Samedi 6 avril 2002 (retraduit de l'anglais)


Un correspondant de Al Jazeera en Palestine a rapporté que le chef d'Etat Major israélien, le général Shaul Mofaz, dirige personnellement l'opération pour détruire le camp de Jénine après deux jours de tentatives sans succès pour envahir le camp. Il ajoute que le commandant de la brigade chargé de l'opération a été relevé de son commandement et que Mofaz est personnellement en charge de l'opération pour détruire le camp sur la tête de ses habitants. Les résidents du camp que al-Jazeera a pu contacter disent que le chef d'Etat Major, qui dirige l'opération depuis un hélicoptère en vol, a donné des ordres pour intensifier le bombardement par hélicoptères, tanks et artillerie lourde sur les maisons et les positions où se sont abrités les résistants, et sur tout ce qui bouge dans le camp. Les résidents ajoutent que les corps sont répandus au long des rues et qu'on ne peut pas les compter à cause de l'intensité des tirs. Entre temps ce matin six corps ont été trouvés, dont trois de membres de la Force de Sécurité Palestinienne. (..)

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]

Lundi 8 avril 2002

L'armée israélienne commet un massacre dans le camp de réfugiés de Jénine.

8 avril 2002


Les forces israéliennes, comprenant plus de 150 tanks, des véhicules blindés de transport de troupes et de l'artillerie, et couvertes par des F-16, continuent d'attaquer le camp de réfugiés de Jénine, où vivent 15.000 réfugiés palestiniens sur une surface d'un kilomètre carré. Depuis le 3 avril, les forces israéliennes ont bombardé le camp de réfugiés, avec différentes armes lourdes, notamment des missiles, de l'artillerie et d'autres munitions lourdes. Les réseaux d'eau et d'électricité ont été détruits. Les ravitaillements alimentaires et médicaux ont été empêchés d'entrer dans le camp de réfugiés. Des dizaines de résidents ont été tués et blessés. De nombreux corps ont été abandonnés dans les ruines de refuges démolis et dans les rues et allées du camp. Selon les informations recueillies par LAW auprès de plusieurs sources médicales officielles et de témoins oculaires à Jénine et dans le camp de réfugiés, le nombre de victimes, y compris des femmes, des enfants et des personnes âgées, ne cesse de grandir et atteint un niveau effrayant. Des dizaines de civils sont victimes chaque heure.

Les ambulances et le personnel médical ne sont pas autorisés à accéder au camp de réfugiés et sont empêchés d'évacuer les morts et les blessés. Toutes les sources confirment que durant ces quatre derniers jours aucun cadavre ni blessé n'a atteint les hôpitaux et les centres médicaux de Jénine-ville. Les infirmiers sont incapables de prodiguer des soins médicaux, car l'IDF les en empêche par la force. Depuis dimanche (7 avril 2002) à 20h jusqu'à maintenant, des dizaines de tanks israéliens et sept hélicoptères israéliens d'attaque ont continué de bombarder le camp de réfugiés avec de l'artillerie lourde et des missiles. Ces 16 dernières heures, plus de deux cents missiles et tirs d'artillerie ont été jetés sur le camp de réfugiés, tuant au moins 50 habitants. Plus de100 habitants ont été tués dans les trois derniers jours. Nos sources sont insuffisantes pour déterminer le nombre exact de morts, de blessés et de disparus.

Des corps sont abandonnés dans les rues et des dizaines de blessés restent à saigner sans aucune aide médicale. Les appels reçus par LAW confirment qu'hier et aujourd'hui l'odeur des cadavres se répand dans le camp de réfugiés. À chaque minute, un blessé meurt faute de soins médicaux. Nos sources nous confirment que ces dernières 24 heures le camp de réfugiés a épuisé ses ressources en produits de base, y compris l'eau, la nourriture et les produits médicaux. Selon nos sources dans le camp de réfugiés, les gens ont été contraints de boire des eaux usées, malgré les appels à ne pas le faire. Indépendamment de manque de nourriture et d'eau, nos sources (y compris l'hôpital de Jénine) confirment une crise de la santé publique dans le camp. Le directeur de l'hôpital affirme que la capacité de l'hôpital de Jénine est paralysée par la destruction de plusieurs de ses services et par la continuation des bombardements israéliens. Selon LAW, depuis ce matin, des dizaines de bulldozers israéliens détruisent au hasard des logements de réfugiés, pour faire la place aux tanks et aux véhicules blindés de transport de troupes qui doivent atteindre le camp. Le tout accompagné de bombardement par air et au sol.

Omar Steiti, qui travaille à l'hôpital de Jénine et a été témoin de la situation dans le camp de réfugiés, affirme qu'un massacre ou un génocide est en cours en ce moment dans le camp ". LAW condamne ces tueries de masse et ces attaques contre des civils, qui constituent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, en violation flagrante de la Quatrième Convention de Genève, et peut-être de la Convention sur le Génocide (1948). LAW appelle à une intervention immédiate pour mettre un terme à ces crimes de guerre.

LAW - Association Palestinienne pour la Protection des Droits de l'Homme et pour l'Environnement est une organisation non - gouvernementale affiliée à l'International Commission of Jurists (ICJ), à la Fédération Internationale des Ligues de Droits de l'Homme (FIDH) et à l'Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT).

LAW - PO Box 20873, Jérusalem
tel. +972-2-5833530, fax. +972-2-5833317
email : law@lawsociety.org
web : http://www.lawsociety.org/

[Traduit de l'anglais : JPB, AFPS-Toulouse]




Mardi 9 Avril 2002

Pérès qualifie de "massacre" l'opération de "Tsahal" à Jénine par Aluf Benn & Amos Harel

in Ha'Aretz (quotidien israélien) du mardi 9 avril 2002


Le ministre des Affaires Etrangères (Israélien) Shimon Pérès est très préoccupé par les réactions internationales qui ne manqueront pas d'être extrêmement vives dès lors que le monde aura pris connaissance des détails de la bataille acharnée récente dans le camp de réfugiés (palestiniens) de Jénine, bataille (non encore achevée) durant laquelle plus de cent Palestiniens ont d'ores et déjà été tués dans des combats avec les soldats des Forces Israéliennes de Défense ("Tsahal"). En privé, Pérès qualifie cette bataille de "massacre".

Des officiers de "Tsahal" ont eux aussi fait état de leurs plus grandes réserves, hier lundi, au sujet des opérations en cours à Jénine. "En raison du danger", ont-ils dit, "il n'y a pratiquement aucun soldat qui progresse à pied. Les bulldozers sont en train de "raser" les maisons, causant des destructions inimaginables. Quand le monde découvrira le spectacle de ce que nous aurons fait là-bas, cela nous portera un tort écrasant."

"Quel que soit le nombre d'hommes recherchés que nous tuions dans (ce) camp de réfugiés, quelle que soit l'étendue de l'infrastructure "terroriste" que nous découvrions et que nous mettions hors d'état de nuire dans ce camp, des destructions d'une telle ampleur n'ont absolument aucune justification."

Pérès, qui se sent de plus en plus isolé au sein du gouvernement (israélien actuel) – Sharon a ajouté trois ministres "ligne dure" à son cabinet, hier lundi – pense qu'à ce stade Arafat est toujours irremplaçable.

Il ne considère absolument pas les documents exhibés hier à la Knesset par Sharon comme un "revolver au canon fûmant" qui prouverait qu'Arafat aurait été directement impliqué dans les activés terroristes. Pour lui, l'isolement d'Arafat par Israël n'a fait que rehausser le prestige du dirigeant palestinien, faisant de lui l'acteur-clé (du conflit).

Toutefois, en dépit de cette posture extrêmement critique, et de sa conviction que le parti Travailliste ne saurait rester plus avant au gouvernement, Pérès veut encore choisir le moment opportun pour en partir. Il dit à ses plus proches conseillers que ce n'est qu'après la fin des combats et après la visite du Secrétaire d'Etat américain Colin Powell, que la décision sera prise. Dût Powell présenter un plan de règlement politique, le parti Travailliste serait enclin à se battre pour le faire aboutir, au sein du gouvernement (actuel).

[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, AMFP/AFPS-Marseille]




Les forces israéliennes continuent de commettre des crimes de guerre à Jénine et Naplouse.

9 avril 2002.

(..)

A Jénine, nos sources ont dit à LAW que des douzaines de blindés israéliens, d' APC et de bulldozers soutenus par sept jélicoptères d'attaque Apache, continuent de bombarder le camp de réfugiés. Les bullzozers ont détruit des dizaines d'abris et de maisons. Les forces israéliennes ont tiré plus de 250 missiles et obus dans les dernières 24 heures. Les sources médicales craignent qu'au moins 150 résidents aient été tués et les corps restent étendus dans les rues, les passages et les maisons. Des sources ont dit à LAW que les réfugiés souffrent du manque de nourriture, de médecine et d'eau. Le camp n'a plus aucune denrée de base. Les sources médicales y craignent une épidémie. Contrairement aux allégations israéliennes disant que les ambulances ont été autorisées d'accès, le personnel médical a dit aujourd'hui que deux ambulances essayant d'évacuer des blessés ont été renversées et détruites par les chars israéliens. (.)

source: LAW. [Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]



Mercredi 10 avril 2002

Israël creuse des charniers ö la dissimulation de crimes de guerre.

Date: mercredi 10 avril 2002. De : " Lawsociety "law@lawsociety.org

10 avril 2002.


Ce matin 10 avril, LAW est parvenu à obtenir l'information suivante du camp de réfugiés de Jénine. Les résidents du camp de réfugiés rapportent qu'on les a d'abord fait sortir du camp. Les témoins oculaires ont déclaré que les forces israéliennes sont en train de creuser de grandes fosses dans le camp de Jénine et aux alentours. Ils ont dit leur crainte que celles-ci soient des fosses communes où les tués (dont le nombre est à confirmer) du camp de réfugiés seront enterrés. Les témoins oculaires ont vu les forces israéliennes y mettre des corps. Le lieu est situé au milieu du camp, aussi nommé Haret al-Hawarish. LAW a cherché l'assistance les agences humanitaires internationales pour entrer dans la zone et enquêter sur les activités en cours des forces israéliennes, et photographier la manière dont les morts ont été tués, mais nous avons été prévenus que l'entrée dans le camp est trop dangereuse à présent.

LAW croit que ces actions en cours suggèrent une intention de cacher les preuves de crimes de guerre israéliens dans le camp de réfugiés de Jénine. Elles font suite aux déclarations du ministre des affaires étrangères Israélien Shimon Peres dans Ha'aretz du 9 avril 2002, qu'un " massacre " a été commis dans les camps et de déclarations faites par des officiers de l'IDF que " les soldats n'avancent pratiquement pas à pied. Tout simplement les bulldozers Îrasent " les maisons et causent des destructions terribles. Quand le monde verra les images de ce que nous avons fait ici, cela nous fera un tort immense ". " Quel que soit le nombre d'hommes recherchés tués dans le camp de réfugiés, et l'étendue de l'infrastructure terroriste que nous exposons et détruisons ici, il n'y encore aucune justification à une aussi grande destruction. "

Peter Hansen, directeur de l'UNRWA, a aussi confirmé le 7 avril 2002 que " Nous obtenons des rapports de pure horreur ö que des hélicoptères déchiquettent les zones résidentielles, que les tirs systématiques des tanks ont fait des centaines de blessés, que les bulldozers rasent les maisons des réfugiés et que bientôt il n'y aura ni nourriture ni médecines. " Ces déclarations confirment les rapports reçus du camp de Jénine plus tôt cette semaine, rapportés par LAW dans ses communiqués de presse des 8 et 9 avril et dans son résumé hebdomadaire.

L'avocat de LAW Hanan Khatib a délivré une pré-pétition auprès des bureaux du Ministre de la Justice israélien pour stopper ces enterrements en fosses communes et pour permettre l'accès de l'équipe de légistes de LAW afin d'enquêter sur les circonstances des morts. Hier soir, LAW a reçu des informations directes de Jénine et de Naplouse sur une escalade de l'assaut militaire, incluant, dans le camp de réfugiés de Jénine, le bombardement par des hélicoptères d'attaque Apache, le bombardement de la vieille ville de Naplouse et du camp de Balata par des avions F15 et F16, et d'autres déploiements de tanks israéliens.

LAW réaffirme que ces assauts militaires ciblant des civils à travers les Territoires Palestiniens Occupés, en particulier à Jénine et Naplouse, représentent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. LAW condamne tout autant les efforts pour empêcher l'accès des observateurs des droits de l'homme, des journalistes et des agences humanitaires à ces lieux de meurtres en masse pour enquêter et recueillir les preuves de ces crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

LAW renouvelle instamment son appel aux états membres pour mettre en oeuvre des mesures effectives, y compris des sanctions économiques, pour presser Israël d'accepter une présence internationale de protection, de mettre fin à ses violations flagrantes, à ses crimes de guerre et crimes contre l'humanité, et pour se consacrer de bonne foi à des négociations de paix finales.

LAW approuve les récentes mesures par des Etats pour imposer un embargo sur les armes, y compris par le gouvernement allemand, mais pense que des mesures plus fortes, en particulier des sanctions économiques et le déploiement immédiat d'une force internationale de protection, sont vitales pour la protection des civils.

LAW appelle encore les Etats membres, a l'inclusion des Hautes Parties Contractantes de la 4eme convention de Genève, à accomplir les obligations de l'article 146 en recherchant, enquêtant et amenant à leur procès les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, sous une juridiction universelle et par un Tribunal des Crimes de Guerre, et appelle les Etats membres à mettre fin à tout acte qui aide ou incite à la perpétration de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, y compris en mettant fin à la fourniture des armes utilisées pour commettre de tels crimes.

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]




MISE A JOUR : Exécutions extra-judiciaires dans le camp de Jénine ; des corps vus dans les décombres.

Date : Mercredi 10 avril 2002. De : "Lawsociety" <law@lawsociety.org>

10 avril 2002


Les relations de témoins du camp de réfugiés de Jénine à LAW indiquent que parmi les combattants palestiniens résistant à l'assaut militaire israélien sur le camp de réfugiés, certains pensèrent se rendre aux forces israéliennes et furent sommairement exécutés. Il a été difficile de confirmer le nombre exact des exécutés, en raison du fait que les forces israéliennes empêchent tout résident et tout observateur indépendant d'entrer dans ou de revenir du camp. Cependant, LAW a reçu les noms de deux de ces combattants, qui ont été apparemment exécutés après leur reddition : Ala' Sabagh et Mahmoud al-Hilou. Les témoignages indiquent que d'autres combattants restant dans le camp, ayant stoppé toute résistance et cherchant à se rendre, ont été exécutés sommairement. Les témoins rapportent qu'au moment de quitter le camp ils ont vu des corps de résidents apparemment écrasés par les bulldozers militaires et des corps dans les décombres des maisons ou des cabanes détruites. Ils ont dit leur peur de ne pas savoir si tous les corps dans les décombres étaient de morts ou de blessés.

LAW comprend que la majorité des habitants du camp, après avoir été expulsés par les forces israéliennes plus tôt aujourd'hui, n'ont pas encore le droit d'y retourner. Ces réfugiés sont maintenant éparpillés tout autour du camp de réfugiés. Plusieurs sources venant du camp de réfugiés estiment qu'au moins 30% de la surface totale du camp, en comprenant tous les types de construction, sont entièrement détruits. LAW appelle au déploiement immédiat d'une force de protection internationale pour protéger les civils dans les Territoires Palestiniens Occupés, et pour qu'une délégation internationale d'investigation soit envoyée immédiatement pour enquêter sur les preuves apparentes de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité perpétrés par les forces israéliennes, en particulier au camp de réfugiés de Jénine.

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]




Mercredi 10 avril 2002, Palestine Monitor Alquds < palmon@upmrc.org>

The Palestine Monitor, A PNGO Information Clearinghouse

Mise à jour, 10 Avril 2002.


Le gouverneur désigné de Jénine, Haider Rashid, a décrit ce matin comment les soldats israéliens dans le camp des Nations Unies de Jénine passent les maisons au bulldozer : " d'abord j'ai pensé qu'ils faisaient ça pour élargir les rues pour le passage des tanks ö maintenant je crois que l'armée fait ça pour masquer ses crimes. Quand les soldats quitteront Jénine finalement, la presse, les caméramen et les diplomates viendront voir les horribles choses que les soldats ont fait ö mais cette atrocité sera littéralement enfouie ". La situation à la fois à Jénine-ville et au camp de réfugiés est reste horrifiante, avec les blindés et les hélicoptères attaquant et bombardant la zone, le couvre feu permanent, la capture des Palestiniens, et ni eau ni électricité. On estime que 200 palestiniens ont été tués dans le massacre de Jénine, ceci ne peut pas être confirmé parce que personne ne peut y accéder pour collecter les morts et les blessés.

D'après M. Rashid, au moins 3000 personnes, surtout des femmes et des enfants, ont quitté le camp (habité par 15000 personnes). Im Alaa As-Sady, une de celles qui ont échappé au carnage dans le camp, a décrit comment elle " n'avait pas le choix sinon de partir avec mes enfants. Il n'y avait pas d'eau, nos n'avions plus de pain depuis plusieurs jours. Les maisons sont constamment bombardées ö et si on sort, ou si on va près des fenêtres ou sur le toit, des tireurs cachés peuvent vous tirer dessus. Nous avons quitté la ville et maintenant on est dans une maison avec 40 autres personnes Je ne sais pas comment on va faire , on est tous là et il n'y a déjà plus rien à manger. On ne peut pas sortir en acheter parce que le couvre-feu n'est pas levé ici, c'est une zone près du camp. Je ne sais pas où sont mes autres filles et mon mari ". Dans presque tous ces cas, c'est la troisième fois qu'Israël a chassé ces gens de leurs maisons, les crimes contre les deux premières générations se répètent sur la troisième. ()

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]



Mercredi 10 Avril 2002 Gush Shalom adam@gush-shalom.org

Message retransmis de :

"Ta'ayush Arab-Jewish" arab_jewish@hotmail.com


Que se passe t'il dans le camp de réfugiés de Jénine ? On ne sait pas avec certitude. Les militaires ne laissent pas la presse entrer dans le camp. Pourtant les témoignages qui viennent peignent un tableau effrayant. Des centaines de tués, leurs corps entassés dans les maisons et les rues par manque de possibilité de les transporter aux cimetières, les blessés agonisant dans les rues, l'accès aux soins interdit ; le camp a été bombardé par voie aérienne ; les maisons sont démolies avec leurs habitants encore dedans. Des centaines de familles ont été jetées hors du camp avec rien d'autre que leurs vêtements sur elles. D'autres restent, qui voient sans pouvoir rien faire la démolition de leurs maisons et la destruction de leurs biens.

La Cour Suprème a récemment rejeté plusieurs pétitions contre les démolitions de maisons et d'autres exactions de l'armée à Jénine, mais nous ne resterons pas silencieux face à ces atrocités ! Toute et chaque personne parmi nous avec une conscience a l'obligation de rappeler au gouvernement israélien et à nos concitoyens les limites imposées par la morale des hommes. Ce samedi 13 avril à 11 heures, nous ferons une marche de protestation du carrefour de Megido au checkpoint de Salem sur la route de Jénine. Les camions qui nous accompagneront contiendront des provisions d'urgence pour les sans abris et les expulsés de Jénine.

L'eau manque dans le camp, et amener des camions citernes s'est avéré inapproprié dans les circonstances actuelles. SVP amenez avec vous des bouteilles d' 1 litre d'eau (du robinet c'est parfait) de préférence dans des boites en carton. Ils seront chargés sur un camion et délivrés dans le camp de Jénine. Aussi demandés : des vêtements (bon état seulement : n'insultons pas leurs destinataires en agissant honteusement), des couvertures et des ustensiles de cuisine. Venez crier votre indignation, et amenez un ami avec vous. Notre protestation doit s'entendre fort et clair ! Souvenez-vous que notre force est dans le nombre. N'oubliez pas vos cartes d'identité, amenez vos caméras vidéo et appareils photos si vous en avez. Le transport sera bientôt disponible.

Nos partenaires dans cette action sont: Banki, Gush Shalom, the Committee against House Demolitions, The Campus Is Not Silent, The Supreme Followup Committee, The Druse Action Committee, Hadash, Mossawa, Forum Smol, New Profile, The Women's Coalition for Peace, Kol Aher BaGalil. Si vous n'êtes pas disponible samedi, vous pouvez contribuer à l'effort en donnant de l'argent pour l'achat du matériel et pour couvrir les dépenses. Les donations (.).

Visitez note site à http://taayush.tripod.com/

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]





Jeudi 11 avril 2002


B'Tselem médiateur entre l'armée et 29 palestiniens du camp de réfugiés demandant à se rendre.

Communiqué de presse. 11 avril 2002.


Vers 23 heures la nuit dernière, les représentants de 29 palestiniens piégés dans le camp de Jénine ont contacté B'Tselem. Le groupe a demandé la médiation de B'Tselem pour s'assurer qu'il se leur serait pas fait de mal s'ils se rendaient à l'IDF (forces armées israéliennes). Le groupe comprenait trois blessés dont un jeune de 13 ans. B'Tselem a conduit des efforts de médiation prolongés entre l'IDF et les Palestiniens. A 6h30 ce matin, le groupe de 29 palestiniens a commencé à quitter son b'timent et à se rendre aux forces de l'IDF sur place.

Pour des détails: Lior Yavne, 050-387-230 / Beeper (03-610-6666) number 31146. B'Tselem: Le Centre Israélien d'Information pour les Droits de l'Homme dans les Territoires Occupés, est le principal groupe israélien surveillant, documentant et demandant l'amélioration du respect des droits de l'homme en Cisjordanie et à Gaza. Fondé en 1989, B'Tselem publie des rapports, s'engage légalement et sert de centre de documentation. ().

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]



L'armée israélienne s'apprête à enterrer les morts du camp de réfugiés palestiniens de Jénine dans une fosse commune provisoire

par Amos Harel & Amira Hass in Ha'Aretz (quotidien israélien) du jeudi 11 avril 2002

Les Forces Israéliennes "de Défense" ont décidé d'enterrer les morts palestiniens, tués au cours de l'opération contre le camp de réfugiés de Jénine, dans une fosse commune provisoire. Des estimations avancent que quelque 200 Palestiniens auraient été tués au cours du ratissage de ce camp par Israël, bien qu'il soit impossible de savoir, pour l'heure, combien de cadavres ont déjà été enlevés. Un porte-parole de l'armée israélienne a indiqué que la raison qui a présidé à cette décision est double. Il s'agirait tout d'abord d'empêcher les Palestiniens d'utiliser les corps à des fins de propagande. Deuxième raison : certains des cadavres sont encore étendus dans les venelles et les ruelles du camp, et il faut (n'est-ce pas... ndt) éviter la propagation de possibles épidémies. Au cours des derniers jours, des ONG étrangères travaillant en Israël ont reçu des informations selon lesquelles l'armée israélienne utilise des bulldozers pour évacuer les corps des rues. Pour la première fois, mercredi, la télévision a diffusé des vues montrant la destruction du camp de réfugiés de Jénine, mais sans qu'un seul cadavre ne soit montré. Un porte-parole de l'armée israélienne a déclaré mercredi que l'évacuation des cadavres n'avait pas encore commencé.



Mission accomplie Le responsable des opérations de l'armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine, le brigadier-général Eyal Shlein (retenez le nom de ce candidat à La Haye, ndt) a tenu un briefing, mercredi, pour les journalistes, au cours duquel il a indiqué qu'Israël avait rempli ses objectifs en pénétrant dans ce camp. Shlein a déclaré aux correspondants de guerre : "l'IDF a entièrement rempli son contrat - la destruction de l'infrastructure terroriste dans le camp et la capture de centaines de suspects figurant sur notre liste de terroristes recherchés, parmi lesquels des terroristes de première bourre.". Shlein a souligné que les opérations israéliennes à Jénine et ailleurs se poursuivaient. "Durant nos opérations dans le camp de réfugiés de Jénine", a expliqué Shlein, "la plupart des terroristes figurant sur notre liste d'appel se sont soit rendus, soit ont été capturés ou tués. DE plus, nous avons découvert d'énormes quantités d'armes, de munitions, d'explosifs et de bombes, tant passées en contrebande que fabriqués artisanalement. L'armée israélienne a découvert des dizaines de laboratoires permettant de fabriquer des explosifs, et elle a découvert que des enfants ont été utilisés pour confectionner les engins (explosif)", a-t-il ajouté. "Nous avons arrêté plusieurs kamikazes en puissance (!), qui avaient d'ores et déjà enregistré leurs messages d'adieu-vidéo, qui auraient dû être diffusés après leur mort, et nous avons éliminé plusieurs personnes responsables d'avoir apporté une aide logistique aux kamikazes", a déclaré le commandant. Shein a ajouté : "nous allons continuer à ratisser le camp afin de neutraliser toutes les mines abandonnées. Des dizaines, voire des centaines, d'engins explosifs ont été abandonné sur le terrain, et de nombreuses maisons sont piégées." Shein a déclaré également que des terroristes "utilisaient des habitants du camp - parfois pris en otages - qui ne voulaient pas participer aux combats, et ont utilisé aussi leurs maisons comme bunkers piégés."


Un "dangereux" activiste islamiste se rend Un membre dirigeant du mouvement islamiste Jihad, Sheikh Ali Sfouri, s'est livré mercredi matin à l'armée israélienne, dans le camp de Jénine, thé'tre de l'une des plus féroces batailles de toute l'"Opération Bouclier Défensif", lancée il y a désormais presque deux semaines par Israël avec l'objectif proclamé d'éradiquer l'infrastructure terroriste dans les territoires. Selon les responsables de l'armée israélienne, Sfouri était engagé dans la préparation de nombreux attentats contre des Israéliens. Les Palestiniens, toutefois, ont fait savoir que cet homme avait été tué par l'armée israélienne, dans le camp. L'armée israélienne a reçu des rapports contradictoires relatifs au sort de Sfouri et de Mohammed Twalba, autre dirigeant actif du Jihad islamique à Jénine. Certaines sources palestiniennes ont fait état de la mort d'au moins un des deux hommes. Des militants de son organisation ont même prononcé le martyrologe de Twalba. Twalba est l'un des hommes les plus recherchés de toute la Cisjordanie, il est présumé responsable d'avoir envoyé au minimum dix kamikazes en mission contre des cibles israéliennes. Parmi les attaques terroristes dont il serait responsable figurent les deux attentats-suicides de Wadi Ara, qui ont causé la mort de dix Israéliens. De sources palestiniennes, on apprend que le dernier groupe d'hommes armés, dans le camp de réfugiés de Jénine, s'est rendu aux forces israéliennes de "défense", mercredi. Ce groupe, comportant deux dirigeants de milices locales, ont déposé les armes à l'aube et sont sortis des deux b'timents où ils s'étaient repliés, a indiqué un combattant relevant du mouvement Fatah, du dirigeant palestinien Yasser Arafat. Plus de 1 000 Palestiniens se sont rendus mercredi à l'armée israélienne, dans le camp de Jénine. L'armée israélienne a mené à bien son assaut contre les dernières poches de résistances dans ce camp, mais des commandants du champ de bataille pensent que beaucoup de Palestiniens recherchés ont trouvé des cachettes de fortune et son encore susceptible d'attaquer les soldats présents sur place.

[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, AMFP/AFPS, Marseille]



11 Avril 2002

Aujourd'hui, des soldats israéliens ont attaqué un groupe de journalistes locaux et étrangers près du camp de Jénine. Il furent forcés de se déshabiller, leurs cartes de presse et les films furent confisqués, et les soldats israéliens les empêchèrent de couvrir les événements.

Le groupe, qui inclut Ata Awisat (Gamma), Rowhi al-Rasem (APTM), Amar Awad (Reuters) et Jérôme Delay (AP) a été insulté et il lui a été dit que la zone était déclarée "zone militaire fermée"

Le mise en place de "zones militaires fermées" a été une politique militaire israélienne depuis le début de l'occupation en 1967.

Awad Awad, président du Comité Palestinien de Photojournalisme, a déclaré à LAW que les soldats israéliens disent que Danny Seamen, chef du Bureau de Presse du gouvernement d'Israël, a interdit aux journalistes de travailler à Jénine.

LAW croit qu'il est impératif que les agences humanitaires, les journalistes, les observateurs indépendants soient présents à Jénine pour enregistrer ce que les militaires israéliens semblent cacher. Le gouvernement israélien semble éviter d'avoir à rendre compte de ses abus en offrant des justifications peu convaincantes pour sa conduite, non corroborées par les enquêtes indépendantes. Ceci est d'autant plus nécessaire que des officiers israéliens ont dit "Quand le monde verra les images de ce que nous avons fait, ça nous causera un tort immense" (Ha'aretz, 9 avril 2002).

Hier 10 avril, à Naplouse, des soldats israéliens ont détenu pendant 1 h 30 Nasser Ishtayeh (AP photo) et Jafer Ishtayeh (AFP) près du croisement aux villages de Salem, Azmoud et Deir al-Hatab. Ils ont été forcés de se déshabiller à moitié sous la menace des armes. Les journalistes ont refusé de donner leur gilet pare-balles et leurs films. Finalement ils n'ont pas pu entrer dans Naplouse et ont été forcés de repartir.

Le Bureau de Presse du gouvernement israélien a annoncé qu'"aucun citoyen étranger (incluant les membres des médias) n'est autorisé dans la zone fermée" et que "quiconque trouvé là sera par conséquent expulsé. Les journalistes sont avisés que leur présence dans la zone fermée est à leur propre risque."

LAW condamne les dernières attaques israéliennes contre la presse dans les Territoires Occupés. LAW demande instamment à la communauté internationale d'assurer que les médias locaux et étrangers peuvent travailler librement

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]



Après avoir épuisé leurs munitions, les derniers combattants palestiniens de Jénine se rendent aux forces israéliennes.

Jeudi 11/04/2002


Après une semaine de combat, une quarantaine de combattants palestiniens du camp de réfugiés de Jénine a déposé les armes après avoir épuisé leurs munitions.

Le groupe comprenant deux dirigeants locaux de la résistance palestinienne a déposé les armes à l'aube et est sorti de deux b'timents, a déclaré un militant du Fatah de Yasser Arafat.

Le camp de Jénine a été le thé'tre des affrontements les plus sanglants en deux semaines d'attaques israéliennes contre la Cisjordanie. Des centaines de résistants palestiniens ont livré un combat héroïque pour défendre le camp.

Mardi, 13 soldats de l'armée d'occupation israélienne ont été tués dans une double embuscade. Il s'agit des plus lourdes pertes infligées à l'occupant depuis 1983.

Les combats avaient perdu en intensité mercredi après que les derniers combattants eurent dit qu'ils étaient à court de munitions. Plusieurs centaines d'habitants du camp de réfugiés dont des hommes armés et des civils s'étaient rendus mercredi.

Jeudi, les 36 résistants restants sont sortis de deux immeubles du camp, a déclaré un militant du Fatah qui n'a donné que son nom de guerre, Abou Sami.

Parmi les militants qui se sont rendus figurent deux chefs locaux de la résistance -Ali Safouri du Djihad islamique et Djamal Huweïl, le chef régional des Brigades des Martyrs d'al-Aqsa proches du Fatah, a dit Abou Sami.

Selon des témoignages concordants, l'armée israélienne avait exécuté plusieurs militants palestiniens et détruits plusieurs habitations sur leurs habitants qui refusaient d'évacuer le camp.

D'après les déclarations de plusieurs responsables, c'est un réel massacre que l'armée israélienne a commis dans ce camp. Les soldats israéliens transféraient des corps vers des destinations inconnues et creusaient d'énormes tranchés pour enterrer les cadavres avant d'aplatir les habitations par-dessus pour effacer les traces du carnage et ramener la situation à des témoignages difficiles à vérifier!


Vendredi 12 avril 2002


Des centaines de Palestiniens tués dans le camp de Jénine !

Vendredi 12/04/2002


JERUSALEM (AFP) - Plusieurs centaines de Palestiniens ont apparemment été tués par l'armée israélienne lors des combats dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie.

"Il est très vraisemblable que plusieurs centaines de Palestiniens ont été tués dans les combats, mais il ne faut pas croire aux allégations palestiniennes selon lesquelles il s'agit d'un massacre", a déclaré vendredi, à la radio militaire, le porte-parole de l'armée, le général Ron Kitrey, sans donner de chiffre précis. "Il y a eu des combats très acharnés, comme le montre l'étendue des pertes israéliennes", a-t-il indiqué, par ailleurs, dans une interview à la radio publique.

L'armée a affirmé que vingt-trois soldats avaient été tués lors de l'assaut du camp, dont treize mardi dans une embuscade. Jusqu'à maintenant, elle parlait de plus d'une centaine de morts dans le camp, alors que les Palestiniens ont avancé le chiffre de plus de cinq cents des leurs tués dans l'offensive israélienne pour l'ensemble de la Cisjordanie.

Pour sa part, le ministre palestinien de l'Information, Yasser Abed Rabbo, avait indiqué que certaines informations faisaient état d'une centaine de Palestiniens tués dans le camp de Jénine durant la seule journée du 6 avril.

Le général Kitrey a en outre accusé les hôpitaux palestiniens d'avoir refusé d'emmener les corps pour les enterrer. Les Palestiniens affirment que l'armée empêche les ambulances de circuler dans le camp, ce que Tsahal dément.

La ville de Jénine a été occupée à partir du 3 avril, mais l'armée a mis cinq jours avant de pénétrer dans le camp de réfugiés du même nom, où des combats sanglants ont eu lieu.


L'armée israélienne envisage d'enterrer les morts de Jénine.

JERUSALEM (AP) - Israël envisage d'enterrer les militants palestiniens tués dans le camp de réfugiés de Jénine, thé'tre des affrontements les plus meurtriers depuis le début de l'opération "Rempart" destinée à écraser les milices palestiniennes en Cisjordanie, a annoncé un porte-parole de Tsahal, vendredi.

Jeudi, alors que les derniers combattants palestiniens se sont rendus, le porte-parole de l'armée, le colonel Olivier Rafowicz, estimait à une centaine le nombre de Palestiniens tués dans les combats de Jénine.
Vendredi, dans une interview à la radio israélienne, le porte-parole de Tsahal, le général Ron Kitrey, a parlé de "centaines" de morts à Jénine mais Tsahal a très rapidement réagi en appelant les médias pour dire que le général voulait dire des centaines de morts et de blessés.

Cette question de l'enterrement des victimes palestiniennes pourrait constituer un casse-tête supplémentaire pour le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, actuellement dans la région pour tenter d'arracher un cessez-le-feu durable, dans la mesure où les Palestiniens accusent l'armée israélienne de vouloir cacher l'étendue et la nature des morts du camp de Jénine.

Les Palestiniens affirment ainsi que les soldats israéliens ont massacré des gens dans le camp et ont ensuite utilisé un bulldozer pour pousser les corps vers un charnier, ce que nie formellement Israël.

a réitéré ce démenti et nié l'existence d'un charnier. Il a annoncé que la collecte et l'enterrement des corps commenceraient vendredi.

Selon un autre haut responsable de l'armée israélienne qui a requis l'anonymat, les corps devraient être inhumés dans un cimetière spécial de la vallée du Jourdain. C'est dans ce cimetière que sont déjà enterrés dans des tombes anonymes les soldats libanais tués lors des affrontements transfrontaliers.

"Nous avons clairement fait savoir aux Palestiniens que s'ils n'enterrent pas leurs morts, nous serons contraints de les enterrer nous-mêmes pour prévenir toute épidémie et par respect pour les morts", a souligné ce haut gradé Israélien.

Selon le quotidien israélien "Haaretz" de vendredi, deux compagnies d'infanterie et des membres du rabbinat militaire se rendront à Jénine pour collecter les corps. Ceux des morts qui seront identifiés comme étant des civils seront acheminés vers un hôpital de Jénine avant d'être enterrés, précise "Haaretz" citant des sources militaires anonymes.

Le ministre palestinien Saeb Erekat a répété les accusations selon lesquelles les Israéliens chercher à cacher l'assassinat de civils. "Ils veulent cacher leurs crimes, les corps de petits enfants et de femmes", a dit Erekat.

Le ministre palestinien a estimé que Colin Powell devrait se rendre dans le camp de Jénine et témoigner de ce que Erekat a qualifié de "crimes de guerre".

Alors que Jénine était interdite aux journalistes depuis le 29 mars, début de "Rempart", ils ont pu y entrer jeudi pour constater un paysage de dévastation provoqué par les bulldozers de Tsahal qui ont éventré la plupart des maisons du camp.



La seule vérité sur Jénine est la dissimulation.

Par Mouin Rabbani, 12 avril 2002

[Mouin Rabbani est le directeur du Palestinian American Research Center de Ramallah]


Le matin du mercredi 10 avril, des témoignages ont commencé à filtrer du camp de réfugiés de Jénine à l'extrême nord de la Cisjordanie occupée par Israël, selon lesquels les défenseurs palestiniens avaient épuisé leurs munitions et ne pouvaient plus résister à l'offensive israélienne débutée le 2 avril. Alors que ceci semblait mettre une conclusion a la plus furieuse bataille menée sur le sol palestinien depuis 1948, les développements ultérieurs ont indiqué autre chose. A la nuit tombante, un des rares chefs de la résistance du camp survivant a envoyé un dramatique appel en direct au monde via le réseau de télévision de Al-Jareera, dans lequel il déclarait que les militaires israéliens exécutaient sommairement les combattants sans défense pendant leur avancée et refusaient la reddition des survivants. Appelant l'intervention immédiate de la communauté internationale et des organisations des droits de l'homme, il a fini en demandant aux spectateurs de lire la Fatiha (le chapitre d'introduction du Coran) pour les 'mes de ses compagnons et pour la sienne.

L'affirmation de ces atrocités supplémentaires perpétrées par les militaires israéliens à Jénine fut considérée suffisamment crédible pour que le secrétaire général du Hezbollah, Hasan Nasrallah, offre de rel'cher un colonel israélien détenu depuis octobre 2000, si Israël cessait son assaut sur le camp et garantissait la vie sauve à ceux qui y restaient. Des interventions décidées de la principale organisation israélienne B'Tselem, des membres arabes de la Knesset, et d'autres agitant la possibilité de répercussions judiciaires sévères contre le Premier ministre israélien Ariel Sharon, le ministre de la défense Benyamin Ben-Eliezer, le chef d'Etat Major Shaul Mofaz, et les autres directement impliqués dans le planning et l'exécution de l'opération de Jénine semblent avoir sauvé la vie d'un certain nombre des plus menacés, et la reddition contrôlée de plusieurs dizaines de combattants a été rapportée par le comité international de la Croix Rouge la nuit dernière.

Pourtant, au matin du 12, plus de 48 heures après que la bataille du camp de réfugiés de Jénine fût apparemment terminée, le camp reste strictement bouclé aux observateurs par l'effet d'une des zones d'exclusions les plus strictes de l'histoire d'Israël, et le son des mitraillettes se fait toujours entendre. Pratiquement tous les journalistes, les travailleurs humanitaires, les responsables d'agences humanitaires ont conclu que c'est parce qu'Israël a perpétré des atrocités majeures dans le camp et est occupé maintenant à en cacher les preuves.

La ville de Jénine a été une épine dans le pied d'Israël depuis avant même l'établissement de l'Etat juif. Dans les années 30, ses environs ont servi de base au chef religieux radical Izz-al- Din Qassam, de qui l'aile militaire du Mouvement de la Résistance Islamique, le HAMAS, tire son nom et dont la mort au cours d'une escarmouche avec les troupes anglaises a été le prélude de la révolte arabe de 1936-39. Pendant la guerre de 1948, Jénine a été la seule ville palestinienne conquise par les forces israéliennes dont ils furent chassés ultérieurement, en l'occurrence par une force expéditionnaire irakienne. Pendant la première Intifada (1987-1993), le district de Jénine a été la zone la plus active pour des groupes tels que le Front National de Libération de la Palestine (FATAH), les Black Panthers et les Aigles Rouges du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP). Et pendant le soulèvement actuel commencé en septembre 2000, avec le contrôle de plus en plus ténu de l'Autorité Palestinienne sur le nord de la Cisjordanie, des milices telles que les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa liées au FATAH, les brigades Izz-al-Din Al-Qassam du HAMAS, et les brigades Jérusalem du Djihad Islamique ont opéré à Jénine presque librement. Comme on l'a aussi noté, une bonne part des auteurs d'attentats suicide est venue du camp de réfugiés de Jénine. S'il est vrai que la pauvreté endémique du nord de la Cisjordanie peut expliquer ça en partie, c'est surtout en fonction de sa localisation, Jénine est près de la frontière avec Israël, et malgré des mesures sans précédent d'Israël pour la rendre étanche, ses militants n'ont pas eu beaucoup de mal à infiltrer les villes proches comme Netanya et Haïfa.

Localisés dans un espace d'environ 1 km2, les résidents du camp de Jénine sont originaires de la ville de Haïfa et des villages environnants, d'où ils ont été expulsés de force pendant la guerre de 1948. Localisé dans la plus grande des enclaves autonomes de Cisjordanie établies à la suite des accords d'Oslo, le camp a été l'objet de tentatives répétées des Israéliens pour le réoccuper depuis que Sharon est au pouvoir en mars 2001. Dans chaque cas les forces israéliennes ont été repoussées, cependant le camp a été occupé plusieurs jours en mars 2002, lors de l'"Opération Voyage de Couleurs", quand après une résistance initiale, ses défenseurs se sont éclipsés en masse pour garder leurs forces pour plus tard.

Avec la détermination de Sharon d'éliminer les directions palestiniennes, de détruire l'Autorité Palestinienne, de démanteler le mouvement national palestinien représenté par ses différentes tendances, il était évident que l'assaut viendrait tôt ou tard. Et de fait, assuré du soutien total de l'administration Bush, Sharon a saisi l'occasion immédiatement après l'attentat suicide du 27 mars par la HAMAS dans un hôtel de Netanya qui tua 27 Israéliens réunis pour un repas de la P'que.

La férocité de l'"Opération Bouclier Défensif" qui s'est déployée en 24 heures n'a guère été une surprise. Sharon, l'architecte de l'invasion du Liban et du massacre des camps de réfugiés de Sabra-Chatilla, a un bilan d'attaques délibérées et indiscriminées contre des civils qui remonte au moins au milieu des années 50, quand il commandait l'unité 101, notoire pour ses "raids de représailles" contre les villages de Cisjordanie. Les bilans de Pérès (par exemple le bombardement délibéré d'un camp de l'ONU plein de réfugiés libanais et palestiniens à Qana au sud-Liban, qui tua plus de 100 personnes), de Ban-Eliezer et de Mofaz sont tout aussi édifiants. Dans une perspective plus immédiate, l'extraordinaire sauvagerie de l'Opération Voyage de Couleurs en février-mars 2002, qui a laissé quelque 200 palestiniens morts et a comporté des massacres dans les camps de Cisjordanie de Tulkarem et de Jabalya et le village de Khuza'a dans la bande de Gaza, a aussi servi de présage.

De plus, à la veille de l'Opération Bouclier Défensif, un officier militaire israélien de haut rang a été cité par le quotidien israélien Yedioth Ahranot déclarant que compte tenu de l'opération à venir, la campagne nazie pour casser le soulèvement du Ghetto de Varsovie en 1943 méritait une étude approfondie en tant qu'exemple de combat de rue victorieux. Pour le moins, cette interview révélait que le but premier de la campagne serait de casser la volonté de la population palestinienne de poursuivre sa résistance à l'occupation. A l'égard plus spécifiquement des civils de Jénine, un officier de haut rang Israélien, cité par la quotidien Ha'aretz, a déclaré que des mères qui font grandir des auteurs d'attentats suicide ne doivent pas espérer passer au travers des conséquences.

Jusqu'à l'invasion de Jénine, l'Opération Bouclier Défensif a été un clair succès du point de vue israélien. La réoccupation des Ramallah et de Bethleem a écrasé la résistance qui de toute manière était faible et ösurtout à Ramallah ö mal organisée. Les pertes israéliennes furent minimales, l'administration Bush soutenant inconditionnellement, les européens plus subtilement et les pays arabes d'un silence écrasant. Malgré que les diverses milices opérant à Jénine aient décidé de tenir le camp, plus ou moins uni leurs forces et été rejointes par les forces de sécurité de l'Autorité Palestinienne, il n'y a pas d'indication qu'Israël s'attendait à moins qu'une simple promenade dans sa volonté de faire un exemple dans le camp. Ce faisant, Israël ignorait que les défenseurs de Jénine étaient capables d'adapter leurs tactiques sur la base de l' Opération Voyage de Couleurs et de ce qui avait transpiré de l'occupation des autres villes plus tôt dans la semaine. De plus, la politique israélienne de n'accorder aucune merci aux militants palestiniens et au personnel de sécurité des autres villes n'a fait que renforcer leur volonté de résister.

Ceci dit, la disparité entre les forces restait immense, Israël est une puissance nucléaire avec un arsenal massif plein d'armements américains sophistiqués, tandis que les Palestiniens ö qui n'ont ni armée, ni aviation, ni marine, pas même un seul véhicule armé, ont riposté avec des mitraillettes et une petite quantité de bombes et de grenades souvent faites sur place. Un côté a eu des hélicoptères Apache en l'air équipés de roquettes et de mitrailleuses lourdes tirant d'un bout à l'autre de la bataille, l'autre n'avait même pas le plus rudimentaire des armements antiaériens.

Alors que la réoccupation de Jénine-ville s'est faite relativement aisément, les Israéliens furent tout simplement incapables de faire une percée dans le camp. Malgré d'artillerie intensive du sol et par air, et l'emploi de dizaines de tanks, d'APC et de bulldozers blindés, les défenseurs du camp, retranchés dans le fouillis des ruelles étroites, offrirent une résistance féroce. Les rapports disponibles suggèrent qu'ils furent capables de neutraliser des véhicules armés assez régulièrement, et d'infliger sur les forces d'invasion des pertes plus lourdes que ce qu'Israël n'était prêt à admettre.

Les tactiques militaires israéliennes furent au départ similaires à celles employées ailleurs en Cisjordanie. En plus d'utiliser une puissance de feu très supérieure, des tireurs d'élite occupèrent les immeubles tout autour du périmètre du camp, et tirèrent sur tout ce qui bougeait, combattants ou civils, adultes ou enfants. L'eau, l'électricité et le téléphone furent coupés partout. Ni nourriture ni aide médicale ne furent autorisés à entrer. Les ambulances, les services de secours, les organisations humanitaires et les médias furent systématiquement empêchés d'accès.

Les militaires tentèrent d'abord d'utiliser la tactique du "trou de souris" ö couper au travers des cloisons pour aller d'une maison à l'autre ö déployée pendant l'opération " Voyage de Couleurs". Mis en face de pièges bien disposés, ils durent ressortir à la tactique de "rasage", où les maisons et b'timents sont soit détruits avec de puissants explosifs, soit rasés jusqu'au sol par des bulldozers blindés pour faciliter l'avance militaire. Dans certains cas l'armée entra d'abord pour en retirer les habitants de force. D'après de nombreux témoins oculaires, il y eut aussi de nombreux cas où les militaires abattirent simplement les structures sur la tête des habitants, tuant ceux présents dedans.

Le 5 avril, le chef d'Etat Major Mofaz déclarait déjà victoire, disant que la bataile serait terminée la nuit même. Il dut faire la même sorte de déclaration les quatre jours suivants ö pendant lesquels il prit personnellement la direction des opérations depuis un hélicoptère Apache américain, pour être ensuite relayé par le ministre de la Défense. Le 5eme jour, 10 avril, au moins 13 soldats israéliens furent tués et peut être autant blessés au cours d'une embuscade élaborée, et deux autres furent tués lors d'échanges ultérieurs. Ce fut la journée la plus sanglante pour les militaires depuis le début de la deuxième Intifada, et une de ses pires depuis la guerre d'octobre 1973.

Les lourdes pertes à Jénine öofficiellement 23 morts et 150 blessés ö et la capacité qu'a eu ce petit camp à tenir face à la pleine puissance militaire israélienne pendant trois jours de plus que le monde Arabe entier en 1967, viennent de l'élever au rang d'une légende dans toute la région, qui a suivi de près le drame en cours gr'ce aux rapports détaillés fournis par Al-Jazeera, Al-Manar du Hezbollah, et les autres stations par satellite. De telles relations incluèrent des interview en direct avec des commandants, des résidents du camp, des activistes, des officiels de l'Autorité Palestinienne, des professionnels de la santé et d'autres personnes à Jénine.

La couverture extensive de la bataille du camp de réfugés de Jénine dès son début malgré l'exclusion hermétique des journalistes et des agences humanitaires a aussi signifié que le public arabe ö et donc le monde entier ö a été parfaitement conscient dès le début de la catastrophe à venir. Ceci signifie nécessairement que la communauté internationale ö et spécialement les USA et l'Union Européenne qui avaient evidemment plus d'informations disponibles que le public arabe, et qui seuls ont l'influence nécessaire pour agir sur la politique et les actions israéliennes ö ont consciemment refusé d'entreprendre des mesures efficaces pour empêcher ou arréter les travaux en cours de Sharon. En vérité, quand Kofi Annan, le 10 avril, se dit "franchement interloqué" par les rapports qu'il recevait des territoires occupés, lors d'une conférence de presse conjointe à Madrid, le secrétaire d'Etat Colin Powell précisa qu'Annan parlait pour lui-même et que les USA étaient seulement "préoccupés".

Ceci dit, les organisations internationales ont aussi misérablement failli. Le camp de réfugiés de Jénine est administré par l'Agence des Nations Unies pour l'Aide et le Travail pour les Réfugiés du Proche-Orient (UNRWA).; malgré les paroles du Directeur Général de l'UNRWA parlant de "rapports horrifiants" venant du camp de Jénine et de "catastrophe humanitaire", Annan faillit complètement à utiliser l'autorité de sa charge pour exprimer publiquement et explicitement son inquiétude à propos d'un massacre en cours. De même, au plus haut de la crise le Comité International de la Croix Rouge a simplement plié la tente et rangé les outils, déclarant qu'il ne pouvait pas garantir la sécurité de son personnel d'une attaque israélienne. Les Palestiniens virent cela comme un grossier manque au devoir, et mirent en doute ouvertement que les soldats israéliens auraient employé la violence sous azimut contre les collègues étrangers comme ils le faisaient contre les ambulanciers palestiniens.

Que des atrocités d'une importance et d'une nature allant bien au delà de celles commises ailleurs en Cisjordanie aient eu lieu à Jénine est indiscutable. Le 9 avril, de fait, Ha'aretz a cité Pérès caractérisant la conduite israélienne envers le camp de Jénine comme un "massacre" ö quoique ce fut dans le contexte de l'inquiétude du lauréat du Prix Nobel par rapport à la réaction internationale plutôt que vis à vis du massacre lui-même ö tandis que des officiers sont cités dans le même article disant "quand le monde verra les images de ce que nous avons fait là, ça nous causera un tort immense". Le jour suivant, Ha'aretz rapportait que le ministre des Affaires Etrangères établissait un comité de Relations avec la Presse pour traiter des conséquences, encore une indication de préparer au mieux le monde au pire.

Si Israël avait limité ses actions à celles perpétuées ailleurs en Cisjordanie au cours des deux dernières semaines, il serait déjà coupable de "graves violations" de la 4eme Convention de Genève de 1949 ö c.a.d. de crimes de guerre. Le plus évident de ce point de vue est l'interdiction systématique de l'aide médicale aux civils comme aux combattants. Les témoignages abondent des blessés saignant à mort de blessures traitables et de corps en décomposition jonchant les rues alors que les ambulances étaient empêchées de force d'entrer dans le camp. En fait ce n'est qu'après le 9 avril que les premières ambulances ö trois au total ö furent autorisées à entrer. Après avoir été bloqués presque une demi-journée, avec leurs médecins soumis à des fouilles humiliantes et des mauvais traitements, chaque ambulance a été autorisée à ne retirer qu'un corps. Des trois corps ainsi retirés, deux ont été rapidement kidnappés par des véhicules militaires. Le Dr Muhammad Abu Ghali, directeur de l'hôpital proche, a déclaré le 10 avril que malgré les centaines de morts et de blessés dans Jénine, son établissement reste presque vide, et que nombre de gens touchés se trouvent près de l'hôpital mais sont interdits d'entrer ou d'être amenés.

Dans le camp, les résidents ont rapporté leur extrême faim et soif si bien qu'ils étaient contraints de boire de l'eau souillée pour rester en vie. Ceux dont les maisons furent envahies par les militaires parlent d'exécutions sommaires, de traitements violents et d'humiliations, de vol et de destruction de biens, et de familles entières (parfois des dizaines de gens) enfermés dans une pièce unique pendant des jours sans rien avec eux. En plus d'arrestations massives, où les hommes, les femmes et les enfants furent séparés, de nombreux témoignages disent que des habitants civils du camp furent obligés de se déshabiller jusqu'aux sous-vêtements et de marcher devant les tanks comme boucliers humains. Ceux gardés en détention ont rapporté des mauvais traitements, humiliations et déprédations de la pire espèce, et le refus de leur accorder ni nourriture, ni eau, ni soins médicaux.

Déjà avant la chute du camp, les habitants rapportaient que quasiment tous les b'timents avaient été fortement endommagés ou complètement détruits par les tirs incessants de missiles, l'artillerie et les tirs de mitrailleuses lourdes. Malgré qu'Israël déclare que les victimes palestiniennes se limitent à 100 "terroristes", les sources palestiniennes insistent sur un bilan au moins deux fois et peut être beaucoup plus lourd, et pour la majorité des civils.

Il est apparent que les témoignages de corps semés le long des rues du camp, confirmant la caractérisation de l'armée israélienne donnée par Pérès, ne seront jamais correctement documentés. Le 11 avril, les rapports ont indiqué qu'au moins 10.000 résidents, deux-tiers de la population originelle, ont été éjectés du camp, femmes séparées des hommes, et transportés à Jénine et dans les villages environnants, humiliés, battus et laissés à se débrouiller par eux-mêmes. Les habitants dispersés ont été vus cherchant désespérément à prendre contact avec les êtres les plus chers pour connaître leur sort, et parlaient de conduite horrible des soldats israéliens. On dit que dans le camp, les bulldozers israéliens réduisaient systématiquement ce qui restait en décombres, et d'après diverses sources jetaient les corps dans le système d'égout, les enterraient dans des fosses communes dans le camp, ou les chargeaient dans des camions pour les enterrer dans des fosses communes en Israël et/ou dans la vallée du Jourdain. Cette dernière allégation a été faite avec force par des députés arabes de la Knesset, qui ont aussi déclaré avoir les preuves de cette pratique.

Le matin du 12 avril, le porte-parole du ministère des Affaires Etrangères Gideon Meir a informé CNN que les journalistes seraient autorisés à visiter le camp plus tard ce jour là, mais sans leur donner de garanties. D'après Meir, la seule raison du maintien et de l'extension éventuelle du bouclage total était la préoccupation profonde d'Israël pour la sécurité des journalistes, dont beaucoup sont des correspondants de guerre avertis dûment préparés à risquer leurs vies si la permission leur en est donnée.

En ce qui concerne ce qui a réellement eu lieu au camp de réfugiés de Jénine, il y a les affirmations palestiniennes du plus gros massacre depuis Sabra-Chatilla et les dénégations israéliennes catégoriques que quoi que ce soit d'incorrect s'y soit passé. Il semble raisonnable à ce jour de penser que la pleine vérité ne sera jamais connue. Entre-temps, les seuls faits incontestés sont qu'Israël travaille 24 heures sur 24 pour empêcher l'enquête sur les accusations de crimes de guerre, tandis que les Palestiniens insistent sur l'accès immédiat pour stopper un bain de sang qui peut très bien se poursuivre, et pour permettre une vérification indépendante de leurs dires. Tout indique qu'une véritable chambre des horreurs est camouflée.

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]




La vérité sur Jénine:

Conférence de presse par le commandant de la 340eme division, le Brigadier Général Eyal Shlein

Porte-parole de l'IDF ("Forces de Défense Israéliennes"), 12 avril 2002-04-20


D'abord je voudrais souligner que l'IDF poursuit sa guerre dans la région sous mon commandement. Je voudrais aussi exprimer mes condoléances aux familles des soldats qui ont été frappés en effectuant leur devoir. Je fais part de mes voeux, et ceux de mes soldats, pour que les blessés guérissent rapidement. Nous sommes partis en mission avec l'intention de détruire l'infrastructure terroriste, d'empêcher les attaques terroristes et d'abolir le risque de terrorisme à l'intérieur d'Israël. C'est une des guerres les plus justifiées qui soient, et je me sens tout à fait en paix avec ça. Hier, le noyau le plus dur est pratiquement tombé, et est en partie détruit. La plupart des personnes recherchées sont arrêtées ou tuées. Nous allons continuer à opérer et à éradiquer le reste des mécanismes de la terreur.

Beaucoup d'armes ont été trouvées. De même que des explosifs, des charges explosives et tout ce qui peut être entré en fraude et réassemblé. D'après notre enquête, les enfants étaient engagés dans la préparation d'explosifs. De nombreux ateliers ont été trouvés, et l'un d'entre eux servait aussi à la fabrication des matériaux explosifs eux-mêmes, y compris un tour et une pièce pour le montage des matériaux. Apparemment, nous continuerons a trouver des constructions et des ruelles piégées. Une personne sensée ne piège pas sa maison avec l'intention d'y retourner. Jénine est une ville et un camp qui ont produit de nombreux assassins suicide. Parmi les détenus, on a trouvé un grand nombre de bombes-suicide qui avaient enregistré des vidéos et étaient en route pour accomplir des attaques suicide. Ceux qui les ont aidés ont été trouvés et certains d'entre eux tués. Les ceintures explosives sont trop nombreuses pour être comptées. Les maisons sont piégées, et il y a encore des dizaines de maisons piégées à l'explosif.

C'est une zone fortement construite sur une pente où il a très peu de routes, le passage des véhicules y est presque impossible. Les terroristes les plus durs exploitent les résidents qui ne veulent pas se battre. Certains sont pris en otages et leurs maisons piégées. Nous les avons encerclés au cours d'une manoeuvre rapide qui a empêché les terroristes de s'enfuir. Cet encerclement les a amenés à se battre jusqu'au bout et c'est pourquoi nous avons eu des pertes, mais en même temps ceci a aidé à l'achèvement de notre mission et à la destruction des infrastructures terroristes, à l'arrestation de centaines de suspects recherchés, y compris de très 'gés. Pendant le combat, l'infanterie et des unités de réservistes composés de soldats de Golani et de Giva'ti ont opéré côte à côte. Le combat prend place sur un territoire de 36.000 mètres carrés, et la plus grande partie de la bataille a pris place dans un espace de 2.500 pieds carrés (ndt), avec une coordination des forces difficile à réaliser. Ceci prouve les grandes capacités de nos soldats.

Nous avons trouvé que comme dans les guerres précédentes l'IDF est basé surtout sur ses forces régulières mais sa puissance se trouve dans ses unités de réserve. Je veux féliciter les soldats réguliers et réservistes et dire à la nation que la mission continuera le temps nécessaire pour combattre la terreur. Il est vraisemblable que les attaques terroristes continueront, mais les militaires accomplissent les buts de cette opération.

Questions et réponses:

Q: Avez-vous pris la ville entière ?

R: Le combat et le passage au peigne fin se poursuivent et apparemment vont continuer parce que les terroristes ont une grande quantité d'armes, mais les terroristes les plus durs ont été défaits, capturés ou tués. En même temps il y a encore des gens, y compris des enfants, qui emploient des armes.

Q: Que dites-vous des publications qui parlent de massacre et d'empêchement de couverture par les médias ?

R: Il n'y a aucun massacre quel qu'il soit. Si nous avions voulu massacrer nous aurions pu nous emparer du camp en un jour. l'IDF n'a pas utilisé d'artillerie ni d'avions. L'IDF est une des armées les plus humanitaires du monde. Il faut souligner que quiconque utilise les femmes, les enfants et les vieux comme boucliers défensifs doivent payer le prix pour ce qu'ils font. Nous avons eu aussi notre dû.

Q: Et pour ce qui concerne le transport des corps ?

R: Nous sommes encore en guerre. Nous avons enlevé nos corps et pour le reste les Palestiniens ne voulaient pas emporter les leurs.

Q. Y a t'il un projet de nettoyer le camp ?

R: Non. De nombreuses b'tisses sont piégées. Plus nous entrons dans le camp, plus nous trouvons de pièges. Nous ne voulons pas avoir de victimes. Nous avons l'intention de démolir les maisons piégées parce qu'après avoir sorti tout le monde, ils nous accuseront d'avoir laissé des maisons piégées.

Q: Et à propos des allégations concernant l'empêchement de l'aide humanitaire ?

R: Pendant la bataille, le couvre-feu a été levé. Nous avons rendu possible la fourniture de nourriture, de carburant et d'électricité pour l'hôpital. Certaines maisons ont bien été détruites, mais ceux qui sont responsables sont ceux qui avaient préparé le village à ce type de combat.

Q: Qu'en est'il du retrait des forces et que se passerait-il après le départ ? Est-ce que le fait que l'opération sur Jénine ait été retardée l'a menacée et a facilité l'attaque qui a conduit à la mort de 13 réservistes ?

R: Les explosifs mortels pouvaient avoir été présents au début de l'opération et dans d'autres secteurs aussi. Malgré que nous n'ayons pas eu beaucoup de temps de préparatifs, nous étions prêts de manière appropriée avec des plans sur la marche à suivre après l'attaque.

L'opération n'est pas terminée et la bataille se poursuit. Nous allons continuer à ratisser et à chercher les suspects et les armements dans les villages et à Jénine, où de nombreux suspects, des labos et véhicules bourrés d'explosifs ont été trouvés. La levée de l'occupation ne dépend pas de nous.

Q: L'opération était supposée durer des semaines et des mois et maintenant elle est presque finie. La pression politique a t'elle influencé les conséquences de l'attaque ?

R: Je ne traite pas de l'aspect politique. L'opération à Jénine doit être complétée. La partie difficile est passée et la plupart des terroristes et des personnes recherchées sont prises ou tuées.

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]




Les réfugiés de Jénine invitent Colin Powell.

Vendredi 12 avril 2002, Centre de ressources de Badil info@badil.org


La lettre suivante des femmes et des enfants du camp de réfugiés de Jénine au secrétaire d'Etat des USA Colin Powell a été publiée aujourd'hui en première page du quotidien al-Quds de Jérusalem. Une lettre similaire a été envoyée aux représentants des missions diplomatiques et des organisations internationales en Israël/Palestine.


A: M. Colin Powell, Secrétaire d'Etat des Etats Unis d'Amérique,

INVITATION AU CAMP DE REFUGIES DE JÉNINE


Cher M. Powell, nous, les enfants et femmes du camp de réfugiés de Jénine, survivants au massacre perpétré ici entre le 1er avril 2002 et ce jour par l'armée d'occupation israélienne avec l'aide d'armes faites aux Etats Unis d'Amérique, vous invitons à visiter notre camp, pour constater de vos propres yeux les atrocités commises contre nous: meurtres, destruction, rapine, siège et famine, commises contre les civils innocents résidents de notre camp. Nous voulons vous assurer, en même temps, que tout ce qui nous a été fait öet nous sera fait dans le futur ö ne nous fera jamais plier ni diminuer notre détermination à demander notre droit au retour dans nos maisons et nos villages qui nous ont été pris de force en 1948. Merci et dans l'attente de votre visite,


Les enfants et femmes du camp de réfugiés de Jénine, le 12 avril 2002.

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]


Le monde peut finalement entrevoir la dévastation du camp de réfugiés.

Par Justin Huggler hors de Jénine, Independent (UK) 12 April 2002


Le monde a finalement vu hier ce qu'Israël a fait du camp de Jénine. Des monceaux de décombres là où étaient des maisons. Les façades des maisons percées de trous béants. Les c'bles électriques abattus et mêlés aux décombres. L'eau qui coule des conduits principaux et qui coule dans les rues dévastées.

C'est la première vision de ce qui reste de l'entrelacs serré de rues étroites qui est devenu la scène de la pire bataille de l'assaut d'Israël sur la Cisjordanie. Ce sont des scènes de dévastation qui hanteront la mission de Colin Powell, qui est arrivé hier (??!!, ndt).

Telle est l'amas de ruines où des centaines de civils terrifiés ont été emprisonnés dans leurs maisons tandis que les hélicoptères israéliens déversaient leurs roquettes tout autour d'eux, les ambulances interdites de traiter les blessés perdant leur sang, où les Palestiniens capturés disent qu'ils furent forcés de se déshabiller devant leurs familles, où les combattants palestiniens armés seulement de fusils résistèrent aux attaques israéliennes pendant neuf jours. Ceci est le lieu où l'armée israélienne admet avoir tué 100 palestiniens. Mais de la misère, de l'humiliation et de la mort du camp de Jénine, les Palestiniens façonnent déjà une légende.

Un garçon de 13 ans est sorti des décombres hier. Stupéfaction, il était parmi les derniers combattants qui ont tenu face aux hélicoptères et aux tanks. Et déjà l'histoire circule de Palestinien à Palestinien: comment le garçon de 13 ans a combattu parce que son père avait été tué la dernière fois que les Israéliens sont entrés dans le camp en mars, comment, quand ils ont épuisé leurs munitions, les combattants ont commencé à jeter des pierres aux soldats israéliens "Je me sens très fier de ce que les combattants ont fait à Jénine" dit hier Deya al- Ahmad, un Palestinien d'un village avoisinant "Je raconterai ça à mes enfants, et j'espère qu'ils le diront à leurs petits-enfants."

Les Palestiniens veulent retenir ça d'une bataille dans laquelle les détenus racontent des choses horribles sur leur traitement par les Israéliens. L'un d'eux nous a dit qu'il a été forcé de se mettre à poil et de servir de bouclier humain, avec un soldat israélien derrière lui l'arme pointée sur son épaule. Un autre nous a dit que quand il a demandé à boire les soldats lui ont enfoncé un b'ton dans la bouche. Ensuite, ils lui ont apporté de l'eau qui avait un goût d'urine, dit-il. Les tirs s'entendaient depuis le camp hier, même si les forces israéliennes ont déclaré la bataille terminée. Quelques poches de résistance tenaient encore, même sans aucune chance de gagner.

Rachid Hassan a dit: "Je ne crois pas en une victoire d'Israël, parce qu'une victoire voudrait dire qu'ils ont atteint leurs buts et résolu leur problème une fois pour toutes. Mais je crois que le problème va ressurgir pour Israël. S'ils ont tué tant de gens, la génération suivante se battra encore plus fort". Les autorités israéliennes répètent que leur assaut en Cisjordanie est le seul moyen d'arrêter les attentats suicide. Parmi les réfugiés du camp de Jénine, nous avons trouvé un ado qui ne voulait pas donner son nom. Il était séparé de sa famille et ne parvenait pas à les trouver. Il nous a dit qu'il serait finirait dans un attentat suicide.

Les Palestiniens disent que le nombre de leurs morts à Jénine est bien plus que 100. Beaucoup de ceux qui ont fui disent qu'ils ont vu des civils, y compris des femmes, abattus sur place. Des corps de femmes dans les rues, c'est la dernière chose qu'Israël veut montrer au monde. Les rumeurs abondent qui disent que les corps sont cachés, chargés dans des camions et enterrés par des soldats israéliens. Mais les Palestiniens sur place disent qu'ils ne permettront pas aux Israéliens de masquer les faits. Ils ont à grand peine recueilli les témoignages de ceux qui ont se sont enfui du camp. Ils disent que leurs notes rendent compte de 200 morts. The Independent a pu voir les notes manuscrites détaillées.

Ceci veut dire qu'on devrait pouvoir trouver les corps à des adresses précises. Des corps comme celui de Yusra, la tante attardée mentale de Mufid Ahmad. Il dit qu'il l'a vu mourir quand un tir d'hélicoptère a percé le mur de leur maison. Il dit que quand la police l'a capturé et emmené, le corps de Yusra était encore dans leur appartement du premier étage. Il nous a donné l'adresse. Il devrait être possible de trouver le groupe d'appartements s'il existe encore, mais beaucoup ont été rasés par les bulldozers de l'armée pour faire une route aux tanks. Mais le nombre de 100 morts, selon les sources militaires, signifie qu'au moins 100 corps sont répandus dans les ruines de Jénine. Même si quelqu'un les a cachés, 100 corps ne feront aucun bien à l'image d'Israël.

(c) Independent

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]


 

Appel urgent au monde, daté du 12 avril 2002.

Vendredi 12 avril 2002, Palestine Monitor Alquds palmon@upmrc.org

The Palestine Monitor, A PNGO Information Clearinghouse



Il est maintenant confirmé que les troupes israéliennes ont commis un massacre à Jénine. L'armée israélienne admet que quelques centaines de personnes ont été tuées, mais les Palestiniens craignent que le nombre soit bien supérieur. Israël essaye actuellement de masquer son crime en ramassant les cadavres du camp pour les brûler dans un site tenu secret situé dans la partie Nord de la vallée du Jourdain. Depuis 10 jours, pas le moindre journaliste, infirmier, médecin ou membre de la Croix Rouge Internationale ou observateur n'a pu se rendre sur le site du massacre. Aucun représentant de l'Agence des Nations Unies pour l'Aide et le Travail des Réfugiés Palestiniens au Proche-Orient (UNRWA), le service des Nations Unies responsable du camp, n'a été autorisé à visiter la zone - tout le monde refusait l'accès de telle sorte qu'ils n'ont pu voir ou constater ce qui s'y était passé.

La plupart des 15000 résidents du camp ont été tués, blessés ou complètement dépossédés de leur domicile ou de leur abri. Le camp a été détruit. Israël a refusé d'écouter la communauté internationale, quand celle-ci demandait le retrait des troupes du camp; maintenant ils essayent de créer un blocus complet de l'information sur la situation actuelle, de telle sorte que le monde ne puisse apprendre ce qu'ils ont fait là-bas. Nous, membres de la société civile palestinienne, sommes concernés par le fait que des évènements similaires puissent se reproduire dans d'autres zones - tant que l'armée stationne en Cisjordanie c'est une réelle menace. Nous craignons aussi qu'ensuite, non content d'un blocus de l'information, Sharon attaque les organisations et institutions de la société civile Palestinienne qui osent et sont encore capables de s'exprimer.


Nous sommes maintenant, plus que jamais, dans un besoin désespéré et immédiat du déploiement d'une force de protection internationale en Cisjordanie. Nous appelons le monde à ne pas rester silencieux. Sharon doit être arrêté. L'atrocité que lui et son armée ont commis doivent être constatés; de nouvelles atrocités doivent être évitées. En rajoutant l'insulte à l'injure, les porte-parole israéliens soutiennent que les Palestiniens cachent les cadavres afin de monter un coup de propagande dans les jours à venir. Ce mensonge est une tentative cynique israélienne pour déformer la vérité, une autre tentative israélienne de couvrir leurs exactions.

Pour écrire à vos représentants et aux officiels Israéliens, consultez cette adresse.


 

 

ACTION URGENTE au MOYEN-ORIENT: 4/12/02-1 (extraits)

Vendredi 12 avril 2002, Bill Thomson wthomson@umich.edu

De : "bzu information officer" webinfo@birzeit.edu

Sujet : Birzeit Invaded

Date : Vendredi, 12 Apr 2002


 

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Jénine - Des reportages horribles continuent d'affluer de Jénine et du camp de réfugiés. Nous avons tenté d'introduire là-bas des civils étrangers mais en vain. Il y a deux jours, nous avons envoyé 13 internationaux et hier encore 8. Les internationaux, avec un certain nombre de journalistes étrangers ont été refoulés par les forces israéliennes. Les internationaux ont passé la nuit dans un village voisin où les réfugiés et détenus du camp de Jénine rel'chés se trouvaient. Ci-après, j'inclus le témoignage des 13 internationaux qui nous fut communiqué il y a deux jours.


Treize internationaux, dont 1 Suédois, 1 Italien, 3 Anglais et 8 Américains, allant de Bethlehem et de Jérusalem à Jénine, d'où provient une estimation de 300 morts et d'un nombre incalculable de blessés. 548 hommes Palestiniens, à présent hébergés à Romani, ont été expulsés par l'armée israélienne vers le point de contrôle de Salem, après avoir été arrêtés ou avoir échappé de Jénine. 160 furent expulsés nus hors de Syba. Nous avons entendu quelques histoires d'horreur de ces gens.

Un employé palestinien de l'UNRWA a été détenu à un checkpoint pendant 3 jours, sans nourriture et avec de l'urine de soldats israéliens pour toute boisson. La partie droite de sa figure fut paralysée suite à des coups violents. Les interrogateurs israéliens, décrits comme des tortionnaires, ont affirmé au prisonnier palestinien que tous les employés de l'UNRWA étaient des espions du Hezbollah. Lorsqu'il demanda aux docteurs israéliens de rel'cher ses menottes en plastiques particulièrement bien serrées, ceux ne firent que les serrer encore plus. Sa maison à Jénine prit feu, et fut sauvée par des pompiers, pour être ensuite bombardée par un hélicoptère Apache. Il est sans nouvelles de sa famille.

Un jeune palestinien a été tiré de sa maison à Jénine pour être utilisé comme bouclier humain par les soldats israéliens. Son dos et son cou sont brûlés par des cigarettes. Le conducteur d'une ambulance du Croissant Rouge a été arrêté pour avoir alimenté 200 femmes et enfants pendant trois jours. Quand la nourriture fut épuisée, les 200 personnes quittèrent le centre médical dans la direction de l'Est de Jénine. Tous furent arrêtés et certaines femmes et tous les hommes forcés à se déshabiller. A l'école de Kyba, qui sert de camp de réfugiés pour les personnes arrêtées ou échappées du camp de Jénine, il y a une liste sur le mur de tous les détenus rel'chés du checkpoint de Salem. Au proche village de Romani, les haut-parleurs de la mosquée, qui d'habitude appellent à la prière, déclamèrent les noms des personnes manquantes ou disparues de Jénine. Les 13 internationaux tentent actuellement d'apporter une aide humanitaire, d'assister les conducteurs d'ambulance et de documenter tous les abus des droits de l'homme dans la mesure où ils sont capables d'atteindre la ville et le camp.


Pour plus d'information contactez : Sofia Ahmed - +972-55-851-896, Kate Raphael - +972-56-621-935, Kristen Schurr - +972-65-622-017 ()

[Traduit de l'anglais par Glen]


 

 

Samedi 13 avril 2002

 

Israël enterre les corps, mais ne peut pas cacher les preuves.

Par Justin Huggler à Jénine and Phil Reeves à Jérusalem

13 avril 2002

The Independent


Israël a cherché à en cacher les preuves dans le camp de Jénine hier, mais il ne peut pas enterrer le terrible crime qu'il a commis : un massacre au cours duquel des civils palestiniens ont été abattus en même temps que les défenseurs armés du camp. Les tanks israéliens ont tourné autour des journalistes étrangers de manière menaçante quand ils ont essayé d'entrer dans le camp, et coupé leur avancée. Mais un homme qui avait juste fui du camp dit qu'il a vu des soldats israéliens enterrant les corps des morts dans une fosse commune.

" Je l'ai vu de mes propres yeux ", dit l'homme. " J'ai vu des gens saignant à l'agonie dans les rues. J'ai vu un gosse de 10 ans mort par terre. Il avait un gros trou sur le flanc et son bras avait été arraché. Je les ai vu enterrer les corps. Ils ont commencé à travailler sur la fosse il y a quelques jours. J'y ai reconnu quelques-uns des corps. Je peux vous donner leurs noms. ". Et il se les remémorise : " Mohammed Hamed, Nidal Nubam et Moustafa Shnewa ". Il dit que la fosse commune qu'il a vu est dans un quartier appelé Harat Al-Hawashiya. " Ils ont creusé un grand trou dans le sol. Je les ai vu le remplir aujourd'hui. Ils avaient un bulldozer qui poussait des décombres au dessus. "

Et ainsi les éplorés de Jénine ne seront pas certains du lieu où leurs proches reposent. Ils ne reviendront pas enterrer leurs morts, c'est ainsi ö l'armée israélienne aura fait ça pour garder la vue dévastatrice du carnage à distance des yeux du monde attentif.

Hier, pourtant, ils n'ont pas pu étouffer la mauvaise odeur. La puanteur des corps en putréfaction s'échappait des ruelles étroites et remplies de décombres qui étaient interdites d'accès depuis cinq jours aux agences internationales essayant d'envoyer des ambulances et des médecins pour évacuer les nombreux blessés et enlever les morts.

L'un après l'autre, les officiels internationaux, mis en colère par les multiples violations israéliennes de la Quatrième Convention de Genève et par la misère humaine qui en avait résulté, disaient hier en aparté à The Independent qu'ils en étaient arrivés à la conclusion inévitable : un crime a eu lieu et Israël cherche à le cacher.

" Il est clair qu'ils ont quelque chose à cacher ö c'est le point de départ " dit une source diplomatique de haut rang. Les ambulances de la Croix Rouge et du Croissant Rouge sont restées en attente un jour de plus, sans pouvoir entrer dans le camp.

Les agences ont collecté sans arrêt des informations au nez du black-out fait par Israël, assemblant les détails de la scène à l'intérieur de ce camp assoiffé et à moitié en ruine ö un amas de maisons resserrées sur plus d'un kilomètre carré. En fait, il est devenu une prison pour les milliers de réfugiés qui y restent, terrifiés par le risque que les soldats les ajoutent à la liste de leur centaines de victimes.

Une image pour le moins macabre se forme. L'arrivée d'électricité à l'hôpital de Jénine-ville a été si réduite que les frigos de la morgue ne tournent pas. Les corps en décomposition, venant d'autres quartiers de la ville de Cisjordanie, ont été enterrés dans les jardins de l'hôpital.

Mais hier matin les cadavres restaient sans sépulture dans le camp lui-même, où 15000 réfugiés, dont la moitié sous 18 ans, vivaient avant l'assaut et la bataille qui s'ensuivit.

" Les gens qui sont arrivés près du camp ont trouvé une puanteur incroyable " dit un officiel de l'ONU. On ne sait pas encore quelle part du camp est encore debout, les témoignages disent que les bulldozers ont fait une saignée au travers des maisons près de l'entrée ö une tactique que le premier ministre, Ariel Sharon, a utilisé contre les réfugiés de Gaza il y a trente ans quand il était un commandant d'armée essayant de mater les mêmes forces que celles qui se sont maintenant dressées contre lui à nouveau.

Certains témoignages disent qu'un tiers du camp a été rasé.

Les Palestiniens assiégés de Jénine entrent dans trois catégories. Il y en a un nombre indéterminé caché dans le camp lui-même. Ils sont sans eau ni médicaments et risquent d'être abattus par les tireurs d'élite israéliens s'il sortent en violant le couvre-feu.

Il a y a aussi environ 2000-3000 personnes qui ont fui du camp, et vivent dans des écoles et des mosquées dans des conditions misérables, avec très peu de provisions.

Finalement il y a les dizaines de miliers de résidents du reste de Jénine-ville dont certaines parties ont été dévastées par les tanks, les bulldozers et les tirs d'hélicoptère.

Tous sont soumis au couvre-feu, ce qui met les malades et les vieux en grave danger.

Remonter à tous les morts risque d'être une t'che longue et complexe. l'UNRWA, l'agence de l'ONU pour les réfugiés, garde une liste informatisée des résidents de ce camp densément peuplé. Quand ses officiels accèderont finalement au camp, elle pourra [ ?? ndt] l'employer pour déterminer le nombre de personnes manquantes, en détention, se cachant, ou mortes.

Israël peut cacher les corps des morts mais ne peut pas cacher toutes les preuves. Des centaines de réfugiés sont sortis du camp de Jénine, beaucoup avec des histoires effrayantes à raconter. Les Palestiniens ne laisseront pas ces histoires être enterrées sous les décombres.

Des volontaires compilent les enregistrements méticuleux de chaque réfugié qui est ressorti de détention battu et humilié par des soldats Israéliens. The Independent a vu les notes manuscrites à grand-peine, dont plusieurs copies ont été faites.

Parmi elles on trouve celle de Jamal Wardun. Il a été détenu dans le camp de réfugiés quand il a tenté de conduire sa femme à l'hôpital. Elle était enceinte et entrait en travail. La dernière fois qu'il la vit il était forcé de la laisser derrière dans la rue.

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]


 

MISE A JOUR: Israël continue à commettre des crimes de guerre au camp de Jénine.

13 Avril 2002


A 15h30 cet après midi, des témoins du camp de Jénine ont rapporté que toutes les maisons et abris des quartiers de al-Somran et de Jorid a-Dhahib sont systématiquement détruites au bulldozer. Les bulldozers israéliens et les tanks ont complètement détruit les quartiers de Tahbash, Abu Zeid et al-Damesh.

Tous les hommes survivants du camp sont maintenant au dehors. Beaucoup d'entre eux sont détenus ou considérés disparus. Seuls un nombre de femmes et d'enfants estimé à 3000 sont encore dans le camp. Ils ont essayé de quitter le camp de réfugiés pour sauver leurs vies.

Pour sauver les vies de ces familles et d'empêcher d'autres tentatives israéliennes de cacher la vérité, LAW pense qu'il est impératif de permettre aux agences humanitaires, aux journalistes, et aux observateurs indépendants d'accéder au camp de réfugiés pour documenter ce qui s'y est passé.

Le gouvernement israélien poursuit ses manoeuvres pour éviter d'avoir à rendre des comptes de ses abus, en proposant des justifications peu convaincantes, non corroborées par les enquêtes des témoins indépendants. C'est d'autant plus impératif que des officiers israéliens ont dit "quand le monde verra les images de ce que nous avons fait là, ça nous causera un tort immense" (Ha'aretz, 9 avril 2002).

La nuit dernière, la cour suprême d'Israël a ordonné à l'armée israélienne de ne pas retirer les corps des Palestiniens tués au cours de la bataille dans le camp de Jénine jusqu'à ce qu'une audition ait lieu sur la question. LAW associé à Adalah a déposé une motion pour une injonction ainsi qu'une pétition demandant la cessation immédiate de l'enterrement de Palestiniens dans des fosses communes dans le camp. La pétition demandait aussi que le Comité International de la Croix Rouge (ICRC) et la Société Palestinienne du Croissant Rouge (PCRS) soient autorisés à entrer dans le camp pour évacuer les morts et les emmener à l'hôpital. De plus, ils visaient à permettre la conduite d'enterrements d'une manière respectueuse envers les familles des décédés.

Demain dimanche 14 avril 2002, la Cour Suprême d'Israël entendra les pétitions appelant à l'arrêt de l'enterrement des corps des combattants palestiniens et des civils dans des fosses communes dans le camp. Les pétitions seront écoutées à 11 h 30 par les juges Matza, Englard et Rivlin.

A 10 h 30 la nuit dernière, le juge en chef de la Cour suprême Aharon Barak a soutenu la demande des pétitionnaires pour une injonction appelant l'armée israélienne à stopper immédiatement l'évacuation ou l'enterrement des corps, jusqu'à l'audition. Immédiatement après leur enregistrement, le juge Englard ordonna à l'Etat de répondre sans délai à la motion pour l'injonction et la pétition. Vers 21 heures hier, les représentants des services de l'Attorney General répondirent, disant que les forces israéliennes ne feraient aucune différence entre les corps des combattants et des civils, mais que l'armée n'avait pas encore enterré de corps et n'en enterrerait pas avant dimanche.

Ceci contredit les indications venant des témoins dans le camp de Jénine, qui ont rapporté des enterrements en cours par l'armée israélienne. Ceci contredit aussi les déclarations précédentes de l'armée israélienne, qui disait que les combattants palestiniens tués à Jénine seraient enterrés dans un cimetière séparé.

L'Etat a ajouté que l'armée israélienne ne peut pas permettre l'entrée des organisations humanitaires dans le camp parce que certains corps pourraient être piégés. Les organisations humanitaires seraient autorisées à évacuer les corps vers leurs familles des décédés bientôt mais à condition qu'ils soient enterrés immédiatement. Si cela n'est pas fait lors de la première évacuation, aucune autre ne serait permise.

Le professeur Derrick Pounder, expert en médecine légale de l'université de Dundee (Ecosse) et membre de la délégation actuelle d'Amnesty International en Israël/Palestine, accompagnera LAW et Adalah à la Cour Suprême. Il sera aussi disponible pour commenter auprès des médias après l'audition.

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]


 

 

Des récits d'horreur continuent de sortir du massacre dans le camp de réfugiés de Jénine.

Original Message From : DCI/PS <dcipal@palnet.com> To : dcipal@palnet.com

Sat, 13 Apr 2002 Rosemary Sayigh rsayigh@cyberia.net.lb


DCI/PS reste sans mot après les récits horrifiants provenant des communautés palestiniennes assiégés par l'armée israélienne. De multiples témoignages relatant morts et blessés parmi la population civile palestinienne ainsi qu'arrestations massives, intimidations physiques et psychiques, pillages et démolitions d'habitations, de commerces et d'infrastructures, en cours, continuent d'affluer. L'armée israélienne continue de refuser aux personnels médicaux et humanitaires l'accès aux communautés assiégées. Les témoignages des survivants du massacre perpétré par l'armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine sont particulièrement terrifiants. Alors que le siège entre dans son quinzième jour, des milliers de civils palestiniens demeurent prisonniers dans leurs maisons, confrontés au risque de trouver la mort s'ils s'aventurent dehors.

LE CAMP DE REFUGIES DE JÉNINE

Des témoignages émanant d'habitants du camp de réfugiés de Jénine font état de centaines de morts dont, sans doute, un pourcentage important d'enfants, ainsi que d'une destruction massive d'habitations, de commerces et d'infrastructure vitale. Le nombre exact de morts et de blessés ou le réel niveau de destruction sont impossible à recenser du fait de l'interdiction de circuler, vers et depuis le camp, imposée par l'armée israélienne. De nombreuses organisations locales et internationales, y compris des agences des Nations Unies, se sont vues, à maintes reprises, refuser l'accès à la zone. Le camp de réfugiés de Jénine, établi en 1953, abritait quelque 15000 réfugiés palestiniens. Des représentants de l'UNRWA (United Nations Relief and Works Agency) ont rapporté hier qu'environ 3000 femmes et enfants vivants dans et auprès du camp de réfugiés de Jénine ont perdu leurs maisons suite à l'attaque par l'armée israélienne.

D'autres rapports indiquent que des centaines de familles palestiniennes ont été expulsées. Actuellement, quelques 500 palestiniens se sont mis à l'abri dans le village de Rumana, prés de Jénine. Des dépositions de témoins oculaires ont fait état de multiples fois de cas où des maisons ont été détruites alors que les familles y étaient toujours. Des survivants entendus à Rumana racontent que des corps ont été enterrés dans des fosses communes à l'aide de bulldozers et que d'autres ont été emmenés en dehors de la zone par l'armée israélienne. Des familles se sont retrouvées désunies. Les enfants ont été recueillis par d'autres familles mais sont incapables de retrouver leurs parents et vice versa. Un Palestinien raconte comment, avec son fils de quatorze ans, ils ont été utilisés comme boucliers humains par l'armée israélienne. En plaçant leurs fusils sur leurs épaules, les soldats israéliens les ont utilisés pour se déplacer dans le camp, tirant au hasard. Quand les soldats en eurent fini avec eux, ils les expulsèrent du camp. La femme et les autres enfants de cet homme sont eux restés dans le camp et leur sort reste jusqu'à présent inconnu. Un autre survivant raconte avoir vu les familles d'un immeuble de trois étages recevoir l'ordre de se rassembler au premier étage et par la suite les bulldozers de l'armée israélienne démolir l'immeuble alors que les habitants se trouvaient toujours à l'intérieur.

Hier, durant la levée du couvre feu dans la ville de Jénine, la première depuis le début du siège il y a dix jours, des soldats israéliens ont abattu un enfant de quatorze ans dans la partie Est de la ville. Alors que les renseignements concernant l'attaque brutale du camp de réfugiés de Jénine deviennent plus précis, beaucoup de reportages cherchent à replacer les agressions israéliennes dans le contexte d'une attaque militaire justifiée contre des militants armés, occultant les conséquences du siège sur des milliers de civils palestiniens, ceci malgré les déclarations d'officiers israéliens rapportés par les médias israélien disant: "Quand le monde verra les images de ce que nous avons fait ici, cela nous causera un énorme tort. Quelque soit le fait que nous ayons tué plusieurs hommes recherchés dans le camp de réfugiés et quelque soit le nombre d'infrastructures terroristes que nous ayons découvertes et détruites là bas, il n'y a aucune justification à causer des destructions aussi importantes."

Il ne peut y avoir de doutes quant-au fait que les actes de l'armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine, actes dirigés par le gouvernement israélien lui-même, constituent des crimes contre l'humanité.

Il est temps pour les citoyens du monde concernés et leurs gouvernements, de demander une enquête immédiate et indépendante sur les crimes de guerre perpétrés par l'armée israélienne à l'encontre des civils palestiniens, et d'appeler à l'établissement d'un dispositif international conçu pour mener les responsables, directs ou indirects, devant la justice. ()

[Traduit de l'anglais par H.L.]


 

La nourriture qui n'est PAS parvenue à Jénine + ce que vous pouvez faire.

[Le Rapport de Dorothée sur l'action de Ta'ayush à laquelle Gush Shalom a participé nous épargne la peine d'écrire dessus, nous ajoutons seulement des adresses où protester ]

Forwarded message follows From : Dorothy Naor dor_naor@netvision.net.il

Date d'envoi : Sat, 13 Apr 2002


Chers amis,

Aujourd'hui, samedi 13 avril 2002, environ 2000 Israéliens, arabes et juifs, dans le cadre d'une manifestation organisée par Ta'ayush et à laquelle se sont jointes plusieurs autres organisations pacifistes, ont défilé à 12h00 de la jonction Megido jusqu'au checkpoint Salem, brandissant des pancartes et scandant des slogans contre le terrorisme d'état israélien et l'occupation.

Notre objectif principal était de convoyer 31 conteneurs d'aide humanitaire (produits alimentaires de base, vêtements, eau, matériel médical) jusqu'à Jénine. Les rapports ont indiqué que nous semblions avoir réussi et la manifestation s'est dispersée à environ 15h00. Dans l'autobus nous ramenant chez nous, nous avons entendu les nouvelles confirmant que 30 poids lourds de vivres avaient été livrés à Jénine.

Malheureusement, ces nouvelles étaient fausses. Il y a quelques minutes, Neve Gordon m'a informée que sur les 31 poids lourds, seulement 5 avaient réussi à passer avec leurs chargements. Le reste, malgré d'épuisantes négociations avec les américains, les agences humanitaires et l'armée israélienne, n'a pas pu passer. Le résultat est que, en ce moment, quelques 300 tonnes d'aide sont bloquées dans les villages avoisinants attendant d'être acheminées dans la ville, cela sans aucune indication de quand cela sera autorisé, alors que la population de Jénine a désespérément besoin de ces fournitures.

Veuillez contacter (par e-mail, téléphone, fax) chaque officiel (américain, Israélien, Nations Unies, etc.) qui selon vous, aurait la possibilité d'aider à faire passer ces vivres, et le plus vite possible!

[Traduit de l'anglais par H.L.]


 

" A Jénine, j'ai fondé... "

Uri Avnery. 13.04.2002


Il y a 105 ans, le lendemain du premier congrès sioniste à Bâle, Théodore Herzl a écrit dans son journal : " A Bâle, j'ai fondé l'Etat des Juifs. " Cette semaine, Ariel Sharon devrait noter dans son journal : " A Jénine j'ai fondé l'Etat des Palestiniens. " Evidemment, ce n'est pas ce qu'il voulait. Tout au contraire, son intention était de détruire la nation palestinienne, ses institutions et sa direction, une bonne fois pour toutes, ne laissant que des ruines, des décombres humains dont on pourrait se débarrasser n'importe où. En pratique, c'est quelque chose de tout à fait différent qui s'est passé. Confrontée aux attaques de la puissante machine militaire de la région et aux armes les plus modernes du monde, noyée dans une mer de souffrances, entourée de cadavres, la nation palestinienne s'est redressée comme jamais. Dans le petit camp de réfugiés près de Jénine, un groupe de combattants palestiniens de toutes les organisations se sont rassemblés pour une bataille défensive qui est enraciné pour toujours dans le coeur de tous les Arabes. Elle est le Massada palestinien ö comme l'a appelée un officier israélien faisant allusion à la légendaire résistance de ceux qui restaient de la grande révolte contre Rome en 71 avant JC.

Quand les médias internationaux ne pourront plus être tenus à l'écart et que les images de l'horreur seront publiées, deux versions possibles pourront émerger : Jénine, l'histoire d'un massacre, un second Sabra et Chatila - et Jénine, le Stalingrad palestinien, l'histoire d'un héroïsme mémorable. C'est certainement la seconde qui prévaudra. Les nations sont b'ties sur des mythes. J'ai été élevé sur les mythes de Massada et Tel-Chai, qui ont formé la conscience de la nouvelle nation hébraïque. (A Tel-Chai, en 1920, un groupe de défenseurs juifs conduit par le héros manchot Joseph Trumpeldor ont été tués dans un incident avec des combattants syriens anti-Français.) Les mythes de Jénine et d'Arafat emprisonné dans ses bureaux à Ramallah formeront la conscience de la nouvelle nation palestinienne. Un robot militaire primaire qui voit tout en termes de puissance de feu et de comptage de cadavres ne pourra pas comprendre cela. Mais Napoléon, un génie militaire, a dit que, dans la guerre, le moral compte pour les trois quarts et l'équilibre réel des forces seulement pour le dernier quart. Comment se présente la guerre de Sharon dans cette perspective ? En ce qui concerne les forces réelles, le rapport est clair. Quelques dizaines d'Israéliens tués, des centaines de Palestiniens morts. Aucune destruction en Israël, des destructions horribles dans les villes palestiniennes.

Le but proclamé était de " détruire l'infrastructure de la terreur ". Cette définition est en elle-même un non-sens : L'" infrastructure de la terreur " existe dans l''me de millions de Palestiniens et de dizaines de millions d'Arabes dont le coeur éclate de rage. Plus il y a de combattants et de kamikazes tués, plus de combattants et de kamikazes sont prêts à les remplacer. Nous avons vu les " laboratoires d'explosifs " - quelques sacs de matériel que l'on peut obtenir dans les boutiques israéliennes. Les FID sont fières d'en découvrir des dizaines. Il y en aura bientôt des centaines d'autres. Quand des dizaines de personnes blessées gisent dans les rues et perdent lentement leur sang jusqu'à la mort, parce que l'armée tire sur toute ambulance qui circule ö cela crée une haine terrible. Quand l'armée enterre secrètement des centaines de cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants ö cela crée une haine terrible. Quand des tanks écrasent des voitures, détruisent des maisons, arrachent des poteaux électriques, crèvent des conduites d'eau, laissent derrière eux des milliers de gens sans abri et obligent des enfants à boire l'eau des flaques de la rue ö cela provoque une haine terrible. Un enfant palestinien qui voit tout cela de ses propres yeux devient le kamikaze de demain. Ainsi ce sont Sharon et Mofaz qui créent l'infrastructure terroriste.

Par là même, ils ont créé les fondations de la nation palestinienne et de l'Etat palestinien. Les gens ont vu leurs combattants à Jénine et croient qu'ils sont de bien plus grand héros que les soldats israéliens, protégés comme ils sont à l'intérieur de leurs énormes tanks. Ils ont vu leur dirigeant dans une séquence historique à la TV, son visage éclairé par une simple bougie dans son bureau sombre et encerclé, prêt à mourir à tout moment, et ils le comparent avec les ministres israéliens hédonistes, assis dans leurs bureaux, loin des combats, entourés par des hordes de gardes du corps. Ainsi naît l'orgueil national. Rien de bon pour Israël ne sortira de cette aventure, comme rien de bon n'est sorti des aventures précédentes de Sharon. Le concept de l'opération était stupide, son application cruelle, les résultats en seront désastreux. Cela n'apportera ni paix ni sécurité, ne résoudra aucun problème, mais isolera Israël et mettra en danger les Juifs du monde entier. En fin de compte, on ne se souviendra que d'une seule chose : notre machine militaire géante a attaqué le petit peuple palestinien, et le petit peuple palestinien et son dirigeant ont tenu bon. Aux yeux des Palestiniens, et pas seulement à leurs yeux, cela apparaîtra comme une victoire éclatante, la victoire d'un David moderne contre Goliath.

[Traduit de l'anglais : RM/SW]


 

Dimanche 14 avril 2002

 

 

Qui sont les réfugiés du camp de Jénine ? Bref aperçu statistique.

Par Rita Giacaman et Penny Johnson, Université de Bir-Zeit, 14 avril 2002


Les médias internationaux ont commencé à montrer quelques unes des tragiques conséquences humaines de l'attaque d'Israël sur le camp de réfugiés de Jénine : d'un simple reportage de la BBC les images impressionnent : une vieille femme abandonnée dans un champ dans son fauteuil roulant, des familles éparpillées se dirigeant vers les villages voisins, une femme en pleurs sur le bord de la route, son mari ayant été tué par balle en gardant ses moutons, un blessé recroquevillé dans son lit et entouré de sa famille qui demandait sans arrêt une ambulance.

Pourtant les fonctionnaires israëliens s'obstinent dans un discours qui marque le camp de réfugiés de Jénine comme "camp terroriste", l'ensemble de ses occupants, hommes, femmes et enfants de tout 'ge, aussi étiquettés de terroristes et ainsi toutes les actions entreprises contre eux sont justifiées.

Qui sont ces gens qui vivent dans le camp de réfugiés de Jénine ? D'après les données du recensement national PCBS de 1997, les informations de l'UNRWA et une enquête inter-communautaire sur les foyers, menée en 1999 par l'Institut des Etudes Féminines de l'Université de Birzeit , en coopération avec l'Institute of Community and Public Health , et incluant le camp de Jénine parmi les dix-neuf communautés étudiées, nous entrevoyons une communauté d'être humains vivant dans le besoin, dans des conditions très difficiles, avec des vulnérabilités particulières et désireuse d'un avenir meilleur pour ses enfants.

Le recensement national de 1997 a enregistré une population de 9104 personnes dans le camp de Jénine, vivant dans 1614 foyers. L'UNRWA enregistre une population plus nombreuse, jusqu'à 13.055 réfugiés, suggérant que quelques foyers vivent en dehors des limites officielles très réduites du camp lui-même. Le camp de Jénine est situé dans les limites municipales de Jénine, et a été établi en 1953 sur 373 dunums de terre, environ 1 km2. La forte population et la densité de maisons et d'aménagements contribuent au danger couru par des civils innocents - pour la plupart des femmes, des enfants, des vieillards, puisque ceux-ci constituent grosso modo 67 % de la population de ce camp - spécialement lorsque des attaques aériennes d'Israël (F-16 et hélicoptères d'attaque Apache) et des tirs de blindés étaient lancés contre le camp.

Enfants et vieillard forment presque la moitié du camp.

Selon les statistiques du PCBS, la dimension moyenne d'un foyer est de 5,6 personnes, légèrement supérieure à la ville voisine mais inférieure à la moyenne nationale de 6,1. 42,3 % de la population du camp de réfugiés de Jénine a moins de 15 ans et 4,3 % plus de 65 ans; ainsi environ 47 % de la population sont des enfants et des personnes 'gées et sont particulièrement vulnérables en temps de conflits armés ou de guerre. Il y a à peu près autant d'hommes que de femmes.

La ville et le camp de Jénine sont tous deux peuplés de réfugiés.

Selon le recensement national plus de 95 % des résidents du camp sont des réfugiés. L'UNRWA rapporte que "la plupart des résidents du camp viennent de villages que l'on peut voir du camp et qui s'étendent aujourd'hui à l'intérieur de la Ligne Verte d'Israël." De nombreux réfugiés gardent encore des liens étroits avec leurs parents de ces villages. Autre point intéressant : la moitié de la population (49;7 %) de la ville de Jénine (26.650 habitants en 1997) est également constituée de réfugiés. L'attaque d'Israël contre Jénine est donc une attaque contre une population essentiellement réfugiée.

Un tiers travaille comme ouvriers non-spécialisés; le chômage était déjà élevé avant même l'intifada.

D'après le recensement de 1997, dans le camp environ 70 % des hommes de 15 ans et au-dessus participaient économiquement à la force de travail traditionnelle et 20 % étaient étudiants. Environ 14 % des femmes de 15 ans et au-dessus, dans le camp de réfugiés, étaient dans le circuit du travail, ce qui est supérieur à la moyenne nationale, tandis que 21 % étaient étudiantes et 53 % femmes au foyer. Quant aux travailleurs masculins, comme le fait remarquer l'UNRWA : "Tandis que de nombreux résidents du camp trouvent un emploi dans le secteur de l'agriculture, beaucoup doivent encore travailler à l'intérieur d'Israël".

A la suite de l'occupation israëlienne de Cisjordanie et de la Bande de Gaza en 1967, la proximité des communautés palestiniennes d'Israël et de celles du District de Jénine, de même que leurs liens sociaux et culturels, ont encouragé une augmentation des activités commerciales par delà la ligne verte. Un nombre croissant de travailleurs autrefois occupés dans l'agriculture locale a commencé à travailler en Israël et les activités agricoles locales ont décliné entraînant une importante chute de la productivité agricole. Plus récemment les conditions apparues pendant le premier et surtout le second soulèvement, l'aggravation des restrictions de circulation par Israël, et l'interruption des relations entre la ville et ses villages-même ont conduit à une crise économique sérieuse. L'impossibilité pour les travailleurs de rejoindre librement leur travail les a conduit à un niveau de chômage très élevé, et à une chute sévère des revenus familiaux.

Les types d'activités et d'emploi que l'on trouve dans l'enquête de l'IWS, indiquent aussi une privation chronique, 48 % des citadins étant employeurs ou à leur compte à Jénine-ville, contre 25 % dans camp. Pres du tiers des travailleurs du camp est non-spécialisé, la plupart de ceux-ci font partie du tiers de la masse laborieuse travaillant par intermittence comme journaliers. L'enquête du IWS sur les foyers révèle un taux relativement élevé de chômage dans le camp, avant même le début du soulèvement. Quant à ceux qui travaillent, nous avons découvert que 64 % seulement ont un travail régulier dans le camp; à comparer à plus de 81 % en ville.

Nous avons aussi découvert que le taux de chômage s'élève environ à 10 % dans le camp, contre 4 % en ville. En considérant le taux de chômage par foyer, nous voyons que dans 94 % des foyers citadins au moins un de ses membres travaille; à comparer avec les 85 % seulement dans le camp. On peut considérer qu'avant même l'invasion le quart des actifs travaillant à l'extérieur du District de Jénine était carrément incapable de rejoindre les lieux de travail, et le chômage a du atteindre au moins la moitié de la force de travail.

L'économie domestique, soutien des familles et fardeau des femmes.

L'économie domestique dans le camp de Jénine semble être primordiale à la survie des familles, et est un indicateur de sous-développement, de privations et de pauvreté. Il apparaît qu'elle occupe une grande part du travail des femmes. Récemment, 52 % des femmes du camp de Jénine déclaraient faire cuire le pain tous les jours, chiffre à comparer à 23 % dans la ville de Jénine. 9 % dans le camp fabriquaient encore des produits laitiers, 23 % faisaient des conserves, 15 % élevaient des volailles, 17 % faisaient des p'tisseries et bonbons régulièrement et 59% à l'occasion, et 4 % vendaient des volailles et du bétail. Au contraire, ces activités de production familiales, spécialement dans les villes de Cisjordanie, ont maintenant pratiquement cessé. Interrogées sur les raisons de ces activités, 27 % répondent que cela permet une diminution des dépenses familiales.

Aussi bien dans les situations de privations chroniques et de vulnérabilité que dans les temps de crise, les femmes sont particulièrement sollicitées. Dans l'étude de l'IWS, 14 % des femmes mariées 'gées de 15 à 65 ans se sont mariées avant l''ge de 15 ans et 28 % avant 16 ans. Les taux d'abandon de l'école sont particulièrement élevés dans le district de Jénine. Les pressions sur les jeunes filles pour quitter l'école et se marier reflètent les difficultés économiques de la famille. Ces conditions difficiles affectent leur santé : jusqu'à 48 % des femmes 'gées de 15 à 65 ans ont dit avoir fait au moins une fausse-couche.

Pauvreté chronique dans les camps de réfugiés.

Selon les données disponibles pour la période 1996-1998, les habitants des camps de réfugiés sont généralement plus pauvres que ceux des villages et des villes. En Cisjordanie où les camps de réfugiés rassemblent environ 6% de la population totale, 19% des réfugiés situés dans des camps étaient au dessous du seuil de pauvreté durant l'année 1998, relativement prospère, contre 16,5% chez les villageois et 10,4% parmi les citadins. Le niveau de grande pauvreté était aussi plus important dans les camps. De plus, les districts de Jénine et de Hebron sont les plus pauvres des huit districts de la Cisjordanie, avec, par exemple, trois fois plus de foyers au dessous du seuil de pauvreté en 1998 que dans le district de Ramallah/Bireh. Compte tenu de l'estimation faite par le PCBS d'une diminution de 48% du revenu moyen des foyers au niveau national après six mois de siège durant la seconde intifada palestinienne, on ne peut que penser que les foyers du camp de Jénine avaient déjà du mal à survivre avant même l'assaut israélien sur leurs maisons, et doivent se trouver maintenant dans un sérieux besoin.

Les plus pauvres parmi les pauvres : inquiétude particulière à propos de ceux qui dépendent de l'assistance sociale

Le cas des foyers qui ne survivent déjà que gr'ce à une aide spéciale pour grande misère fournie par l'UNRWA ou le Ministère des Affaires Sociales (MSA) est particulièrement préoccupant : il s'agit en majorité de foyers dirigés par des femmes (généralement veuves) ou dont le chef est 'gé, invalide ou malade chronique. En 1999, le Ministère des Affaires Sociales indiquait que 7,4% des foyers de Jénine (soit 120) bénéficiaient d'une assistance sociale, et l'UNRWA mentionne que 307 foyers de ce même camp reçoivent une assistance spéciale pour grande misère, pour un total de 877 bénéficiaires. Parmi l'échantillon retenu par l'IWS (Institut pour l'étude des femmes) lors de son enquête de 1999, 20% déclaraient recevoir une aide officielle de la part du MSA, de l'UNRWA ou d'organismes non gouvernementaux (ONGs), contre 2% dans la ville de Jénine, elle-même considérée comme assez pauvre. En se basant dans cette étude sur l'indice de bien-être, 47% des habitants de ce camp sont classés comme pauvres, contre 23% seulement des habitants de la ville de Jénine (en gros le tiers le plus pauvre de la population). Seuls 3% des habitants du camp sont propriétaires. Il est révélateur que 70% des résidents du camp ayant répondu à l'enquête de l'IWS mentionnent la nourriture comme étant le poste de dépense le plus important, contre 24% seulement pour les habitants de la ville, indiquant que pour la première catégorie les besoins essentiels ne sont pas satisfaits, même avant le commencement de l'actuel soulèvement. Il est très peu vraisemblable que le MSA puisse travailler normalement dans les conditions actuelles, et l'UNRWA rencontre aussi des obstacles lui empêchant l'accès aux plus pauvres d'entre les pauvres, ceux dont la survie dépend d'une allocation mensuelle.

Le camp de Jénine apparaissait aussi dans l'enquête comme plus pauvre que la Jénine-ville si l'on se base sur la possession de biens durables. Seuls 36% des foyers du camp avaient le téléphone et 14% une voiture privée, contre respectivement 45% et 33% dans la ville de Jénine. En temps de guerre, ces critères de pauvreté sont aussi des indcateurs de vulnérabilité, puisque les moyens de fuite et de communication sont bloqués.

Education : scolarisation faible actuellement, grands espoirs pour l'avenir

Le recensement national fait apparaître que le tiers (33,4%) des femmes de plus de 12 ans dans le camp de Jénine sont illettrées ou n'ont pas suivi de scolarité formelle, mais possèdent des connaissances de base, tandis que 20,9% des hommes présentent les mêmes caractéristiques. Tout comme à l'échelon national, l'illettrisme se rencontre surtout parmi les classes les plus 'gées. Seuls 22% des hommes et 18,9% des femmes ont atteint ou dépassé l'école secondaire.

L'étude menée dans les foyers en 1999 par l'IWS s'est aussi intéressée aux ambitions qu'ont les parents pour leurs enfants, garçons et filles. Malgré le niveau d'éducation relativement bas dans la population adulte du camp de réfugiés de Jénine -ou peut-être à cause de lui ?- les pères et mères espèrent pour leurs enfants l'accès à un haut niveau d'enseignement. Près de 70% (69%) souhaitent que leurs fils soient bacheliers, et 67% espèrent la même chose pour leurs filles. La guerre actuelle, la dislocation et l'appauvrissement font que ces espoirs sont difficiles à réaliser, mais en même temps les rendent plus importants dans la perspective, pour la population du camp de réfugiés de Jénine, de survivre, se développer et concrétiser leurs espérances pour le futur.


Références :

1- BBC World Service, 11 April 2002, Report by Olga Guerin.

2- PCBS, Population, Housing and Establishment Census 1997, unpublished data on Jenin and Jenin refugee camp provided to the Institute of Women's Studies.

3- Giacaman and Johnson, ed. 2002. Inside Palestinian Households : Initial Analysis of a Community Based Household Survey, Volume 1. Birzeit University

4- See http://www.un.org/unrwa/refugees/wb/jenin.html.

5- PCBS 2000. Poverty in Palestine (January-December 1998), table 4.

6- PCBS April 2001, "Impact of Israeli Measures on the Economic Conditions of Palestinian Households. Also see UNSCO reports on the Palestinian economy during this period.

[Traduit de l'anglais par Y. Planton]


 

En dépit de la décision de la Cour Suprême, les forces israéliennes continuent à déplacer des corps hors du camp de Jénine

Dimanche14 avril 2002

COMMUNIQUÉ DE LAW :


Des dépositions de témoins oculaires, recueillis par LAW, confirment que malgré l'ordre provisoire donné par la Cour Suprème d'Israël vendredi, les forces israéliennes ont continué à emmener des corps à l'extérieur du camp de réfugiés de Jénine. Des compte-rendus de témoins confirment les rapports selon lesquels un camion israélien a été vu avec des corps dans des sacs en plastique. Les corps ont été sortis du camion et mis dans des trous creusés par des bulldozers.

Plus tard, des témoins ont vu des bulldozers revenir à cet endroit, lequel se trouve à l'extérieur du camp de réfugiés de Jénine, sortir - selon une estimation - trente corps des trous pour les remettre dans le camion. Des rapports indiquent que les corps ont ensuite été emmenés en direction de la "ligne verte", ligne de démarcation entre Israël et les Territoires Palestiniens Occupés.

Certaines personnes, dont des voisins directs, ont vu des bulldozers démolir des maisons et des abris dans lesquels se trouvaient encore des gens, y compris des femmes et des enfants. Plusieurs témoins ont vu des corps, y compris des corps de femmes et d'enfants, dans les débris de maisons démolies. Des témoins ont vu des bulldozers passer et repasser sur des corps dans le camp de réfugiés de Jénine.

Des témoins ont dit à LAW qu'ils ont vu une famille tenter de fuir sa maison, sur le point d'être démolie par des bulldozers israéliens. Quand cette famille,comprenant une femme portant un enfant, a passé la porte de leur maison du camp de Jénine, ils ont été pris pour cible par un hélicoptère Apache avec une mitrailleuse lourde. Un garçon de 14 ans a été tué dans cette attaque.

Il y a des témoignages concordants à propos de résidents du camp de réfugiés de Jénine utilisés par les forces israéliennes comme boucliers humains. Ces témoignages concordent avec des rapports que nous avons reçus d'autres villes, villages et camps palestiniens décrivant un usage semblable de boucliers humains par les forces d'occupation israéliennes.

Il y a actuellement 747 réfugiés palestiniens du camp de réfugiés de Jénine dans le village de Ramona. Environ 500 d'entre eux signalent que des membres de leurs famille sont portés manquants. La plupart d'entre ceux-ci sont des hommes et de petits garçons. Les hommes et les femmes ont été séparés. La plupart des réfugiés ont été détenus pendant plusieurs jours, ou ont fui le camp de réfugiés de Jénine.

Ceux qui ont été détenus ont signalé des traitements similaires pendant leur détention, comprenant des périodes prolongées en position douloureuses, des coups et un usage douloureux de menottes. Certains détenus ont dû s'asseoir sur le sol, la tête entre les jambes, les yeux bandés et menottés. La plupart des détenus ont été frappés à coups de crosses et à coups de pieds. Les détenus ont été privés de nourriture, d'eau, et de couvertures. Certains détenus ayant réclamé de l'eau se sont vu donner en lieu et place d'eau de l'urine, ou ont été battus.

De nombreux détenus se sont vu confisquer leurs documents d'identité. La plupart ont été pris en photo. Une copie de ces photos a été donnée à certains des détenus auxquels leurs cartes d'identité avaient été confisquées.

LAW réaffirme que ces assauts militaires contre des civils sur l'ensemble des Territoires Palestiniens occupés, dont Jénine et Naplouse, sont des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. LAW condamne aussi les tentatives répétées d'empêcher les observateurs des droits de l'homme, les journalistes et les organisations humanitaires d'accèder à ces sites de tueries massives pour enquêter et amasser des preuves de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

LAW en appelle d'urgence à la communauté internationale, en particulier aux ministères des affaires étrangères européens qui se réuniront demain, le 15, à Luxembourg, afin qu'ils appliquent des mesures efficaces, y compris sous forme de sanctions économiques, pour faire pression sur Israël afin qu'il accepte une présence de protection internationale, qu'il cesse ses violations flagrantes, ses crimes de guerre et contre l'humanité, et qu'ils s'engage de bonne foi dans des négociations de paix définitives.

LAW en appelle particulièrement aux Pays-Bas, à l'Angleterre et à l'Allemagne, afin que ceux-ci ne bloquent pas les tentatives d'autres pays membres de l'Union Européenne de prendre des mesures efficaces, y compris une suspension de l'accord d'association Union Européenne - Israël et la mise en place d'un embargo sur les armes à l'échelle européenne.

LAW demande à nouveau à tous les signataires de la quatrième convention de Genève de remplir leurs obligations définies par l'article 146, de rechercher, enquêter, et amener devant la justice les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, sous juridiction universelle à travers un Tribunal des Crimes de Guerre, et demande à tous les états membres un arrêt de toute action permettant ou facilitant l'accomplissement de crimes de guerre et crimes contre l'humanité, y compris en mettant fin à la fourniture d'armes utilisées pour perpétrer de tels crimes.

[Traduit de l'anglais par Olivier Six]


 

 

Le camp qui s'est transformé en abattoir

Par Justin Huggler, Indépendent (Angleterre) le 14 Avril 2002


Une femme, une jambe pratiquement arrachée par la roquette tirée d'un hélicoptère, les fragments déchiquetés encore rattachés par un lambeau de peau tandis qu'elle se vide de son sang. Un garçon de 10 ans étendu mort en pleine rue, son bras arraché, un trou énorme à son flan. Une mère abattue quand elle s'est précipitée dans la rue pour appeler de l'aide pour son fils mourant. Les blessés abandonnés à une horrible et longue agonie. Parce que les ambulances ne furent pas autorisées à pénétrer. Un crime terrible a été commis par Israël au camp de réfugiés de Jénine et le monde regarde ailleurs. Colin Powell, Le secrétaire d'état des Etats-unis, a visité le lieu d'un attentat suicide qui tua six Israéliens à Jérusalem, mais il n'a pas visité Jénine, où les Israéliens admettent avoir tué au moins 100 Palestiniens. L'armée Israélienne affirme que tous les morts étaient armés, qu'elle a pris des précautions particulières pour éviter les victimes civiles. Mais nous avons vu les roquettes tirées par les hélicoptères pleuvoir sur des zones dramatiquement peuplées : Les victimes civiles étaient inévitables. LÕarmée israélienne à verrouillé toute la zone autour de Jénine hier, arrêtant les journalistes sÕy aventurant. Ceci parce quÕils ont quelque chose à cacher : les corps.

L'armée israélienne a indiqué à la Cour Suprême qu'elle ne commencera pas à enterrer les corps avant dimanche. Mais de nombreux témoins oculaires disent avoir vu les soldats entasser les corps dans des fosses communes. Cacher les corps, c'est ce que Slobodan Milosevic a fait au Kosovo. De toute façon, les Palestiniens ne sont pas autorisés à enterrer leurs morts, comme Israël ne veut pas que le monde voie ce qui s'est passé dans le camp de Jénine. Les familles n'ont aucun moyen de trouver les corps de ceux qu'ils ont perdus. Pendant neuf jours, Jénine s'est transformé en abattoir. Quinze mille palestiniens vivaient sur un kilomètre carré dans le camp, un clapier bondé aux ruelles étroites. Des milliers de civils terrifiés, femmes et enfants, se sont réfugiés dans leurs habitations tandis que les hélicoptères israéliens faisaient pleuvoir les roquettes et que les chars tiraient des obus dans le camp.

Les blessés furent abandonnés à la mort. L'armée israélienne a refusé de laisser pénétrer les ambulances pour s'occuper d'eux, ce qui est un crime de guerre d'après les Conventions de Genève. La Croix Rouge a publiquement affirmé que des gens sont morts parce qu'Israël n'a pas laissé passer les ambulances. Slobodan Milosevic est jugé à La Haye pour nÕavoir pas respecté les Conventions de Genève, tandis qu'Ariel Sharon serre la main de Colin Powell devant les caméras de télévision. Les Conventions de Genève sont en lambeaux en Israël. Les autorités Israéliennes pourront peut être cacher les preuves, mais elles ne peuvent faire taire les histoires qui filtrent, rapportées par ceux qui sont parvenus à échapper aux massacres dans le camp. Ces histoires ne sont pas encore vérifiables mais elles sont très nombreuses et beaucoup concordent jusque dans les détails. Fikri abu al-Heija est un de ceux qui a survécu au carnage du camp.

"Au début, les soldats sont arrivés et ont encerclé le camp avec des chars," dit-il. " Il y avait deux hélicoptères Apache. Une roquette a touché notre maison, ils concentraient les tirs de roquettes sur les maisons. Toutes les vitres furent brisées par les explosions. On n'entendait plus que des explosions. Quand la roquette a touché la maison, tout le monde s'est rassemblé au rez de chaussée. Une femme du deuxième étage était avec nous, elle avait eu sa jambe pratiquement sectionnée par la roquette. Elle ne tenait plus que par un petit morceau de peau. Nous avons vu l'ambulance qui venait la chercher mais les soldats l'ont stoppée. " Six jours après l'attaque, M. Abu al-Heija a été capturé par les soldats. " Ils nous ont fait nous déshabiller et nous ont attachés par groupes de cinq avec du fil de fer. En marchant à travers le camp, nous avons vu des maisons démolies, des maisons en flammes, des corps dans la rue. Tous les 10 à 20 mètres, il y avait un corps. J'en ai reconnu certains. Parmi eux le corps d'un de mes cousins. Il sÕappelait Ashraf abu al-Heija. "

Les Palestiniens ont écrit tous les récits comme celui de M. Abu al-Heija : ils ne permettront pas que ce qui s'est passé à Jénine soit étouffé. L' Independent on Sunday a vu ces manuscrits méticuleux plusieurs fois recopiés. Il y a trace de tous les gens qui vivaient dans le camp, et il sera possible de faire correspondre les disparus avec le décompte des morts. Les Palestiniens disent quÕil y a 200 disparus. Les noms commencent à sortir : Mohammed Hamad, Nidal Nubam, Mustafa Shnewa. Un homme qui a demandé à garder l'anonymat a dit qu'il a vu leurs corps mis dans une fosse commune dans le quartier de Haret al-Hawashin. Yusra Ahmad, une femme handicapée mentale a été tuée par une roquette d'hélicoptère dans sa maison. Son neveu Mufid Ahmad dit qu'il a vu la scène. Munir Washashi s'est vidée de son sang pendant plusieurs heures après qu'une rafale d'hélicoptère ait traversé le mur de sa maison. Quand une ambulance est venue pour lui, les soldats israéliens ont tiré dessus. La mère de Munir est sortie dans la rue criant pour que l'on aide son fils et les soldats israéliens lui ont tiré dans la tête. Abdullah, son autre fils a raconté à l'Indépendent on Sunday qu'il avait tout vu.

Les événements des deux dernières semaines à Jénine ne disparaîtront pas, malgré tous les efforts israéliens pour garder les camps de réfugiés loin des yeux du monde. Pour les Palestiniens, ceci est le lieu où ils se dressèrent et combattirent jusqu'au bout et où les combattants palestiniens armés seulement de fusils réussirent à faire barrage aux chars et hélicoptères israéliens pendant neuf jours. C'est aussi le lieu où au moins cent Palestiniens furent massacrés par l'armée israélienne.

2001 Independent Digital (UK) Ltd

[Traduit de l'anglais par F.G.]

 

Powell va rencontrer Arafat après son engagement sur le terrorisme. Des témoins affirment que les soldats Israéliens ont massacré 1000 réfugiés au camp de Jenin.


Par David Pratt à Jerusalem et Torcuil Crichton à Londres. Sydney Morning Herald, le 14 avril 2002.


Colin Powell, le secrétaire d'état des Etats Unis, a accepté la nuit dernière de rencontrer le leader palestinien Yasser Arafat dans une tentative de dernière chance pour sauver sa mission de paix alors que de récentes allégation d'un massacre d'un millier de civils au camp de Jenin visent Israel. La décision de Powell est intervenue après qu'Arafat ait répondu aux demandes des Etats Unis par une condamnation ferme du terrorisme et particulièrement, de l'attaque contre des civils de Jerusalem vendredi dernier. La prise de distance d'Arafat par rapport aux attaques suicides menées aux nom des arabes et souvent en son nom propre a été interprétée comme un signal clair que le leader palestinien isolé est dans l'attente désespérée d'une percée diplomatique pour arrêter l'incursion Israélienne en Cisjordanie. Hier, Powell avait annulé une rencontre programmée avec Arafat suite à un attentat suicide palestinien programmé pour coïncider avec son arrivée en Israël vendredi, mais cela aurait été politiquement inacceptable pour lui de quitter la région sans avoir rencontré le dirigeant palestinien. Powell fera pression sur Arafat lors de leur rencontre pour des "actions efficaces" afin de valider sa déclaration et mettre un terme aux attaques palestiniennes contre Israël. Il demande également de la retenue aux forces israéliennes en Cisjordanie, qui hier ont ignoré sa requête et ont continué d'avancer, envahissant deux nouvelles villes palestiniennes.

Alors que Powell exprimait ces inquiétudes concernant les tactiques militaires, une dispute verbale s'est declenchée entre Israël et l'Union Européenne concernant la possible existence d'un massacre de civils palestiniens dans le camp de réfugié de la ville de Jénine. Le pays président actuellement l'Union, l'Espagne a averti qu'il y aurait des "conséquences sérieuses" pour Israël s'il s'avérait qu'il y avait bien eu un tel massacre. La déclaration ne donnait aucune explication de ce que seraient ces conséquences, mais, l'Angleterre, la France et l'Allemagne ont déjà imposé une interdiction informelle des exportations d'armes vers Israël, l'isolant un peu plus. Israël a rejeté les déclarations palestiniennes comme étant de la propagande. Daniel Seaman, directeur de communication du gouvernement Israélien, a accusé l'Europe de collusion avec les Palestiniens antisionistes. "Le problème des palestiniens n'est pas ce que fait Israël, leur problème est l'existence dÕIsraël " a t'il dit. "Tant que leur position est acceptée par l'Europe, cela va continuer. Israël ne va pas se comporter simplement pour être aimé des Européens ou s'allonger et faire le mort. Nous allons nous défendre". Les autorités palestiniennes ont demandée une enquête des Nations Unies sur les événements de Jénine où des témoins oculaires ont déclaré à un membre du parlement britannique enquêtant sur l'affaire qu'il y aurait eu jusqu'à un millier de personnes tuées par les soldats israéliens. La parlementaire travailliste Ann Clwyd, qui a passé quatre jours en Israël et les territoires palestiniens, a transmis les allégations de massacre directement au secrétaire des affaires étrangères Jack Straw qui a enregistré une plainte diplomatique auprès d'Israël. Israël a déclaré Jénine "zone militaire fermée" après l'envoi de chars, bulldozers et troupes dans le camp de réfugiés il y a six jours. Clwyd, membre du comité pour le Développement International de la Chambre des Communes, a accompagné un convoi d'aide des Nations Unies et de la Croix Rouge jusqu'au camp vendredi mais l'entrée leur a été refusée. " Mais nous avons rencontré le maire et il nous a dit quÕil pense qu'un millier de personnes ont été tués dans le camp " a déclaré Clwyd. " Je n'ai pas de moyen de savoir si cela est vrai, mais il en était persuadé. Il pensait qu'il y avait encore des gens vivants sous les décombres car beaucoup de constructions avait été abattues au bulldozer." "C'est un camp qui accueillait 14000 personnes et les Nations Unies ont un registre contenant tout le monde, ainsi, quand le camp sera ouvert, ils découvriront la vérité." Clywd a dit qu'elle avait été choquée par le refus de l'armée israélienne de laisser pénétrer l'aide humanitaire. "Je n'ai jamais vécu de situations où j'ai vu la Croix-Rouge tenue à l'écart d'une zone où manifestement des gens sont morts. S'il y a des gens sous les décombres, ils ne survivront pas. " Il n'y a pas de vérification indépendante de ce qui s'est passé à Jénine. Les gens d'Amnesty International et des activistes d'autres organisations pour les Droits de l'Homme ont essayé de pénétré dans le camp hier mais ont été refoulés. Les quelques journalistes qui ont eu accès à l'intérieur du camp ont trouvé des décombres et quelques corps . Il n'y avait pas de circulation sauf pour quelques camions frigorifiques israéliens, dont beaucoup ont pensé qu'ils faisaient partie d'une opération de nettoyage. Amnesty estime qu'il manque officiellement 258 personnes mais que ce nombre va s'accroître dramatiquement quand ils auront accès au camp. Un expert légiste d'une université écossaise doit s'envoler vers le moyen orient pour le compte d'Amnesty pour examiner les corps des palestiniens. Le professeur Derrick Pounder de l'université de Dundee fait partie dÕune délégation qui a été chargée de déterminer si les morts résultent de combats ou furent des mises à mort extra judiciaires.

Dans le même temps, des milliers de manifestants se sont rassemblés à Londres à Trafalgar Square pour protester contre les incursions en Cisjordanie. Des drapeaux Israéliens et américains ont été brûlés sous les cris de certains manifestants de la foule estimé à jusquÕà 15000. LÕorganisateur Michel Massih a insisté que cette manifestation était plus qu'un simple affichage de colère musulmane : "Des chrétiens, des musulmans, et même un petit nombre de juifs sont venus pour affirmer leur soutien. " a t'il dit.

(c) Sydney Morning Herald

[Traduit de l'anglais par F.G.]

 

La preuve sanglante de la tragédie de Jénine
Par Phil Reeves à Jérusalen, Raymond Whitaker et Colin Brown à Londres.
14 avril 2002

L'ampleur du carnage au camp de réfugiés de Jénine a émergé hier pour la première fois ; une atrocité susceptible de faire échouer la mission de paix de Colin Powell au Proche-Orient.

Des Palestiniens échappés de ce camp de Cisjordanie, fermé depuis 11 jours par l'armée israélienne, ont parlé de centaines de morts, dont beaucoup ont succombé à leurs blessures, les ambulances ne pouvant pénétrer dans le camp. Mais il n'existait jusqu'à présent aucune preuve photographique de la sauvagerie de l'attaque. Hier, un photographe du Reuters a réussi une brève intrusion dans le camp avant d'en être à nouveau chassé par un véhicule blindé israélien.

Ses deux photos prises à la h'te montrent une maison de Jénine parsemée de cadavres de trois jours. La plupart sont recouverts d'une couverture, et il est impossible d'affirmer s'il s'agit de combattants palestiniens ou de civils. Mais aujourd'hui, lors de la rencontre entre le Ministre des Affaires Etrangères Américain et Yasser Arafat, il est certain que le leader palestinien dira à M. Powell qu'Israël interdit l'accès à Jénine pour cacher la preuve d'un massacre.

Hier, M. Powell s'est assuré de la condamnation - significativement en arabe - par M. Arafat de l'attentat suicide de vendredi à Jérusalem, au cours duquel une femme des Brigades Martyres Al-Aqsa s'est fait exploser à un arrêt de bus, tuant six Israéliens. Cet attentat avait dans un premier temps provoqué l'annulation par les Américains de la réunion prévue hier avec M. Arafat. Mais après que ce dernier l'ait publiquement et fermement condamné à la télévision Palestinienne [?? ndt], le Département d'Etat Américain a décidé de maintenir cette réunion, dans le quartier général dévasté de M. Arafat à Ramallah.

Il a toujours été clair que cette rencontre entre M. Powell et le leader Palestinien était nécessaire pour que les tentatives d'obtenir un cessez le feu ait une quelconque chance d'aboutir. Mais les chances de succès restent très minces ; Jack Straw, Ministre Britannique des Affaires Etrangères, confiait hier au journal The Independent on Sunday que " cette mission tenait par un fil ".

Les troupes et les chars Israéliens ont retenti avec fracas hier dans trois autres villes Palestiniennes, soulignant la décision du Premier Ministre, Ariel Sharon, de passer outre la demande des Etats-Unis, son plus proche allié, qui était de cesser ses invasions de la Cisjordanie.

Infligeant un nouvel affront à M. Powell, les forces armées Israéliennes ont pénétré dans les villes d' Arabe, de Hashmiyah et d'al-Yamoun, affirmant qu'il s'agissait de détruire des structures " terroristes ", et non d'attiser la violence, contrairement à ce que beaucoup croient dans la communauté internationale.

La déclaration de la condamnation du terrorisme par M. Arafat était associée à une accusation, disant que les forces Israéliennes avaient " tué et massacré " des Palestiniens durant les 15 jours de leur offensive en Cisjordanie, faisant des centaines de morts. Israël a clairement dit que M. Arafat est son ennemi, et a décrit l'intention de M. Powell de le rencontrer comme une " erreur tragique ". L'opinion publique en Israël s'est durcie à cause des attentats suicides répétés.

L'attitude des Palestiniens est devenue plus intransigeante et anti-Américaine, et s'est durcie encore davantage vendredi, lorsqu'ils ont vu à la télévision le Secrétaire d'Etat plaisanter avec M. Sharon alors qu'il réclamait la totalité de Jérusalem ö y compris la moitié Est occupée illégalement- Durcissement aussi devant l'apparente incapacité de M. Powell à arrêter l'offensive Israélienne.

Mais ce sont les doutes quant à ce qui s'est produit à Jénine qui ont obscurci la mission de M. Powell. Les forces armées israéliennes ont envahi ce camp le 3 avril, dans le cadre de l'opération "Bouclier Défensif", conduit pour éradiquer les " terroristes ". Vingt-trois soldats Israéliens ont été tués au cours de ce combat, le plus sanglant, et de loin, avec des combattants palestiniens, on ignore par contre combien de Palestiniens ont péri. Mystère que les Israéliens ne sont pas pressés de résoudre.

[Traduit de l'anglais par O. Mo.]


La Cour Suprême d'Israël ordonne à l'armée israélienne de ne pas enlever les cadavres.

14 avril 2002

Aujourd'hui 14 avril 2002, la Cour Suprême d'Israël a jugé en faveur d'une pétition introduite par LAW et Adalah, appelant à la cessation immédiate de l'enterrement des Palestiniens dans des fosses communes spéciales. Avec cette décision, LAW et Adalah ont interdit à l'armée israélienne de poursuivre leur manière d'enterrer.

La Cour Suprême d'Israël a décidé que le Comité International de la Croix Rouge doit être autorisé à accompagner l'armée israélienne pour examiner, collecter et identifier les corps, et la cour a conseillé que le Croissant Rouge Palestinien soit associé aux identifications.

La Cour Suprême décida aussi que les corps déjà retirés devraient être remis aux familles et que soient permis les enterrements conduits de manière respectueuse par les membres des familles.

Vendredi, Adalah et LAW ont présenté une motion pour une injonction. Des pétitions similaires ont été introduites par les membres de la Knesset Mohammed Barakeh et Ahmed Tibi. Vendredi, le juge " Chief " de la Cour Suprême Aharon Barak a retenu la demande des pétitionnaires en faveur d'une injonction appelant l'armée israélienne à stopper immédiatement toute évacuation ou enterrement de corps jusqu'à ce que l'audition ait eu lieu.

LAW et Adalah approuvent la décision de la cour, mais toutes deux s'inquiètent à propos de leur mise en oeuvre par les forces israéliennes. Il faut souligner que la décision devrait être appliquée immédiatement et sans délai.

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]


Enlèvement des corps du camp de réfugié de Jénine.

Le 14 avril 2002.

The Palestine Monitor, une agence dÕinformation du PNGO <palmon@upmrc.org>

Aujourd'hui, la haute cour Israélienne a donné la permission au comité international de la Croix-Rouge et aux ambulances du Croisant Rouge de pénétrer dans le camp de réfugié de Jénine et d'enlever les corps des nombreux morts que des témoins disent avoir vu étendus dans les maisons et les rues du camp. Cette décision de justice est intervenue à la suite dÕune pétition des membres arabes de la Knesset israélienne auprès de la haute cour. Mais malheureusement, jusqu'à 17h45, les militaires sur le terrain ont refusé de permettre l'accès aux ambulances et équipes médicales et à cette heure là, la nuit tombait. Le camp de Jénine n'a plus eu d'électricité depuis 9 jours et pénétrer pour commencer à réaliser une opération aussi importante serait déjà difficile avec de la lumière et la présence des tireurs israéliens et des soldats armés. Sans lumière, les agences Palestinienne hésitaient naturellement à entrer dans le camp, qui la semaine passée a été la scène d'attaques Israéliennes violentes. Les agences palestiniennes se soucient du retard. Elles se soucient que les militaires et le gouvernement israélien pourraient saisir cette opportunité pour dire que les Palestiniens ne voulaient pas entrer dans le camp et utiliser cet événement pour leur propre propagande. Comme s'est exclamée une source qui ne désire pas être identifiée : " Cette conduite scandaleuse est typique de l'armée Isrélienne de mettre les Palestiniens dans une situations impossible et ensuite de manipuler les faits pour leurs propres intérêts. " Ceci est arrivé de nombreuses fois récemment Avec un échelon de l'armée prenant des décisions en coordination avec les Palestiniens pour mettre en place certaines initiatives, mais sur le terrain, les soldats empêchant leur réalisation, par exemple, les réparations du réseau d'eau à Ramallah et le ramassage des malades et blessés par des ambulances qui ont ensuite été attaquées. Nous vous donnerons plus dÕinformations suivant le déroulement des événements.

Pour plus dÕinformations contacter : The Palestine Monitor +972 (0)2 5834021 ou +972 (0)2 5833510 http://www.palestinemonitor.org/

[Traduit de l'anglais par F.G.]


Lundi 15 avril 2002

Comité d'urgence Palestine : Alerte internationale : Urgence. Massacre dans le camp de réfugiés de Jénine : Il faut révéler les atrocités.

Thu, 18 Apr 2002 AC <acoussemant@freesurf.fr>

Message

Message reçu d'un témoin palestinien et traduit dans l'urgence. Annie

Jérusalem, 15 avril. Le Comité d'urgence Palestine (PEC) constitué de plus de 70 ONG palestiniennes, d'organisations communautaires et d'organismes caritatifs ö aux côtés de plusieurs organisations internationales ö revient tout juste de Jénine après la livraison et la distribution de nourriture, d'eau, de vêtements, de produits pour bébés et de matelas aux réfugiés qui ont fui le camp. Depuis le 29 mars, Jénine est constamment attaquée, assiégée, bouclée et soumise à un couvre-feux. Le convoi conjoint organisé par les organisations palestiniennes et les organisations internationales a tout d'abord rencontré une foule de réfugiés fous de colère, provenant du camp de Jénine, qui se sont approchés du camion rempli de matelas et d'oreillers en protestant clairement et unanimement contre le convoi de livraison et en affirmant : " Nous ne redeviendrons pas des réfugiés ". Pendant les quelques heures au cours desquelles le convoi a séjourné à Jénine, notamment lors de son arrêt à la Société caritative de Jénine située au centre de la ville, dans le quartier de Basatin, à moins de 500 m du camp, les revendications quoique pénibles ont été claires : Ne nous apportez pas de nourriture. Contentez-vous de dire au monde entier ce que vous avez vu et dont vous pouvez témoigner. Un certain nombre de réfugiés qui s'étaient regroupés dans le b'timent de cette association, ont répété que tout ce qu'ils voulaient des 100 personnes constituant le convoi était de les accompagner jusqu'au camp pour les aider à retrouver les corps de leurs êtres chers.

Actuellement, la Société caritative de Jénine abrite plus de 800 réfugiés du camp. Ce sont des personnes 'gées, de jeunes femmes et des enfants qui ont réussi à s'échapper. Rares sont les personnes n'ayant perdu qu'un seul membre de leur famille parmi cet énorme groupe de réfugiés. Beaucoup ont perdu plusieurs êtres chers, voire la totalité de leur famille. Une vieille dame a perdu ses six enfants. Un petit garçon, 'gé d'environ 5 ans, a perdu toute sa famille sous ses yeux. Il assure à tout le monde que sa famille est toujours là, dans le camp. " Ils sont là-bas, je m'en souviens, là-bas dans le camp. Je vais vous montrer ". Des témoins racontent comment des gens ont été enterrés vivants par les soldats, dans des tombes et des trous creusés dans le sol. Des rangées de blessés ont été disposées à plat sur le sol puis écrasées par un char qui a manoeuvré pour leur passer dessus et les tuer. Les hommes étaient attachés. Ils ont été contraints de se tourner vers un mur et ont été tués dans un simulacre d'exécution.

Les gens racontent qu'ils sont partis brusquement en rameutant autant d'enfants que possible mais en laissant souvent plusieurs derrière. Beaucoup de ceux qui se sont réfugiés à la Société caritative de Jénine, et qui n'ont pas mangé depuis plusieurs jours, ne peuvent qu'imaginer les corps blessés ou en décomposition des membres de leur famille sous les gravats du camp. La Société caritative de Jénine n'est que l'un des lieux, parmi beaucoup, qui ont accueilli les réfugiés en fuite. Les histoires du massacre du camp de réfugiés de Jénine n'en finissent pas et sont insupportables. Le Comité (PEC) répond à l'appel des survivants en leur demandant de témoigner devant le monde entier, puisque celui-ci a été incapable d'arrêter ces crimes et les laisse continuer à l'heure actuelle.

Le PEC en appelle à l'humanité toute entière pour s'élever contre ces crimes et faire pression en permanence sur les médias, agences internationales et gouvernements, afin que l'on sache quel massacre a été perpétré au camp de réfugiés de Jénine. Le Comité d'urgence Palestine déclare que bien qu'il ait été créé en réaction contre les atrocités récemment perpétrées à l'encontre de son peuple, et qu'il constitue une coalition de secours et d'urgence, il exige la justice pour les victimes actuelles et celles du passé. La Palestine n'aura aucun répit tant qu'Israël continuera ses menées criminelles et sanguinaires.




Les survivants de Jénine se traînent vers chez eux pour voir la destruction.

Par Phil Reeves, hors du camp de réfugiés de Jénine.

Independant (UK), 15 avril 2002.

La vieille femme n'osait pas regarder par sa fenêtre pour voir la destruction de son jardin de roses à quelques mètres de là, mais elle ne l'entendait que trop. Un bulldozer israélien géant surmonté de mitrailleuses écrasait la maison de son voisin, la réduisant en poussière, tout près des champs d'exécution du camp de Jénine. Nous sommes arrivés à temps pour voir le désarroi de Rashida Raji Ahmed, 65 ans, pendant qu'elle examinait ce qui restait de sa maison après une invasion de 11 jours de l'armée israélienne dans Jénine, qui a causé des centaines de morts et de blessés. Les Palestiniens et les organisations humanitaires internationales essayaient encore hier d'établir combien avaient été tués, combien étaient encore blessés par terre, et combien étaient enfouis sous les décombres. Rsahida voulait voir sa maison. Elle s'était traînée là pour la première fois depuis des jours.

Elle pleurait sans retenue quand nous sommes arrivés à sa porte. L'étage du haut avait été détruit par une roquette, et crépi par les projectiles de mitrailleuses, comme beaucoup d'autres maisons des environs. La maison avait été occupée par les forces armées pour en faire un nid de snipers. Sa misère était une petite partie de la misère que Jénine vivait encore hier. Israël encore une fois bloquait l'entrée des ambulances et des camions de la Croix Rouge et des Nations Unies, et continuait à camoufler systématiquement ses atrocités sous le nez de Colin Powell, le Secrétaire d'Etat américain en visite. Et les histoires de mort et de destruction dans ce camp de 15000 'mes continuèrent. Les Palestiniens, à l'extase devant l'arrivée autour du camp de journalistes, à qui ils pouvaient raconter leur histoire, ont dit comment les habitants avaient rampé de fenêtre à fenêtre pour échapper aux bulldozers, comment certains qui avaient des portables ont survécu sous les décombres, et comment d'autres avaient été tronçonnés par les tanks.

Bien sûr ces témoignages, impossibles à vérifier, seront écartés par l'armée israélienne, qui dit qu'aucune atrocité n'a été commise, et que les morts étaient des " terroristes " tués au combat. Mais les histoires horribles continuent d'affluer régulièrement du camp, comme cette fine poussière qui traînait sur ses ruines hier pendant que les bulldozers continuaient leur besogne. Il y a une semaine, neuf policiers palestiniens ont été liés mains et pieds, dévêtus jusqu'au slip, et exécutés contre un mur, dit Mai Ziyad, une étudiante de 21 ans. Les proches, forcés d'y assister, étaient venus chez elle en pleine détresse. Elle pouvait se souvenir de plusieurs noms, les familles Abu Jamda et Abu Hjab avaient chacune perdu des hommes. " Les femmes et les enfants de ceux qui ont été tués étaient ici. Ils nous ont tout raconté " dit-elle pendant qu'on se cachait dans une cour alors qu'un tank Merkava passait tout près. " Ils disent seulement que quelques centaines de gens ont été tués ici, mais on pense qu'il y en a eu bien plus. Le bruit était énorme. Il y avait des soldats tout autour ".

D'après la municipalité de Jénine-ville, deux-tiers des maisons ont été rasées ou rendues inhabitables. Adanan al-Sabah, son porte-parole, dit que près de 5000 personnes sont encore dans le camp, entourés de tanks et de tueurs d'élite. "Beaucoup sont toujours sous les maisons. Nous avons vu quelques corps, un brûlé dans une maison, quelques uns dans les décombres, et un sur le sol avec les mains liées. Mais on ne sait toujours pas combien ont été tués. " " Une femme a bercé son fils mort pendant toute la nuit. Ses enfants n'arrêtèrent pas de chercher à réveiller leur père, en demandant à manger et du lait ". Sa version de l'exécution diffère légèrement : sept avaient été exécutés. Les habitants sur le pourtour du camp disent que leurs réserves d'eau se terminent. A l'höpital al-Razi, le Dr. Mahmoud Abu Eslieh dit que le personnel a reçu des appels inquiets de mères disant qu'elles avaient dù nourrir leur bébé avec du lait en poudre mélangé à des eaux d'égout.

Dans cet hôpital, Ali Abu Sariah, 42 ans, qui se présente comme enseignant, était étendu au lit avec une balle à la jambe gauche. Il dit que les forces israéliennes l'ont utilisé comme bouclier humain pour aller de maison en maison dans le camp, à l'avant d'une patrouille israélienne. Ils ont rencontré une autre patrouille qui lui a tiré dans le pied, dit-il. " Ils m'ont laissé en sang par terre ". Il dit qu'il a passé cinq jours dans des maisons, encore blessé, avant qu'il soit transporté à l'hôpital sur un brancard. " La moitié du camp est par terre. Je ne parle pas des balles et des roquettes. Il est complètement détruit et ils ont fait une route au travers. Des ruelles qui faisaient trois mètres de large en font maintenant vingt " Nous l'avons poussé à en dire plus, en l'avertissant de l'importance de ne pas exagérer et de s'en tenir aux faits. Il n'hésita pas une seconde. " Les corps vous diront si nous mentons ou pas ", dit il tranquillement.

(c) 2001 Independent Digital (UK) Ltd

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]



Les Israéliens font la chasse aux pièges dans le camp dévasté.

par Marc Heinrich (Reuters)

Lundi 15 avril 2002, à 12 h 40

CAMP DE REFUGIES DE JÉNINE, Cisjordanie (Reuters)

Les soldats israéliens ont recherché les explosifs piégés parmi les corps de Palestiniens en décomposition dans les gravats du camp de réfugiés de Jénine, scène de la bataille la plus rude de l'offensive israélienne en Cisjordanie. Le corps entouré de mouches d'un militant palestinien barbu en vetements de travail est assis, redressé, dans le principal quartier démoli du camp, rasé par l'armée après que les tireurs jusqu'auboutistes installés dans des immeubles suspectés d'être piégés aient refusé de se rendre.

Des reporters ont été escortés dans le camp dimanche par l'armée pour la première fois, trois jours après la fin de la dernière réssitance sérieuse et un jour après qu'une équipe de Reuters ait évité les patrouilles blindées et trouvé des corps pourissant dans des maisons occupées par des femmes et des enfants.

A Jérusalem, selon les sources politiques, le ministre de la Défense Benyamin Ben-Eliezer a dit devant le Cabinet qu'environ 70 militants avaient été tués dans le camp, soit moins que les estimations précédentes de l'armée.

Le porte-parole de l'armée Jacob Dallal a dit que 26 corps restaient non-récupérés dans ce camp auparavant surpeuplé, demeure de palestiniens réfugiés depuis 1948, et plus pourraient être sous les décombres. Neuf autres palestiniens ont été emportés dans deux hôpitaux et deux autres ont été enterrés par les familles. Tous exceptés trois étaient membres du noyau dur des militants du camp, dit Dallal. Les autres étaient deux femmes et un homme.

Jénine à subi les plus fortes pertes israéliennes ö 23 soldats tués et beaucoup d'autres blessés ö des 16 jours d'incursion dans les villes de Cisjordanie, qualifiée de mesure contre les auteurs d'attentats suicide.

PIEGES

L'armée dit que la plupart des morts ont été tués par des pièges fixés à des voitures, des fusils d'assaut, des poubelles, des portes, des chaises, des toilettes, des tiroirs, des ballons et des uniformes. C'est une des raisons pour lesquelles 26 corps étaient encore à récupérer "Certains de ces corps sont peut-être piégés". Les officiers de l'armée ont dit que le Croissant Rouge Palestinien était hésitant à enlever les corps par raison de sécurité. Mais les médecins palestiniens disent que l'armée leur a barré l'accès au camp et des Palestiniens ont dit que l'armée enterrait en secret des cadavres dans des fosses communes pour cacher un massacre.

La Cour Suprême a rejeté un appel par un groupe arabo-israélien de défense des droits de l'homme qui interdirait à l'armée d'enlever les corps. Elle a statué que l'armée pouvait enterrer les corps si les autorités palestiniennes fallissaient dans cette t'che, mais que le Comité International de la Croix Rouge devait être associé. Placés devant des monticules de gravats et de terre de 8 mètres de haut dans la place, les officiers de l'armée disent que la plupart des 15000 résidents ont été expulsés avant l'arrivée de l'armée par les militants qui ont piégé leurs maisons. Les résidents ont dit à Reuters que l'armée les avait fait partir en menaçant de détruire leurs maisons, puis les avait maintenus dehors.

PRETS POUR LA GUERRE

" La plupart des maisons que nous avons approchées en entrant dans le camp étaient vides (de civils.) Le camp était prêt pour la guerre " dit le commandant de section israélien Yoni Wolff.

" Il y avait des pièges et des positions fortifiées partout. Très peu de civils. Quelques vieilles femmes et des enfants ont été envoyées devant les terroristes avec des fusils pour nous compliquer la riposte " dit-il, ajoutant que d'autres femmes faisaient l'alerte sur les toits à l'intention des militants.

" Le combat s'est fait maison par maison, fenêtre par fenêtre. Il nous a fallu un jour pour avancer de 100 mètres. Tous les quelques mètres il y avait un autre piège. Mais toutes les munitions que nous avons employées ont été spécifiquement tirées vers les endroits d'où on tirait "

Il dit que l'armée aurait pu écraser la résistance sans dommages pour elle en bombardant par les airs, mais qu'elle s'en était privée par égard pour les vies civiles.

L'équipe de Reuters a dù jouer au chat et à la souris avec des tanks en manoeuvre pour passer au travers d'un champ d'oliviers et atteindre le camp de réfugiés. Elle a trouvé de gros dég'ts dans le dédale de ruelles couvertes de restes de munitions, de chargeurs et de débris de verre.

Les corps tordus de quatre palestiniens, noircis par la décomposition, ont été trouvés dans une pièce apparemment touchée par un missile. Andeera Harb, 34 ans, une psychologue pour enfants dont la famille possédait la maison, dit que les quatre hommes étaient à leur diner.

Pourtant il y avait un casque sur la tête d'un des corps. Quelque chose ressemblant à des pipe bombs était à moitié caché sous une vareuse.

Dans une pièce à cent mètres de là, le corps gonflé d'un homme d'age moyen, les bras et une jambe suspendus par la rigor mortis, est allongé de côté près d'une bibliothèque.

Nous n'avons vu que quelques dizaines de résidents, rien que des femmes, des enfants et des hommes 'gés. Ils ont dit que l'armée avait tué ou détenu tous les hommes en 'ge de combattre, qu'ils soient militants ou non.

ACCUSATIONS DE VOLS

Maintes maisons, y compris certaines hors zone des combats, paraissent avoir été pillées. Les habitants disent que l'argent, les bijoux et les autres valeurs ont été volés, et que les garde-mangers ont été forcés. Des rations à moitié terminées trainaient. Des étoiles de David étaient bombées sur les murs et les miroirs des certaines pièces, et un résident en pleurs a montré aux journalistes les pages déchirées d'un Coran.

Dimanche, le périmètre du camp était encore sous surveillance permanente des soldats à bord de tanks et d'APC.

Jénine-ville, qui se niche dans une vallée luxuriante du nord de la Cisjordanie près de la frontière avec Israël, reste une " zone militaire fermée ". Le couvre-feu est périodiquement levé pour deux heures pour permettre aux habitants de stocker l'esentiel.

Le Lieutenant Colonel Fouad Halhal, chef du service de liaison en charge des services de secours palestiniens, a dit que l'électricité avait été restaurée dans la plus grande partie de Jénine-ville dimanche après un couvre-feu de plus de dix jours.

14-04-2001 20 h 46, Reuters.

www2.swissinfo.org/sen/Swissinfo.html?siteSect=143&eid=1106234

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]



Mardi 16 avril 2002


"Depuis le camp de la Mort"

Janine di Giovanni au camp de réfugiés de Jénine.

Le 16 avril, 2002, du "Times" de Londres.

via oznik news



Bashir est mort après une effroyable agonie. Les poings de ce palestinien de 23 ans sont fermement serrées, son corps est brûlé. Il repose enseveli sous des gravats et du béton, la tête tournée vers la porte comme s'il criait à l'aide. Sa tombe est une maison détruite effondrée sur lui, après que les Israéliens aient tenté de l'aplanir avec un bulldozer pour en faire une route.

La porte d'à côté, en haut d'un escalier carbonisé couvert de bris de verre, repose le corps de Ashran Abu Hadel, aussi 23 ans. Quelqu'un a essayé de l'extirper de là, mais en vain. Son bras est tendu vers l'extérieur, comme s'il avait essayé de se sortir des décombres.

Ailleurs dans le camp de réfugié de Jénine, j'ai vu les corps d'hommes, clairement des combattants, avec des ceintures de munitions et des habits para-militaires. Bashir and Ashran n'en avaient pas.

Les réfugiés que j'ai pu interviewer ces derniers jours alors que je tentais de pénétrer dans le camp ne mentaient pas. Dans tous les cas, ils avaient sous-estimé le carnage et l'horreur. Rarement, en plus d'une dizaine d'année de reportages en Bosnie, Tchétchénie, Sierra Leone, Kosovo, j'ai vu une telle destruction aussi délibérée, un tel bafouement du respect de la vie humaine.

Ceci n'était pas seulement une ville de combattants comme me l'expliquaient les soldats israéliens. C'était une ville avec des femmes, des enfants, des vieillards qui avaient vu le camp se transformer en un labyrinthe de constructions précaires pendant un demi siècle. Amnesty International a demandé une enquête immédiate sur "l'assassinat de centaines de Palestiniens", insistant sur le fait que des preuves évidentes pourraient être détruites si Israël "continue à empêcher l'accès". Partout dans le camp, que les Israéliens appelaient une chaîne de production de terroristes, persiste une odeur putride de mort venant des corps qui ont pourri au soleil pendant des jours. Chaque personne qui a survécu à l'opération israélienne "Bouclier Préventif" a une histoire horrible a raconter. Ils vous prennent par la main et vous attirent vers leur maison au travers de monticules de gravats où se trouvent des photos, des vêtements, des jouets et des taies d'oreillers. Là, il y a d'autres cadavres brûlés ou tordus bizarrement surpris par une mort soudaine. Rien ne peut vous préparer à la petitesse d'un corps mort.

Les morts sont partout. Kamal Anis, un agriculteur, nous amène dans la zone d'Harat al-Hawashim, et nous montre un amas de gravats de la taille de 4 terrains de football, où se dressaient auparavant 200 maisons. Il affirme que les Israéliens ont nivelé l'endroit, il les a vus empiler les corps dans une fosse commune, les recouvrir de terre, puis rouler dessus pour bien aplatir le tout. Il y a encore des bulldozers et des tanks au travail, nous poussant à trouver refuge dans des maisons détruites. On entend des enfants pleurer. Il y a des gens en train de chercher des survivants sous les gravats. "Nous avons passé des jours bien noirs" dit Aisha, dont la maison a été transformée en nid de "snipers" et en base pour 50 soldats. " Ce que nous avons vécu, je ne peux pas vous le décrire, mais je m'en souviendrai toute ma vie".

"Ce que mon fils m'a dit, c'est que lorsqu'ils seront grands, ils résisteront à l'occupation parce qu'ils ont vu cela." dit Aisha, mère de cinq enfants. Pendant les 5 jours qui suivirent la déroute des soldats palestiniens, les Israéliens nous ont empêché d'entrer dans le camp, en disant qu'il était truffé de bombes. 13 soldats israéliens sont morts dans une embuscade la semaine passée.

L'armée essaie toujours aujourd'hui de nous maintenir à l'extérieur. J'écris ceci, alors qu'un tank est à 50 mètres de moi, dans la maison d'un homme appelé Jamal, qui dans un état de choc, montre les ruines de ce que fut autrefois sa belle maison. "Les Israéliens ont cassé ce mur de telle sorte qu'il puissent tirer d'ici", dit-il. Il touche la tête de son fils et dit "Je ne veux pas imaginer comment nous allons survivre à ces souvenirs".

Yoni Wolff, 26ans un lieutenant israélien, qui a passé des semaines ici, m'a raconté qu'aucune destruction délibérée n'a eu lieu et que les soldats n'ont tué que des terroristes. Mais les quelques centaines supposées de morts n'étaient pas tous des combattants. Enterrés sous les gravats, reposent les corps de femmes et d'enfants dont la maison s'écrasa sur eux.

"Nous avons détruit l'infrastructure de la terreur" vitupère Yoni. Il dit que le camp était vide, que les civils avaient fui, et qu'il était simplement piégé. Il dit qu'il n'a vu le corps d'aucun civil et que ce fut une opération couronnée de succès. Pour arriver à cette "opération victorieuse", nous avons dû courir à travers des oliveraies, sautant d'arbre en arbre à cause d'un "sniper" israélien. J'ai vu des maisons démolies auparavant. J'ai vu aussi des puits remplis de corps. J'ai vu des civils terrorisés et vivant sous un siège. Mais ce qui reste du camp de Jénine, c'est un terrain vague de la mort, là où vivaient autrefois 13000 personnes.

Des fauteuils et des paraboles pendent de trous béants au troisième étage de ce qui furent jadis des villas familiales. Une couverture rouge, parsemée de trous de balles flotte au vent. Voici ce que produit la guerre: une accumulation de restes de vie. Une machine à coudre, avec les vêtements d'une jeune fille dessus, coincé sous l'aiguille, dans une maison avec les murs soufflés. Un oreiller en plume d'oie éventré, les plumes s'éparpillant. La photo d'un enfant avec un oiseau, pendouillant sur un mur à moitié démoli.

"J'ai vu des enfants blessés dont l'agonie a duré 4 jours, saignant à mort parce que personne n'était présent pour les soigner", avoue Fahdi Jamal, un paysan de 30 ans.

Soraya et Harej, deux jeunes soeurs vivant dans une ruine où pendent les fils électriques du plafond et portant la marque du tir d'un tank au travers des murs du salon, ne savent pas que leur père est mort. Leur mère ne le sait pas non-plus, mais leur tante si; elle l'a entendu à la radio.

"Ils l'ont déshabillé puis tué froidement" dit-elle. "Nous ne pouvons le dire à sa femme, elle est trop malade. Elle pense qu'il est peut-être encore vivant."

Ramsey, 28 ans , qui est rentré d'Allemagne pour être avec sa famille, nous mène à l'endroit où 5 combattants reposent morts dans une maison, exécutés d'une balle dans la tête. Les mouches tournent autour d'eux et l'odeur est pestilentielle. Pour les Musulmans dont la tradition impose l'enterrement dans les 24 heures, c'est l'ultime sacrilège.

"Il n'y a pas de justice, pas d'éthique à cette guerre" dit Abu Bashir, 70 ans. Il montre un album photo empilé avec d'autres déchets. " C'était la vie de quelqu'un, maintenant ce n'est plus rien, vous comprenez ?" crie t'il. En bas sur la route, près de Harat al-Hawashim, Abu Salim, qui a passé 50 ans dans ce camp, erre prostré parmi les gravats : "Qu'ont-ils fait?" demande t'il "Mais qu'ont-ils fait?".

[Traduit de l'anglais par Glen]



L'armée israélienne empêche les observateurs des Droits Humains d'accéder à l'hôpital de Jénine-ville

16 avril 2002.

Ce matin, des observateurs des Droits Humains comprenant des délégués d'Amnesty International et de LAW se sont vu refuser l'accès à l'hôpital de Jénine. Le directeur de l'hôpital est sorti et a demandé de l'aide pour réaliser des autopsies. Les soldats israéliens ont interdit aux observateurs et au Dr Derrick Pounder, professeur de médecine légale (Université de Dundee), d'entrer dans l'hôpital. L'hôpital est dans une zone sécurisée. L'affirmation qu'il s'agit d'une " zône militaire fermée " pour raisons de sécurité ne tient pas debout.

Entre temps, près du camp de Jénine, les soldats israéliens détiennent les juristes des Droits de l'Homme Aazem Bishara (Jerusalem Center for Human Rights), Suhad Bishara (Adalah), et Hanan Khatib (LAW). Leurs cartes d'identité ont été confisquées. L'après les soldats ils étaient dans une " zone militaire fermée ".

Les témoins oculaires donnent à ce jour des témoignages concordants d'exécutions. Un témoin du camp de Jénine à dit à LAW qu'il a entendu les soldats israéliens en face de chez lui appeler les habitants à sortir de chez eux. Cinq personnes sont sorties, dont son cousin. Il a vu les soldats israéliens l'abattre à bout portant dans la ruelle. Son cousin n'avait pas d'arme. Un autre témoin a vu l'exécution des cinq, dont deux vieillards. Ils étaient tous désarmés.

A la vue du passé, des témoignages révélateurs du camp de Jénine, et des rapports documentés dans d'autres villes des Territoires Palestiniens Occupés, LAW est sérieusement préoccupé par l'absence d'action concrète prise par l'Union Européenne, et appelle encore une fois les Etats Membres à accomplir leurs obligations légales, et à prendre les mesures appropriées pour obliger Israël à terminer ses violations massives des droits humains, et à se conformer aux lois humanitaires internationales.

LAW appelle encore une fois les Etats membres, a l'inclusion des Hautes Parties Contractantes de la 4eme convention de Genève, à accomplir leurs obligations de l'article 146 en recherchant, enquêtant et amenant à leur procès les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, sous une juridiction universelle et par un Tribunal des Crimes de Guerre, et appelle les Etats membres à mettre fin à tout acte qui aide ou incite à la perpétration de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, y compris en mettant fin à la fourniture des armes utilisées pour commettre de tels crimes.

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]


La mission de l'ONU au camp de Jénine révèle une destruction monumentale.

Ray Source : UN Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East Date : 16 Apr 2002

UNRWA/HQ/G/14, Public Information Office, HQ Gaza.

Première entrée dans le camp de Jénine

Rapport de la mission de secours de l'ONU : Raymond Dolphin <raydolphin@hotmail.com> wrote : From : "Raymond Dolphin"

" Chers amis, désolé d'avoir été sans contact ces derniers jours, pendant ce temps là cette boite aux lettres a été surchargée et certains courriels peuvent avoir été non délivrés. Mais j'étais au camp de Jénine avec l'équipe de distribution de l'UNRWA (voir ci-dessous) et croyez moi c'était bien pire que ce que chacun pouvait craindre, avec des centaines de maisons totalement détruites et qui sait combien de corps sous les gravats. "

**********

La destruction au camp de Jénine ressemble aux lendemains d'un tremblement de terre, d'après les opérateurs de l'ONU qui ont accompagné deux camions de nourriture et de médecine dans le camp aujourd'hui. La destruction totale de maisons, de rues, de constructions commerciales laissera un grand nombre de réfugiés palestiniens sans abri, d'après l'UNRWA (Agence de l'ONU pour l'Aide et le Travail). Le plus choquant est que les gens disent aux équipes qu'ils entendent des bruits qui viennent de personnes enterrées vivantes sous les maisons mais qu'ils ne peuvent pas les libérer. Les autorités israéliennes n'ont autorisé que deux camions d'aide dans le camp. Le matériel de terrassement et les équipes de secours nécessaires pour extraire des survivants ne peuvent pas venir actuellement. Pourtant il y a des témoignages que sept personnes ont été extraites vivantes des décombres dans les dernières 24 heures. Les équipes du Comité International de la Croix Rouge ont retiré un petit nombre de corps facilement accessibles, mais l'UNRWA pense que ceux qui sont enterrés sous la dévastation sont bien plus nombreux.

L'IDF maintient une très forte presence dans le camp avec des tanks et des points de contrôle internes. A un moment aujourd'hui, un tank s'est rangé contre un camion de l'UNRWA à moitié plein pour l'empêcher de distribuer le reste de nourriture. Les camions de l'UNRWA qui ont pu distribuer la nourriture et l'eau ont été pris entourés par une grande foule, surtout de femmes, qui cherchaient désespérément à nourrir leurs familles après 14 jours consécutifs bloqués dans le bataille et sa suite. l'UNRWA doit avoir un accès urgent et illimité au camp pour venir en aide à un grand nombre de gens dénués de toute ressource de base. l'Agence a une grande quantité de produits en attente hors du camp pour remplir son mandat humanitaire dès le moment où un accès libre lui sera donné. Les installations de l'UNRWA, par exemple une école et une clinique, ont été très abîmés pendant l'assaut du camp, et ont été extrèmement endommagés par les balles.

De l'artillerie non explosée reste au sol d'une école de l'UNRWA, et devra être déminée avant que la construction soit réutilisable. l'UNRWA se donne pour but de rouvrir sa clinique pour fournir ses services aux résidents du camp. L'Agence souhaite aussi établir des points d'eau dans le camp, mais doit passer par l'autorisation de l'IDF. Richard Cook, Directeur de l'UNRWA pour la Cisjordanie, a dit : " Les rapports que nous avons sont ceux d'une destruction massive, plutôt du type de celles associées à des catastrophes naturelles comme les tremblements de terre. L'UNRWA n'a toujours pas accès complet au camp, et nous pensons que des milliers de gens sont encore dans un besoin criant de nourriture, d'eau et de soins médicaux. Nous implorons les autorités israéliennes d'ouvrir le camp à nos équipes d'aide pour aider sa population désespérée ".

[Traduit de l'anglais par JPB, AFPS-Toulouse]

Preuves de crimes de guerre à Jénine.

Par Phil Reeves. Jeudi 16 avril 2002, à 12 h 58

Un crime de guerre monstrueux qu'Israël a tenté de dissimuler pendant près de 15 jours a finalement été découvert. Ses troupes ont entraîné la dévastation du centre du camp de réfugié de Jénine, que The Independant a pu atteindre hier, et où des milliers de gens continuent de subsister parmi les ruines.

Un quartier d'habitation d'environ 15000 mètres carrés et large de 500 mètres a été réduit en poussière. Les gravats ont été poussés par des pelleteuses en piles de 10 mètres de haut. La puanteur douçe'tre et écoeurante des corps en train de pourrir est partout, signe que c'est un cimetière humain. Les gens, qui ont passé des jours entiers cachés dans des caves surpeuplées alors que les bombes tonnaient, disent qu'il y a des centaines de cadavres, pris dans un tombeau de poussière, sous un champ de ruines zébré des ornières des zigzags des tanks et des bulldozers.

Dans un des immeubles-épaves proches, écorné par les balles, est étendu le cadavre infesté de mouches d'un homme, recouvert d'un tapis. Dans un autre, nous avons trouvé la dépouille d'Ashraf Abu Hejar, sous les ruines d'une pièce noircie par l'incendie, qui s'est effondrée sur lui après avoir été touchée par une roquette. Sa tête est rétrécie et noircie. Dans un troisième, cinq hommes morts depuis longtemps sont alignés sous des couvertures.

Un jeune homme grave et silencieux, Kamal Anis, nous a conduit à travers ce paysage désolé, plein des débris de ce qui formait il y a encore peu de temps des maisons, de l'isolant thermique, des habits, des chaussures, des boîtes de conserve, des jouets d'enfant. Brutalement, il s'est arrêté, et a montré du doigt : " ceci est un charnier ".

Nous avons contemplé le monticule de débris. Ici, dit-il, il a vu des soldats Israéliens empiler 30 corps sous une maison à moitié détruite. Quand l'empilement a été terminé, ils ont détruit le b'timent à coups de bulldozer, faisant effondrer la ruine au dessus des corps. Puis ils ont aplani l'endroit avec un tank. " Nous n'avons pas pu voir les corps. Mais nous pouvions les sentir.

Il y a encore quelques jours, nous n'aurions pas forcément cru Kamal Anis. Mais les descriptions faites par les nombreux autres réfugiés échappés du camp de Jénine n'étaient pas, comme beaucoup d'entre nous le craignaient et comme Israël nous encourageait à croire, exagérées mais plutôt sous-estimées. En effet, leurs récits ne m'avaient pas préparé à ce que j'ai vu hier. Désormais, je les crois.

Jusqu'à il y a deux semaines, il y avait quelques centaines de maisons serrées les unes contre les autres, dans ce quartier appelé Hanat al-Hawashim. Elles n'existent plus.

Aux alentours des ruines du centre, il y a plusieurs centaines de maisons à moitié détruites. Une grande partie du camp- qui a abrité jusqu'à 15 000 réfugiés palestiniens de la guerre de 1948- est en train de s'effondrer. Chaque mur est plein d'éclats, et constellé de trous de balles et de schrapnel, témoins de l'impressionante puissance de tir aveugle des helicoptères Apache et Cobra qui ont rodé au dessus du camp.

B'timent après b'timent, chacun a été disloqué, vomissant sur la route leur pitoyable contenu de mobilier bon marché, de matelas, de chaises en plastique blanc. Un b'timent sur deux porte l'impact géant et calciné d'un missile d'hélicoptère. La nuit dernière, vivaient encore ici de nombreuses familles et enfants désespérés, hors de portée des secours humanitaires. Fait de mauvais présage, nous n'avons trouvé aucun blessé, bien que nous ayons eu vent d'un homme extrait des décombres une petite heure avant notre arrivée.

Ceux qui n'ont pas fui le camp ou été fait prisonniers par l'armée, ont passé le siège dans les caves, endurant la terreur jour après jour. Certains ont été confinés de force dans une pièce par les soldats, qui se frayaient un chemin de maison en maison en détruisant les murs. Selon les Nations Unies, la moitié des 15 000 résidents du camp aurait moins de 18 ans. Quand le silence du soir est retombé sur ce champ de tuerie, les babillements des enfants ont repris. Les mosquées, dans le passé si bruyantes à l'heure de la prière, sont silencieuses.

Israël hier encore essayait de cacher ce tableau. Elle a refusé l'entrée aux ambulances de la Croix Rouge pendant quasiment une semaine, en violation des accords de Genève. Hier elle continuait d'essayer de nous empêcher de rentrer.

Jénine, dans la partie la plus au nord de la Cisjordanie occupée, est restée " zone militaire fermée " et est encerclée de tanks Merkava, de patrouilles de jeeps de l'armée, et de transporteurs de personnel armés. Les journalistes qui ont été pris en train d'essayer de rentrer dans la zone ont été immédiatement reconduits en dehors de celle-ci. Un jour plus tôt, l'armée israélienne avait escorté quelques journalistes dans des zones nettoyées du camp. Nous avons marché à travers champs, nous glissant à travers un champ d'oliviers, négligé par deux tanks Israéliens, puis dans le camp lui-même.

Puis nous avons été guidés par des mains faisant des gestes aux fenêtres. Des gens dissimulés nous ont guidé en chuchotant à travers un dédale de ruelles qu'ils pensaient sûres. Quand des soldats étaient proches, un doigt se levait pour nous alerter, ou une main nous faisait signe de revenir. Nous avons été accueillis par des gens mourant d'envie de nous raconter ce qui s'était passé . Ils ont raconté d'exécutions, et de bulldozers détruisant des maisons avec les gens qui se trouvaient à l'intérieur. " C'est un génocide perpétré par Ariel Sharon ", nous dit Jamel Saleh, 43 ans. " Nous n'avons jamais autant haï Israël que maintenant. Regardez cet enfant " Il met la main sur la tête ébouriffée d'un garçonnet, Mohammed, le fils de huit ans d'un ami. " Il a vu tout ce mal. Il s'en souviendra dans sa totalité. " S'en souviendront également tous ceux qui ont vu l'horreur du camp de réfugiés de Jénine. Les Palestiniens qui sont rentrés dans le camp hier en étaient quasiment muets.

Rajib Ahmed, de l'autorité Palestinienne à l'Energie, est venu essayer de réparer les lignes de courant. Il tremble de choc et de fureur. " Ceci est un génocide. Je suis venu ici pour filer un coup de main, et je ne trouve que désolation et destruction. Constatez donc vous-même. "

Tous ont la même phrase : faites-le savoir au monde.

news.independent.co.uk/world/middle_east/story.jsp?story=285413

[Traduit de l'anglais par Florence Ettori]


Mercredi 17 avril 2002


MISE A JOUR: L'armée israélienne empêche aux juristes des Droits Humains l'accés à l'hôpital de Jénine-ville

17 avril 2002

La nuit dernière à 19 heures, une délégation d'Amnesty International et de Médecins sans Frontières a reçu une notification par les juristes de LAW et d'Adalah, selon laquelle ils seraient autorisés à accéder à l'hôpital de Jénine, l'accès au camp de réfugiés, aux autres "zones militaires fermées" et à d'autres parties des Territoires Palestiniens Occupés demandant confirmation. Mais à cette heure là il faisait déjà nuit. Des tanks israéliens patrouillaient la zone pour imposer le couvre-feu. A ce moment là il était trop dangereux pour les délégués de bouger.

Ce matin, à 7h30, la délégation est arrivée à l'hôpital de Jénine. Après 1 heure 30, seul l'expert en médecine légale Derrick Pounder a été autorisé à entrer. Les soldats ont refusé l'accès aux trois autres avocats des droits de l'homme. Le soldat refusa de donner son identité ou celle de l'officier commandant qui leur a donné l'ordre de refuser l'entrée des trois délégués. Entre-temps, l'avocat agissant au nom d'Amnesty International et de Médecins sans Frontières a été en contact avec le conseiller légal de l'armée israélienne. Pourtant ce matin à 9 heures, il n'y a toujours aucune confirmation que l'entrée leur sera permise.

Pendant leur attente, les délégués ont pu voir les soldats israéliens au checkpoint bloquant l'accès des ambulances du Croissant Rouge Palestinien et des Nations Unies à l'hôpital de Jénine. Ils ont vu une femme enceinte en travail, forcée de sortir de l'ambulance et de marcher. Après intervention des juristes des droits humains, les soldats israéliens permirent de la faire transporter sur un brancard. Son mari fut aussi autorisé à passer après un certain délai.

LAW exprime sa surprise que l'accès à l'hôpital de Jénine ait été refusé aux juristes des droits de l'homme sans aucune raison de sécurité évidente, alors qu'un des délégués, l'expert en médecine légale Derrick Pounder a été autorisé à passer.

LAW croit qu'il est impératif que les juristes des droits de l'homme, les agences humanitaires, les journalistes et les observateurs indépendants puissent accéder, enquêter et enregistrer ce qui s'est passé dans le camp de Jénine.

[Traduit de l'anglais : JPB, AFPS-Toulouse]




Des défenseurs des Droits de l'Homme ont visité une autre partie du camp de réfugiés de Jénine le 17 avril 2002.

A 11:15 ce matin, les chars et soldats israéliens empêchant l'accès à l'hôpital de Jénine ont abandonné leurs positions et la barrière de sécurité a été levée de telle sorte que les représentants d'Amnesty International et d'Avocats sans Frontières purent entrer dans le b'timent hospitalier. Les délégués ont les renseignements sur une autopsie. Celle-ci a révélé qu'un homme, non encore identifié, 'gé d'environ 45 ans, a été mortellement blessé par balles à la poitrine. Un autre corps non-identifié est actuellement en cours d'autopsie.

Hier, un groupe de huit défenseurs des Droit de l'Homme et quelques journalistes ont pénétré une "zone militairement fermée" du camp de réfugiés de Jénine. Dans le secteur de Harat-Hawasheen, qui est situé au centre du camp de réfugiés de Jénine, ils ont vu plusieurs cadavres dans les maisons et les décombres.

Un des avocats, Hana Khatib (LAW), a vu une tête sortant des décombres et un peu plus loin, une jambe. Des habitants du camp leur ont dit qu'ils estimaient le nombre de corps enfouis sous les décombres à au moins 23.

Un peu plus loin, ils ont vu une partie d'un corps sérieusement abîmée. Des témoins oculaires ont raconté qu'après que les soldats Israéliens aient tué un réfugié, un char Israélien est passé sur le corps. Dans une maison, ils ont vu deux corps calcinés, un couché sur le côté et l'autre sur le dos. Les corps étaient couverts d'éclats d'obus. Des témoins oculaires ont fournit plusieurs témoignages au sujet d'exécutions sommaires. Les témoins avaient même en leur possession les cartes d'identité des personnes exécutées. Les vêtements des victimes étaient encore sur le sol.

Le 15 avril 2002, le directeur de LAW, Khader Shkirat, est entré dans le camp de réfugiés de Jénine avec quatre journalistes. Ils sont entrés dans le camp par des chemins de terre en venant de Sumran. Alors qu'ils étaient dans le camp, six blessés ont été sortis des décombres, toujours vivants. Ce jour là, plusieurs témoignages ont apporté des preuves supplémentaires de l'exécution sommaire d'un groupe de 10 habitants et d'un autre groupe de six à dix personnes. L'odeur dégagée par les cadavres pouvait être sentie même dans les endroits ne présentant apparemment aucune victime. Ceux-ci devaient être enfouis sous les décombres.

Tous ceux qui ont visité ces lieux parlent de destruction de masse et de personnes ayant perdu des gens de leur famille sans savoir s'ils avaient été tués, blessés, arrêtés ou avaient disparu. A ce stade, des preuves, comprenant photos et vidéos, sont collectées et classées.

A la lumière des événements passés et des témoignages provenant du camp de réfugiés de Jénine ou d'autres villes des Territoires Palestiniens Occupés, LAW est préoccupé par l'absence d'actions concrètes de la part de l'Union Européenne et appelle une nouvelle fois les états membres à se conformer à la loi et à prendre des mesures appropriées pour obliger Israël à mettre fin aux diverses violations des droits de l'homme et à respecter le droit humanitaire international.

LAW en appelle également aux parties prenantes de la quatrième Convention de Genève pour appliquer l'article 146 en poursuivant en justice les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité sous la juridiction universelle, devant le Tribunal des Crimes de Guerre. Il demande la fin de toutes les actions des états membres qui iraient dans le sens de la perpétration des crimes de guerre et des crimes contre l'Humanité, comme notamment toute vente d'armes utilisées pour commettre de tels crimes.

[Traduit de l'anglais par Anne Goubin]


Vendredi 19 avril 2002


Fantômes et horreur dans le camp de Jénine transformé en immense champ de ruines

Luis Lema, envoyé spécial à Jénine

Le Temps (suisse) Vendredi 19 avril 2002

Rubrique: international

Les petites taches courent dans les champs verts, se regroupent par endroits, semblent jouer au chat et à la souris avec les puissants blindés qui les poursuivent et dissuadent de passer. Certains se cachent dans des maisons vides. D'autres tournent autour du camp sur plusieurs kilomètres. Comme de guerre lasse, l'armée israélienne finit pourtant par lever le couvre-feu. Il est 11 heures du matin. Des centaines de personnes se précipitent pour voir de leurs yeux ce qu'est devenu le lieu où ils habitaient, et pour calmer enfin l'angoisse qui les torture depuis la disparition de leurs proches.

Bientôt, le centre du camp de Jénine, la partie la plus touchée, se transforme en fourmilière. Des hommes, des femmes voilées et les enfants marchent sur les montagnes de débris. Là où, auparavant, se dressaient des dizaines de maisons, il ne reste rien d'autre qu'un immense terrain vague fait de tonnes de gravats tassés par les pelles mécaniques.

Un homme, après avoir évalué l'endroit où se trouvait sa maison s'est mis à creuser, arrivant, un demi-mètre plus bas, sur ce qui était autrefois une armoire de la chambre des enfants. Il plonge la main et sort, un à un, de minuscules pulls tricotés, terreux et froissés, qu'il plie pour les ranger dans un sac en plastique. Un peu plus loin, là où les formes font encore penser à des maisons, certains se sont assis dans ce qui était un salon ou une chambre. Leur maison est à ciel ouvert après que la façade a été arrachée par le passage d'un bulldozer. De là, ils observent les centaines de fourmis, tentent de découvrir un proche ou laissent simplement leur regard se perdre dans la foule, hypnotisés par cette débauche de malheur.

Combien de cadavres recouvre la masse de ruines qui remplace le quartier de Hawashin? L'autorité palestinienne évoque plusieurs centaines de morts, l'armée israélienne en concède une cinquantaine. La question hante tous ceux qui marchent sur les fantômes de ces maisons détruites, essayant de deviner à chaque pas à quoi correspondent les formes mêlées aux pierres. Un jouet? Un barreau de lit? Une bombe non explosée? La veille, des habitants ont découvert une jambe, appartenant à une femme. Dans l'hôpital gouvernemental de la ville, morts et blessés ont commencé à arriver après onze jours d'attente et d'inconnu. Les médecins légistes sont à pied d'oeuvre pour déterminer les causes exactes des décès.

N'en pouvant plus d'attendre, Masoud Abu Rajah s'est mis à creuser à peine arrivé. "Les témoins ont vu son père de 70 ans être tué sur le pas de sa porte puis rester dans la rue pendant quatre jours, explique un secouriste palestinien. Ensuite, les Israéliens l'ont enfoui avec sa maison." Masoud est l'aîné de trois frères. Le plus jeune est mort dans la première Intifada et le second est détenu dans une prison israélienne. Dans une puanteur effroyable, l'homme découvre fébrilement les fragments de son père écrasés par les pierres. Parmi les centaines de regards horrifiés se mêlent ceux des responsables des Nations unies, autorisés pour la première fois en deux semaines à entrer dans le camp que leur organisation est pourtant censée administrer.

Deux femmes pleurent, dans un coin, épaule contre épaule. Elles s'étaient convaincues qu'elles retrouveraient ici Adnan et Jabal, père et fils dont elles n'ont plus de nouvelles depuis qu'elles sont allées se réfugier dans un village voisin, au début des combats. Les heures passent. Les deux femmes pleurent. Entre deux sanglots, elles continuent de réciter toutes les hypothèses sur le sort de leurs proches: détenus, évadés, cachés, partis.

Devant elles, se frayant un passage entre les pierres et les tôles tordues, d'autres femmes emportent sur la tête un bidon d'eau ou des sacs de farine. "De la nourriture était plus ou moins disponible depuis plusieurs jours. Mais les gens étaient tellement effrayés qu'ils n'ont pas osé sortir avant aujourd'hui", affirme une responsable humanitaire.

Diwab Turkman, inspecteur d'écoles primaires, n'habite pas dans le camp, mais il a n'a pas pu résister à l'idée de voir ce qu'il en reste. De sa belle maison qui jouxte le champ de ruines, les soldats israéliens ont tiré des centaines de balles. C'était le 3 avril. Les soldats l'ont, dit-il, utilisé comme bouclier humain pour inspecter les maisons des voisins. Les combats ont été durs, et un soldat israélien a même été grièvement blessé chez lui par un tireur palestinien. "Ensuite, les soldats ont changé de méthode, assure-t-il. Là où ils voyaient une résistance, ils dynamitaient la maison. Il y avait une explosion toutes les cinq minutes." Puis, le bruit des explosions s'est progressivement éteint, remplacé par celui des bulldozers. "Ils ont travaillé pendant des heures et des heures, même la nuit. Comme ça, ils ont tout camouflé avant que vous arriviez."




"Il y a encore beaucoup de femmes et d'enfants là-dessous"

L'émissaire de l'ONU, Terje Roed-Larsen, s'est rendu avec une équipe dans le camp détruit pour une première évaluation.

Propos recueillis par Luis Lema

Le Temps (suisse) 19 avril 2002.

Emissaire des Nations unies au Proche-Orient, et ancien artisan des Accords d'Oslo, Terje Roed-Larsen a visité hier le camp de Jénine afin de faire une première évaluation des dég'ts et des besoins. C'était la première visite d'un responsable politique autorisée par Israël depuis l'assaut lancé contre le camp. Il répond aux questions du Temps.

Le Temps: Quel est votre sentiment en voyant ces destructions?

Terje Roed-Larsen: C'est d'abord un sentiment de choc. Rien ne justifie de s'en prendre de cette manière aux civils, pas même le terrorisme. L'armée israélienne a été inactive ces derniers jours, nous empêchant de venir en aide à ces gens et ne faisant rien elle-même pour les aider. C'est inacceptable. Nous exigeons un accès immédiat pour être à même de faire notre propre expertise et pour lancer une opération humanitaire majeure.

ö Concrètement, que va faire l'ONU?

ö Nous n'avons pas l'expérience et le matériel nécessaire pour mener à bien les travaux urgents qui s'imposent. J'ai demandé l'envoi de secouristes expérimentés, notamment à la Suisse et à la Norvège. Il y a encore des femmes et des enfants là-dessous, des femmes et des enfants vivants, c'est absolument certain. Beaucoup de maisons sont à moitié détruites et menacent encore de s'écrouler. Il y a aussi beaucoup de corps carbonisés qui seront très difficiles à identifier.

ö La situation humanitaire vous paraît-elle catastrophique?

ö Il y a des risques de maladie. Mais ce qui m'inquiète surtout, c'est la situation de chaos. L'autorité palestinienne est pratiquement détruite et, à l'intérieur du camp, il n'y a plus aucun comité pour assurer les t'ches de protection, de coordination ou de sécurité. Des bombes n'ont pas explosé. Qui va empêcher les enfants de les ramasser et de jouer avec elles?

ö Certains qualifient de "crime de guerre" ce qui vient de se passer. Qu'en pensez-vous?

ö Je ne veux pas me prononcer juridiquement, ce n'est pas mon mandat. Mais il est clair qu'il y a eu de la part d'Israël des violations sur les questions humanitaires.

 

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